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KröniK | Slough Feg - Ape Uprising ! (2009)


Des présentations s'imposent, je pense. Car qui connaît Slough Feg en France malgré une carrière débutée en 1990 et déjà six opus à son actif ? Pas grand monde, hormis une poignée d'amateurs connectés à la scène metal de San Franscico. En effet, ce groupe, dont le nom entier est The Lord Weird Slough Feg a notamment accueilli dans ses rangs John Cobbett, guitariste de Hammers Of Misfortune, Ludicra et autrefois des affreux Gwar. Mais c'est surtout le chanteur Mike Scalzi qui reste la clé de voute de l'édifice, sa voix puissante est ainsi pour beaucoup dans la signature de ces Américains auxquels on pourra toujours reproché d'avoir un trop téter le sein du Iron Maiden de la première moitié des années 80 et plus particulièrement de ses deux galettes pilotées par le timbre de Paul Di'Anno. Le mimétisme est parfois flagrant, depuis les lignes vocales jusqu'aux cavalcades rythmiques sans oublier les harmonies tissées par les six cordes. Par rapport à son prédécesseur, l'excellent Hardworlder, Ape Uprising s'il surprend, ce n'est pas dans le fond - on y croise donc à nouveau ce bon vieux heavy metal avec jeans moule-bite et un thème de SF au niveau des textes comme sur les trois essais précédents - mais davantage dans la forme. Court, le disque aligne moins de titres qu'à l'accoutumée et parmi ceux-ci on a même un - le meilleur - qui n'hésite pas à franchir la barre des dix minutes ("Ape Uprising" et sa basse volubile). Pour le reste, les geeks seront en terrain connu et bien balisé. Certains estimeront que Slough Feg commence à sérieusement se répéter et demeurera de toute façon toujours dans l'ombre de son inaccessible modèle. Pas faux. Néanmoins, il est aussi permis de prendre son pied avec ces huit morceaux directs et habillés d'un son bien gras. "The Hunchback Of Notre Doom" (quel titre !), enclume lancinante aux confins du doom qui étonne en guise d'entame ; "Overborn", classique pour le groupe mais franchement jouissif ; "Ape Uprising", bien entendu, qui démarre par des roulements de toms accrocheurs, longue chevauchée qui permet aux instruments de galoper dans tous les sens; "Simeon Manifesto" où la voix haut perchée de Scalzi fait des merveilles sur fond de modelés des plus maideniens et de joutes guitaristiques à la limite du point G ; "Skadown At The Six" et son tempo rapide. Voilà quelques uns des hauts faits d'arme émaillant une architecture qui va à l'essentiel et ne s'embarrasse cette fois pas de ces très courtes chansons qui d'habitude en cisaillent la trame. De fait, Slough Feg vient peut-être de livrer avec Ape Uprising son meilleur album à ce jour car pour la première fois, il n'y a rien à jeter dans son menu, pas de déchets, pas de gras à repousser sur le bord de l'assiette. Excellent. 3.5/5 (2009)


KröniK | While Heaven Wept - Vast Oceans Lachrymose (2009)


Si l'on peut regretter une prise de son qui manque de puissance et un caractère parfois un peu trop gentillet, pour ne pas dire mielleux, il n'en demeure pas moins que Vast Oceans Lachrymose reste un très bon album de doom classique 

Il ne faut parfois pas plus d'un morceau pour effacer plusieurs années de silence. C'est le cas pour While Heaven Wept, groupe ayant disparu des écrans radar depuis Of Empires Forlorn en 2003, avec "The Furthest Shore", ouverture de sa nouvelle offrande et la troisième seulement en plus de vingt ans de carrière. Un seul titre, oui mais quel titre ! En près de 16 minutes, il propulse le groupe américain vers des sommets dont, jusqu'à présent, ils s'étaient seulement rapprochés sans jamais pouvoir les toucher.

Un quart d'heure de pur bonheur qui synthétise tout ce qui fait que l'on aime (ou pas) ce vétéran de la chapelle doom US : des lignes vocales chaudes et émotionnelles, celles de Tom Philipps (également guitariste chez le non moins excellent Solstice), des mélodies finement ciselées, cette touche lyrique pour ne pas dire carrément romantique et une dimension épique plus proche du heavy metal que des marches funèbres auxquelles le genre est souvent associé - à tort. Avec en plus ces arabesques multiples qui permettent aux Américains de tendre un pont étonnant entre doom et rock progressif. En un mot : superbe. Toutefois, "The Furthest Shore" se veut tellement grandiose qu'il en étoufferait presque les cinq plages suivantes, ces dernières ne tutoyant pas une telle éclatante réussite. Plus ramassé, "To Wander The Void" arpente les terres du heavy doom avec choeurs et voix haut perchées mais est émaillé de riffs à la fois plombés et est sécrétatoire d'un fluide de tristesse. Au plus anecdotique "Living Sepulchre" s'enchaîne en un très beau fondu acoustique l'imposant "Vessel", toujours porté par le chant lumineux de Philipps, incontestablement la clé de voûte de l'édifice. Etonnamment, l'écoute prend fin sur deux pistes instrumentales peintes par le pinceau délicat de claviers doucereux. "Vast Oceans Lachrymose" et "Epilogue", toutes deux reliées entre elles par le bruit du ressac, sont une conclusion apaisante et propice à la contemplation d'un disque à l'architecture curieuse. Si l'on peut regretter une prise de son qui manque de puissance et un caractère parfois un peu trop gentillet, pour ne pas dire mielleux, il n'en demeure pas moins que Vast Oceans Lachrymose reste un très bon album de doom classique tel qu'il était conçu à l'origine, avant que sa collusion avec le death metal ne l'enténèbre davantage. Espérons que cette fois While Heaven Wept, dont la vie a toujours été en pointillés depuis ses débuts, soit de retour durablement et qu'il ne faudra donc pas attendre six années supplémentaires pour savourer un prochain chapitre. (21/10/2009)


KröniK | Dantesco - Pagano (2008)


Toi. Oui toi, là bas au fond de la classe. Tu aimes le bon vieil heavy metal des familles avec un chanteur qui s’est coincé les couilles dans sa braguette ? Tu aimes quand le heavy metal se la joue épique ? Tu aimes quand le heavy metal enfile son dard vigoureux dans la caverne sombre du doom dans ce qu’il a de plus classique, c’est-à-dire quand il se souvient de ses racines heavy justement ? Alors tu devrais jeter une oreille (voire deux) sur cette seconde hostie de Dantesco.
Pagano se révèle même être un très bon cru dans le genre. Il démontre du reste que cette musique pour aussi noire qu’elle soit, n’a pas forcément besoin d’un contexte géographique chargé de pluie, de froid et de gris. Le soleil ne l’empêche pas de naître et de proliférer. La preuve, Dantesco a vu la nuit à Porto Rico ( ?). Cette origine singulière se dessine à travers le recours fréquent à des arpèges hispanisants qui suintent le chagrin (“ Santa Croce Titulus ”, “ De la Mano De La Muerte ”) et surtout à un chant lyrique en espagnol. On tient là d’ailleurs à la fois le principal défaut (cette langue ensoleillée convient-elle vraiment au doom ?) et une bonne partie du charme (on finit par s’habituer à ces accents exotiques) d’un groupe qui maîtrise parfaitement son propos. Tel un Janus musical, Pagano affiche deux visages, tantôt sombre, tantôt chaleureux, une ambivalence qui participe d’une identité déjà bien affirmée.  Ces neuf titres (plus deux bonus pour l’édition européenne, dont une reprise dispensable du “ Gethsemane ” de Andrew Lloyd Weber), souvent assez (trop) longs, se délestent d’un sacré quota de plomb grâce au travail des guitaristes qui savent forger des riffs trempés dans l’acier (“ Su Sangre Es Mia ”) et décocher quelques soli lumineux particulièrement inspirés ou des harmonies à la Maiden toujours efficaces. L’énorme “ Anibal ” du haut de ses dix minutes est un petit bijou de heavy doom lourd, racé, mélancolique, à l’instar de la plupart de ses petits camarades, notamment le superbe “ I Came From Hell ”, bonus qui d’ailleurs aurait mérité de figurer dans le menu officiel. Certes, on ne goûtera peut-être pas aux vocalises haut perchées du chanteur tout comme on trouvera que Pagano est parasité par quelques longueurs ainsi que par une production qui manque un peu de puissance.   Il n’en demeure pas moins que l’on tient là une œuvre rafraîchissante et sympathique enfantée par des musiciens sincères et talentueux. Ce qui n’est déjà pas si mal. Les fans de Candlemass, Solitude Aeturnus ou Forsaken y seront à l’aise comme dans une bonne vieille paire de pantoufles confortable. 3/5 (2008)


                                                   

Crescent Shield | The Stars Of Never Seen (2009)


Crescent Shield, c'est toute la différence entre ceux qui se nourrissent du vrai heavy metal tout en se l'appropriant et tous les traine-savates qui se vantent de faire du true metal avec épée en plastique et pauses guerrières. Crescent Shield, c'est ce qui sépare l'authentique de l'authen-toc. Pour (sans doute) la majorité d'entre vous qui ne connaissent pas ce groupe, sachez que le quatuor, qui compte dans ses rangs, une accorte bassiste, Melanie Sisneros, est né de la rencontre entre le chanteur de Onward et New Eden, Michael Grant et du guitariste de Destiny's End (et également de New Eden), Dan DeLucie. A l'énoncé de ces noms, le cadre est déjà posé, celui de la scène heavy californienne, celle aussi de Slough Feg, formation culte avec laquelle Crescent Shield entretient bien plus de liens qu'un simple label - Cruz Del Sur - en commun. Les deux groupes partagent la même vision traditionnelle du heavy metal issue, notamment, des premiers travaux d'Iron Maiden. La tradition, ça a du bon. Le fait d'avoir engagé le mythique Bill Metoyer pour enrober The Stars Of Never Seen, démontre, si besoin en était, la valeur que représente cette dernière aux yeux de ces Américains. Après près de trois ans de silence radio, le collectif, qui aime prendre son temps plutôt que de se précipiter, revient donc avec cette seconde cavalcade qui s'inscrit sans souci dans la lignée de The Last Of My Kind, tout le surpassant de la tête et des épaules... et à tous les niveaux. Composition, prise de son (qui manque encore un peu de patate cependant, même si ne pas être surproduit est très certainement une volonté du groupe), interprétation, visuel (dû à Travis Smith, tout de même) : tout est davantage en place, solide, sans bavure. Pas de doute à avoir, The Stars Of Never Seen est bien un vrai disque de heavy metal avec son chant puissant sans pour autant trop souffrir du syndrome "je suis coincé les couilles dans ma braguette", ses riffs épiques ("Under Cover Of Shadows", "Temple Of The Empty", le rapide et excellent "Lifespan"...) et ses ambiances propices à l'aventure (le long "The Endurance", assez grandiose du haut de ses plus de neuf minutes). Carrés et accrocheurs toujours ("My Anger", "The Bellman"), néanmoins presque mélancoliques parfois (le lent "Tides Of Fire"), ces chansons s'enfilent sans heurts. Et si il manque à Crescent Shield ce sens de l'attaque qui fait mouche, cette science de la mélodie imparable dont un Slough Feg par exemple est brillement détenteur, cette (relative) faiblesse ne diminue en rien le capital sympathie qu'il possède avec largesse. Un disque à l'ancienne ce qui, dans ma plume, n'est absolument pas péjoratif, mais cela vous l'aurez déjà compris, et à conseiller à tous les amateurs de musique forgée avec sincérité et décontraction, ce qui ne veut pas dire désinvolture... 3/5 (2009)