Du black metal australien, on connait surtout la scène de la Nouvelle-Galles du Sud, qui se confond avec les noms de Ill Omen, Pestilential Shadows, Funeral Mourning ou le défunt Austere.
AU PIF
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News | Regarde les hommes tomber - Ascension
"Ascension", le nouvel album de Regarde les hommes tomber (post black metal), sortira le 28 février 2020 chez Season Of Mist.
News | End Of Mankind - Faciem Diaboli
"Faciem Diaboli", le premier album de End Of Mankind (black metal), sortira le 8 novembre 2019 chez Mallevs Records.
Downfall Of Gaia | Ethic Of Radical Finitude (2019)
Nature Morte | NM1 (2018)
Nature Morte, qu'il ne faut pas confondre avec ses obscurs homologues russe et bolivien, est un trio français, basé plus précisément à Paris. S'il coche toutes les cases du (post) black metal moderne, tant dans la forme (musiciens dont les traits sont brouillés ou avalés par une capuche) que dans le fond (un art noir qui s'affranchit des frontières), le groupe mérite mieux que cette vitrine à la mode derrière laquelle est tapi un potentiel aussi évident qu'effronté.
A lire | With The End In Mind - Unraveling ; Arising (2016 / 2018)
Publié à l'origine en 2016 de façon confidentielle, "Unravelling ; Arising" bénéficie (enfin) aujourd'hui d'une exposition à la hauteur de ses nombreuses qualités, grâce au label Temple Of Torturous. Précédé par l’EP "Thresholder" (2013), il s'agit du premier véritable effort de With The End In Mind, projet américain basé à Olympia. Bien qu'il tende à devenir un groupe à part entière, celui-ci reste avant tout le véhicule d'un seul musicien, Alex Frellich, qui assure le chant et la guitare ainsi que l'écriture et tout le travail derrière la console. Divers collaborateurs l'ont toutefois épaulé pour donner vie à son art. Leurs contributions, voix féminine ou violon notamment, fournissent un indice précieux quant à la teneur d'une offrande dont l'architecture extrêmement étirée des compositions (plus de dix minutes en moyenne) nourrit une expression à la fois orageuse et atmosphérique.
De fait, With The End In Mind arpente les terres torrentielles d'un cascadian black metal aussi abrupt que majestueux, versant épique de l'art noir américain auquel se rattachent des groupes tels que Wolves In The Throne Room, Panopticon ou, dans une certaine mesure, le regretté Agalloch. Les Ayatollahs s'étrangleront sans doute en écoutant "Unravelling ; Arising", estimant que son auteur, à l'instar des formations précitées, trahit le genre qui leur est cher. A tort car dans les replis séduisants de son intimité, cet opus cache une noirceur séculaire ainsi qu'un désespoir profond. Tout du long, une tension rentrée gronde sous la surface de ces longues pistes tempétueuses. Séparé par le court titre éponyme aux allures de respiration instrumentale et fantomatique, le menu se scinde en deux pans. Le premier s'ouvre sur le monumental 'Sings The Sky' dont la lente entame aux confins d'un post rock intimiste précède une éruption foudroyante. Les éléments se déchaînent, chant hurlé, batterie lancée à la vitesse d'un cheval au galop. Le morceau file ensuite en alternant flots atmosphériques et rouleaux qui emportent tout sur leur passage.'Anguish Symmetry' emprunte quant à lui un chemin inverse. Ainsi, aux premières mesures, brutales et tendues comme le foc d'un navire, succède un long développement lumineux et aérien avant de voir le paysage s'assombrir de nouveau, enténébré par des vocalises écorchées et des lignes de six-cordes sabrant le ciel d'une mélancolie granuleuse. Mais la seconde partie de l'album se révèle sans doute la plus passionnante car libérant toutes les nuances de ce black metal dont la force crépusculaire et rugueuse ne l'exonère jamais d'une grande richesse émotionnelle, témoin le sinueux 'From The True Source' qui épouse la forme d'une lente et pulsative élévation, tout d'abord égrenée par des arpèges douloureux et des percussions terreuses et toutes en rondeurs. Puis la tempête éclate, néanmoins zébrée de lignes stratosphériques belles à pleurer. 'Wheeling, Endlessly Wheeling' ferme le menu, étirant un relief meurtri sur plus de douze minutes. La discrète voix féminine qui le drape d'un suaire de désespoir pousse cette pièce d'orfèvre sur la sente fragile d'un Worm Ouroboros trop méconnu. Torrentueux et automnal, "Unravelling ; Arising" est une très belle découverte qui palpite d'émotions à fleur de peau. (10.07.2018)
De fait, With The End In Mind arpente les terres torrentielles d'un cascadian black metal aussi abrupt que majestueux, versant épique de l'art noir américain auquel se rattachent des groupes tels que Wolves In The Throne Room, Panopticon ou, dans une certaine mesure, le regretté Agalloch. Les Ayatollahs s'étrangleront sans doute en écoutant "Unravelling ; Arising", estimant que son auteur, à l'instar des formations précitées, trahit le genre qui leur est cher. A tort car dans les replis séduisants de son intimité, cet opus cache une noirceur séculaire ainsi qu'un désespoir profond. Tout du long, une tension rentrée gronde sous la surface de ces longues pistes tempétueuses. Séparé par le court titre éponyme aux allures de respiration instrumentale et fantomatique, le menu se scinde en deux pans. Le premier s'ouvre sur le monumental 'Sings The Sky' dont la lente entame aux confins d'un post rock intimiste précède une éruption foudroyante. Les éléments se déchaînent, chant hurlé, batterie lancée à la vitesse d'un cheval au galop. Le morceau file ensuite en alternant flots atmosphériques et rouleaux qui emportent tout sur leur passage.'Anguish Symmetry' emprunte quant à lui un chemin inverse. Ainsi, aux premières mesures, brutales et tendues comme le foc d'un navire, succède un long développement lumineux et aérien avant de voir le paysage s'assombrir de nouveau, enténébré par des vocalises écorchées et des lignes de six-cordes sabrant le ciel d'une mélancolie granuleuse. Mais la seconde partie de l'album se révèle sans doute la plus passionnante car libérant toutes les nuances de ce black metal dont la force crépusculaire et rugueuse ne l'exonère jamais d'une grande richesse émotionnelle, témoin le sinueux 'From The True Source' qui épouse la forme d'une lente et pulsative élévation, tout d'abord égrenée par des arpèges douloureux et des percussions terreuses et toutes en rondeurs. Puis la tempête éclate, néanmoins zébrée de lignes stratosphériques belles à pleurer. 'Wheeling, Endlessly Wheeling' ferme le menu, étirant un relief meurtri sur plus de douze minutes. La discrète voix féminine qui le drape d'un suaire de désespoir pousse cette pièce d'orfèvre sur la sente fragile d'un Worm Ouroboros trop méconnu. Torrentueux et automnal, "Unravelling ; Arising" est une très belle découverte qui palpite d'émotions à fleur de peau. (10.07.2018)
Originally published in 2016 on a confidential basis, "Unravelling; Arising" now (finally) benefits from an exhibition that reflects its many qualities, thanks to the Temple Of Torturous label. Preceded by the EP "Thresholder" (2013), this is the first real effort of With The End In Mind, an American project based at Olympia. Although it tends to become a group in its own right, it remains above all the vehicle of a single musician, Alex Frellich, who does the singing and guitar as well as the writing and all the work behind the console. However, various collaborators supported him to bring his art to life. Their contributions, particularly female voices and violins, provide a precious clue as to the content of an offering whose extremely stretched architecture of the compositions (more than ten minutes on average) nourishes an expression that is both stormy and atmospheric. In fact, With The End In Mind explores the torrential lands of a black metal cascadian as abrupt as it is majestic, an epic slope of American black art to which groups such as Wolves In The Throne Room, Panopticon or, to a certain extent, the late Agalloch are associated. The Ayatollahs will probably strangle themselves by listening to "Unravelling; Arising", believing that its author, like the aforementioned bands, betrays the genre that is dear to them. Wrongly because in the seductive folds of its intimacy, this opus hides a secular darkness as well as a deep despair. All along, a tug of tension roars beneath the surface of these long, stormy tracks. Separated by the short eponymous title, which has the appearance of instrumental and ghostly breathing, the menu is divided into two parts. The first opens with the monumental "Sings The Sky", whose slow pace begins at the edge of an intimate post rock scene before a devastating eruption. The elements are unleashed, singing screamed, drums thrown at the speed of a galloping horse. The song then flies away alternating atmospheric flows and rollers that carry everything in their path, while'Anguish Symmetry' takes the opposite path. Thus, after the first measures, brutal and tense as the jib of a ship, there followed a long luminous and aerial development before seeing the landscape darken again, obscured by flayed vocalizations and six-stringed lines sabotaging the sky with a granular melancholy. But the second part of the album is undoubtedly the most exciting because it releases all the nuances of this black metal whose twilight and rough force never exonerates it from a great emotional richness, as witnessed by the sinuous "From The True Source" which takes the form of a slow and pulsating rise, first of all gutted by painful arpeggios and earthy percussions and all in roundness. Then the storm broke out, but it was zebrared with stratospheric lines that were beautiful to cry about. Wheeling, Endlessly Wheeling' closes the menu, stretching a bruised relief over more than twelve minutes. The discreet female voice that drapes him in a shroud of despair pushes this goldsmith's piece onto the fragile scent of a Worm Ouroboros too little known. Torrentuous and autumnal, "Unravelling; Arising" is a very beautiful discovery that pulsates with emotions at the surface of the skin. (10.07.2018)
KröniK | Non- - S/T (2017)
Nouvelle découverte du label Distant Voices, Non- est le jardin secret d'une seule âme, celle de Jack Whelan, laquelle offre avec cet EP éponyme son premier signe de mort. En quatre pistes, le misanthrope dévoile un post black metal torrentiel tavelé de discrètes touches atmosphériques voire shoegaze (soit les trois côtés complémentaires d'un même triangle mélancolique), ce qu'illustre Regret qu'éclaire en fin de parcours un chant féminin spectral, celui de Suzanne Yeremyan. Cette dernière n'est pas la seule à seconder le maître des lieux qui a confié pour l'occasion les synthés et les samples à deux autres êtres humains, présence qui confère à l'objet une dimension organique loin de ces créations qui ne peuvent masquer leur approche confinée et individuelle.
Néanmoins dans l'esprit, Non- demeure bien un véhicule solitaire errant à travers un territoire désolé. Dans le fond, qui laboure le même champs à base de solitude et de tristesse, comme dans la forme, avec ce chant hurlé et cette cadence écumeuse, Whelan aligne tous les codes du genre comme des pinces à linge sur un fil (Absent,Yearn). Or c'est quand elle dévie, certes timidement, de la trajectoire tracée que l'oeuvre gagne en intérêt, le temps des deux derniers titres. Le déjà cité Regret, enrichi de nappes de claviers fantomatiques et de mélopées féminines à l'intérieur d'une construction surprenante car pour une bonne moitié instrumentale, puis Love / Loss dont les 11 minutes au compteur, ouvrent un paysage au relief accidenté, fait de vastes plaines à travers lesquelles galope une guitare trempée dans la rouille, de prairies paisibles et des falaises dressées par une batterie pulsative, montrent ainsi le chemin que l'Américain devrait à l'avenir emprunter. Prometteuse, cette carte de visite témoigne d'un potentiel certain qui reste encore à dépuceler, dans une veine post black shoegaze que son géniteur exploite non sans personnalité. 3/5 (15/10/2017)
Néanmoins dans l'esprit, Non- demeure bien un véhicule solitaire errant à travers un territoire désolé. Dans le fond, qui laboure le même champs à base de solitude et de tristesse, comme dans la forme, avec ce chant hurlé et cette cadence écumeuse, Whelan aligne tous les codes du genre comme des pinces à linge sur un fil (Absent,Yearn). Or c'est quand elle dévie, certes timidement, de la trajectoire tracée que l'oeuvre gagne en intérêt, le temps des deux derniers titres. Le déjà cité Regret, enrichi de nappes de claviers fantomatiques et de mélopées féminines à l'intérieur d'une construction surprenante car pour une bonne moitié instrumentale, puis Love / Loss dont les 11 minutes au compteur, ouvrent un paysage au relief accidenté, fait de vastes plaines à travers lesquelles galope une guitare trempée dans la rouille, de prairies paisibles et des falaises dressées par une batterie pulsative, montrent ainsi le chemin que l'Américain devrait à l'avenir emprunter. Prometteuse, cette carte de visite témoigne d'un potentiel certain qui reste encore à dépuceler, dans une veine post black shoegaze que son géniteur exploite non sans personnalité. 3/5 (15/10/2017)
KröniK | Fen & Sleepwalker - Call Of Ashes II / Stone And Sea (2016)
Hasard du calendrier, c'est à quelques semaines d'intervalle seulement que nous découvrons "Winter", le cinquième très attendu opus de Fen et – enfin - "Call Of Ashes II / Stone And Sea", split partagé avec les Russes de Sleepwalker, annoncé depuis des mois et dont nous désespérions de ne pouvoir un jour en goûter la saveur. Edité par Kzenza Records et prévu à l'origine en mars en dernier, sa sortie a finalement été repoussée à l'automne 2016, pour n'atteindre en définitive nos oreilles qu'en ce début d'année, soit avec quasiment un an de retard et (trop) longtemps donc après qu'il ait été gravé. Mais cette arlésienne est désormais là, prête à être dépucelée.
C'est avec une excitation non feinte que nous entamons la défloration d'une offrande dont l'origine nous échappe, les deux protagonistes n'évoluant pas dans le même registre, Post (rock) black metal pour les Britanniques, Drone (Dark) Ambient pour les Russes dont la renommée pour le moins limitée rend cette association plus étrange encore. Le fait que ce soit leur contribution, entièrement instrumentale, qui lance ce menu long d'une trentaine de minutes, n'en facilite d'ailleurs pas la pénétration. Certes hermétiques et opaques, les trois pistes tricotées par Sleepwalker n'égrènent pas moins une sourde mélancolie, plaintes puissamment émotionnelles dont le tapis électronique est rongé par des guitares grouillantes ('Call Of Ashes II') ou belles comme un chat qui dort, témoin ce 'Oblivion' déchirant. Pulsatif, 'Somnanbulistic Trance' erre, quant à lui, quelque part aux confins d'un post rock minimaliste, passerelle dressée vers la partition sombrement atmosphérique des Anglais. En un quart d'heure qui donne envie d'en écouter davantage, le groupe parvient ainsi à laisser d'épais sédiments dans la mémoire que balaient cependant les compositions enregistrées par Fen, sous la houlette du maître Greg Chandler. Quand bien même ces dernières ne sauraient être considérées comme ce que leurs auteurs ont enfanté de plus inspiré, contrairement à celles qui leur succéderont, rassemblées au sein d'un « Winter » qui fera date (mais c'est une autre histoire), elles affichent les traits si personnels de cet art noir riche de nuances, à la fois aérien et terreux, ancré cette fois-ci dans la roche de ces falaises battues par les vents et la pluie, puisant son inspiration dans les esprits d'un monde maritime déchaîné. Si 'Stone & Sea ' est un instrumental trop court pour que le groupe puisse dérouler ses rouleaux tentaculaires, 'The Last Gravestone' et plus encore 'Tides Of Glass', à la trame meurtrie, vibrent de cette énergie rageuse, de cette noirceur abrupte, gonflée par cette démesure tempétueuse. Sans être indispensable, ce split permet de découvrir un groupe aussi méconnu que prometteur (Sleepwalker) et d'épancher notre soif de Fen... 3/5 (2017) | Facebook
C'est avec une excitation non feinte que nous entamons la défloration d'une offrande dont l'origine nous échappe, les deux protagonistes n'évoluant pas dans le même registre, Post (rock) black metal pour les Britanniques, Drone (Dark) Ambient pour les Russes dont la renommée pour le moins limitée rend cette association plus étrange encore. Le fait que ce soit leur contribution, entièrement instrumentale, qui lance ce menu long d'une trentaine de minutes, n'en facilite d'ailleurs pas la pénétration. Certes hermétiques et opaques, les trois pistes tricotées par Sleepwalker n'égrènent pas moins une sourde mélancolie, plaintes puissamment émotionnelles dont le tapis électronique est rongé par des guitares grouillantes ('Call Of Ashes II') ou belles comme un chat qui dort, témoin ce 'Oblivion' déchirant. Pulsatif, 'Somnanbulistic Trance' erre, quant à lui, quelque part aux confins d'un post rock minimaliste, passerelle dressée vers la partition sombrement atmosphérique des Anglais. En un quart d'heure qui donne envie d'en écouter davantage, le groupe parvient ainsi à laisser d'épais sédiments dans la mémoire que balaient cependant les compositions enregistrées par Fen, sous la houlette du maître Greg Chandler. Quand bien même ces dernières ne sauraient être considérées comme ce que leurs auteurs ont enfanté de plus inspiré, contrairement à celles qui leur succéderont, rassemblées au sein d'un « Winter » qui fera date (mais c'est une autre histoire), elles affichent les traits si personnels de cet art noir riche de nuances, à la fois aérien et terreux, ancré cette fois-ci dans la roche de ces falaises battues par les vents et la pluie, puisant son inspiration dans les esprits d'un monde maritime déchaîné. Si 'Stone & Sea ' est un instrumental trop court pour que le groupe puisse dérouler ses rouleaux tentaculaires, 'The Last Gravestone' et plus encore 'Tides Of Glass', à la trame meurtrie, vibrent de cette énergie rageuse, de cette noirceur abrupte, gonflée par cette démesure tempétueuse. Sans être indispensable, ce split permet de découvrir un groupe aussi méconnu que prometteur (Sleepwalker) et d'épancher notre soif de Fen... 3/5 (2017) | Facebook
Interview | Cepheide (Avril 2016)
Pouvez-vous revenir sur la fondation de Cepheide ? Quel était alors votre but ? Que cherchiez-vous à exprimer ?
Thomas : Nous n'avions pas d'ambition particulière hormis celle de faire la musique que nous voulions entendre, qui nous manquait au quotidien. Nous n'avons pas théorisé le projet à son commencement et n'ayant pas les mêmes approches de ce que nous faisons, chacun aura une manière différente de raconter ce projet. Je pense que nous avons extériorisé nos frustrations et nos colères dans ce groupe. En cela, Cepheide est un exutoire pour nous.
Vous possédez déjà une forte identité qui, je trouve, ne ressemble à aucune autre. Comment la définiriez-vous ?
Gaetan : C'est un peu dur d'avoir du recul sur son projet par rapport aux autres. Quoi qu'il en soit , cela peut s'expliquer peut être par le fait que justement nous ne prêtons pas attention aux «codes» du black métal en général car nous ne nous sentons pas concernés par ce genre de choses. Nous nous posons beaucoup de questions sur l’existence, notre place dans le monde et dans l'espace etc , donc nos compos et notre visuel s'inspirent de ces questionnements qui nous semblent plus important que certains codes pour appartenir à une « scène ».
Votre art est aux confins du black dépressif et du post black. J'imagine que vous n'avez que faire de ce genre d'étiquettes mais êtes-vous cependant d'accord avec cette définition ?
Gaetan : J'ai du mal à être totalement en accord avec le mot dépressif. Bien que le chant soit à vif et que les textes traitent de sujet souvent difficile, il y a aussi des passages très lumineux que ce soit sur le plan musical ou dans les textes. On va dire que l'étiquette « Black » suffit pour traduire la partie sombre du projet et que le reste découle plus de la folie et d'une hypersensibilité que de la dépression.
Thomas : Je ne sais pas, nous ne nous attachons pas vraiment à ce que nous avons fait et nous ne souhaitons pas refaire ce que nous avons déjà accompli. Nous réinventer à chaque chapitre est une volonté pour nous.
Cepheide se caractérise par la longueur de ses compositions. De quelle manière s'articule leur écriture ? Est-ce plus difficile de faire ce genre de morceau ?
Thomas : Ça dépend vraiment de l'ambiance que l'on a envie de donner à nos albums. "De Silence et de Suie" avait un caractère plus "tempétueux" et "infâme". L'écriture a été très spontanée et brutale. L'enregistrement a lui aussi été dans ce sens et les compositions ne traînent pas. Nous avons composé "Respire" totalement différemment. Nous prenions le temps d'écouter, de réfléchir aux thèmes développés et aux sonorités. De plus, dans son concept intrinsèque, Respire se devait de ne pas être coupé en morceaux traditionnels. Globalement, nous n'avons pas écrit des morceaux longs pour faire des morceaux longs. Il se trouve que c'est ce qui en est sorti de nos réflexions.
Je trouve que votre art revêt aussi une dimension très visuelle, presque picturale. Il m'évoque par exemple les travaux de Gustave Doré par exemple.
Thomas : C'est un artiste qui est très mis en avant par cette scène mais nous n'avons pas pensé à lui ni à un autre. Je pense que les gens peuvent identifier notre musique à ce qu'ils veulent. Certains y voient des paysages marins ou célestes, d'autres y voient simplement leurs émotions les plus noirs. Nous essayons de faire correspondre nos artworks avec l'atmosphère de nos albums. Les gens peuvent penser que nous avons pour sujet l'espace, le vide, etc, mais nous préférons y voir la futilité de l'être humain à l'échelle cosmologique.
Malgré la forte dimension instrumentale de votre musique, les textes se révèlent tout aussi important. Quels thèmes abordés-vous ? Êtes-vous influencés par certains poètes français ?
Gaetan : Oui, les textes sont tous aussi importants que le coté instrumental de nos compositions et sont surtout écrits pour qu'ils trouvent une résonance même détachés de leur morceau respectif. Pour Cepheide, il n'y a pas d'influences particulières. Au moment où ils ont été écrits, je ne lisais quasiment pas ou du moins pas assez pour en être influencé. Par ailleurs, je lisais et je lis régulièrement le dictionnaire afin d'être inspiré par l'essence et la sonorité du mot en lui même et non par une phrase ou par un concept déjà achevé. J'ai l'impression que cela permet d'être plus libre dans la construction, dans le mariage des mots et fait travailler d'avantage l'imaginaire. Il n'y a pas non plus de thème particulier pour Cepheide bien que les textes évoquent très souvent le souvenir et la folie. Pour moi, le premier engendre souvent le second. Le temps qui passe et le coté nébuleux de la vie est responsable de tellement de névroses.
Vos textes semblent se nourrir de religion et de philosophie. Est-ce exact ?
Gaetan : Nous n'évoquons pas la religion dans nos textes. Pour ma part, je la trouve malheureusement déjà trop présente et dénuée de sa sacralité dans la société actuelle pour qu'il y est un intérêt à faire de la surenchère. Je suis plus en accord avec le terme de philosophie même si il n'y a pas d'idéologie propre à Cepheide. Nous essayons de faire en sorte que l'articulation des phrases soient la plus abstraites possibles afin de rendre les textes plus nébuleux, plus doux pour des sujets abordés souvent sensibles. J'aime l'idée que le thème principal puisse être différent suivant la lecture de chacun, alors que l'essence propre du texte raisonne pourtant entre chacune de ses lignes.
J'aime beaucoup la façon dont vous placez le chant, à la fois lointain et pourtant agressif.
Gaetan : Dans nos compostions, nous considérons le chant comme un instrument à part entière. Nous essayons donc de le placer en conséquence par rapport aux autres éléments du morceau. Je ne suis pas trop d'accord avec le mot « agressif ». Nous souhaitons que le chant interpelle et accentue certains passages mais il n'a pas la volonté de heurté l'auditeur ou de créer une rupture. De plus, si on rejoint l'étique du projet, même si le chant est hurlé , il est plus question de mise à nu et de mélancolie que d'agressivité.
Une démo, un EP, à quand l'album ?
Thomas : Bien que nous n'ayons jamais vraiment parlé d'EP ni de démo pour nos sorties passées, nous travaillons en ce moment à un format plus long. Nous commençons à avoir une idée de ce vers quoi nous souhaiterions aller en terme de sonorité mais nous allons prendre le temps nécessaire pour faire mûrir nos idées.
Gaetan : Globalement, nous aimerions aboutir à un album qui puise autant dans la spontanéité de De silence et de suie que dans l'aspect plus réfléchi et plus progressif de Respire.
Vous produire sur scène vous intéresse-t-il ?
Thomas : Ce n'est pas notre objectif premier mais nous avons commencé à nous y mettre, oui.
D'une manière générale, ne croyez-vous pas que le black métal perd une part de sa magie, de son aura, lors de concerts parfois approximatifs ?
Thomas : Je pense que l'on sait à quoi s'attendre. Les concerts de Black metal ont toujours plus été une sortie au bar entre potes qu'une messe noire de toute façon. On écoute pas de la même façon tel ou tel artiste, surtout au sein de cette scène. En ce qui nous concerne, nous n'essayons pas de coller absolument à nos enregistrements, mais plutôt de jouer nos compos tel qu'on le ressent sur le moment.
Un mot sur Scaphandre ? Le projet existe-t-il toujours ? Les EPs datent de 2012 déjà...
Gaetan : Alors, le projet existe toujours mais pour le moment il n'y a pas de nouvelle sortie de prévue. A l'époque, j'ai démarré Scaphandre car je ne me retrouvais dans aucunes des influences que pouvait me proposer mon entourage. Depuis le commencement de Cepheide, ayant la chance de trouver une complémentarité avec Thomas et Sébastien, je ne ressent pas le besoin de sortir un album solo et je préfère m'investir dans une composition commune. De plus j'ai également intégré un projet de black métal raw atmo' récemment dont la démo devrait sortir d'ici peu, ce qui me prend beaucoup de temps et d'énergie. Étant très enthousiaste pour ce nouveau projet et pour la suite de Cepheide, Scaphandre est donc simplement mis un peu de coté pour le moment.
KröniK | Solefald - World Metal. Kosmopolis Sud (2015)
Malgré son origine norvégienne et le fait d'avoir "vu la nuit" peu après les événements qui ont secoué le genre au début des années 90, Solefald n'a jamais vraiment été un groupe de black metal comme les autres, impression ressentie dès le séminal "The Linear Scaffold" en 1997 puis confirmée par ses successeurs.
Cornelius et Lazare (Borknagar), ses deux uniques membres, sont des musiciens trop intelligents et visionnaires pour se contenter de blasphémer en faisant saigner les muqueuses. A cette approche orthodoxe, ils ont donc très tôt préféré une expression plus philosophique, plus ambitieuse sinon évolutive sans pour autant renier leurs féroces racines. Si, œuvres extrêmement originales, "In Harmonia Universali" puis le diptyque "Red Fore Fire" / "Black For Death" demeuraient encore plutôt accessibles, que dire en revanche de "Norron Livskunst", opus pour le moins hermétique et sans doute incompris ? A force de vouloir expérimenter aux quatre vents, les Norvégiens se sont peu à peu éloignés de nous, s'enfermant dans un trip dont eux seuls ont la clé. Les premières informations qui ont circulé quant à la teneur de ce nouvel album, présenté comme le fruit incongru d'un mélange entre black metal et inspiration ethnique, world et électro, n'étaient pas pour nous rassurer, sans pour autant être surprenantes pour qui se souvient de "The Circular Drain", sorte de compilation bourrée de remix de vieux morceaux passés à la moulinette. Toutefois, après de douloureux préliminaires, "World Metal. Kosmospolis Sud", réponse au récent EP "Norronasongen. Kosmopolis Nord", se dévoile tout doucement, disque au final plus facile à pénétrer que son prédécesseur. Pourtant, la présentation qui en a été faite est on ne peut plus juste, mixture bizarre où copulent rythmes africains syncopés ('Bububu Bad Beuys'), arrangements déglingués, kystes électro voire quasi technoïdes ('World Music Black Edges'), volutes orientales façon "Laurence d'Arabie" ('2011, or Knight Of The Fail' et ses nappes de claviers seventies) ... Il faut ajouter à cela une large palette vocale brassant voix parlées, graves et profondes, chant hargneux ou envolées émotionnelles pour aboutir à un résultat (forcément) déroutant mais dont le charme finit néanmoins par opérer sans que l'on sache trop comment, même si l'organe de Lazare n'y est sans doute pas étranger. Par sa simple présence vocale, source intarissable de frissons, l'homme est capable de toute manière de sauver n'importe quel album. L'inspiration débridée de Cornelius fait le reste, truffant toutes les pistes de richesses qui les rendent aussi captivantes que bigarrées, en un syncrétisme sonore en définitive plus digeste qu'il n'y parait de prime abord. "World Metal" reste donc du pur Solefald, dont le mélange des genres ne doit pas effrayer car la perplexité des premières écoutes laisse ensuite la place à une réelle jouissance. 3/5 (2015)
Cornelius et Lazare (Borknagar), ses deux uniques membres, sont des musiciens trop intelligents et visionnaires pour se contenter de blasphémer en faisant saigner les muqueuses. A cette approche orthodoxe, ils ont donc très tôt préféré une expression plus philosophique, plus ambitieuse sinon évolutive sans pour autant renier leurs féroces racines. Si, œuvres extrêmement originales, "In Harmonia Universali" puis le diptyque "Red Fore Fire" / "Black For Death" demeuraient encore plutôt accessibles, que dire en revanche de "Norron Livskunst", opus pour le moins hermétique et sans doute incompris ? A force de vouloir expérimenter aux quatre vents, les Norvégiens se sont peu à peu éloignés de nous, s'enfermant dans un trip dont eux seuls ont la clé. Les premières informations qui ont circulé quant à la teneur de ce nouvel album, présenté comme le fruit incongru d'un mélange entre black metal et inspiration ethnique, world et électro, n'étaient pas pour nous rassurer, sans pour autant être surprenantes pour qui se souvient de "The Circular Drain", sorte de compilation bourrée de remix de vieux morceaux passés à la moulinette. Toutefois, après de douloureux préliminaires, "World Metal. Kosmospolis Sud", réponse au récent EP "Norronasongen. Kosmopolis Nord", se dévoile tout doucement, disque au final plus facile à pénétrer que son prédécesseur. Pourtant, la présentation qui en a été faite est on ne peut plus juste, mixture bizarre où copulent rythmes africains syncopés ('Bububu Bad Beuys'), arrangements déglingués, kystes électro voire quasi technoïdes ('World Music Black Edges'), volutes orientales façon "Laurence d'Arabie" ('2011, or Knight Of The Fail' et ses nappes de claviers seventies) ... Il faut ajouter à cela une large palette vocale brassant voix parlées, graves et profondes, chant hargneux ou envolées émotionnelles pour aboutir à un résultat (forcément) déroutant mais dont le charme finit néanmoins par opérer sans que l'on sache trop comment, même si l'organe de Lazare n'y est sans doute pas étranger. Par sa simple présence vocale, source intarissable de frissons, l'homme est capable de toute manière de sauver n'importe quel album. L'inspiration débridée de Cornelius fait le reste, truffant toutes les pistes de richesses qui les rendent aussi captivantes que bigarrées, en un syncrétisme sonore en définitive plus digeste qu'il n'y parait de prime abord. "World Metal" reste donc du pur Solefald, dont le mélange des genres ne doit pas effrayer car la perplexité des premières écoutes laisse ensuite la place à une réelle jouissance. 3/5 (2015)
KröniK | Germ - Escape (2016)
Nous sommes nombreux à vénérer celui que l'on a longtemps connu sous le sobriquet de Sorrow pour son travail sous la bannière dépressive de Austere. Même si la paternité de ce dernier groupe revenait à son comparse Desolate, nous avions tous regretté que ce projet soit trop tôt sabordé (après seulement cinq années d'existence) et jamais remplacé. En 2012, soit deux ans après que le duo ait décidé de mettre un terme à leur collaboration, la naissance de Germ nous a alors laissé croire que son successeur était enfin arrivé. Las, ni "Wish" (2012) ni "Grief" (2013), les deux premiers essais de l'Australien en solitaire, n'ont vraiment réussi à nous convaincre totalement.Alors que nous espérions trouver les héritiers de "Withering Illusions And Desolation" et "Lay Like Old Ashes", et leur engeance suicidaire, c'est un art noir, certes toujours aussi mélancolique, mais plus mélodique, sinon sirupeux, que négatif, qui s'est déversé à leur place. En cherchant à exploiter cette veine shoegaze à laquelle Alcest a donné ses lettres de noblesse, Yatras donnait l'impression d'avoir perdu une part de son identité, voire de son talent, quand bien même cette doublette est loin d'être honteuse. Nous en attendions plus et autre chose, voilà tout. Or, contre toute attente, "Escape", qui voit la nuit après un silence long de trois années, surprend agréablement. Non pas que Germ ait renoncé ni à cette expression désenchantée à la mode ni à ses influences, mais une forme de noblesse jusqu'alors inédite enrobe ces compositions étirées qui trouvent cette fois-ci le ton juste, entre beauté désespérée et noirceur éthérée, témoin ce 'Closer' que voilent des nappes de claviers délicates. Renouant avec une sève créatrice chargée d'une douloureuse contrition, le maître des lieux appose sa griffe, reconnaissable dès l'éponyme 'Escape', entame aux allures de synthèse. Voix qui perce la brume et hurle comme si demain ne devait plus exister, riffs obsédants qui suintent une inexorable tristesse et tapis électronique évanescent définissent une écriture soignée qui marque de son sceau un ensemble empreint d'une misérable gravité. Germ a trouvé son chemin, balisé sans aucun doute mais plus inspiré que sur les deux disques précédents, comme l'illustrent des gemmes tels que 'I'll Give Myself To The Wind' que drapent quelques lignes de chant clair et profond, 'With The Deat Of A Blossoming Flower', le titre le plus torrentiel du lot, ou 'Under Crimson Sky', (fausse) respiration percée de sombres fissures. En définitive, aux confins d'un post black nourri au shoegaze, "Escape" est peut-être bien le meilleur album de l'Australien depuis la fin d'Austere, équilibre miraculeux entre obscurité et lumière. 3.5/5 (2016)
KröniK | Scars From A Dead Room - Vengeance (2016)
Bien qu'originaire du Québec, Scars From A Dead Room ne noue en réalité que peu de liens avec ses compatriotes Forteresse, Monarque, Sorcier des Glaces et autre Sombres Forêts. S'il déballe tout l'attirail autant sinistre que glacial propre à cette chapelle, cet obscur projet manifeste sa haine et sa profonde négativité d'une manière moins orthodoxe quoique toute aussi intense. Certains appelleront cela du post black, d'autre du DSBM, qu'importe car l'essentiel se trouve ailleurs que dans ces étiquettes aussi vaines que maladroites, lesquelles ne sont au final que les différents noms d'un mal unique, tapi dans les replis intimes d'une chair ténébreuse. L'important demeure cette capacité à fouiller la nuit, à presser les tourments de l'âme pour en extraire un foutre fielleux. En cela, Vengeance s'avère être une réussite. Si nous n'en savons toujours pas plus sur son géniteur, ce qui frappe en revanche, sont les progrès réalisés par Scars From A Dead Room depuis une première rumination éponyme déjà de bonne mémoire. En deux ans, son art a gagné en profondeur et en nocivité, remisant au fond de douves humides les courtes pistes qui perforaient (parfois) son offrande séminale. A leur place, ce sont des pièces aux ramifications aussi noueuses que tentaculaires qui se répandent leur semence ravagée, sans pour autant mettre en jachère une violence déchaînée, témoins les premières saillies grâce auxquelles l'oeuvre écarte les cuisses, ouvrant un espace béant vers la noirceur abyssale de son antre. A Blind Eye et La sorcière dans le miroir font ainsi d'emblée saigner les muqueuses tout en charriant des remugles malsains libérés par des riffs pollués. Mais, à partir de l'énorme A Prophecy Of Doom, le ton change, le tempo se fige, prisonnier d'un cercueil de pierre. La guitare étend un voile mortifère en un sustain hypnotique, vibrations maladives gonflées d'un désespoir nihiliste. Supplique funèbre et osseuse, Hand In Hand confirme le corridor tortueux que suivra alors Vengeance, malgré un Spanish Moss épidermique, jusqu'au terminal Ay Trista Vida Corpora, ultime soubresaut dont la voix féminine qui surgit comme une figure spectrale, envoûte avant d'attirer dans un gouffre sans fin, mélopée lugubre qu'accompagnent de lointain cris écorchés. L'opus s'achève dans une apothéose d'ambiances charbonneuses, à la fois charnelle et mélancolique, définitive et belle à pleurer. Viscéralement cathartique, Vengeance gronde d'une puissance tellurique et affirme la créativité d'une entité aussi rare que précieuse. 4/5 (2016)
KröniK | Sylvaine - Wistful (2016)
Si le black metal fourmille depuis toujours de one-man bands, les femmes solitaires s'y font en revanche beaucoup plus rares, comme d'ailleurs dans la plupart des autres styles. Sylvaine compte donc parmi ces quelques belles qui ont décidé de tout faire elles-mêmes, artistes complètes que n'effraie aucun instrument. Malgré ce que son nom pourrait laisser croire, la séduisante blonde - ce qui ne gâche rien - n'est pas française mais norvégienne, originaire d'Oslo pour être précis. Pourtant, de nombreux liens semblent l'unir à notre pays. Ainsi, capturé dans l'antre de nos Drudenhaus Studios, "Wistful" voit aujourd'hui la nuit chez Season Of Mist. Mais, davantage qu'à travers ces détails formels, cette âme française se matérialise avant tout dans l'essence même de la musique qu'elle tisse, enracinée dans le substrat d'une doucereuse noirceur de ce blackgaze à la fois contemplatif et abrasif que forge Alcest, devenu en quelques années une des formations les plus influentes du genre. Si Neige, son leader, apparaît sur ce deuxième album au détour de quelques parties de batterie, sa présence va pourtant en réalité bien au-delà de cette discrète participation tant les lignes vocales écorchées semblent être son œuvre et non pas celle de la maîtresse des lieux, cependant que le chant clair n'est pas non plus sans évoquer les mélopées d'Audrey Sylvain, ancienne partenaire de Neige au sein du trop tôt disparu Amesœurs et de Peste Noire. Sylvaine baigne dans cette mouvance douloureusement éthérée dont certains Ayatollahs estimeront toujours qu'il ne s'agit pas de black metal. Mais il faut être sourd pour ne pas percevoir la désolation qui infuse de cette partition écrite à l'encre noire du désespoir par une artiste avec un grand A dont l'interprétation à tous les postes ne saurait susciter la moindre réserve. Encore trop sous influence, la maîtresse des lieux distille néanmoins sa timide personnalité qui devrait, n'en doutons pas, s'affirmer avec le temps, lorsque sa voix d'une pureté cristalline entraîne l'auditeur le long d'une sente mystérieuse que borde une forêt engluée par le froid hivernal, témoin ce 'Ghost Trapped In Limbo' d'une poésie mortuaire. Les envolées post-rock d'un 'Like A Moth To A Flame' et l'ambient squelettique du terminal et éponyme 'Wistful', pièce instrumentale que voile une inexorable mélancolie, participent d'une signature qui se nourrit de l'humus scandinave. Certes (trop) inféodée aux codes du black shoegaze, Sylvaine n'en demeure pas moins un projet passionnant qui doit beaucoup de son magnétisme aux charmes à la fois éthérés et fantomatiques de son auteure, qui se fend d'une offrande que les amoureux du genre ne peuvent bouder. 4/5 (2016)
KröniK | Ghost Bath - Moonlover (2015)
Ghost Bath n'aime rien moins que brouiller les pistes. A l'image de son origine géographique qu'on a dans un premier temps cru chinoise alors qu''elle serait en fait américaine, son identité se révèle insaisissable. De loin, en effet, son art paraît macérer au fond du creuset d'un black metal d'inspiration dépressive. Le titre de son galop d'essai, « Funeral » (2014), le chant hurlé qui perce le voile opaque d'une nuit éternelle et des atmosphères qui suintent un misérable désespoir participent de cette (pas si) évidente filiation. Que le groupe se nourrisse d'influences shoegaze renforce cette impression. Celui-ci pourrait donc se limiter à n'être qu'un flagellant de plus, se meurtrissant les chairs à coups de scalpel rouillé. Mais de loin, la réalité se veut plus nuancée car Ghost Bath s'affranchit des codes du genre, brise le pesant carcan du DSBM, louvoyant entre plusieurs (sous) chapelles, du post black au black atmosphérique, quand bien même celles-ci ne sont ni plus ni moins que les différents côtés d'un seul édifice aux ténébreuses fondations. C'est ce qui fait tout le sel de « Moonlover », deuxième opus dont la richesse le rend non seulement passionnant mais surtout imprévisible. Habillé d'un visuel insolite qui tranche par rapport aux conventions esthétiques coutumières dans le style malgré son noir et blanc, premier indice d'une expression extrêmement personnelle, ce méfait suit un tracé pour le moins curieux tour à tour intensément brutal ou puissamment contemplatif. Entame squelettique, 'The Sleeping Fields' égrène des notes douloureuses avant que la bête se mette en branle avec un 'Golden Number' torrentiel. Tandis que le batteur se prend pour le Lapin Duracel, le chanteur vomit des cris écorchés lointains. Mais très vite, le ton se pare de mélodies qui n'évitent que de peu le sirop, grâce à cette noblesse de trait empreinte d'un spleen majestueux. Au gré de ses neuf minutes, les traits changent fréquemment, oscillant entre le pur black metal et un post rock osseux. Plus intéressant encore se veut 'Happyhouse', échappée qui elle aussi hésite entre la plainte lancinante et l'envolée débridée, golem aux pieds d'argile que sculptent des guitares engourdies par un désespoir granuleux. Suivent alors deux pistes instrumentales du plus bel effet, 'Beneath The Shade Tree' puis le premier volet du diptyque 'The Silver Flower', que berce une ambiance rêveuse tavelée toutefois d'une sourde amertume. Dès lors, l'opus gagne en pouvoir d'évocation et en grandeur, entre la seconde partie de cette longue pièce qui creuse un sillon suicidaire, un 'Death And The Maiden' galopant à travers de funestes paysages avant de s'abîmer peu à peu dans une tristesse langoureuse et le terminal 'Ascension', titre tout aussi reptilien dans sa tortueuse progression, labyrinthe qu'irriguent ces guitares aux grains stratosphériques. "Moonlover" confirme le potentiel de Ghost Bath, qui parvient à transcender le credo d'un black dépressif aux atours déliés. 3,5/5 (2016)
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