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KröniK | Amnutseba - Demo II (2018)


Il faut parfois peu de choses pour transformer un obscur projet en une entité culte. Des musiciens qui préfèrent rester dans l'anonymat, démarche qui ouvre la porte à tous les fantasmes, à toutes les spéculations quant à leur identité. Une première démo vomie uniquement en tape, dernier format intègre parce qu'il échappe encore - pour le moment - aux bobos qui ont réussi à vider le vinyle de sa noblesse. Et enfin, une de ces écuries aussi confidentielles que précieuses, Caligari au cas particulier, pour publier cette bonne vieille cassette des familles. Amnutseba affiche donc sur le coin de la gueule cette étiquette "culte" que sa seconde démo ne devrait pas lui retirer.
Si parler d'évolution à son encontre serait un gros mot, celle-ci n'en précise pas moins l'expression méphitique de cette bestiole crachée de bas-fonds humides et crapoteux. Macérant dans le jus sinistre d'une panse abyssale, ces deux émanations noires simplement numérotées 'III' et 'IV' matérialisent un black metal aussi morbide que labyrinthique. L'ambiance, aux relents de chairs corrompues et de caveaux viciés, est sépulcrale, rongée par une folie prolifératrice. Déglingué, le tempo ne file jamais droit, englué dans le sol meurtri d'un corridor d'asile. Le son est étouffé, comme bâillonné. Guitare grésillante et chant pollué, quasi inaudible, s'accouplent dans un fracas chaotique. De leurs ébats jaillit une semence empoisonnée qui suinte jusque dans les profondeurs de ce charnier mortifère. Torturées, ces deux pul(sa)sions sont secouées par ses spasmes oppressants, peu à peu ravagées par une gangrène glaciale et grumeleuse. Si à l'arrivée, nous ne sommes pas trop sûr d'avoir bien tout compris, une chose est claire cependant : Amnutseba est déjà détenteur d'un univers qui lui est propre, viscéral et malsain, schizophrénique et lugubre, art noir tourmenté que lacère la verge d'un death convulsif. Sale et noire comme une plage après un dégazage sauvage, cette démo ne dure certes qu'un (trop) petit quart d'heure. Il n'en faut pourtant pas davantage à son énigmatique géniteur pour ouvrir les vannes d'une décrépitude étouffante qui exsude l'interdit et des vices inavouables. 3/5 (08/03/2018)


KröniK | Amnutseba - Demo (2017)


Amnutseba est une bestiole qui a l'underground chevillé au corps, et tout ce qui va avec. Demo édité en format tape par le respectable Caligari Records et absence totale d'informations à son sujet participent ainsi d'une aura cryptique. Bref, Amnutseba, qu'est-ce que c'est ? On ne sait pas trop, hormis son origine géographique parisienne, et on s'en fout pas mal en définitive car l'essentiel est ailleurs, niché dans les méandres sales et humides de ce black death pollué comme une plage après un dégazage sauvage. Et quand les balises auxquelles on aime se raccrocher n'existent pas, il ne reste donc plus que le son, ferrugineux, croupissant dans la vase.
Le fait que les quatre pistes aux allures de rituels interdits qui l'écartèlent ne soient identifiées que par de simples numéros, ne rend cette démo séminale que plus obscure et opaque encore, macération labyrinthique aussi viciée que vicieuse. La pénétrer revient à s'enfoncer dans un corridor ténébreux dont les parois suintent une semence mortifère et dissonante. Pas la moindre trace de beauté ni de lumière ne filtre à travers ses plaies purulentes. Ces quatre saillies ont quelque chose de dédales reptiliens dont le sol trempe dans un liquide saumâtre, chargé d'une négativité gangreneuse. Rien ne file jamais droit dans ces entrailles malsaines. Caverneux et lointain, le chant est celui d'une gargouille monstrueuse déversant une bile méphitique (IV). Oppressantes et abyssales, corrosives et tendues comme une verge gonflée d'un sang noir, les guitares répandent la mort dans leur sillage cependant que la rythmique pulse d'une nocivité déglinguée. Imprimant un tempo rapide le plus souvent, Amnutseba atteint pourtant l'orgasme morbide quand il serre le frein à main, ouvrant alors les vannes d'un foutre funéraire (II). Cette vingtaine de minute lui suffit pour éjaculer des ambiances à la fois survoltées et sales comme le flot menstruel, pour ériger des sculptures aux attributs blasphématoires et obscènes. Cette démo est un premier signe de mort qui laisse une épaisse traînée de cendres dans la mémoire. 3/5 (2017)