"Rien ne devait mourir", le nouvel album de Angellore (gothic doom), sortira le 14 février 2020 chez Finisterian Dead End.
AU PIF
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Nochnoy Dozor | S/T (2018)
Sorti de la terre hellénique en 2015, Nochnoy Dozor offre enfin son premier signe de vie avec cet EP éponyme.
Fading Bliss | Journeys In Solitude (2018)
Fading Bliss évoquera avant tout quelque chose aux vieux cons dont l'auteur de ces lignes fait bien entendu partie.
KröniK | Paradise Lost - Medusa (2017)
Les vieux cons comme votre serviteur se souviennent encore du jour où ils ont découvert le groupe d'Halifax grâce à ce "Lost Paradise" matriciel dont la pochette comme sortie des enfers, continue encore de les hanter après tout ce temps. Qui aurait pu croire alors que les Anglais seraient toujours parmi nous (presque) trente ans plus tard ? Peu de monde assurément et sans doute pas les principaux intéressés eux-mêmes. Quinze albums ont coulé sous les ponts depuis 1990 comme autant de jalons d'une carrière en constante mutation.
Après le retour au gothic metal qui a fait sa renommée avec "Symbol Of Life" (2002), Paradise Lost a entamé à partir de "Tragic Idol" (2012) une descente au fond d'une mine de charbon, glissement dans une obscurité sinistre dont nous pensions que le radical "The Pague Within" l'avait achevé trois ans plus tard. Pourtant, "Medusa" vient nous rappeler que ses créateurs furent bien au début des années 90 un des trois côtés de la Sainte Trinité du UK doom avec My Dying Bride et un Anathema parti depuis longtemps vers d'autres cieux. Visiblement toujours marqués par leurs expériences parallèles respectives (Vallenfyre pour Greg Mackintosh et Bloodbath pour Nick Holmes), les Anglais souffrent plus que jamais d'une dépression tenace qui leur dicte une musique trempée dans le spleen le plus granitique. Ainsi, le guitariste ne ment pas quand il annonce que cet opus est le plus doom qu'ils aient jamais enfanté, quand bien même la mise en bouche incarnée par l'EP "The Longest Day", pouvait laisser croire à un retour au pur metal gothique. Le chant et les guitares, cendreuses, participent de l'érection d'un tertre émotionnel placé sous le sceau de la contrition, comme l'illustre l'énorme 'Fearless Sky' qui, du haut de ses quasi neuf minutes au compteur, pousse d'entrée de jeu ce nouvel effort dans les profondeurs abyssales d'un gouffre sans fin. Discrète, la voix claire du vocaliste ouvre pourtant un étroit soupirail dans cette cave dont les murs sont bâtis sur ces riffs croûteux. On tient là sans aucun doute possible une des pierres angulaires d'un répertoire qui n'en manquent pourtant pas. De fait, bien qu'enraciné dans cette géographie austère et misérable du nord de l'Angleterre, à laquelle participe la prise de son froide, trempée dans la tourbe, de l'incontournable Jaime Gomez Arellano, "Medusa" ne va pas tout à fait aussi loin dans la noirceur inexorable que son prédécesseur, renouant à sa manière, minérale et tellurique, avec une expression puissamment envoûtante, ce que confirme le titre éponyme dont les lignes entêtantes sont coulées dans le plomb le plus corrosif. Funéraire et glacial, le résultat oscille entre ombre ('No Passage For The Dead', 'Until The Grave') et (pale) lumière ('The Longest Day') selon que Nick Holmes appuie ou non sur l'interrupteur avec ses lignes vocales que souligne au burin son double Mackintosh dont la guitare fend la brume comme une lanterne funeste. Etonnamment, ce sont les bonus qui sonnent les plus mélodiques ('Shrines', Symbolic Virtue'), à l'exception d'un 'Frozen Illusion' ultra doom, lesquels auraient largement mérité, de par leur qualité, de ne pas d'être réduits au rôle de digestif. Serrant dans un menu ramassé comme à l'accoutumée une collection de pièces d'orfèvrerie, "Medusa" est une nouvelle pierre posée par les Anglais dont la signature, inscrite dans le marbre froid, demeure aussi reconnaissable qu'implacable dans l'édification d'une bâtisse de plus en plus charbonneuse malgré la fugace clarté qui la transperce. (24/08/2017)
Après le retour au gothic metal qui a fait sa renommée avec "Symbol Of Life" (2002), Paradise Lost a entamé à partir de "Tragic Idol" (2012) une descente au fond d'une mine de charbon, glissement dans une obscurité sinistre dont nous pensions que le radical "The Pague Within" l'avait achevé trois ans plus tard. Pourtant, "Medusa" vient nous rappeler que ses créateurs furent bien au début des années 90 un des trois côtés de la Sainte Trinité du UK doom avec My Dying Bride et un Anathema parti depuis longtemps vers d'autres cieux. Visiblement toujours marqués par leurs expériences parallèles respectives (Vallenfyre pour Greg Mackintosh et Bloodbath pour Nick Holmes), les Anglais souffrent plus que jamais d'une dépression tenace qui leur dicte une musique trempée dans le spleen le plus granitique. Ainsi, le guitariste ne ment pas quand il annonce que cet opus est le plus doom qu'ils aient jamais enfanté, quand bien même la mise en bouche incarnée par l'EP "The Longest Day", pouvait laisser croire à un retour au pur metal gothique. Le chant et les guitares, cendreuses, participent de l'érection d'un tertre émotionnel placé sous le sceau de la contrition, comme l'illustre l'énorme 'Fearless Sky' qui, du haut de ses quasi neuf minutes au compteur, pousse d'entrée de jeu ce nouvel effort dans les profondeurs abyssales d'un gouffre sans fin. Discrète, la voix claire du vocaliste ouvre pourtant un étroit soupirail dans cette cave dont les murs sont bâtis sur ces riffs croûteux. On tient là sans aucun doute possible une des pierres angulaires d'un répertoire qui n'en manquent pourtant pas. De fait, bien qu'enraciné dans cette géographie austère et misérable du nord de l'Angleterre, à laquelle participe la prise de son froide, trempée dans la tourbe, de l'incontournable Jaime Gomez Arellano, "Medusa" ne va pas tout à fait aussi loin dans la noirceur inexorable que son prédécesseur, renouant à sa manière, minérale et tellurique, avec une expression puissamment envoûtante, ce que confirme le titre éponyme dont les lignes entêtantes sont coulées dans le plomb le plus corrosif. Funéraire et glacial, le résultat oscille entre ombre ('No Passage For The Dead', 'Until The Grave') et (pale) lumière ('The Longest Day') selon que Nick Holmes appuie ou non sur l'interrupteur avec ses lignes vocales que souligne au burin son double Mackintosh dont la guitare fend la brume comme une lanterne funeste. Etonnamment, ce sont les bonus qui sonnent les plus mélodiques ('Shrines', Symbolic Virtue'), à l'exception d'un 'Frozen Illusion' ultra doom, lesquels auraient largement mérité, de par leur qualité, de ne pas d'être réduits au rôle de digestif. Serrant dans un menu ramassé comme à l'accoutumée une collection de pièces d'orfèvrerie, "Medusa" est une nouvelle pierre posée par les Anglais dont la signature, inscrite dans le marbre froid, demeure aussi reconnaissable qu'implacable dans l'édification d'une bâtisse de plus en plus charbonneuse malgré la fugace clarté qui la transperce. (24/08/2017)
KröniK | Shores Of Null - Black Drapes For Tomorrow (2017)
Avec les Italiens, il en va (souvent) de la musique comme du cinéma d'exploitation, suiveurs de modes plus qu'ils ne les créent, ce qui n'enlève absolument rien à leur talent parfois dilettante mais sympathique et joyeusement artisanal. De fait, il faut moins attendre de Shores Of Null une quelconque personnalité qu'une impression tenace de déjà-entendu. Son compatriote Novembre, Paradise Lost (surtout) et d'une manière générale le UK doom des années 90 sont ainsi convoqués par une horde dont les membres ont promené leurs guêtres au sein d'obscures formations de l'underground transalpin (Zippo, The Orange Man Theory...).
Toutefois, cela ne fait ni de lui un mauvais groupe ni de "Black Drapes Of Tomorrow" un disque honteux, bien au contraire. Précédé d'un premier album baptisé "Quiescence", il y a trois ans, cette offrande se révèle même des plus efficaces. Joie et espoir y sont refoulés pour le plus grand bonheur des amateurs d'un gothic doom néanmoins plus mélodique que mortuaire. Sur un lit de guitares contrites et souvent obsédantes dans la grande tradition misérable du genre ('Donau'), le chant de Davide Straccionne a quelque chose d'une vigie perçant la brume. Son timbre parfois plus que proche de celui de Nick Holmes arrime d'emblée les Romains à cette école anglo-saxonne de la tristesse. La beauté ensoleillée qui suinte de 'The Enemy Within', pause instrumentale dépouillée, témoigne cependant que Shores Of Null ne rivalisera jamais avec son aîné de la Perfide Albion en termes de négativité charbonneuse, même si de lointains growls injectent à l'ensemble une coloration black metal qui ne s'imposait pas. Nonobstant une écriture impeccable que matérialise une interprétation ad hoc, "Black Drapes Of Tomorrow" souffre moins en définitive de son identité peu affirmée que de son déficit en noirceur, origine méditerranéenne oblige. Car, à quelques notables et ténébreuses exceptions (Forgotten Tomb, Abhor…), les Italiens ne parviennent jamais vraiment à peindre la douleur funèbre et minérale qui est celle des groupes du nord de l'Europe. Il suffit d'écouter le néanmoins entêtant 'Carry On, My Tiny Hope' pour mesurer le gouffre émotionnel qui sépare le quintet de l'auteur de "Draconian Times". Reste que cette seconde offrande, si elle trempe ainsi davantage son dard dans le sirop que dans le sang, offre de belles compositions telle que 'We Ain't Ashes', engourdie par une lenteur atmosphérique, le très paradiselostien 'Tide Against' ou bien encore 'House Of Cries' dont les harmonies vocales évoquent quant à elles Novembre. Formation de série B, Shores Of Null se fend avec "Black Drapes Of Tomorrow" d'une hostie aussi maîtrisée que dénuée de personnalité et de la noirceur espérée. 2.5/5 (2017) | Facebook
Toutefois, cela ne fait ni de lui un mauvais groupe ni de "Black Drapes Of Tomorrow" un disque honteux, bien au contraire. Précédé d'un premier album baptisé "Quiescence", il y a trois ans, cette offrande se révèle même des plus efficaces. Joie et espoir y sont refoulés pour le plus grand bonheur des amateurs d'un gothic doom néanmoins plus mélodique que mortuaire. Sur un lit de guitares contrites et souvent obsédantes dans la grande tradition misérable du genre ('Donau'), le chant de Davide Straccionne a quelque chose d'une vigie perçant la brume. Son timbre parfois plus que proche de celui de Nick Holmes arrime d'emblée les Romains à cette école anglo-saxonne de la tristesse. La beauté ensoleillée qui suinte de 'The Enemy Within', pause instrumentale dépouillée, témoigne cependant que Shores Of Null ne rivalisera jamais avec son aîné de la Perfide Albion en termes de négativité charbonneuse, même si de lointains growls injectent à l'ensemble une coloration black metal qui ne s'imposait pas. Nonobstant une écriture impeccable que matérialise une interprétation ad hoc, "Black Drapes Of Tomorrow" souffre moins en définitive de son identité peu affirmée que de son déficit en noirceur, origine méditerranéenne oblige. Car, à quelques notables et ténébreuses exceptions (Forgotten Tomb, Abhor…), les Italiens ne parviennent jamais vraiment à peindre la douleur funèbre et minérale qui est celle des groupes du nord de l'Europe. Il suffit d'écouter le néanmoins entêtant 'Carry On, My Tiny Hope' pour mesurer le gouffre émotionnel qui sépare le quintet de l'auteur de "Draconian Times". Reste que cette seconde offrande, si elle trempe ainsi davantage son dard dans le sirop que dans le sang, offre de belles compositions telle que 'We Ain't Ashes', engourdie par une lenteur atmosphérique, le très paradiselostien 'Tide Against' ou bien encore 'House Of Cries' dont les harmonies vocales évoquent quant à elles Novembre. Formation de série B, Shores Of Null se fend avec "Black Drapes Of Tomorrow" d'une hostie aussi maîtrisée que dénuée de personnalité et de la noirceur espérée. 2.5/5 (2017) | Facebook
KröniK | Trees Of Eternity - Hour Of The Nightingale (2016)
Certains ne se contentent pas de jouer du doom, ils vivent le genre jusqu'au bout, bien malgré eux, en croisant la mort sur leur chemin. Tel est le cas de Trees Of Eternity, entité marquée du sceau de la fatalité et de la tragédie. Le projet nait en 2009 du désir du patron de Swallow The Sun, le guitariste Juha Raivio, associé à la chanteuse d'origine sud-africaine, Aleah Stanbridge, de poursuivre leur collaboration après que celle-ci ait participé à la chanson 'Lights On The Lake' sur « New Moon », quatrième opus des maîtres du death doom finlandais. Rapidement quelques titres commencent à circuler sur la toile, esquisses prometteuses d'un art délicat englué dans une mélancolie blafarde. Alors que la belle prête sa voix à Amorphis à l'occasion de « Under The Red Cloud », sans pour autant quitter le giron maternel (« Emerald Forest And The Blackbird »), le duo devient un groupe en recrutant les anciens Katatonia, Fredrik et Mattias Norman, qui tiennent respectivement la seconde guitare et la basse, ainsi que le batteur Kai Hahto (Wintersun) et un album est mis en boîte en 2014. Mais avant que « Hour Of The Nightingale » ne voit finalement le jour, Aleah perd son combat contre le crabe, s'éteignant à l'âge de trente-neuf ans, le 18 avril 2016. Cette œuvre posthume se veut donc le testament d'un ange dont nous étions nombreux à attendre l'envol. S'il ne pourra incarné la rampe de lancement espéré, pour la défunte vocaliste autour de laquelle il est tout entier bâti, l'opus n'en demeure pas moins habité par son âme et sa personnalité, à l'image du superbe artwork qui lui sert d'écrin, que Fursy Teyssier (Les Discrets) a réalisé après avoir longuement échangé avec Juha à propos de cette fée trop tôt disparue. De fait, il paraît bien difficile d'occulter ce funèbre destin en s'abîmant dans les limbes vaporeuses de cette prière que la mort imprègne en profondeur. Comment ne pas être ému en écoutant le prémonitoire 'My Requiem' comme si Aleah savait déjà sa fin proche. Caresse fantomatique, son chant éthéré participe de l'aura funéraire de ces complaintes qui baignent dans une grâce spectrale. Quoique secondée par deux invités de choix, Mick Moss (Antimatter) sur 'A Million Tears' et surtout Nick Holmes (Paradise Lost) sur un 'Gallows Bird' au traits granitiques, ce pinceau vocal se révèle être la principale clé de voûte de cette cathédrale de tristesse que nimbent des nappes de claviers brumeuses et derrière lequel s'effacent, comme avalées par la nuit, des guitares tour à tour encroûtées par la mélancolie ('Eye Of Night') ou squelettiques ('Hour Of The Nightingale'). Entre Swallow The Sun et le gothic doom à la suédoise façon Draconian et consorts, en moins lourd et plus évanescent toutefois, Trees Of Eternity signe un album ciselé avec amour et sincérité, qui est à l'image de ses deux fondateurs, dont on retrouve ces lignes mélodiques engluées par l'hiver pour l'un et la magie vaporeuse de vocalises touchées par la grâce, pour l'autre. Pétries de douleur mais irradiant néanmoins une pale lumière, les chansons s'égrènent comme suspendu dans le temps, à tout jamais, contrites et intimistes ('Sinking Ships'), écrites à l'encre noire du désespoir ('Black Ocean'), plus rarement plombées ('Eye Of Night') sans pour autant se montrer avares en riffs d'airain ('Broken Ocean'). Miraculeux et tout du long ourlé d'émotions, « Hour Of The Nightingale » n'en laisse pas moins un goût étrange teinté d'amertume, guidé par cette voix venue des limbes qui résonne comme un ultime appel... 3.5/5 (2016)
KröniK | Paradise Lost - The Plague Within (2015)
Actif depuis la fin des années 80, Paradise Lost pourrait aspirer à une retraite bien méritée. Mais les Anglais ne sont pourtant pas pès de se retirer dans un caveau. Pourquoi le feraient-ils d'ailleurs, poursuivant une œuvre exemplaire qu'aucun faux pas n'est jamais venu assombrir, pas même lors de leur période la plus commerciale (c'est-à-dire la moins Metal). Mieux, quand certains de leur génération se contentent d'envoyer une carte postale de temps à autre, les gars d'Halifax vont jusqu'à besogner ailleurs entre deux albums. C'est surtout le cas de deux d'entre eux - et pas des moindres - soit le chanteur Nick Holmes et le guitariste Greg Mackintosh, respectivement associés à Bloodbath et Vallenfyre. Nous aurions pu croire que le fait d'assouvir leur soif de death metal avec cette activité extra-conjugale leur suffirait, laissant leur principal port d'attache forger cet art gothique fixé depuis longtemps. Or, "The Plague Within" témoigne au contraire que ces racines extrêmes font désormais plus qu'affleurer à la surface, comme c'était le cas autrefois, conférant à ce quatorzième opus une dureté minérale retrouvée. Si Paradise Lost ne renoue bien entendu pas avec la brutalité sévère de ses débuts, tissant toujours une toile aisément identifiable ('Return To The Sun'), il n'en demeure pas moins que ces dix nouvelles compositions affichent une noirceur tranchante ('Punishment Through Time' et ses attaques presque thrash) plus affirmée que sur les derniers disques, quand bien même ceux-ci incarnaient déjà le retour à des motifs plus heavy. En fait, la grande différence réside dans le chant de Nick Holmes, plus sombre et âpre qu'à l'accoutumée, comme si la récente collaboration avec Bloodbath avait redonné envie au bonhomme d'exploiter un registre abyssal abandonné depuis longtemps, comme l'illustre 'No Hope In Sight', amorce tout d'abord étonnante par ses atours abrupts avant de revenir à ces aplats typiques du groupe. Grand bien lui en a pris tant sa performance, tour à tour (plus) caverneuse ou mélodique, est pour beaucoup dans la réussite d'une offrande comme toujours impeccable, agrégat de tableaux au format ramassé qui sont autant de toiles de maître où tout est pensé jusque dans les moindres détails, à l'image des arrangements, discrets mais superbes ('An Eternity Of Lies'). Aux côtés du chanteur, Greg Mackintosh, secondé par l'indéboulonnable Aaron Aedy, sculpte dans la roche froide ses riffs suintant un profond désespoir dont il a le secret, véritable vigie obsédante perçant un épais rideau de brume. Macérant dans le jus d'un doom austère ('Beneath Broken Earth'), le menu surprend parfois par son agressivité inattendue, témoin ce 'Flesh From Bone' que perfore néanmoins de pesantes crevasses. Citons aussi 'Cry Out' que cisaillent également ces attaques entêtantes reconnaissables entre mille. Il est intéressant de voir comment les Anglais, quand tant d'autres semblent porter sur leurs épaules le poids du temps qui passe, gagnent au contraire au fil des années en puissance, en intensité, en noirceur, glissant tout doucement et de plus en plus, dans les profondeurs de la Moria... Au final, prétendre que "The Plague Within" se révèle être encore une fois un excellent cru tient du pléonasme et qu'il peut concourir au titre de meilleur album de l'année, aussi ! 4/5 (2015)
KröniK | Rapture - Songs For The Withering (2002)
En 1999, bien avant que le death doom à la finlandaise n'ait le vent en poupe, Rapture accouche d'un premier album quintessentiel qui influencera Swallow The Sun et consorts, offrande indissociable des débuts de Spikefarm Records, sous-division de Spinefarm dont il fut une des premières sorties. Trois ans plus tard et le renouvellement d'une moitié de ses membres dont Jarno Salomaa parti se concentrer sur Shape Of Despair, le groupe livre enfin un successeur à "Futile". Le fait que celui-ci n'ait été découvert par beaucoup que l'année d'avant, suite à une distribution plus vaste sur le territoire européen et américain, a pu laisser croire que les Finlandais n'ont pas chômé alors qu'ils ont en réalité pris leur temps pour peaufiner un style qui, durant leur absence n'a cessé de grandir dans le sillage de Katatonia et de Novembre auxquels ils ont été souvent comparés. Du coup, si "Futile" a pu paraitre novateur, quoique déjà influencé par le groupe de Anders Nyström, il n'en va désormais plus de même de "Songs For The Withering" dont la mélancolie glacée tissée par des guitares aux allures de vigie perçant la brume possède un air de déjà-entendu. Le fait que le chanteur Petri Eskelinen, le principal ordonnateur de la formation avec le guitariste Tomi Ullgren, ait décidé d'abandonner sa voix caverneuse, registre qu'il laisse au nouveau venu, Henri Villberg, afin de privilégier une voix claire qui, quant à elle, n'est pas sans rappeler celle de Mikael Akerfeldt (Opeth), achève de condamner alors Rapture au rang de simple suiveur. Reconnaissons toutefois que dans ce registre d'une délicate dépression, la maîtrise des Finlandais demeure totale. Ainsi, des titres de l'acabit de 'Nameless', irrésistible entame sur laquelle plane en effet l'ombre tutélaire du Katatonia période "Black Murder Day" / Discouraged Ones" (la meilleure ?), 'Gallows' et ses lignes de six-cordes obsédantes comme un scalpel tournoyant dans la chair ou 'Transfixion', se révèlent être de véritables pièces d'orfèvre irradiant d'une beauté grise et blafarde. Surgissant le temps d'un refrain ou fil d'Ariane de compositions finement ciselées ('The Vast'), le chant clair illumine l'album d'une pale lumière, pinceau fragile plongeant l'écoute dans une douloureuse contrition. 'Two Dead Names', en constitue la déchirante illustration. S'il faiblit en cours de route, la faute à quelques complaintes trop lisses pour susciter l'émotion ('The Great Distance', 'Enveloped'), "Songs For The Withering" meurt cependant en apothéose avec le bien nommé 'Farewell', conclusion immobile dont la lenteur funéraire vous engourdit avant de vous entraîner dans les profondeurs d'une mer figée par le froid... Rapture ne surprend peut-être plus mais il n'a pas son pareil pour appuyer sur l'interrupteur et raviver des fautes impardonnables... Trois ans plus tard, "Silent Stage" sera l'ultime clou de son cercueil... 3,5/5 (2016)
KröniK | The Slayerking - Sanatana Dharma (2016)
Fondé en 2010, The Slayerking dévoile enfin ses atours par l'entremise de "Sanatana Dharma", (tardive) première offrande dont le bel écrin visuel se révèle riche de promesses, celles d'un doom rock nourri aux années 70 et coloré de pigments psychédéliques, à la mode peut-être mais cependant toujours synonymes de sensations aussi pesantes que jouissives. A la barre de ce navire venu de Grèce, on reconnaît le chanteur de Nightfall, Efthimis K., flanqué à la guitare d'un de ses anciens compères, Kostas K. et d'une certaine, Anna E., derrière les fûts, présence féminine qui n'est pas la seule curiosité d'un groupe qui n'emprunte pas (tout à fait) le chemin que certains, peut-être séduits par cette pochette à l'inspiration stoner, pensaient le voir prendre. Un son lourd voire terreux et une voix sombrement rugueuse trahissent ainsi des racines extrêmes que ni certaines lignes de guitares humides d'un feeling seventies, ni quelques nappes de claviers antédiluviens ne réussissent vraiment à étouffer. De fait, en dépit de parcimonieuses touches aux traits soyeux, comme sur l'inaugural 'She Is My Lazarus' par exemple, l'opus s'enfonce surtout dans les méandres rocailleux d'une musique sombre aux arêtes tranchantes et sévères qui n'est pas sans évoquer les débuts de Paradise Lost et d'une manière générale toute cette scène de la première moitié des années 90 qui ont vu le doom embrasser les ténèbres. L'intro de 'We Are The End', que tisse une guitare d'une froideur minérale, illustre cette évidente filiation, même si par la suite le titre suit un chemin étrange entre respiration tranquille et descente dans les profondeurs d'une mine que seuls de fugaces rais de lumière parviennent à éclairer. Et si au départ, le projet pouvait sembler fort distant du terrain de chasse habituel de ses auteurs, une écoute attentive témoigne que The Slayerking n'en est finalement pas si éloigné que cela. Œuvre en clair obscur, "Sanathana Dharma" est un peu à l'image de sa pochette, constamment écartelé entre beauté et dureté, entre vie et mort, entre lumière et ténèbres. Riffs plombés dressant un mur dans la nuit ou lignes plus délicates, chant clair ou franchement ombrageux se côtoient, se chevauchent, donnant naissance à un art insaisissable qui gronde d'une sourde colère, d'une tension qui se répand comme un ressac vengeur, ce qu'illustre un 'Southern Gate Of The Sun', plainte terminale dont les atmosphères chamarrées sont meurtries par des traits pesants. Le métier de ces vieux briscards de la scène extrême hellénique explique la très bonne tenue de cette première offrande qu'il semble bien difficile de prendre en défaut. Ecriture impeccable, technique ad hoc et déjà une identité marquée au burin font de The Slayerking le démiurge d'un gothic doom à la fois évolutif et sinistre. 3/5 (2016)
Krönik | Rapture - Futile (1999)
Bien qu'il ait désormais disparu depuis une dizaine d'années dans la brume, après n'avoir enfanté - à ce jour - que trois albums, Rapture n'en reste pas moins une figure importante dans l'histoire du Death Doom du pays des mille lacs, dont il a contribué à façonner les traits d'une glaciale et fantomatique beauté. Ayant vu défilé dans ses rangs à peu près toute la scène extrême finlandaise, de Finntroll à Impaled Nazarane, d'October Falls à Bararhrum sans oublier Shape Of Despair, entre beaucoup d'autres, il est permis d'affirmer que le groupe a fait plus que préparé le terrain à Swallow The Sun dont le séminal "The Morning Never Came" a été enfanté quatre ans après le matriciel "Futile", première offrande du sextet qui en 1999 va jeter les bases de ce Death mélodique englué dans le permafrost. Alors certes, il n'invente lui-même rien, creusant en réalité le sillon entamé par Katatonia avec son tutélaire "Brave Murder Day", publié trois ans plus tôt mais la sensibilité finlandaise n'ayant rien à voir avec celles des Suédois, Rapture apporte au genre une touche très particulière, ce feeling frissonnant plus élégiaque que sinistre quoique tout aussi entêtant. Vigies perçant le brouillard, les guitares possèdent ce même caractère obsédant que chez Katatonia mais elles vibrent d'un éclat mélancolique et majestueux qui n'appartiennent en définitive qu'à elles. Il suffit ainsi d'écouter un titre tel que 'This Is Where I Am', pourtant du lot celui le plus marqué du sceau des Suédois, pour mesurer la différence qui existe entre les deux formations dans leur expression d'un désespoir lugubre chez l'un, plus évanescent sinon mélodique ('While The World Sleeps') chez l'autre. Enténébré par la voix d'outre-tombe de Petri Eskelinen, "Futile" déroule un menu imparable que ne grève aucun temps mort. Lancé par une très belle intro toute en progression, l'opus prend son envol avec 'To Forget', dont les lignes ensorcelantes et les superbes accélérations creusent dans la mémoire d'ineffaçables stigmates. Si les plaintes suivantes maintiennent tout du long une même inspiration, l'une d'entre elles se distingue toutefois, ce 'Someone I (Don't) Know', lente élévation dont les traits se durcissent peu à peu, sorte de ballade qui brutalement change de ton, explose lors d'une dernière partie volcanique en un puissant geyser de noirceur tandis que ses ultimes mesures qui voient le tempo s'emballer, achèvent d'en faire l'apogée d'un album qui meurt le (presque) tout aussi superbe '(About) Leaving' aux modelés sombrement enchanteurs. Nonobstant les incontestables qualités de "Songs For The Withering" et "Silent Stage", Rapture ne fera jamais mieux par la suite. Le fait que l'âme de Shape Of Despair, Jarno Salomaa, n'ait participé qu'au seul "Futile" n'est peut-être pas étranger à une réussite que ses successeurs ne parviendront donc pas à égaler... 4/5 (2016)
Draconian | Sovran (2015)
Gérer le départ de celui (ou celle, au cas particulier) qui incarne son identité vocale n'est jamais chose aisée, même quand on n'évolue pas tout à fait en première division. De fait, si Draconian ne possède ni la renommée de Nightwish ni celle de The Gathering par exemple, faire face au départ de sa chanteuse historique (même si elle ne l'a rejoint que six ans après sa formation) , Lisa Johansson partie en 2011 pour des raisons personnelles, n'en fut pas moins une épreuve à surpasser. Ceci explique le long délai séparant " A Rose For The Apocalypse" de cette sixième offrande, alors que sa remplaçante a finalement très vite été choisie, dès 2012. Mais le groupe a pris son temps, bien conscient qu'il importait de ne pas brusquer les choses afin de ne pas rater le début de ce nouveau chapitre de sa carrière. Nommée Heike Langhans, la nouvelle voix (féminine) des Suédois n'est cependant pas une parfaite inconnue, active depuis une bonne dizaine d'années dans la sphère dark/electro via son projet, :LOR3L3I: basé dans son Afrique du Sud natale. La jeune femme n'est donc pas qu'un beau minois. Le groupe a-t-il fait le bon le choix en la recrutant ? "Sovran" en livre la réponse et ce, de la plus magnifique des manières. S'accouplant, comme sa devancière, avec l'organe d'outre-tombe de Anders Jacobsson, la belle se fond dans ce ténébreux corset avec une aisance qui pourrait laisser croire à ceux qui découvraient Draconian avec cet album qu'elle en est depuis toujours une pièce maîtresse. Son timbre diffère pourtant de celui de Lisa, faisant parfois plus qu'évoquer la voix de Sharon Den Adel (Within Temptation). Corollaire de cette filiation, jamais la musique des Scandinaves n'a paru aussi proche des balbutiements des Hollandais lorsqu'ils étaient encore ancrés dans le gothic doom ('The Wretched Tide'). Du coup, après s'en être quelque peu éloigné à compter de "Turning Seasons Within", louchant alors vers Opeth et Katatonia, le sextet entame un retour à ses racines granitiques, ce dont on ne se plaindra évidemment pas, d'autant qu'il est réussi. En dépit de son imposante durée (67 minutes au garrot), "Sovran" passionne tout du long, qualité qu'il doit autant à la voix de sa chanteuse, sirène chargée d'envoûter le pèlerin afin de l'entraîner au fond des limbes qu'à des compositions fleuves admirablement écrites. Citons à ce titre 'Pale Tortured Blues' au final beau à pleurer, 'Stellar Tombs', sans doute une des plus belles créations de ses auteurs. N'oublions pas non plus 'No Lonelier Star', enclume sombrement romantique, elle aussi pourvue d'une conclusion aux notes obsédantes. L'alliance entre ces vocalises cristallines et les lignes de guitare aux allures de vigie perçant la brume, procure de savoureux frissons et ce dès 'Heavy Lies Crown', porte d'entrée irrésistible d'un opus qui tient toutes ses promesses. Draconian a peut-être perdu en cours de route une part de sa personnalité mais il compense ce relatif défaut par une beauté démultipliée et une inspiration qui ne l'est pas moins. Inquiets suite au départ de Lisa Jacobsson dont on pensait qu'elle serait difficile à remplacer, "Sovran" balaie nos doutes tel un fétu de paille, permettant aux Suédois d'être sereins pour l'avenir. Si ceux-ci se sont faits désirer, leur retour nous comble au-delà de nos attentes... (2015)
Ava Inferi | Onyx (2011)
Alors que ses anciens compagnons de route n'ont à ce jour toujours pas donné signe de vie (ou plutôt de mort) discographique depuis la mortification Ordo Ad Chao qu'il avait par ailleurs en partie composé, Blasphemer signe avec Ava Inferi, désormais principal port d'attache, son quatrième opus en l'espace de cinq ans, preuve supplémentaire que Mayhem lui devait beaucoup en terme d'écriture, si ce n'est quasiment tout ! Titre merveilleusement choisi, Onyx confirme que le groupe que forme le guitariste avec sa muse Carmen Simoes, a bien atteint avec Blood Of Bacchus sa maturité artistique. Il s'enfonce dans un même substrat marécageux entre Doom-atmosphérique et Gothique-fantomatique, entre chaleur lusitanienne et froideur polaire. Intelligemment, Rune Eriksen, dont on reconnait cependant l'empreinte tellurique ("Majestic"), se fond dans cet ensemble brumeux que guide la silhouette spectrale de la chanteuse dont la voix suinte une tristesse souterraine, fil conducteur d'un album bercé par un ressac d'ambiances marines. A l'écoute de ces huit perles d'une grande richesse, on mesure combien le talent du Norvégien est grand, tant chaque composition est travaillée, pensée comme une pièce s'emboitant dans un tout homogène et finalement indivisible. L'entrée de cet édifice se fait avec le morceau éponyme, lourd et vaporeux. Le décor écartelé entre ombre et pale lumière, est installé. Mais c'est à partir de "The Living End" qu'Onyx prend toute son ampleur, pulsation envoûtante où le chant féminin dialogue avec un organe masculin d'une profondeur qui n'est pas sans évoquer celle d'un Peter Bjärgö (Arcana). C'est ténébreux et nous sommes emportés très loin au fond d'un paysage de lagunes crépusculaire. Ensuite, l'œuvre progresse jusqu'au monumental "The Heathen Island", lente dérive tricotée par une rythmique à la fois écrasante et hypnotique, que renforce le travail de Dan Swanö responsable du mixage et du mastering, devenu depuis l'album précédent presque un cinquième membre. Enfin, Onyx meurt sur deux respirations plus posées bien qu'elles partagent avec le reste du menu une couleur mélancolique identique, témoin ce "Venice (In Fog)" dont les premières mesures se parent d'une beauté plaintive désespérée. Onyx est, à l'instar de ses aînés, un disque porteur d'une identité extrêmement personnelle. Il a quelque chose d'insaisissable en lui, caractère qu'explique peut-être le fait que le cœur d'Ava Inferi se situe quelque part entre le Portugal et la Norvège. (2011)
KröniK | Yearning - Plaintive Scenes (1999)
Après un premier opus, With Tragedies Adorned, ancré dans le doom death et magnifique de désolation, Yearning commence avec Plaintive Scenes à entamer sa mue vers un metal plus atmosphérique bien que toujours mélancolique. Les rythmes se font moins lourds et la voix caverneuse, toutefois encore employée avec parcimonie, constitue l’un des derniers oripeaux du passé extrême du groupe finlandais. Le chanteur privilégie cette fois une profonde voix claire qui convient mieux à l’orientation plus mélodique de l’album. Par contre, la musique est toujours belle et majestueuse, comme le prouvent les superbes pièces que sont “ Unwritten ” qui résume à lui seul ce qu’est Yearning aujourd’hui, “ Plaintive Scenes ”, “ Soliloquy II ” ou bien “ Eyes Of The Black Flame ” et leurs riffs envoûtants qui vous rentrent dans la tête pour ne plus en ressortir tel le venin d’un serpent se répandant dans vos veines. Dans l’ensemble, les titres sont plus courts, plus ramassés, plus équilibrés aussi, le tempo est plus rapide (toute proportion gardée bien sûr, on ne parle pas ici de speed !) et l’on peut même noter l’adjonction, certes discrète, de quelques voix féminines et de flûtes. Bien sûr, la vieille garde criera au sacrilège mais Yearning offre pourtant une musique peut-être même plus intéressante qu’autrefois et démontre que la stagnation artistique ne l’intéresse pas, quitte à se mettre à dos les fans de la première heure qui devraient cependant toujours retrouver ce sens de la mélodie et de la mélancolie qui faisait déjà le charme de With Tragedies Adorned en faisant un petit effort d’ouverture. A noter pour faire bonne mesure, la pochette très réussie signée Jean–Pascal Fournier. 3/5 (2006)
KröniK | Draconian - Turning Season Within (2008)
Après des années de vache maigre car trop gangrenée par des traîne-savates de série B sans imagination, le gothic metal retrouve depuis quelques temps déjà des couleurs (sombres forcément). Soit en l’entraînant dans les rivages atmosphériques (comme le fait Ava Inferi, projet de Blasphemer de Mayhem), soit en misant sur la carte orchestrale sans pour autant sombrer dans le pompier de bas étage (option choisie par les prometteurs Todesbonden), une poignée de groupes est donc en train de rénover le genre. Draconian, quant à lui, actif depuis le milieu des années 90, a décidé replonger dans les racines du mouvement quand celui-ci n’avait pas encore confondu sens du tragique et mièvrerie, soit en injectant beaucoup de doom à sa musique.
Turning Season Within est la troisième offrande (la quatrième s’il l’on compte l’essai The Burning Halo qui agglomérait nouveaux titres, relectures d’anciens vestiges et reprises) des Suédois. Comparé à son prédécesseur, l’album est tout d’abord un peu décevant. Il faut dire qu’il n’est pas propulsé dès son ouverture par un chef-d’œuvre de l’acabit de “ A Scenery Of Loss ”, pulsation gigantesque qui débutait Arcane Rain Fell (2005) et vous scotchait au mur d’entrée de jeu. Rien de tel ici. Pour autant, on se rend compte peu à peu que ce cru 2008 se révèle aussi bon, voire meilleure que son aîné. Les chansons sont mieux écrites, plus riches ; elles dévoilent leur intimité après de longs préliminaires. Toutefois, quand on parvient enfin à les pénétrer, la jouissance est au bout du chemin. L’énorme “ Seasons Apart ”, le puissant “ When I Wake ” ou le douloureux “ The Empty Stare ” en témoignent. Forgés sur l’accouplement entre une voix féminine à la beauté désespérée (celle de la sublime Lisa Johansson) et des rugissements rageurs d’outre-tombe dus à Anders Jacobsson, alternance certes classique mais jamais mécanique, ces complaintes arpentent des caveaux tortueux, hantés parfois par les spectres d’Anathema (celui des débuts), de Paradise Lost, de My Dying Bride (“ Morphine Cloud ”, notamment pour le chant clair masculin) ou d’Opeth, comme sur le noir “ Earthbound ”, et plus encore le temps d’un “ The Failure Epiphany ” qui n’est pas sans rappeler les ambiances du Blackwater Park de la bande à Akerfeldt (une référence !). Contrairement à la plupart des robot-goths du dimanche aux allures de corbeaux, les guitares chez Draconian, et c’est ce qui l’arrime au doom, ne sont jamais en reste ; elles cimentent par leurs riffs pétrifiés ces longues plages, lancinantes souvent, tragiques et figés dans une mélancolie infinie toujours. Turning Season Within a quelque chose d’un poème désenchanté, il évoque les stigmates d’une vie grise et pluvieuse, pleine de regrets, comme l’illustre “ September Ashes ”, plainte terminale triste et squelettique pleurée par Paul Kuhr, chanteur de Novembers Doom. Draconian est tout simplement le plus bel hommage à La belle et la bête de Jean Cocteau. 3.5/5 (2008) | Facebock
Turning Season Within est la troisième offrande (la quatrième s’il l’on compte l’essai The Burning Halo qui agglomérait nouveaux titres, relectures d’anciens vestiges et reprises) des Suédois. Comparé à son prédécesseur, l’album est tout d’abord un peu décevant. Il faut dire qu’il n’est pas propulsé dès son ouverture par un chef-d’œuvre de l’acabit de “ A Scenery Of Loss ”, pulsation gigantesque qui débutait Arcane Rain Fell (2005) et vous scotchait au mur d’entrée de jeu. Rien de tel ici. Pour autant, on se rend compte peu à peu que ce cru 2008 se révèle aussi bon, voire meilleure que son aîné. Les chansons sont mieux écrites, plus riches ; elles dévoilent leur intimité après de longs préliminaires. Toutefois, quand on parvient enfin à les pénétrer, la jouissance est au bout du chemin. L’énorme “ Seasons Apart ”, le puissant “ When I Wake ” ou le douloureux “ The Empty Stare ” en témoignent. Forgés sur l’accouplement entre une voix féminine à la beauté désespérée (celle de la sublime Lisa Johansson) et des rugissements rageurs d’outre-tombe dus à Anders Jacobsson, alternance certes classique mais jamais mécanique, ces complaintes arpentent des caveaux tortueux, hantés parfois par les spectres d’Anathema (celui des débuts), de Paradise Lost, de My Dying Bride (“ Morphine Cloud ”, notamment pour le chant clair masculin) ou d’Opeth, comme sur le noir “ Earthbound ”, et plus encore le temps d’un “ The Failure Epiphany ” qui n’est pas sans rappeler les ambiances du Blackwater Park de la bande à Akerfeldt (une référence !). Contrairement à la plupart des robot-goths du dimanche aux allures de corbeaux, les guitares chez Draconian, et c’est ce qui l’arrime au doom, ne sont jamais en reste ; elles cimentent par leurs riffs pétrifiés ces longues plages, lancinantes souvent, tragiques et figés dans une mélancolie infinie toujours. Turning Season Within a quelque chose d’un poème désenchanté, il évoque les stigmates d’une vie grise et pluvieuse, pleine de regrets, comme l’illustre “ September Ashes ”, plainte terminale triste et squelettique pleurée par Paul Kuhr, chanteur de Novembers Doom. Draconian est tout simplement le plus bel hommage à La belle et la bête de Jean Cocteau. 3.5/5 (2008) | Facebock
KröniK | Forest Stream - The Crown Of Winter (2009)
Tout ça pour ça ? Ou plutôt, une telle attente pour ça ? En effet, depuis 2003 et un premier jet prometteur (Tears Of Mortal Solitude), Forest Stream avait disparu des écrans radar, malgré l'annonce de la mise en chantier d'un nouvel album. Il aura donc fallu patienter près de six ans pour pouvoir enfin goûter à celui-ci !
Le problème avec The Crown Of Winter, outre le fait qu'il montre le bout de son nez avec quelques années de retard, est surtout qu'il donne l'impression de ne pas avoir été enfanter par le même groupe que son aîné. Là où ce dernier faisait souffler un blizzard pénétrant et lugubre grâce à des pinceaux trempés dans les couleurs grises d'un doom death mortuaire, cette seconde cuvée ne se nourrit pas de la même palette. Plus gothic que véritablement doom, ce qu'on ne peut que regretter, The Crown Of Winter peine à congeler sur place l'auditeur et ce, en dépit de son nom et d'un visuel à la beauté glaciale. Bref, Forest Stream lorgne désormais davantage vers November's Doom, voire le Opeth époque Blackwater Park ("Mired"), influences qu'il mêle à quelques parcimonieuses touches black sympho ("Bless You To Die"). C'est son droit. Ceci dit, il est aussi permis de ne pas adhérer totalement à ce virage artistique. Et si on ne peut que constater les progrès en matière de prise de son, il n'en va pas de même en terme d'architecture. D'une durée voisinant avec les dix minutes, les titres sont trop longs et manquent de cette fluidité nécessaire à ce genre de construction exigeante. Néanmoins, The Crown Of Winter n'est pas ce qu'on pourrait appeler un mauvais disque. Son écoute, qui démarre d'une belle manière avec une introduction très cinématique, reste agréable cependant que l'on peut apprécier certaines de ses plages telle que "The Crown Of Winter". Toutefois, il y a tout simplement quelque chose qui ne prend pas, qui ne colle pas. Ce sentiment provient peut-être de la présence par trop envahissante des claviers qui confèrent à l'ensemble un aspect mielleux persistant ("Beautiful Nature"). Autrefois édifice figé dans la neige de sa Russie natale, Forest Stream a malheureusement réchauffé son coeur et ce qu'il a gagné en accessibilité et en dimension atmosphérique, il le perd en âme et en capacité à plonger dans la neige sale tout ce qui l'entoure. Dommage. Un retour (très) décevant donc qui apportera peut-être pourtant à cette équipe un public nouveau qui ne le connaissait pas. Ce collectif mettra-t-il encore six ans pour offrir un successeur à ce modeste opuscule ? 2.5/5 (2009) | Facebook
Le problème avec The Crown Of Winter, outre le fait qu'il montre le bout de son nez avec quelques années de retard, est surtout qu'il donne l'impression de ne pas avoir été enfanter par le même groupe que son aîné. Là où ce dernier faisait souffler un blizzard pénétrant et lugubre grâce à des pinceaux trempés dans les couleurs grises d'un doom death mortuaire, cette seconde cuvée ne se nourrit pas de la même palette. Plus gothic que véritablement doom, ce qu'on ne peut que regretter, The Crown Of Winter peine à congeler sur place l'auditeur et ce, en dépit de son nom et d'un visuel à la beauté glaciale. Bref, Forest Stream lorgne désormais davantage vers November's Doom, voire le Opeth époque Blackwater Park ("Mired"), influences qu'il mêle à quelques parcimonieuses touches black sympho ("Bless You To Die"). C'est son droit. Ceci dit, il est aussi permis de ne pas adhérer totalement à ce virage artistique. Et si on ne peut que constater les progrès en matière de prise de son, il n'en va pas de même en terme d'architecture. D'une durée voisinant avec les dix minutes, les titres sont trop longs et manquent de cette fluidité nécessaire à ce genre de construction exigeante. Néanmoins, The Crown Of Winter n'est pas ce qu'on pourrait appeler un mauvais disque. Son écoute, qui démarre d'une belle manière avec une introduction très cinématique, reste agréable cependant que l'on peut apprécier certaines de ses plages telle que "The Crown Of Winter". Toutefois, il y a tout simplement quelque chose qui ne prend pas, qui ne colle pas. Ce sentiment provient peut-être de la présence par trop envahissante des claviers qui confèrent à l'ensemble un aspect mielleux persistant ("Beautiful Nature"). Autrefois édifice figé dans la neige de sa Russie natale, Forest Stream a malheureusement réchauffé son coeur et ce qu'il a gagné en accessibilité et en dimension atmosphérique, il le perd en âme et en capacité à plonger dans la neige sale tout ce qui l'entoure. Dommage. Un retour (très) décevant donc qui apportera peut-être pourtant à cette équipe un public nouveau qui ne le connaissait pas. Ce collectif mettra-t-il encore six ans pour offrir un successeur à ce modeste opuscule ? 2.5/5 (2009) | Facebook
KröniK | Grey November - D'automne (2008)
Sculpter avec des notes des sentiments tels que la tristesse, la mélancolie ou la langueur n'est pas chose si aisée. Nombre de médiocres gothico-suicidaires grimés comme des corbeaux et se prenant pour les nouveaux Baudelaire croient y parvenir alors qu'ils ne font que pleurer leur misère. Le doom romantique et funéraire réclame autrement plus de noblesse et d'âme. Certains pourtant y parviennent : Shape Of Despair, Remembrance ou bien, à sa plus modeste mesure, Grey November. D'automne est la troisième oeuvre autoproduites de ce projet formé par l'écrivain Cedric Seyssiecq, accompagné ici par la chanteuse Justine et qui porte bien son nom. Automnale, d'une tristesse plombée, la musique du tandem évoque ces longues marches funèbres figées par une pluie grise. Plus proche sans doute de la stèle funéraire d'un Dark Sanctuary, en plus metal toutefois, que du pur doom, ces plaintes étirent un linceul qui repose sur des couches de claviers mortuaires sur lesquelles planent des caresses vocales féminines, chantées en français. Parfois une guitare sentencieuse surgit de la brume, attirant ces mélopées dans des contrées plus noires encore. D'automne est un recueil poétique évoquant les romantiques allemands du XIXe siècle. Ses cinq (forcément) longs chapitres ont quelque chose de déambulations contemplatives propices à l'introspection et à la rêverie morbide. En les écoutant, on voit sa vie morne défiler en noir et blanc, une vie faite de fautes, de regrets, de rendez-vous manqués... Le chant d'une triste beauté de Justine est le véhicule spectral de cette existence de chagrins. Ce n'est certes pas très orignal et les mauvaises langues argueront que Lethian Dreams a déjà fait aussi bien, voire mieux, autrefois et que Grey November dérive par moment sur la frontière ténue séparant pleurnicherie et gravité. Possible. Mais le duo maîtrise son sujet à la perfection et D'automne s'impose comme son meilleur essai à ce jour. Surtout, il réussit, mieux que d'autres, plus réputés parfois, à ouvrir les vannes d'une mélancolie minérale avec une justesse de ton et de touches tout à fait remarquables. La grande force de Grey November réside ainsi dans cette faculté qui se conjugue à une sincérité certaine. Je ne peux donc que vous recommander cette offrande qui mériterait d'être soutenue par un label. Espérons que les Français en intéresseront un très bientôt... 4/5 (2009)
Ava Inferi | Blood Of Bacchus (2009)
Que faire par la suite quand on a accouché d'une œuvre aussi définitive, aussi effrayante, que Ordo Ad Chao ? Aller au-delà, faire pire dans la noirceur nihiliste, est impossible.
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