Que Signal Rex, via sa sous-division Harvester Of Death, l'accueille dans son catalogue, ne doit pas vous égarer. Óreiða n'est ni portugais (origine d'une majorité de groupes signés par le label) ni artisan d'un art noir primitif (qui semble avoir la préférence de l'écurie lusitanienne).
AU PIF
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Soon | Black Howling - Return Of Primordial Stillness
Löbo | Älma (2010 / 2016)
Publié à l'origine il y a six ans en CD par un Major Label Industries, désormais en sommeil, « Älma » a droit aujourd'hui à une seconde vie grâce à Signal Rex qui a eu la bonne idée de le rééditer en format cassette. Ceux - les plus nombreux sans doute - qui étaient passés à côté de ce EP, alors second signe de vie de Löbo lequel, s'est montré depuis pour le moins avare d'une semence pourtant prometteuse (nous y reviendrons), pourront donc combler cette lacune. Car, si nous avions réussi à vivre sans elle pendant ces années et aurions d'ailleurs continué à le faire sans cette réédition, force est de reconnaître que cette modeste offrande n'est pas sans intérêt, loin s'en faut, opus dont la valeur est inversement proportionnelle à sa (trop) maigre durée. Contrairement à ce que son nom et son origine géographique – le Portugal - pourraient laisser imaginer, Löbo ne prêche pas au sein d'une chapelle noire lusitanienne à laquelle votre serviteur , cela ne vous aura pas échappé, voue une dévotion certaine, mais explore plutôt les arcanes mélancoliques d'un post doom plus atmosphérique que plombé, plus cosmique que mortifère, quand bien même quelques stigmates funéraires lui meurtrissent la peau aux traits étirés. 'Aqui em baixo a alma mede-se com mãos cheias de pedras', qui ouvre l'écoute, s'engouffre presque d'ailleurs dans le sillage pétrifié du Esoteric contemporain, le chant inhumain de Greg Chandler en moins car le groupe tisse en fait une trame instrumentale qu'aucun kyste vocal ne vient jamais corrompre. Comme happées par un vertigineux trou noir, ces quatre pistes, qui semblent en définitive n'en former qu'une seule, longue de plus de trente minutes, baignent dans une ambiances spatiale qu'étendent des claviers mangeurs d'espace, témoin ce 'Carne e Sombra' que vrillent toutefois des rushs de six-cordes échappées du lointain. Si l'ensemble manque de nerfs et s'éternise parfois un peu, le batteur ayant le temps d'aller pisser entre deux coups de caisse claire, les Portugais n'en maîtrisent pas moins l'art de la progression lancinante, du coup de boutoir qui perfore le rideau de brume, à l'image de 'Por fim só. Livre' dont le pouls se réveille lors d'une seconde partie d'une foudroyante beauté. Architecte d'un maillage fleuve presque métaphysique dans son emphase crépusculaire , Löbo puise sa singularité dans ces atmosphères stellaires jaillissant d'un socle rocailleux, caractère aussi unique qu'étrange, teinté de mystère, qu'illustre 'Matei os meus mestres - Silenciei os meus ídolos', lente pulsation qui, une fois à mi-parcours, s'enfonce brutalement dans les abîmes, plongée glaciale dans les profondeurs de ténébreuses fosses marines à la manière du Shape Of Despair le plus sinistre. Souhaitons que cette (re)découverte offre à Löbo un second départ tant cet opuscule capable d'envahir les sens, donne envie d'en écarter les cuisses à l'infini pour goûter davantage que ces préliminaires annonciateur d'un orgasme plus grand encore... (2016)
Örök | Übermensch (2015)
Comme le laisse deviner le non de son label, Signal Rex Records, Örök a vu la nuit au Portugal, terre crépusculaire dont la richesse ténébreuse ne cesse de se dévoiler. D'obédience crue et malsaine le plus souvent, les entités officiant au sein de cette chapelle impie peuvent toutefois emprunter une voie plus sinueuse sinon atmosphérique. Tel est le cas de ce groupe, dont les membres restent mystérieux, qui enfante, après un EP séminal et éponyme avec Übermensch un premier méfait aussi effrayant que prometteur. C'est une découverte parmi les plus foudroyante que le Black metal nous ait offert depuis un bon moment. Son architecture, massive et tentaculaire, dissonnante et saturée, laquelle se déploie par l'entremise de (très) longues complaintes, suggère d'emblée un art vicié et noueux, dont la pénétration se révèle abrupte tant il réclame de la patience pour venir à bout de ses sentinelles aux dimensions monumentales, relief qui plonge ses replis tortueux au fond d'un abîme qu'aucune lumière ne réussit jamais à atteindre. L'opus écarte les pans de son intimité avec une (plus) courte respiration vierge de chant, qu'égrène une guitare squelettique aux traits minimalistes. Faussement posée, l'ambiance cache en réalité une tension qui couve sous la surface d'un aplat de notes suintant une mélancolie absolue, tension qui explose lorsque jaillit le titre suivant. Long de plus d'un quart d'heure, 'Will To Power' déboule en un fracas de riffs stridents sur fond de vocalises hurlées, noyées sous un brouillard vicié. Suivant un chemin escarpé, il alterne pauses mortifères et déchaînement de violence, maelstrom rocailleux auquel la voix possédée tellement lointaine confère une dimension instrumentale, secoué par des riffs puissants dont la corrosion se conjugue à une forme de beauté souterraine. Plus torrentiel, 'Death Of God' lui emboîte le pas, pulsation au tempo saccadé dont le caractère volontairement répétitif lui procure des allures de transe organique. Hurlements d'aliénés et guitare ferrugineuse fusionnent en un magma halluciné. Puis, le menu se referme sur le titre éponyme, interminable (dans le bon sens du terme) montée en puissance cataclysmique, élévation grésillante qui ose franchir la barre des vingt minutes au compteur, exercice comme toujours casse-gueule qu'il est finalement plus commun de rater que de réussir. Force est de reconnaître pourtant que Örök se place d'emblée dans la seconde catégorie, accouchant d'une pièce titanesque, golem démentiel qui nous entraîne aux confins de la folie et de la mort, dans un monde plongé dans une obscurité oppressante. Après de longs préliminaires qui semblent ne jamais vouloir s'achever, tissant à l'infini des accords grêles, presque décharnés sur fond de murmures inquiétants, qui peu à peu se transforment en ressac obsédant tandis, 'Übermensch' érige brutalement un mur du son que fissurent toutefois des riffs suintant un désespoir abyssal avant de mourir sur les mêmes notes qui l'ont entamé en un râle funèbre, point final d'un album aride, presque austère mais grondant d'une beauté tellurique. (2016)
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