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In This Moment | A Star-Crossed Wasteland (2010)



















Si In This Moment doit une bonne part de son succès à sa plantureuse front-woman, la généreusement carrossée Maria Brink aussi à l'aise dans le registre angélique que lorsqu'elle gueule dans le micro, reconnaissons toutefois que la recette concoctée par les Américains depuis deux albums, mix habile et énergique de Metalcore à la mode riche en riffs testostéronés et de vocalises féminines, n'est pas sans charme, bien au contraire.

KröniK | Butcher Babies - Lilith (2017)


Le challenge que doit désormais relever Butcher Babies est simple : être (enfin) pris au sérieux alors qu'il a bâti une bonne part de son succès, avant tout américain, sur l'agressive image sexy véhiculée par ses deux frontwomen, qui semblent tout droit échappées de la page centrale d'un numéro de Hustler. Etre populaire ne fait pas nécessairement un bon groupe et nombreux sont ceux à ne pas voir en lui autre chose qu'un objet marketing emmené par deux poupées Barbie dont on peut douter de la sincérité.
Pourtant, derrière le fard de la vulgarité, Heidi Shepherd (la blonde) et Carla Harvey (la brune) possèdent, sans égaler, loin de là, Wendy O'Williams qu'elles présentent volontiers comme leur modèle, une indéniable présence vocale à défaut de charisme, tandis que leurs trois compagnons, forcément en retrait, font le job. Sans plus. Succédant à "Goliath" (2013) et "Take It Like A Man" (2015), "Lilith" va-t-il modifier le regard que l'on porte sur les Californiens ? Œuvrant dans un genre taillé pour les ondes US et les ados qui estiment que le nu metal et son enfant bâtard le metalcore, sont un must métallique, reconnaissons que Butcher Babies a réalisé de sérieux progrès depuis leur petite carte de visite éponyme. Les ambiances sont plus recherchées ('Korova'), l'écriture suffisamment élaborée pour laisser des traces dans la mémoire. De fait, il est même permis de trouver des qualités à un menu carnassier qui envoie le petit bois ('Burn The Straw Man'). Pourtant ce sont les moments les plus mélodiques (le sombre 'Headspin') et ceux qui paient un évident tribut à In This Moment, à l'image du morceau éponyme, pour n'en citer qu'un, qui suscitent l'envie, davantage que les saillies les plus meurtrières ('Iwokeuplike…'). Si les growls qu'elles partagent se révèlent vite fatigants, les belles séduisent quand elles se montrent plus félines, donnant alors à leur voix une suavité malsaine ('The Huntsman'). De fait, on les préfère les griffes limées comme sur 'Look What We've Done' qui évoque un Evanescence qui aurait cependant bouffé du lion. Incontestablement plus épais que ses devanciers, témoin les 'Oceana' et autre 'Underground And Overrated' que cisaillent des guitares d'airain, le bustier bien rempli, ce troisième effort confirme néanmoins que Butcher Babies souffrira toujours d'un déficit en charme et surtout en âme, comparé à In This Moment qui braconne sur les mêmes terres à la mode mais avec une identité plus affirmée. Habile dosage entre mélodie et brutalité, "Litith" ne devrait donc pas réellement permettre aux Américains de quitter la baraque de fête foraine dans laquelle ils évoluent depuis leurs débuts, même si on les découvre plus inspirés qu'on ne pensait. 3/5 (26/10/2017)






In This Moment | Ritual (2017)



















Barbie égarée dans un monde de freaks cher à un Rob Zombie, In This Moment a pendant longtemps été peu pris au sérieux. A force de travail et de nombreuses tournées, les Américains ont su pourtant conjuguer progressivement succès commercial et une personnalité plus affirmée qu'il n'y paraissait de prime abord.

KröniK | Malemort - Ball-Trap (2016)


Malemort, qu'il ne faut bien entendu pas confondre avec son (quasi) homonyme évoluant dans les ténèbres de l'art noir, annonce pratiquer du metal libre. Késako ? Il s'agit, comme le précisent ses membres, d'un rock sans étiquettes ni chapelles. Refusant ainsi d'être inféodés à un quelconque genre, ces musiciens épris de liberté et d'indépendance prennent soin de gommer les frontières, ne se donnant aucune limite, ambition ô combien louable déjà à l'œuvre sur "French-Romances", leur premier jet, et aujourd'hui amplifiée par ce "Ball Trap" aussi frais que surprenant.
Si le recours à la langue de Molière paraît de prime abord arrimer le groupe à une certaine tradition hexagonale, la musique qu'il forge ne ressemble en réalité à rien de balisé et encore moins de calibré, faisant naître dans l'esprit une myriade d'images, tour à tour progressives, heavy, thrash, sudistes voire carrément pop (et pourquoi pas ?). C'est lourd parfois ('Madame'), remuant aussi ('Cabaret Voltaire'), décontracté souvent, direct toujours. Et puissamment inspiré surtout. Au nombre de onze, les titres s'enchaînent sans temps mort, tous plus mémorables les uns que les autres, irrigués par de mordantes lignes vocales qui galopent sur une piste solidement dressée par des techniciens qui ont l'intelligence de mettre leur insolent savoir-faire au service d'un ensemble homogène, au ton juste en dépit des nombreuses forces qui le travaillent. Mention spéciale d'ailleurs aux guitaristes dont les interventions zèbrent l'écoute de fulgurances acérées à l'image de ce 'Décadence' groovy en diable ou de cette 'Fille de Manchester', d'une lenteur aussi crépusculaire que désespérée, théâtre de belles saillies progressives. Rapidement, on se surprend à fredonner ces mélodies aiguisées, signe des grands disques. Et des grands groupes. Bien que le chant en français puisse peut-être freiner son exposition en dehors de nos frontières, outre le fait qu'il imprime sa marque extrêmement personnelle au son du groupe, il est le pinceau servant à conter un récit qui plonge l'auditeur dans les années-folles, époque aussi foisonnante qu'insouciante dans laquelle Malemort puise justement sa liberté de ton comme de trait. Expressive et fascinante, la voix de Xavier sert de guide au charme vénéneux ('Mon nom'), narrateur théâtral dont les paroles poétiques ferrent l'auditeur dès l'éponyme 'Ball Trap', lequel amorce une écoute savoureuse et singulière qui ne débande jamais. Soutenu par un rempart instrumental du feu de dieu parfois tavelé de tendres arrangements, ces lignes vocales emportent tout dans leur sillage, propulsant ces compos ciselées avec une force robuste qui se conjugue à une sourde amertume. Entre un 'Mille Regards' dont le refrain s'accroche à la mémoire comme une moule à un rocher et lui aussi réceptacle de brillantes effusions guitaristiques, ce 'Brume' qui envoûte autant qu'il donne envie de taper du pied, nimbé de sombres effluves, ou bien encore le terminal 'Carnaval Cannibale' dans lequel coule une sève rageuse et sans omettre ceux déjà cités, les brûlots s'empilent au sein de ce menu incendiaire auquel il ne manque qu'une prise de son plus tranchante pour se montrer plus incisif qu'il n'est déjà, réserve très relative qui toutefois n'empêche nullement Malemort de frapper très fort, secouant un landerneau métallique qui en avait bien besoin ! 3.5/5 (2017) | Facebock








KröniK | Område - Nåde (2017)


Il faut bien le reconnaître, rien ne nous avait préparés à une telle baffe, pas même "Edari", premier effort de Område, pourtant déjà extrêmement prometteur. Et une question s'impose une fois l'écoute de "Nåde", son très attendu successeur, achevée : comment Bargnatt XIX et Arsenic, nonobstant leur talent respectif et incontestable, sont-ils parvenus à un tel résultat ? Eblouissant de maîtrise, le tandem pulvérise les frontières qui encadraient leur galop d'essai pour aller encore plus loin dans l'expérimentation tous azimuts. Ce faisant, il propulse son art protéiforme vers une dimension autre, celle d'un multivers où la folie et la passion s'accouplent en un golem émotionnel.
D'une étourdissante densité, on ne sait trop par quel bout commencer pour décrire une offrande dont la richesse éclot chaque fois un peu plus au fur et à mesure que l'on butine sa précieuse intimité, laquelle ne s'offre que par petites touches. Commençons par ce qui frappe d'emblée, c'est-à-dire la richesse instrumentale d'une palette sonore où, en un camaïeu de couleurs, un peu à l'image de la remarquable  pochette de Jeff Grimal (The Great Old Ones), se mélangent , outre les habituelles touches electro et orchestration sombrement cinématiques ('Falaich'), saxophone et clarinette, respectivement assurés par Leo Sora et Edgard Chevallier. Leur apport irradie des pièces telles que 'The Same For The Worst', 'Hänelle' et 'XII', d'une vertigineuse beauté. Mais ils ne sont pas les seuls invités à avoir été convoqués par le duo. Mentionnons le bassiste Julien Gebenholtz, le guitariste Bernard-Yves Querel ou le chanteur L. Chuck D. A ce sujet, il faut à tout prix souligner les nombreuses nuances vocales qui participent à l'empoisonnement malsain et mélancolique d'un menu puissamment désespéré dont les veines sont chargées d'une sève nocive et contagieuse. Reste que ce foisonnement ne serait rien sans une écriture d'orfèvre qui n'oublie jamais d'être mélodique et obsédante. 'Malum' et 'Hänelle', notamment, incarnent deux joyaux noirs et immersifs où Bargnatt chante comme si demain ne devait plus jamais exister. Mais, véritable épicentre de l'écoute, 'Styrking Leið' est le titre qui résume le mieux sans doute ce "Nåde" foudroyant de bout en bout, véritable pandémonium orgiaque qui explose en un geyser d'ambiances et d'effluves aussi pulsatives qu'hypnotiques, aussi déglinguées qu'abyssales. Si "Edari" témoignait déjà d'une vraie personnalité, bien que nourrie à l'avant-garde norvégienne des Manes et Ulver, son héritier affirme plus encore cette signature qui ne doit plus rien à personne, si ce n'est à ses deux géniteurs épris de liberté et d'Absolu. Metal furieusement moderne et post rock évolutif sont ainsi phagocytés en un magma à la fois glacial et schizophrénique. Après le coup d'essai s'impose le coup de maître pour Område dont on sent que l'inspiration n'a sans doute encore été qu'à peine déflorée. 4/5 (2017) | Facebook






KröniK | He Is Legend - Few (2017)


Vous trouverez toutes sortes d'étiquettes collées sur la figure de He Is Legend : emocore, rock alternatif, grunge voire post hardcore (?). En fait et quand bien même il se révèle en effet difficile à coincer dans une case précise, peut-être à cause de ce chant varié, tour à tour policé ou plus appuyé et ces guitares bien grasses, le groupe ne pratique-t-il pas tout simplement un bon vieux Rock avec un grand R et quelques réminiscences stoner dedans ? Malgré quatre albums en presque quinze ans d'existence, les Américains demeurent encore assez peu connus dans l'hexagone.
Gageons que le soutien de Spinefarm qui édite "Few", devrait leur permettre d'inscrire - enfin ! -  leur nom dans le paysage sonore du vieux continent. Avec une rondelle de cet acabit entre les jambes, on se demande d'ailleurs comment cela ne pourrait pas être le cas. Aussi facile d'accès que sa nature est peu aisée à définir, la musique forgée par He Is Legend va droit au but, imparable et calibrée autant pour les ondes que pour la scène où elle offre aux chevelus l'occasion de transpirer en agitant la tête. De fait, enrobé d'un fuselage d'airain, ce menu aligne douze pistes furieusement addictives, en une brochette à la fois directe et variée, velue et qui sent sous les bras. Emaillée des titres les plus abrasifs du lot, la première partie se veut du coup la plus immédiate, la plus marquante surtout. L'écoute démarre ainsi très fort avec ce 'Air Raid' aussi râblé que satiné, puisant dans un registre puissamment émotionnel. Forts de mélodies nerveuses, 'Sand', 'Beaufort' et 'Alley Cat' poursuivent une ascension ultra heavy, guidée par le chant magnétique de Schuylar Croom et seulement interrompue par un 'Silent Gold' plus nuancé quoique toujours très plombé. Puis, après cette collection d'hymnes tous aussi irrésistibles les uns que les autres, "Few" change quelque peu de visage à partir de 'Jordan', ses traits se font plus sombres, son rythme souvent plus lent ('The Vampyre'), ses ambiances parfois plus veloutées ('Call Ins') mais néanmoins agressives ('Eastern Locust'), quitte à surprendre ('Fritz The Dog') voire à décevoir ceux qui pensaient que l'opus continuerait tout du long sur son accrocheuse lancée, ce qui ne lui ôte pourtant en rien de sa force de frappe, libérant au contraire une belle richesse instrumentale. Avec cet album impeccable et capable de toucher un large public, He Is Legend franchit clairement un palier. 3.5/5 (2017) | Facebook






KröniK | M.F. Crew - First Ride (2017)


En fait, tout est dans les deux premières lettres de son nom, initiales derrière lesquelles se cachent les mots Mother Fuckers. Dès lors, tout est (presque) dit : M.F. Crew est là pour botter des culs. Français de sol, le groupe est clairement américain de sang, le manche épais braqué vers l'autre rive de l'Atlantique, cette Amérique désertique qui fleure bon le bitume chaud et les bastringues poussiéreux. Biberonné aux mamelles velues des Back Label Society et autre Down, le groupe est rattaché au stoner façon bûcheron, qui sent sous les bras, l'haleine chargée de Jack Daniels.
S'ils ont le bon goût de ne pas se prendre au sérieux, comme en témoigne la piste qui ouvre "First Ride" où on peut les entendre deviser, les mecs ne rigolent pas vraiment, crachant avec une énergie aussi trapue que communicative une purée grumeleuse au goût prononcé de Rock avec un grand R, celui qui donne envie de tailler la route, de téter des bières avant de chevaucher le corps chaud et frétillant d'une nana en chaleur. Comme son titre le suggère, "First Ride" est la première équipée (sauvage) de M.F. Crew dont certains ont toutefois déjà pû sucer le jus grâce à l'EP "Last Beer" l'an dernier.  Au programme, douze cartouches trempées dans l'huile de vidange, vigoureuses et plombées. Une fois l'intro passée, 'Old Friends' déboule, la peau tannée, le chant sale et bluesy et la rythmique prisonnière d'une lourde couche de mazout. Le reste est du même tonneau, toujours ultra heavy et rapide comme un escargot dans une montée et par grand vent. Calibré, l'ensemble va cependant droit au but, sans autre prétention que celle de se faire plaisir en prêtant allégeance au sacro saint riff. On pourrait reprocher à "First Ride" de manquer de variété sinon de nuances mais ce serait faire fi des saillies rugueuses qui animent ce 'Paris Is Burning' auquel s'enchaîne un 'No Way In Hell', aussi bourru qu'incandescent et lui aussi transpercé par une guitare éruptive. Le groupe atteint le point G avec le long 'The Rover' qui, du haut de ses plus de six minutes au garrot, a des allures de (fausse) power ballad qui envoie le petit bois lors d'une dernière partie aux relents sudistes. Plutôt que de continuer à énumérer chaque morceau de ce premier album, nous ne saurions trop vous inviter à tout simplement l'écouter ou à voir le groupe sur scène pour laquelle ces brûlots lourds et efficaces sont destinés. Robuste, "First Ride" se révèle être un essai prometteur auquel il ne manque qu'un peu de folie pour s'élever au-dessus de la mêlée. Une fois que les mecs se seront lâchés, le résultat devrait faire plus mal encore. On a hâte ! 3/5 (2017) | Facebook





KröniK | Gonezilla - Chimères (2016)


Quand on est Lyonnais, s'appeler GoneZilla, cela ne s'invente pas ! Cela suggère surtout une musique velue et lourde aux entournures. Si son visuel, superbe d'ailleurs, semble confirmer cette promesse plombée, le contenu de "Chimères" vient pourtant quelque peu nuancer cette impression. Non pas que ce premier album se montre avare en riffs bien gras, au contraire, mais ceux qui, peut-être attirés par son nom justement, s'attendent à du bon vieux doom qui tache, en seront pour leurs frais.
Du doom, il y en a certes un peu dans ce menu trapu, mais pas que. De fait, quand vient le moment de devoir coller une étiquette sur le coin de la figure de cette jeune pousse, on se heurte à la difficulté de la définir. Rock alternatif, grunge, stoner, les genres se mélangent en un tourbillon chargé d'énergie et de (bonnes) idées. C'est là la première qualité que GoneZilla peut se targuer de posséder. La seconde réside dans ce chant féminin, celui de Céline, véritable front-woman de charme et de puissance, dont les lignes vocales, souvent haut perchées ('L'ombre Portée' malheureusement entaché par une présence masculine qui ne s'imposait pas), viennent brouiller une signature qui n'est clairement inféodé à aucun style en particulier. Quoiqu'elles se conjuguent encore avec hésitation à cette musique ultra heavy qu'on imagine plutôt guidée par la langue de Shakespeare, les paroles en français participent toutefois d'une identité déjà affirmée même si elle demande encore à être affinée, ce qui viendra avec le temps et l'expérience, n'en doutons pas. Derrière la belle, les trois autres musiciens abattent un boulot de bûcheron auquel une prise de son trop compressée ne rend pas suffisamment honneur. C'est d'autant plus dommage que le canevas, dont le maillage est épais comme des câbles à haute tension, donne vie à des compos aussi acérées que trapues, irriguées par des lignes de guitares, tour à tour foreuses massives grattant la terre ou pinceaux servant à peindre d'envoûtantes mélodies, comme l'illustrent 'Para Pysche', que zèbre un solo non dénué de beauté, 'Renais de tes Cendres' dont la sombre entame précède une envolée accrocheuse très grungy ou bien encore 'Inferno', théâtre d'une flamboyante éruption. Le fond prometteur, la forme encore perfectible définissent un galop d'essai plein de fraîcheur et d'énergie, gravé par un groupe dont on suivra avec intérêt l'évolution. 3/5 (2016) | Facebook






KröniK | Audrey Horne - No Hay Banda (2005)


Si aujourd'hui le groupe s'amuse des références extrême qu'on ne cesse - à tort - encore de lui coller sur la figure alors que sa musique en est à des années-lumière, il n'en demeure pas moins qu'à ses débuts Audrey Horne peut pourtant difficilement passer pour autre chose que le side-project de quelques activistes de la chapelle Black norvégienne désireux d'épancher leur soif de Hard rock et de metal plus accessible. Deux membres d'Enslaved (le guitariste Ice Dale et le claviériste Herbrand Larsen) ainsi que le bassiste King (Gorgoroth, God Seed...) participent ainsi à la création de ce groupe en 2002 aux côtés du chanteur Toschie et du gratteux Thomas Tofthagen (Sahg). Privé de l'aura de ses protagonistes, celui-ci aurait-il bénéficié de la même exposition ? Pas sûr. Audrey Horne, qui doit son nom au Twin Peaks de David Lynch, en a profité, c'est un fait, permettant à "No Hay Banda" de se tailler un beau succès lors de sa sortie en 2005, ce qui n'a pas manqué d'étonner venant de la part de musiciens habitués à plus de brutalité. La réussite de ce premier essai est-elle pourtant vraiment surprenante ? Le croire serait oublier que les racines profondes de ses membres restent avant tout le pur Hard Rock voire même le courant progressif et psyché, que l'on songe aux efforts de Sahg ou même aux albums d'Enslaved depuis l'arrivée de Ice Dale justement. Biberonné au Metal des années 90, enrichi de touches seventies, cet opus séminal est (déjà) un sans faute, posant le socle sur lequel ses successeurs vont ensuite se construire. Guitares lourdes et acérées, tapis de claviers discret et le chant puissant de Toschie forment les fondations de compos aux mélodies aussi nerveuses qu'accrocheuses. La plupart d'entre elles possède le potentiel pour être des hymnes naturels. Si le menu ne commence pas de la meilleure des manières avec ce 'Dead' aux couplets agaçants, dès 'Listening' le charme opère et le pouvoir de séduction avec. Tour à tour hyper heavy ('Get A Rope'), sombre et lancinant ('Weightless', 'Deathhorse' noyé sous des nappes brumeuses), doté d'arrangements soignés ('Crust') et culminant avec le long et terminal 'The Sweet Taste Of Revenge', périple épique aux multiples aplats et ambiances, "No Hay Banda" est un très bon disque, propulsant d'emblée ses auteurs dans la cour des grands, dépucelant un potentiel qu'on devine énorme et qui explosera dans les années à venir... 3/5 (2014)


                                   

KröniK | Lunden Reign - American Stranger (2015)


Ceux qui, attirés par l'étiquette "Big Beat Progressive Rock" qui lui a été accolé, espéraient trouver chez Lunden Reign les ingrédients autant épiques que techniques qui leur sont si chers, en seront bien entendu pour leur frais. "Big Rock" semblerait du coup plus approprié pour définir le son de ce groupe américain dont "American Stranger" est la carte de visite, quand bien même sa nature conceptuelle l'arrime de manière lointaine au progressif si tant est que le genre soit le monopole de ce type de réalisations. Certes, quelques (très) discrètes notes synthétiques comme échappées d'un orgue hanté ('Hush & Whispers') ne sont, il est vrai, pas sans évoquer certains maîtres de la musique évolutive des années 70, toutefois c'est bien sur les terre d'un rock typiquement américain que braconne Lunden Reign. Ce qu'il fait d'ailleurs plutôt bien. Son principal trait de caractère tient à la (double) présence féminine qui l'anime et l'incarne, celle des sœurs Lunden, Nikki la chanteuse et Lora G la guitariste. Loin d'être une simple vitrine aguichante, les deux jeunes femmes sont l'âme du groupe dont elles composent tout le répertoire, secondées par trois musiciens s'effaçant derrière elles. Clés de voûte de l'édifice, les belles attirent les regards autant que les pavillons, sans jamais vraiment décevoir. Non sans talent, elles ferrent l'auditeur dès l'inaugural 'Love In Free Fall', hymne accrocheur idéal pour lancer l'écoute sous les meilleurs auspices, et ne plus le lâcher jusqu'au terminal 'It's About Time', titre solide bien que vierge de toute originalité. Entre les deux, une collection de chansons impeccables s'enchaînent sans que jamais l'ennui ne vienne pointer. Certes calibré, policé, l'ensemble séduit par ses mélodies élégantes ('The Savage Line'), sombres parfois ('Hear Me'), ses arrangements soignés ('American Stranger'), sachant éviter de patauger dans le sirop - aucune vraie ballade à l'horizon - pour miser au contraire sur des aplats énergiques, ce qui n'est forcément pas pour nous déplaire, illustré par des titres tels que '28IF (Without, Which Not)' ou 'The Light', emballés avec une gracieuse efficacité. Lunden Reign possède donc de sérieux atouts, à commencer par le chant de sa front woman, à la tessiture claire, puissante et avec juste ce qu'il faut de rugosité pour habiller le tout d'une couleur plus Rock que Pop. Il en découle un galop d'essai réellement plaisant sinon enchanteur bien que (trop) peu personnel pour considérer ses créatrices comme la révélation Rock made in L.A. que certains semblent voir en elles, mais dont on suivra avec un intérêt sincère la suite des aventures... 3/5 (2015)


                                   

New Years Day | Malevolence (2015)


Les visages grimés de manière horrifique, dignes de la fête d'Halloween, qu'arborent ses jeunes membres ne doivent pas vous effrayer ou vous faire craindre une énième formation pour gothopoufs, New Years Day mérite mieux que cela. Non pas que les Américains ne soient pas ce qu'ils ont l'air d'être mais ils ont le bustier suffisamment (bien) rempli pour faire oublier cette étiquette d'un abord peu alléchant. Parmi leurs atouts, citons déjà la présence derrière le micro de Ashley Costello, panthère de charme n'hésitant jamais à sortir les griffes, sorte de croisement entre Amy Lee (Evanescence) et Maria Brink (In This Moment). Ni un joli minois ni un bel organe n'étant désormais suffisants pour faire la différence, même si cela peut aider, le groupe compte surtout sur un songwriting irrésistible pour justement se démarquer et s'extraire de la masse. Preuve est fournie avec "Malevolence", son troisième effort depuis 2005, successeur du remarqué "Victim To Villain", publié il y a deux ans. Américain de style jusqu'au bout des ongles et donc taillé en cela pour les ondes de là-bas, avec ses titres calibrés, gainés de riffs épais, l'album est de ceux qu'il semble impossible de prendre en défaut, brochette séduisante de douze morceaux certes quasi-millimétrés (comprendre qu'aucun d'entre eux ne franchit la barre des quatre minutes), à l'exception de la conclusion éponyme, qui pourtant emportent tout dans leur sillage. Tous possèdent franchement les qualités d'hymnes immédiats, grâce à des mélodies qui savent ferrer l'auditeur. 'Kill Or Be Killed', 'Alone' ou 'Relentless' représentent ce qui se fait de mieux dans le genre, entre rock alternatif et gothic metal. Avec intelligence, New Years Day parsème le menu de détails qui le rendent toujours passionnant. Discrètes touches electro ('Left Inside'), guitares qui ne se contentent pas d'abattre le petit bois ('My Ghost'), écriture plus nuancée qu'il n'y paraît, à l'image de la (fausse) ballade 'Suffer', alimentent ainsi une écoute qui tout du long maintient une gracieuse intensité, écoute que propulse bien entendu le chant de la belle Ashley dont le registre appuyé ne rime heureusement jamais avec vulgarité. Osons l'affirmer, "Malevolence" est un sans-faute qui ne cesse de s'embellir à chaque nouvelle plongée dans son intimité lourde et charmeuse. (2015)




                       

Praetoria | Mirror Of Modernity (2015)


Qu'il est loin le temps désormais où les premières fois se soldaient par de maladroites tentatives, parfois non sans un certain charme il est vrai, mais trahissant l'incertitude qui anime alors les groupes à leurs débuts. Au contraire, il n'est plus rare aujourd'hui de découvrir des galops d'essai d'une redoutable maîtrise, œuvre de musiciens déjà sûrs de leur art. Tel est ainsi le cas de Praetoria qui, formé en 2009, se fend avec Mirror Of Modernity d'un opus séminal qui, de part ses insolentes qualités, semble être le rejeton d'une longue lignée d'albums. Seul le style pratiqué permet de deviner la jeunesse de ce combo en devenir, artisan d'un Metal sévèrement burné qui tête les mamelles du Death, du Thrash et du metalcore. Bref, c'est du lourd, du furieux, du qui éructe ses boyaux. Pas très novateur sans doute, encore que maints détails, sur lesquels nous reviendrons, viennent quelque peu dévier la trajectoire que ces cartouches semblent vouloir prendre, mais l'ensemble sonne extrêmement carré, professionnel, comme une mécanique bien huilée qui jamais ne se grippe. Trapus, ces onze titres son propulsés par une énergie implacable, ils abattent le petit bois, emportés par un chant énervé et une rythmique métronomique. Techniques et enrobés dans l'habillage sonore ad hoc qui laisse à chaque instrument l'espace nécessaire pour s'exprimer, ils avalent les minutes avec une cadence soutenue sans que la tension ne débande, à aucun moment. En cela, Mirror Of Modernity respecte haut la main le cahier des charges qui a présidé à sa conception. Cela pourrait être suffisant mais Praetoria injecte à un schéma éprouvé sa propre personnalité et surtout une bonne dose d'idées. Il en résulte un album constellé de breaks, soli et mélodies judicieux qui rendent l'écoute passionnante de bout en bout. Loin d'être linéaire, chaque compo a des allures de montagnes russes, traversée de multiples déchirures. Toutes sont plus redoutables les unes que les autres, de 'Inhumanity Is Complete' à 'The Passenger', de 'The Oath' à 'This World Immersed', qu'irriguent des lignes de parties de guitares orgasmiques.  Ce faisant, elles témoignent d'un long et évident travail d'élaboration, qui pourtant n'étouffe pas leur puissance et encore moins leur spontanéité. N'hésitant ni placer un court instrumental acoustique beau comme un chat qui dort ('Praetorians') ni à livrer des paroles en français ('L'insouciant', peut-être même le titre le plus brutal et épidermique du lot), le groupe réussit son coup d'essai en conjuguant violence millimétrée et mélodies acérées. (2015)



Annihilator | Suicide Society (2015)


Nous avions presque oublié ces derniers années que Annihilator fut pendant très longtemps le théâtre d'incessants changements de line-up autour de son inoxydable figure de proue, Jeff Waters, qu'on ne présente bien sûr plus. Durant douze ans (un record !), Jeff Padden s'est accroché au micro, participant à quelques-uns des meilleurs albums du groupe, de"All For You" au bien nommé "Metal" ceci expliquant sans doute sa longévité à un poste qui jusqu'alors ressemblait à un siège éjectable. La décision de Waters de se priver de nouveau de chanteur nous ramène forcément vingt ans en arrière lorsqu'il était (presque) seul à la barre. Ainsi, comme à l'époque de "King Of The Kill" puis de "Refresh The Demon", le maître s'est chargé de tout sur cette quinzième rondelle, du chant à la guitare, sans oublier la basse, hormis la batterie, toujours assurée par Mike Harshaw dont il s'agit de la seconde collaboration avec le Canadien. Sans surprise et alors que Jeff aurait pu profiter de cette (petite) révolution pour renouer avec les velléités expérimentales de "Remains", injustement sous-estimées, "Suicide Society" reste au contraire du Annihilator pur jus, collection de cartouches biberonnées au Viagra par boîte de douze. Certaines mauvaises langues ne manqueront pas de souligner que le guitariste n'est toujours pas devenu un grand chanteur (ce n'est pas très grave) et qu'il ne se gène pas pour réchauffer toujours les mêmes riffs, les mêmes accroches (ce qui l'est plus), comme l'illustrent en effet des titres tels que 'The One You Verse', 'Creepin' Again'. De fait, il nous faut bien admettre que cet opus donne l'impression d'avoir été  réalisé à la va-vite, la créativité en pilotage automatique, loin des réussites de jadis ou même plus récentes. L'absence de Dave Padden y est-t-elle pour quelque chose ? C'est peu probable. Il en faut pourtant plus pour gâter une écoute orgasmique certes vierge de véritables morceaux de bravoure, à l'exception peut-être de l'amorce éponyme et de 'Every Minute' qui ferme la marche en beauté, mais ô combien efficace et remuante. Waters connaît son métier et nous balance des uppercuts rageurs comme il en a le secret ('My Revenge'), confirmant encore une fois qu'il n'est pas près de sucrer les fraises. Vous l'aurez donc compris, "Suicide Society" n'est pas un grand cru mais s'écoute toutefois avec un plaisir communicatif, signe de vie d'un musicien dont il faut saluer la sincérité et l'incroyable vitalité. Et puis de toute façon, un Annihilator en petite forme (tout est relatif) demeure bien supérieur à bien des skeuds ... (2015)



                                     

Soilwork | The Ride Majestic (2015)


Après plusieurs années d'errements discographiques, dont on peut dater le début à "Stabbing The Drama" en 2005, Soilwork en a étonné plus d'un avec "The Living Infinite", double ration d'une qualité presque inespérée sinon miraculeuse. Lui offrir un successeur n'était pas chose aisée. De fait, fortement attendus, les Suédois ne devaient pas décevoir. Se répéter ou resservir la formule faisandée qui a nourri "Sworn To The Great Divide" et "The Panic Broadcast", opus déjà oubliés, serait regrettable voire impardonnable. Contre toute attente, le groupe revient avec ce dixième album à un canevas classique, calibré : onze titres pour presque cinquante minutes de musique. Mais, l'inspiration à nouveau au garde-à-vous, Soilwork renoue avec la réussite brute et directe de ses vertes années. L'ère bénie de "Natural Born Chaos", sommet indétrônable de sa carrière, n'est même parfois pas si loin, la présence tutélaire de Devin Townsend en moins, bien entendu. Il suffit d'écouter la bombe éponyme en ouverture ou certains passages de 'Enemies In Fidelity' pour se convaincre de cette jouissive proximité. Ceux qui avaient abandonné le navire ces dix dernières années seront rassurés, trop heureux de reconnaître ce qui les avait autrefois séduits chez les Suédois, plus que jamais guidés par celui qui s'est finalement imposé comme le quasi maître des lieux, le chanteur Bjorn Strid. Avec ses vocalises aussi puissantes que versatiles, "The Ride Majestic" lui doit forcément beaucoup, comme l'illustrent 'Death In General' et plus encore 'The Phantom' que ses performances, hurlées ou plus claires, émaillent avec brio. Dense, le menu aligne les brûlots, hymnes intenses et catchy, mais témoigne pourtant que ses auteurs n'ont pas tout à fait muselé leurs velléités expérimentales. De fait, nombre de détails viennent perturber une écoute plus nuancée qu'il n'y paraît. Claviers progressifs ('Whirl Of Pain'), lignes de guitares gorgées de mélodies ('Father And Son', 'Watching The World Go Down'), cassures impromptues ('Petrichor By Sluphur', pièce d'une richesse superbe), tous les morceaux reposent sur une construction tumultueuse qui les rend à la fois constamment dynamiques et ambivalents dans leurs teintes d'une sombre limpidité. Bien que mité par de rares moments moins notables qui, placés en fin de parcours ('All Along Echoing Paths', 'Shining Lights') font quelque peu retomber l'intensité, "The Ride Majestic", oeuvre tout simplement jubilatoire, n'en souffre pas, louchant vers la réussite des trois premiers albums. Ce faisant, il fait donc plus que confirmer la forme retrouvée des Suédois, qu'on croyait presque perdus, en dépit d'un "The Living Infinite" de bonne mémoire. De retour dans la course, ils n'ont donc pas (encore) tout dit, ce qui augure d'un avenir prometteur... (2015)


                                     

KröniK | Akentra - Alive (2014)


Séduits en 2010 par un premier album rafraîchissant, nous étions malheureusement depuis sans nouvelles d'Akentra. Le groupe français, qui comptait dans ses rangs à ses débuts deux membres d'Headline, le claviériste Aymeric Ribot et surtout le guitariste Didier Chesneau, est donc enfin de retour, d'où le nom de cette seconde offrande que nous n'espérions plus vraiment. Vivants, les musiciens le sont, bien décidés à rattraper le temps perdu. Ils le méritent tant leur gothic metal le vaut bien. "Alive" reprend les choses où les avaient laissées "Asleep".
Les qualités soulignées à l'époque ne se sont pas envolées avec ces années d'abstinence discographique, à commencer par cette écriture sophistiquée et élégante qui distinguait déjà il y a cinq ans Akentra des nombreux groupes du même style à l'inspiration moisie. Sur un socle serré que recouvrent de lourds sédiments, ces nouvelles compositions, toutes aussi solides qu'irrésistibles, témoignent du long travail de leur auteurs pour en soigner tous les détails, courts tableaux où rien n'est laissé de côté. Varié et dynamique, l'album regorge de (bonnes) idées, illustrées notamment par le très beau 'Lies', titre lent que minent des ambiances désenchantées. Citons également le diptyque 'Final Dance' qui voit une seconde partie aux puissants atours succéder à un premier segment plus calme sinon intimiste, 'Future' gainé d'un enrobage appuyé très heavy, 'My Son' et sa mélodie accrocheuse que tissent des guitares entêtantes, témoignages parmi tant d'autres d'un talent encore trop méconnu. Bien sûr, comment ne pas évoquer le chant de Lucia Ferreira, clé de voûte de cet édifice à la fois lourd et ensorcelant. Elle se fond dans tous les registres avec la même aisance mais démontre encore une fois toute l'étendue de son talent lors de poignantes accalmies, à l'image de 'The One', respiration dont la sobre beauté n'aurait de toute façon pas pardonné la médiocrité. Long de cinquante minutes, "Alive" déroule en définitive un menu que ne grèvent ni baisse de régime ni faute de goût, ponctué de moments magiques. Il honore de manière fidèle et racée un gothic metal plus personnel qu'il n'y paraît car teinté d'une émotion discrète. Cela suffira-t-il pour permettre à Akentra de (re)trouver la place qui devrait être la sienne ? On le souhaite tant cet album transforme l'essai avec intelligence et finesse. Une belle confirmation pour certains, une découverte qui l'est tout autant pour les autres. (2015) ⍖⍖

                                     



Leaves' Eyes | King Of Kings (2015)


On ne présente plus, désormais, Leaves' Eyes, le groupe fondé par Liv Kristine après avoir été éjectée sans ménagement d'un Theatre Of Tragegy qui, ironie du sort, ne s'en est jamais remis. Depuis plus de dix ans, la Norvégienne mène son drakkar, toujours secondée par Alexander Krull (Atrocity), son chanteur de mari, accouchant de nouveaux albums à intervalles réguliers, sans compter ses escapades en solitaires, aussi sucrées qu'insipides bien qu'agréables. Sans avoir l'envergure d'un Nightwish ou d'un Within Temptation, son projet s'est donc imposé comme une valeur sûre du gothic metal sympho qu'elle honore avec élégance et une légère mélancolie. "King Of Kings" est (déjà) sa sixième offrande sous cette bannière. Les premiers contacts avec cet opus ne se révèlent pourtant pas très encourageants. Un titre pour le moins quelconque, tout juste digne d'un mauvais groupe de power metal et surtout l'impression que Leaves' Eyes cherche à braconner sur les terres de Nightwish, la flamboyance en moins, comme semble l'annoncer d'entrée de jeu le morceau éponyme aux arrangements grandiloquents, augurent d'une inspiration et d'une personnalité en berne. Heureusement, l'album vaut mieux que ces décevants préliminaires. Ses traits sont plus durs que sur "Symphonies Of The Night", son prédécesseur, à l'image de 'Halvdan The Black', sur lequel plane toutefois un peu trop l'ombre des Finlandais. Tavelé comme toujours de couleurs folkloriques ('Vengeance Venom'), le menu doit bien sûr beaucoup à la voix de Liv Kristine, capable de toutes façons à elle seule de sauver n'importe quelle chanson. Ses (nombreux) admirateurs seront enchantés par ses lignes ensorcelantes, clé arc-boutant d'un édifice certes peu novateur ('The Waking Eye'), mais aussi chaleureux qu'efficace. Si elle se coule à merveille dans un cadre épique, ce qu'illustrent les très réussis 'Edge Of Steel' et 'Blazing Waters', on la préfère finalement dans un registre plus intimiste, plus sobre sans doute aussi, témoin la ballade teintée d'amertume 'Haraldskvaedi', qui sied admirablement à la pureté cristalline de son timbre. Que dire d'autres à propos de "King Of Kings" si ce n'est qu'il s'inscrit dans la lignée de ses aînés dont il partage la même qualité, poursuivant une évolution plus cinématique encore, à l'œuvre depuis "Njord". Ni simple album de plus ni pierre angulaire de la carrière de ses auteurs, il peaufine une identité au charme délicieusement glacé. (2015)


                                     

Anthares | To My Last Breath (2014)


Dinosaure sur le papier, du haut de ses (quasi) vingt ans d'âge (voire même davantage si l'on compte ses débuts sous le nom de Blooy Hopes), Anthares n'en demeure pas moins un groupe à l'aura modeste, la faute à une carrière ponctuée de trop longs silences. Mais les Français peuvent être considérés comme des vétérans de la scène Thrash hexagonale et cela s'entend. Doublement, dans la forme comme dans le fond. D'une part, loin de quelques puceaux du son qui n'étaient même pas encore conçus lorsque Megadeth publiait son Rest In Peace , les gars possèdent au contraire l'assurance tranquille de vieux briscards à la technique éprouvée quoique sans bavure. Ca, c'est pour la forme. D'autre part, nourris au Thrash originel, ils restent viscéralement attachés à une approche (désormais) old-school du genre, dépassée peut-être pour certains mais pourtant intemporelle. Voilà pour le fond, classique quoique efficace. Scellant le retour de la formation bretonne après un hiatus discographique de seize ans, To My Last Breath se veut donc un album de Thrash à l'ancienne biberonné aux vieux Metallica, à la Bay Area plus qu'à école française des Loudblast et autre Agressor qui ont de toute façon toujours davantage lorgné vers le Death. Le chant hargneux de Julien n'est à ce titre, pas sans évoquer le Hetfield des débuts, comparaison des plus flatteuses s'il en est. Disque à l'ancienne peut-être, le successeur de "Pro Memoria" ne saurait toutefois être perçu comme une rondelle poussièreuse et datée. Si la prise de son ne peut bien sûr soutenir la comparaison avec celle, monstrueuse, du Exhibit A d'Exodus (pour rester chez les anciens), elle laisse néanmoins chaque instrument s'exprimer, s'épanouir avec une puissance authentique. Maintenant ferme une nerveuse érection, To My Last Breath déroule un menu tendu et testiculeux, mélodique et acéré à la fois, brochette d'hymnes tous plus imparables les uns que les autres, de ceux qui s'accrochent à la mémoire comme une moule à un rocher. Sept titres, sept brulôts au format resserré auxquels on reprochera seulement de n'être pas plus nombreux car, après tant d'année d'abstinence, l'opus qui ne franchit même pas la barre des trente minutes au compteur, se pare d'un goût de trop peu. Au moins n'y a-t-il rien à jeter dans cette courte collection à l'intensité fermement dressée. Et quel plaisir de pouvoir savourer un album de ce genre, direct, dépourvu d'esbrouffe et de prétention, un disque sincère, d'une admirable simplicité et toujours inspiré. Bref, un des meilleurs disques de Thrash entendu depuis longtemps, ni plus ni moins ! (2015)


Amorphis | Under The Red Cloud (2015)


Depuis une dizaine d'années et l'arrivée de Tomi Joutsen derrière le micro, les albums d'Amorphis se suivent et se ressemblent (beaucoup). Constants dans une qualité d'écriture que rien ne semble devoir éroder, même pas l'usure du temps, les Finlandais restent fidèles à une empreinte reconnaissable entre mille. Au moins, son public ne saurait être déçu, trop heureux de piocher dans chaque nouvelle livraison son quota d'hymnes inusables. Il serait pourtant injuste d'affirmer que leurs offrandes sont interchangeables car de discrètes nuances les distinguent en réalité les unes des autres. Il suffit d'écouter "Under The Red Cloud" pour s'en convaincre, successeur du solide "Circle", lequel nous avait rassurés après un "The Beginning Of Times" inodore bien que plaisant, comme toujours. Alors certes, la recette demeure immuable, tout comme ce canevas basé sur dix titres au format resserré, ciselés comme une mécanique d'orfèvrerie. Selon son habitude, Esa Holopainen décoche des riffs ensorcelants beaux comme un chat qui dort, comme sur 'Bad Blood', sans doute le Valhalla de l'album, les claviers de Santeri Kallio étendent un tapis soyeux tandis que Joutsen alterne grognements caverneux de sangliers en rut et chant clair, cadre connu néanmoins perturbé par un ton (un peu) plus dur qu'à l'accoutumée. De fait, si l'ensemble sonne toujours très mélodique, teinté de couleurs folkloriques ('Sacrifice'), les racines extrêmes du groupe font cette fois-ci plus qu'affleurer à la surface grâce à un Tomi plus hargneux que jamais, témoins par exemple les sombres 'The Skull', aux lointaines réminiscences de "Far From The Sun" et surtout 'The Four Wise Ones'. Nous ne manquerons pas de signaler aussi les touches orientales qui drapent 'Death Of A King' et 'Enemy At The Gates', dont la noire et lourde architecture surprend agréablement. Vous l'aurez donc compris, ce n'est pas encore cette fois qu'Amorphis décevra ses fans. Relativement plus death que ses directs prédécesseurs, "Under The Red Cloud" s'impose peut-être comme le meilleur opus des Finlandais depuis "Skyforger". Ce faisant, il illustre la forme éclatante d'un groupe qui ne fait décidément pas ses 25 ans d'âge. (2015)


                                     

Black Trip | Shadowline (2015)


Formé en 2004, ce n'est que neuf ans plus tard que la carrière de Black Trip démarre vraiment, en livrant (enfin) un premier album, "Goin' Under", long tunnel qui peut sans doute s'expliquer par le peu de temps que son principal fondateur, Peter Stjärnvind, a à lui accorder pendant toutes ces années, trop occupé entre Entombed dont il est le batteur entre 1997 et 2006, Nifelheim, Krux et bien d'autres encore. Son agenda le lui permettant désormais, ce véritable mercenaire de la scène extrême suédoise semble vouloir maintenant se concentrer sur ce projet dans lequel il tient la guitare (et autrefois la basse). Autour de lui, nous retrouvons une belle brochette de musiciens au sombre pedigree, de Dismember à Necrophobic, de Ordo Inferus à Exhumed. Bref, du lourd, du evil, du qui ne rigole pas. Etonnamment ou non, Black Trip ne braconne pourtant pas sur ces champs démoniaques ou putrides, mais galope à travers les terres d'un heavy metal franchement old school, celui des premiers Maiden. En moins punk et plus lisse toutefois car gorgé de mélodies racées. Qualité qu'il doit autant au chant de Joseph Tholl (Enforcer) qu'à ses lignes de guitares certes nerveuses mais surtout entêtantes. Le résultat est cette seconde cuvée, baptisée "Shadowline", collection d'hymnes tous plus imparables les uns que les autres, serrés dans ce menu râblé d'une petite quarantaine de minutes. Comme souvent avec les Suédois, l'album est difficile à prendre en défaut. Dépouillée, la prise de son claque et reste moderne, ça joue bien, au point de croire que le heavy coule dans les veines de ces gars depuis toujours, ce qui est peut-être bien le cas d'ailleurs. Rien à dire donc, tout y est. Une seule écoute suffit pour être ferré, grâce à cette science immuable du riff qui fait mouche, de la mélodie accrocheuse qui s'imprime durablement dans la mémoire, de 'Die With Me', qui ouvre les portes jusqu' au point final 'Coming Home'. Lent parfois, à l'image du reptilien 'Subvisual Sleep' qui trace des lignes fascinantes, bien que le plus souvent rapide, lancé comme un bolide, "Shadowline" va à l'essentiel. Opus simple et sans fioritures, son magnétisme trahit cependant un vrai travail d'orfèvre ('Sceneries'), expliquant sa réussite et sa supériorité par rapport à tous ses concurrents aux regards braqués dans le rétroviseur du passé. Tout aussi nostalgique et peu original, Black Trip a pour lui cette inspiration d'une classe insolente et naturelle qui fait la différence et lui permet de s'élever bien au-dessus du banal trip vintage à la mode. Il paraît ainsi bien difficile de résister à cet album taillé pour le live. (2015)



                                        

Nightwish | Endless Forms Most Beautiful (2015)


Si les albums de Nightwish sont toujours très attendus, "Endless Forms Most Beautiful" l'est encore plus que les autres car il est le premier à accueillir Floor Jansen derrière le micro, troisième chanteuse de la formation. Autant Anette Olzon n'a jamais vraiment su faire oublier sa devancière à laquelle elle a eu la lourde tâche de succéder et ce, nonobstant l'incontestable réussite des deux offrandes auxquelles elle a participé, autant il n'aura pas fallu longtemps à l'ancienne After Forever pour se mettre le public des Finlandais dans la poche. Une tournée, immortalisée par le DVD "Showtime, Storytime", aura suffi pour donner l'impression que la Batave a rejoint la bande de Tuomas Holopainen depuis des lustres. De fait, beaucoup considèrent - à raison ? - que Nightwish a enfin trouvé la pièce qui lui manquait depuis l'éviction de sa chanteuse historique, permettant à celui-ci de renouer avec des atours plus metal que le grain de voix presque pop d'Anette avait contribué à siphonner quelque peu. Avant de détailler par le menu ce huitième opus (déjà !) et pour en finir avec les questions de ressources humaines, sachez que Troy Donockley, responsable des touches celtiques et de quelques chœurs et discrètes lignes vocales depuis "Dark Passion Play", est désormais un membre à part entière et que, pour des raisons de santé, le batteur Jukka Nevalainen a dû céder sa place pour une durée indéterminée à son compatriote Kai Hahto de Swallow The Sun. Trois ans après un "Imaginaerum" qui, malgré ses qualités, a divisé les fans, surgit donc "Endless Forms Most Beautiful", attendu comme une espèce de Graal par ceux qui ne se sont jamais consolés du départ de Tarja. Pour cette raison - mais ce n'est pas la seule -, l'œuvre est une réussite, en cela qu'elle réunit tous les ingrédients qui ont peu à peu façonné le son du groupe, renouant à la fois avec le lyrisme sombre de "Once" et la grandiloquence cinématique de ses deux prédécesseurs. Pourtant, 'Elan', le premier single certes agréable bien qu'au pénible goût de déjà-entendu, n'augurait pas d'un tel succès, arbre cachant en réalité une foisonnante forêt dont seuls de nombreux  aller-retours à travers ses sentiers dévoilent la richesse touffue. Etonnamment, malgré ses 80 minutes au garrot, l'album passe très vite, enchaînant les perles aux allures de Valhalla, gemmes à la fois moins symphoniques et plus acérées ('Weak Fantasy'), voire carrément  hargneuses à l'image du pesant 'Yours Is An Empty Hope' où la voix rugueuse de Marco Hietala s'accouple à une rythmique plombée tandis que les claviers de Tuomas distillent un climat menaçant. Cela faisait même longtemps que la guitare du sous-estimé Emppu Vuorinen n'avait pas sonné avec autant d'agressivité, témoin ce 'Endless Forms Most Beautiful' gigantesque. Les arrangements, comme toujours de toute beauté, et les échappées celtiques ('My Walden') n'étouffent jamais une flamboyante énergie qui trouve dans la voix puissante de Floor son parfait véhicule. En retrait depuis le split d'Afer Forever que son projet ReVamp n'a pas su remplacer, la belle démontre qu'elle n'a rien perdu de son charisme, ce qu'illustre notamment le mélancolique 'Our Decades In The Sun', sans doute un des sommets de l'album dont il est révélateur des couleurs crépusculaires, les thèmes de la science et de la raison lui servant de combustible. Dommage alors que 'The Greatest Show On Earth', piste terminale de près de 24 minutes, s'éternise, parasitée par une narration qui alourdit un canevas pourtant généreux en fulgurances symphoniques. Sans cette dernière partie qui n'évite donc pas quelques longueurs et une tendance à réchauffer parfois les mêmes mélodies depuis plusieurs albums ('Edema Ruth'), le résultat, qu'irriguent de sombres mélodies, frôle le sans faute et ne saurait décevoir, capable de fédérer aussi bien les fans de la première heure que ceux que "Dark Passion Play" et "Imaginaerum" ont su séduire. On ne pouvait de fait espérer meilleur album à ce moment de la carrière des Finlandais dont on peut penser que l'arrivée parmi eux de Floor Jansen leur a apporté une envie nouvelle mêlée à une dose de sang frais salvateur. Se dévoilant un peu plus à chaque écoute, "Endless Forms Most Beautiful" est un très grand disque qui fera date dans l'histoire de Nightwish. 4/5 (2015)