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Ted Post | Magnum Force (1973)



                                   

En quelques motsDeuxième aventure de Dirty Harry, flic désabusé aux méthodes expéditives, "Magnum Force" est conçu, de la part de Clint Eastwood, comme une réponse aux violentes critiques suscitées par la sortie en 1971 de l’opus originel. Même si son fameux 44 Magnum est toujours de la partie (comme le montre d’entrée le générique), le discours de Harry Callahan a été quelque peu nuancé, ou du moins, a été débarrassé des ambiguïtés qui pouvaient faire passer l’acteur pour un réactionnaire fasciste dans le film de Don Siegel. Alors certes, Harry dézingue toujours à tout va mais il le fait cette fois en respectant une certaine légalité. Il n’aime pas le Système, mais tant qu’on ne lui en aura pas proposé de meilleur, il continuera à suivre celui-ci malgré ses défauts. Les dialogues sont à ce titre on ne peut plus explicites (« Je crains que vous n’ailliez une fausse opinion de moi » rétorque Clint à la fois aux trois flics exterminateurs, mais aussi à ses détracteurs). Bénéficiant d’un scénario particulièrement riche et travaillé de John Milius et Michael Cimino, "Magnum Force"rectifie également le tir par sa condamnation des exécutions sommaires, en illustrant les agissements de policiers se prenant pour les Escadrons de la mort brésiliens, à la fois flics, juges et bourreaux, et contre lesquels se bat Dirty Harry. De plus, le personnage se pare cette fois-ci d’une certaine humanité qui lui faisait peut-être défaut dans l’œuvre éponyme. Il semble moins froid et montre qu’il est capable d’éprouver des sentiments. Ainsi il n’est pas insensible au charme épicé de sa voisine eurasienne. Malgré tout, le film de Ted Post n’est pas parvenu à modifier l’image négative (et fausse) qui colle alors à la peau de Clint Eastwood. En dépit de ses nombreuses qualités, à savoir un scénario en béton armé, un climat violent bien entretenu, des scènes de meurtres sanglantes, "Magnum Force" se révèle un peu moins réussi que le film de Siegel. La mise en scène est moins efficace, moins nerveuse, le tissu urbain rendu de manière moins réaliste. Qui plus est, l’affrontement final avec les policiers semble plus conventionnel. Il lui manque la dimension obsessionnelle, quasi mystique du combat entre Harry et Scorpio. Reste donc un très bon polar, même s’il est dépourvu du génie de "L’inspecteur Harry", œuvre référentielle dans l’histoire du film policier.






Clint Eastwood | L'hommes des hautes plaines (1973)


En quelques mots : Baroque et violent, misanthropique et narcissique, "L'hommes des hautes plaines" est le second film de Clint Eastwood réalisateur et le premier western qu'il met en scène. A première vue, le film ressemble beaucoup aux westerns de Sergio Leone dont il pourrait être un lointain cousin. La musique, influencée par Morricone, le personnage joué par Clint, un homme solitaire, mal rasé, laconique et tueur sans pitié contribuent à cette impression. De même, par son histoire (une ville fait appel à un homme fort pour protéger ses habitants face à l’arrivée imminente de trois bandits), il s’inscrit dans un cadre westernien classique. Puis peu à peu, le film prend une autre direction et dévie de son sujet de départ, ce que Eastwood aime particulièrement faire. La menace que constituent les hors-la-loi devient presque secondaire par rapport à la façon dont ce mystérieux cavalier devient maître de la ville. Les villageois lui ayant proposé d’obtenir tout ce qu’il désire à condition qu’il les protège, il prend un malin plaisir à les humilier, à dépouiller leur chère petite ville, à violer leurs femmes. On comprend vite que le cavalier est là pour se venger. On se rend vite compte aussi qu’il y a peu de personnages positifs (hormis le rôle de Verna Bloom). Clint joue un homme plein de morgue et de haine, obsédé par la vengeance et qui traite les femmes comme des putains. Cette figure d’ange exterminateur est d’ailleurs présente dans tous les westerns qu’il a mis en scène. Les villageois constituent quant à eux un ramassis de lâches, préférant fermer les yeux plutôt qu’agir. L’affection de Clint Eastwood pour les marginaux, les minorités apparaît aussi, à travers les Indiens auxquels son personnage offrent des couvertures, les Mexicains qu’il n’invite pas au banquet afin qu’ils ne se fassent pas tuer et le nain qu’il nomme à la fois shérif et maire, sans doute plus par dérision que par véritable sympathie. Ce film possède également un aspect fantastique très prononcé, et que l’on retrouvera dans "Pale Rider". La ville, Lago, est rebaptisé Hell (enfer) et repeinte en rouge, avant de brûler par les flammes d’un feu purificateur (comme souvent dans les films d’horreur). Sa situation géographique, pour le moins insolite, au bord d’un lac, concourt également à créer un climat étrange aux confins du surnaturel. Enfin, le héros ( ?) est-il un fantôme ? Ou bien n’est-il que le frère du shérif Duncan fouetté à mort, comme le suggère la version française ? Eastwood est toujours resté on ne peut plus vague à ce sujet, préférant que chacun se fasse sa propre opinion.