AU PIF

Affichage des articles dont le libellé est Artefactum. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Artefactum. Afficher tous les articles

KröniK | Artefactum - Chaos Elements (2005)


Seconde émanation noire de Artefactum, one woman band menée par la mystérieuse Merissa d’Erlette, Chaos Elements est encore une fois une de ces œuvres qui se vit, se ressent plus qu’elle ne s’écoute. Hermétique à plus d’un titre, elle est une lente plongée dans les abysses. Bande son entre ambiant hypnotique et musique drone inquiétante au souffle tellurique, Chaos Elements semble constamment écartelé entre beauté contemplative et laideur grondante. Si la première piste, "Aurora Over Labyrinth", dessine un décor (faussement) rassurant, brume qui se lève au-dessus du chaos, dès le magnifique "Terra", la Polonaise nous entraîne dans son sillage dans un labyrinthe dont elle seule possède sans doute la clé.
Malgré ses belles nappes électroniques, il s’agit d’un magma bourdonnant de sons comme vomi des entrailles de la terre. Artefactum livre sa vision des quatre éléments, une vision étrange et crépusculaire, toujours au bord d’un gouffre, impression confirmée par "Aer", dérélict étouffant qui dérive dans un brouillard nébuleux, copulation d’atmosphères à la fois aériennes et industrielles, cependant que "Ignis" adopte les courbes décharnées et minimaliste d’un monstre d’où ruisselle un torrent de sang mélancolique. Bien que subdivisé en six segments, Chaos Elements se divise en réalité et très clairement en deux parties : une longue pièce en quatre temps, expression sonore désespérée de la terre, de l’air, du feu et de l’eau, quatre plages que cimentent des effluves de sons autarciques et qu’encadrent deux forteresses - "Aurora Over Labyrinth of the World" et "From Sulphur To Mercury : Hermetic Triumph" - qui elles aussi se répondent par une communauté d’ambiances et de motifs identiques, construction qui confère à ce Chaos Elements des allures cycliques évidentes. (Forcément) difficile d’accès, est-ce un bon album ? La réponse dépend de votre conception de la musique, selon que vous la définissez comme un plaisir immédiat ou bien comme un moyen de transport vers un ailleurs organique et presque divin. Chaos Elements a définitivement quelque chose de démiurgique. 3/5 (2010)






KröniK | Artefactum - Sub Rosa (2008)


Les hommes n’ont pas (plus) le monopole de la noirceur insondable. Prenez par exemple Merissa d’Erlette, blonde polonaise qu’on imaginerait pas de prime abord forger avec son une masse sombre de musique organique ambient. C’est pourtant ce qu’elle fait, et bien en plus, avec son Artefactum à elle toute seule, projet culte actif depuis 2001 et quelques travaux qui le sont tout autant et  parmi lesquels des collaborations diverses avec Desideri Marginis ou bien Horologium. 7’ep (ou 45 tour comme on disait quand j’étais môme) pressé à 300 exemplaires d‘une petite dizaine de minutes, Sub Rosa  affiche en tant qu’objet une couleur rose faussement trompeuse, qu’un petit nœud complète d’une manière romantique.
Or, comme de bien entendu, ces deux respirations perturbées, si elles possèdent un caractère contemplatif évident, ne sauraient pour autant servir de bande-son à une roucoulade sous une lumière tamisée. « Rosa Alba » et « Rosa Rubea » forment un magma drone où bruitages inquiétants, sons étouffés et voix féminines tellement lointaines qu’elles en deviennent fantomatiques, fusionnent, se mélangent pour enfanter une musique (,) mutante au souffle étrange, presque irréel. Effrayant peut-être, ceci dit, une vraie beauté souterraine serpente à travers ces effluves désincarnées, à l’image du magistral « Rosa Rubea ». Noir. Décidément, entre Ovro et Allseits, pour ne citer que deux autres exemples féminins, Artefactum prouve que l’on peut téter des seins gonflés d’un fluide industriel hypnotique tout sauf maternel. Dernier petit signe de mort, qui plus est gravé en 2006, de la Polonaise, dont on aimerait rapidement avoir des nouvelles plus conséquentes, Sub Rosa est donc un gemme précieux dont la très courte durée ne grève pas son abyssale profondeur. Terrifiant. 3/5 (01/06/2010)