AU PIF

Affichage des articles dont le libellé est Tee Pee Records. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Tee Pee Records. Afficher tous les articles

KröniK | Ruby The Hatchet - Planetary Space Child (2017)


Osons l'affirmer d'emblée, "Planetary Space Child" est une des plus belles bûches que le doom avec des seins nous a livré cette année. Pourtant et nonobstant les réelles qualités dont "Ouroboros", "Aurum" et "Valley Of The Snake", sans oublier le EP "Eliminator", étaient pourvus, nous ne pensions pas que Ruby The Hatchet parviendrait à se fendre d'une telle insolente réussite. Bref, en dépit du charme associé à un beau brin de voix, de sa figure de proue,  Jillian Taylor, le quintet de New Jersey n'était (presque) qu'un groupe de plus parmi la cohorte de bûcherons qui ont chois d'être menés par une femme.
Cette hybridation entre riffs pachydermiques et chant de déesse est à la mode et comme toujours l'overdose commence à pointer le bout de son téton, quand bien même ce n'est pas nous qui allons nous plaindre de cette prise de pouvoir  par le sexe (pas si) faible. Nous en étions donc là avec ces Américains, jusqu'à ce que déboule ce quatrième album du feu de dieu. A son écoute, on mesure combien Ruby The Hatchet domine en réalité clairement la concurrence grâce aux nombreux atouts qui débordent de son bustier. Si, évidente clé de voûte de l'édifice, les lignes vocales de la belle, aussi puissantes que racées, ne sont pas étrangères à cette supériorité, cette écriture velue qui n'oublie jamais d'être intelligente ainsi que ce combustible qui puise directement à la source psyché des années 70, permettent au combo de se distinguer du tout venant. Etirant un tapis duveteux, l'orgue Hammond dégueule de partout, rappelant les grandes heures de Jon Lord et de Ken Hensley, donnant ainsi un côté Uriah Heep à 'Symphony Of The Night'. Epaisses et groovy, percussives et stratosphériques tout ensemble, ces compositions s'envolent très haut vers les étoiles en une éruption orgasmique dont le magma ensorcelant emporte tout. Si le programme ne souffre d'aucune baisse de régime, il semble indispensable de s'arrêter sur certains titres. C'est le cas de 'Killer' qui imprime un tempo velu que soulignent ces claviers juteux. 'Planetary Space Child', qui ouvre les portes de l'opus du haut de ses presque sept minutes au compteur, a quelque chose d'une lente rampe de lancement dont la rythmique pesante se combine à des guitares stellaires. Citons aussi 'Gemini' où la voix de Jenny s'accouple avec un organe masculin pour un résultat nerveux et implacable. Enfin, ce tour du propriétaire ne serait pas complet si nous passions sous silence le terminal 'Ligthening Comes Again', longue pulsation drapée dans des ambiances soyeuses qui peu à peu s'élève en une montée du désir cataclysmique qui ne peut déboucher que sur la jouissance. Orgue aux couleurs progressives et six-cordes coulées dans l'acier pilotent cette conclusion sinueuse et chatoyante. Avec ce "Planetary Space Child" évolutif, Ruby The Hatchet donne ses lettres de noblesse à un doom félin. 4/5 (22/10/2017)





Blaak Heat | Shifting Mirrors (2016)


Le fait que Blaak Heat (désormais sans le "Shujaa" à la fin) soit né en France avant de partir s'installer quatre ans plus tard aux Etats-Unis pourrait être un détail anodin, il révèle pourtant la soif de liberté, l'esprit d'aventure qui inspirent ce trio dont l'art s'est très tôt affranchi des carcans, des étiquettes, pour aller galoper à travers un espace ouvert, sans frontières, l'horizon dégagé. Trip psyché, stoner ou rock tout court, il n'est pas si simple de décrire une bande-son qui n'appartient déjà qu'à ses créateurs, à la fois plombée et colorée, écailleuse et gourmande. Et s'il paraît vouloir participer à ce revival seventies dont le puits semble encore loin de se tarir, ce groupe franco-américain possède un potentiel et une identité sonore capables en réalité de fédérer un public plus large que le seul cercle des suceurs de pipe à eau, quand bien même sa musique ne peut qu'évoquer les volutes embrumées de paradis artificiels. Logiquement assez vite repéré par Tee Pee Records, l'un de nos fournisseurs favoris en matière de rondelles enfumées, Blaak Heat livre avec "Shifting Mirrors" une troisième offrande pour le moins attendue, dont la prise de son a été confiée à Matt Hyde, producteur reconnu pour ses collaborations avec Slayer ou Monster Magnet. Loin de la testostérone promise par ce grand nom de la console, l'enveloppe sonore se veut au contraire (faussement) simple, laissant à chaque instrument l'espace nécessaire pour s'exprimer mais dont l'authenticité ne l'exonère cependant pas d'une vraie puissance de feu. C'est là tout le paradoxe de Blaak Heat, capable autant de nous emporter sur son dos au milieu du désert saharien ('Mola mamad Djan') que de cracher du plomb ('Ballad Of Zeta Brown'). De 'Anatolia' à Taqsim', de 'Tamazgha à 'Sword Of Hakim'', le nom des titres qui parcourent cet album, suggère un voyage lumineux à travers une géographie escarpée, aride et solitaire. Si 'The Peace Within', évoque les grandes plaines westerniennes, c'est surtout  l'orient qui est convoqué par un attirail traditionnel (sitar, darkouka) dont les notes aux arômes enivrants se mêlent à des percussions tribales, témoin ce 'The Approach To Al Mu'tasim', monumentale échappée longue de presque de sept minutes. Si un chant vient parfois mordre une trame aux lignes généreuses, "Shifting Mirrors' frappe avant tout par sa force instrumentale. Ainsi, nombre de pistes sont vierges de chant, toiles chamarrées dont les arabesques ensorcelantes sont peintes par une guitare soyeuse et pimentée que soulignent des rythmiques arabisantes, à l'image de 'Danse nomade', pièce finale d'une étourdissante virtuosité. Du visuel au jeu des musiciens, tout est impeccable dans cette galette à laquelle il parait bien difficile de résister tant on ne peut qu'être séduits par cette inspiration d'une ardeur solaire qui devrait sans aucun doute permettre à Blaak Heat d'accéder à l'étage du dessus. Du vrai desert rock à la sauce orientale. (2016)


                                     

KröniK | Earthless - Live At Roadburn (2008)


Nonobstant les incontestables qualités de ses albums studio, il n'en demeure pas moins que c'est bien sur scène que Earthless peut déployer toute la (dé)mesure de son talent et de sa folie. Voir en live ces trois Américains ou écouter ce concert capturé lors du Roadburn Festival en 2008 équivaut à piloter une machine à remonter le temps et à stopper le voyage il y a près de quarante ans lorsque que les (désormais) dinosaures du rock n'hésitaient pas à décoller vers les territoires de l'improvisation, à étirer leurs compos sur des durées inimaginables aujourd'hui. Earthless est leur plus fier héritier. Quatre titres n'en formant en réalité que deux pour une double ration de musique : qui dit mieux ? Personne assurément. Il faut dire aussi que le style revisité par le groupe se prête très bien à ce genre d'exercice. Entièrement instrumentales, ces longues dérives galopent sur les terres d'un rock psychédélique parfois aux confins du blues, noyées sous des nuages d'effets hallucinés qui sentent bon la fumette. Une batterie métronomique digne de celle d'un Ian Paice (Deep Purple) et une basse discrète mais efficace forment le cadre au centre duquel la guitare de Isaiah Mitchell libère avec générosité ses effluves électriques et orgasmiques. Il ne sert à rien d'individualiser les titres en présence ("Blue/From The Ages" et Godspeed/Sonic Prayer", soit quasiment l'intégralité du répertoire des Texans) tant ceux-ci ont quelque chose d'un maelström nébuleux aux contours flous, dessiné par cette guitare démentielle qui dégouline, bave de partout sans pour autant sombrer dans le piège de la virtuosité stérile. Au contraire, gorgées de feeling, ces lignes de six-cordes cosmiques ont suffisamment de teneur pour vous donner des frissons quasi sexuels. Elles sont une rampe de lancement vers l'Absolu. De fait, bien que simple (ce n'est pas une critique), la musique forgée par ces trois mecs qui se pointent, branchent leurs instruments et balancent la purée, se pare d'une dimension presque transcendantale. Mais, construite sur une architecture plus solide qu'il n'y parait, ces compos savent demeurer structurées et constamment passionnantes malgré leurs durées excessives. On sent bien que les musiciens, rigoureux, suivent une ligne précise ; ils ne se prennent jamais les pieds dans les fils d'un boeuf sans queue ni tête. Anachronique sans doute mais jouissif, c'est certain. Dans le genre, Live At Roadburn est un chef-d'oeuvre et probablement l'un des meilleur témoignages scéniques gravées depuis ces dernières années. On touche le point G à plusieurs reprises. A conseiller à tous les nostalgiques des regrettées années 70. Magique ! 5/5 (2009)


                                   

Ancestors | Neptune With Fire (2008)



















Est-ce que vous vous êtes déjà demandé à quoi ressemblerait le fruit de la copulation fiévreuse et (à priori) contre-nature entre le doom gras US et le progressif planant à la Pink Floyd, sous l’œil noir et vicieux, bien que discret, du King Crimson de la grande époque ?