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KröniK | Electric Moon - Stardust Rituals (2017)


Même si Electric Moon ne nous a jamais déçus, il donnait néanmoins l'impression depuis quelque temps d'être devenu prisonnier de son space rock au goût prononcé de champignons hallucinogènes, taillé pour les happenings sonores fiévreux et orgasmiques. Ainsi, "Theory Of Mind" (2015), en dépit d'un pouvoir d'évocation intact, n'apportait pas grand-chose de neuf à une discographie "bordélique" dont la pierre angulaire demeure l'inaugural et inégalé "Lunatics" (2010). Bref, les Allemands, malgré un capital sympathie loin d'être entamé, commençaient un peu à ronronner.
La (bonne) surprise que représente "Stardust Rituals" n'en est donc que plus grande. Non pas que le trio ait décidé de virer de bord, de changer radicalement de style, mais en rénovant sa signature par ailleurs toujours aussi reconnaissable, il confère une fraîcheur bien venue à ce (kraut)rock paisible et généreux aux vertus curatives évidentes, plus orientalisant que jamais à l'image de son artwork, forcément réalisé par la fidèle Komet Lulu, influence chamarrée que nourrit la présence gourmande d'un sitar bourgeonnant entre les mains d'un Sula Bassana ubiquiste, qui se charge selon ses habitudes de la prise de son comme (surtout) de la guitare et des claviers (Mellotron, orgue...). '(You Will) Live Forever Now', longue échappée introduite par l'ensorcelant 'Astral Hitch Hike' convoque ainsi l'Orient pour un voyage de plus de vingt minutes aux confins de Katmandou, pulsatif et entêtant comme un parfum capiteux, coloré et soyeux. En une douce élévation, Electric Moon atteint le nirvana grâce à cette guitare pointilliste qui peu à peu décolle vers les étoiles, baignant dans les nébuleuses effluves tissées par des instruments qui trempent dans les eaux du Gange, jusqu'à ce final enveloppant de sonorités moelleuses. Discrètement, la voix de la bassiste, noyée sous les effets, accompagne cette montée en puissance. C'est là la première nouveauté de "Stardust Rituals". D'abord surprenant, ce renfort vocal à une partition jusqu'à alors essentiellement instrumentale (sans en être totalement absent, le chant y était très parcimonieux) contribue à rendre ce cinquième album plus envoûtant encore que ses devanciers et ce dès 'The Loop' qui lance l'écoute de la plus belle des façons. Après une première partie que berce tranquillement le chant de la jeune femme, le titre démarre, étirant sa trame cosmique et rituelle, rampe de lancement vers un inconnu à la fois lourd et duveteux. On tient dans cette construction tout en progression la seconde nouveauté de cet album dont l'architecture de tous les morceaux épouse cette lente montée de sève psychédélique. 'Stardust (The Picture)' incarne admirablement cette cuvée 2017, pulsation trippante et ouatée irriguée par les mélopées vaporeuses de Komet Lulu. Avec ce "Stardust Rituals" plus structuré tout en étant toujours aussi planant, Electric Moon transcende son art hypnotique et se fend du coup de sa meilleure offrande depuis "Lunatics". 5/5 (2017) | Facebook







KröniK | The Spacelords - Synapse (2014)


Si vous êtes un familier d'Electric Moon, alors le nom de The Spacelords ne doit pas vous être inconnu. Signé chez Sulatron Records, le propre label de Sula Bassana et notamment animé par le batteur Marcus, qui partage désormais ses baguettes avec son aîné, le trio intègre donc cette famille de musiciens allemands nourris aux grains généreux du rock psyché, instrumental de surcroît.
Dans ce genre actuellement en vogue, ce dont on ne se plaindra pas, ces Teutons ne sont ni les meilleurs ni les plus novateurs mais ils ont pour eux, outre une peu contestable maîtrise du style, une décontraction ainsi qu'une sincérité qui les rendent franchement sympathiques à défaut d'être incontournables. Artisans d'un Rock cosmique et tranquille, il leur manque en fait une espèce de niaque, davantage de personnalité aussi ou tout simplement ce génie qui explique l'écart qui les sépare d'un Electric Moon (notamment). S'il témoigne de ces (relatives) faiblesses, ce quatrième opus reste tout à fait agréable à écouter. Sans surprise, "Synapse" déroule un menu aux compositions déliées avoisinant toutes avec les dix minutes, cadre idéal permettant de tricoter des ambiances duveteuses. Dont acte. Basse mangeuse d'espace ('Pyroclastic Monster', que polluent quelques voix trafiquées un peu inutiles), percussions soyeuses, nappes de sonorités spatiales et guitare strastosphérique qui décolle parfois très haut, tressent un maillage aussi évanescent qu'onduleux que colorent des teintes orientales, à l'image du très beau 'Sitarguitar' (ça ne s'invente pas). Pépère, le groupe prend son temps, trop peut-être, pour totalement emporter l'adhésion. L'ensemble est très bien fait mais il ne réussit jamais à franchir le stade supérieur. Du coup, l'ennui n'est parfois pas loin de guetter, piège que les Allemands évitent heureusement de peu, auteurs de longues pièces des plus plaisantes, telle que le lent 'N°2' qui n'est d'ailleurs pas sans évoquer Electric Moon, ceci expliquant sans doute cela. A l'arrivée, on tient là un bon album de Rock psyché et instrumental qui demanderait seulement à être tenu plus fermement pour être la réussite espérée. L'amateur, toujours gourmand de ces effluves cosmiques, ne fera toutefois pas la fine bouche et il aura bien raison ! 3/5 (2015) | Facebook






KröniK | Zone Six - Love Monster (2015)


Avec Electric Moon, Krautzone et Sula Bassana en solo, Zone Six est l'un des quatre côtés d'un carré magique allemand dédié au trip psyché qui sent bon la fumette. S'il est bien entendu permis de se demander quel est l'intérêt pour le multi-instrumentiste, toujours flanqué de sa fidèle bassiste (et graphiste) Komet Lulu, de butiner ainsi plusieurs projets, des nuances, certes subtiles bien que réelles, distinguent pourtant chacun d'entre eux. Prenons donc par exemple le cas de Zone Six, historiquement l'un des premiers groupes du Teuton autour duquel se sont succédé  depuis 1998 de nombreux musiciens en un line-up à géométrie variable. L'équipe actuelle est quasiment la même que celle de Krautzone mais les instruments ont souvent changé de mains, Sula étant désormais derrière les fûts après avoir tenu la (space)basse et la guitare. Outre la jeune femme, ses vieux complices Rainer Neeff et Modulfix complètent donc la formation. Au départ, proche de la Trance, la musique de Zone Six a peu à peu dévié vers un rock cosmique qui n'est en définitive et nonobstant la partition peut-être plus hypnotique et duveteuse tricotée par le claviériste,  pas si éloignée que cela d'Electric Moon. De même, si le jeu de Rainer Neeff diffère quelque peu de celui de Bassana, son registre reste très cotonneux. Mais qu'importe au final que ces nuances entre tous ces flacons ne sautent pas forcément aux oreilles car l'ivresse psychédélique est toujours au rendez-vous, jouissive et démesurée. Avant tout taillé pour les happenings sonores, Zone Six n'accouche avec "Love Monster" que de sa troisième galette studio, la première depuis onze ans ! Le voyage s'articule autour de quatre pistes oscillant entre sept et quinze minutes au compteur dont les contours flous donne l'impression de n'avoir à faire  qu'à une seule et longue échappée. Guitare stratosphérique noyée sous les effets, basse gourmande, synthés qui bourgeonnent de notes spatiales et batterie trippante assurent le décollage vers les étoiles. Le titre éponyme et 'Cosmogyral' sont les deux sentinelles qui encadrent l'écoute, ondulantes élévations aux allures d'improvisations démentielles qui semblent ne jamais vouloir s'achever. On imagine sans peine leur version live,  point de départ de dérives aussi jubilatoires qu'interminables. Entre les deux, 'The Insight' puis 'Acidic' épousent un cadre plus accrocheur bien que baignant toujours dans des relents de pipe à eau. Sans jamais se prendre les pieds dans les fils d'une écriture lâche, Zone Six enfante un album qui se ressent comme un trip aux vapeurs aussi hallucinées que spatiales. Incontournable à l'image de tout ce que touche le révéré Sula Bassana.(2016)


                                     

Sula Bassana | Live At Roadburn (2015)


Si Electric Moon, son principal port d'attache, connait une activité scénique relativement soutenue, en attestent ses nombreux lives dont le nombre dépasse celui de ses enregistrements studio, Sula Bassana se fait en revanche beaucoup plus rare sur scène dans le cadre de sa carrière solo. Le concert qu'il a offert le 11 avril 2014 pour le Roadburn, festival devenu en quelques années le pèlerinage obligé pour tous les amateurs de musique plombée ou psyché (mais pas que) fut donc un évènement, performance précieuse qu'il eut été criminel de ne pas capturer. Comme son nom l'indique, ce premier live du Teuton en constitue le complet témoignage. Pour l'occasion, le bonhomme s'est entouré de trois musiciens qu'il n'a pas eu à chercher trop loin. Sans surprises, on trouve autour de lui la fidèle Komet Lulu (basse), le batteur Marcus Schnitzler et à la seconde guitare, Rainer Neef soit le line-up actuel d'Electric Moon et une moitié de Zone Six. Le menu s'articule autour de quatre pistes qui ne surprendront pas les aficionados du multi-instrumentiste, tant sa patte reconnaissable entre mille, cosmique et fuzzy, déborde sur chacune d'entre elles. Le terrain est connu mais l'orgasme est là, prêt à jaillir à tout instant, à chaque éruption de cette guitare généreuse noyée sous les effets, à chaque note de synthétiseurs aux couleurs d'un Mellotron antédiluvien. Amorce démentielle, 'Rainstorm' se veut à la fois spatial et groovy, envolée puissamment hypnotique où le maître de maison s'en donne à coeur joie, faisant cracher de sa guitare des effluves nébuleuses sur fond de rythmique tout en rondeur. On décolle déjà très haut, emporté par un tourbillon psyché que rien ne semble vouloir stopper. 'D-Light', qui lui succède, laisse infuser les influences arabisantes auxquelles nous a souvent habitués Sula, progression tranquille qui sent bon la pipe à eau. Mais le gros morceau (à tous points de vue) est incarné par 'Dark Days', dont les dimensions monumentales - et beaucoup plus imposantes qu'en studio - sonnent comme la promesse d'un voyage coloré vers des paradis artificiels. Du haut de ses 18 minutes au garrot, il est une véritable rampe de lancement, propice à d'interminables arabesques comme à la grande époque, celle des lives où tout pouvait arriver, où chaque titre servait de terreau à un fleurissement aussi fertile qu'halluciné. Perry Rhodan d'un space rock enfumé, le guitariste nous entraîne dans un périple cotonneux où copulent en une partouze astrale six cordes extra-terrestre et claviers hantés. Après une telle apothéose, le bien nommé 'Alienfuzz' ne peut soutenir la comparaison, titre le plus court du lot, mais reste par ses modelés chamarrés un exemple typique de ce rock psyché duveteux. Moins culte que son homonyme signé Earthless, ce "Live At Roadburn" n'en est moins indispensable pour qui aime Sula Bassana et toute sa famille de musiciens shootés au krautrock. (2015)


Sula Bassana | Shipwrecked (2016)


Grâce à Sula Bassana, on ne se sent jamais seul bien longtemps, l'homme ayant pris l'habitude de nous rendre visite au moins plusieurs fois par an, en solitaire ou accompagné. De fait, nous avons cessé de compter le nombre d'albums, en studio ou sur scène portant son nom celui d'un de ces nombreux projets. Bourgeonnant de toute part, sa carrière devient peu à peu aussi grosse que le bottin. S'il n'est pas si évident que cela de distinguer Electric Moon, Zone Six et Krautzone, lesquels se partagent, à quelques nuances près, les mêmes musiciens, en un line-up à géométrie variable, l’œuvre personnelle du guitariste (mais pas que), quant à elle, ne ressemble pas à celle de ses autres groupes, quand bien même elle décolle comme les autres très loin vers les étoiles, gravitant entre kraut et space rock mais avec toujours cette influence électronique qui reste la signature de l'Allemand en solo. Après des débuts hésitant entre ambient (« Silent Music ») et progressif à la Manuel Göttsching (« Endless Winter »), son style s'est véritablement fixé à partir de « The Night », exploration spatiale aux confins d'une trance cosmique, évolution poursuivie par « Kosmonauts » et confirmée aujourd'hui par « Shipwrecked ». Mentionner le visuel, superbe par ailleurs, qui lui sert d'écrin n'est pas anecdotique car de part ses atours galactiques, il renvoie à toute une frange de la science-fiction, celle de Perry Rhodan, héros dont les aventures ont nourri l'imaginaire de Sula Bassana et auquel il a rendu hommage avec le titre qui porte son nom sur l'album « Dreamer ». Muse généreuse évocatrice de paysages lunaires mystérieux ou menaçants, cette S.F. Kitsch et aventureuse sert de rampe de lancement à ce psychedelic ethnotronic space rock  d'une démesure hypnotique. Seul à la barre, notre homme se charge de tout, comme de coutume, utilisant une grande variété d'instruments (guitare, basse, sequencer, synthétiseurs...), desquels s'échappe un tapi d'effluves électroniques sombres et froides à la fois. Ondes robotiques, sonorités stellaires et nappes hantées, offrent une tessiture aux teintes étranges. L'album rassemble six titres dont trois d'entre eux voisinent avec les dix minutes au compteur, le reste affichant une durée plus courte. Le voyage démarre  avec 'Moonbase Alpha Alpha', pulsation entêtante rempli de bidouillages et d'effets qui nous plongent d'emblée dans un décor de conquête spatiale. Plus inquiétant se veut "Shushie Express" qui nous convie à l'exploration d'une planète inconnue et que peuple une myriade de sons venus d'ailleurs. Si 'No Time : No Eternity' marque une pause par sa lenteur, titre ambient que drapent des nappes de Mellotron, 'Planeta Bur' se rapproche des deux premiers titres tout en laissant échapper des oscillations nébuleuses  qui tel un mantra semblent se répéter à l'infini. Etonnamment, le programme s'achève sur deux courtes pistes dont le titre éponyme, gorgée d'une absolue tristesse, manière de conclusion douce-amère, comme si l'aventure se soldait par la mort. Entre "Kosmonauts" pour son ressac électronique et "Dark Days", pour sa mélancolie discrète, "Shipwrecked" est encore un grand disque signé Sula Bassana dont la sève paraît décidément intarissable... (2016)


KröniK | Zone Six - Live At Sulatron Records Label Night (2011)


Non content d'avoir déjà accouché de quatre (!) albums sous la bannière Electric Moon durant les douze derniers mois, sans compter un nouvel opus solo à la sortie imminente et son job de manager de son propre label, Sulatron Records, Sula Bassana trouve encore le temps de jouer avec Zone Six, historiquement un de ses premiers projets à la discographie aussi riche que bordélique où de rares enregistrements studio voisinent avec des lives par palettes entières. Dernier en date, celui capturé le 30 septembre 2011 lors du Sulatron Festival. On reste en famille donc et entre amis, puisque la fidèle Komet Lulu et Modulfix sont de la partie. Avec son line-up à géométrie variable, à l'image de la place qu'y occupe Dave (son vrai nom) entre batterie, guitare et spacebass, Zone Six est moins un groupe qu'un laboratoire sonore à géométrie variable qui n'est jamais autant à sa place que sur scène, ceci expliquant le faible nombre d'albums studio officiels à mettre à son actif. Son Rock (bien évidemment) instrumental aux confins de la trance psychédélique est de fait taillé pour les happenings improvisés, pour les jams interminables. Ce soir-là, les Allemands ont interprété trois titres dont les noms importent peu. Ils n'en auraient joué qu'un seul, que nous n'aurions pas vu la différence tant leurs compos ne sont qu'un prétexte, une piste de décollage vers l'Absolu. De plus en plus proche d'Electric Moon (à moins que ce ne soit l'inverse), Zone Six tricote une musique éprise de liberté, noyée sous les effets de synthétiseurs généreux aux teintes spatiales, rythmée par une basse et une batterie sous hypnose et piloté par une guitare qui s'envole toujours très haut vers des cieux d'habitude inaccessible aux êtres humains. "Stones Washed" (21:28), "Timmee" (33:44 !) et "Isotoxick" (13:57) ont des allures de périples cosmiques nébuleux aux contours volontairement flous, où pourtant jamais nos cinq explorateurs ne paraissent s'égarer dans ce nuage aux saveurs parfois orientales, ni se prendre les pieds une architecture faussement lâche. Au contraire, ils savent parfaitement où ils vont et où ils nous entraînent, même lorsque le voyage dure plus de trente minutes nous rappelant les grandes heures des années 70 où les groupes n'hésitaient pas à se lancer, pour le plus grands plaisir des oreilles, dans des digressions aussi démesurées que jubilatoires. Zone Six est leur héritier. Quand bien même il semble inutile car fastidieux, de rentrer dans une description minutieuse des trois pistes remplissant ce live, le genre auquel elles se rattachent échappant à ce type d'exercice en cela qu'il se ressent plus qu'il ne s'explique, il convient toutefois d'insister sur la qualité du monumental "Timmee", source d'un orgasme hallucinant où les instruments se coulent les uns dans les autres pour une partouze dantesque dont on aurait presque envie qu'elle ne s'arrête jamais. Bref, encore une fois, Sula Bassana, même s'il n'est ici qu'un musicien parmi d'autres, démontre qu'il est capable de transformer tout ce qu'il touche en or. Divin et immense ! 4/5 (2012)