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KröniK | Krane - Pleonexia (2017)


Avec "Pleonexia", c'est presque un nouveau départ que Krane entame, la faute à un galop d'essai, "Ouroboros", qui n'a pas bénéficié de l'exposition qu'il méritait, suivi de quatre (trop) longues années de disette. Espérons que cette seconde offrande lui ouvre la voie du succès, aussi bien commercial que critique, que l'habileté de ses auteurs devrait lui promettre.
Elle possède en tout cas les qualités nécessaires pour effacer ces débuts trop modestes car sur le terrain où il braconne, à savoir le post rock instrumental, genre plus ardu qu'on ne croit à besogner, à force d'être corrompu par des palettes entières de groupes en mode photocopieur ou en pilotage automatique, le quatuor impose d'emblée un ton plus singulier qu'il n'y paraît, une touche à la fois organique et tragique extrêmement personnelle. Question de géographie peut-être, les Suisses ayant toujours su cultiver leur différence. Rien de très original pourtant à l'horizon de cet album avec son lot de guitares tour à tour stratosphériques ou impétueuses, au service de longues pistes à l'architecture évolutive. Mais, véritables ascenseurs émotionnels, celles-ci savent toucher l'âme autant que le cœur., car l’ensemble, bien que froid, se veut vivant et puissamment dynamique. Plus qu'un agrégat de morceaux, aussi homogènes soient-ils, "Pleonexia" se doit d'être absorbé dans sa vertigineuse entièreté. Chacune de ses pièces forment le maillon d'une suite dont la lente progression lui donne l'allure d'une œuvre conceptuelle que renforce l'entrelacs de ses différents chapitres. Son menu épouse les courbes abruptes d'un relief vallonné, succession de plaines et de montagnes que les musiciens gravissent avec une vigueur mêlée à une belle finesse de touche. Maîtrisant la science de la montée en puissance orgasmique, Krane gratifie l'auditeur d'une amorce foudroyante. Préparé par 'Deception', réveil ouaté et pointilliste, 'Strategic Level' déboule ainsi, rampe de lancement d'une fulgurante beauté propulsée par des rouleaux de batterie qui se fracassent contre les falaises massives qu'érigent des guitares dont le manche sécrète une douloureuse mélancolie. Orageuses et délicates, les ambiances hachurent le ciel d'une myriade de sentiments, passant de la colère à la tristesse, de la rage à l'espoir jusqu'aux regrets. En l'espace d'un peu plus de sept minutes, le combo nous emporte avec lui sur ses ailes de géant. En un fondu enchaîné, 'Destabilisation' lui succède, respiration plus courte qui bourgeonne de douces sonorités électro. Bien qu'instrumental, "Pleonexia" n'en accueille pas moins des bribes de paroles martelées le temps d'un 'Operational' qui dessine un grand huit pulsatif, vrillé par une tension cataclysmique, multipliant les va-et-vient entre noirceur déchaînée et clarté neigeuse. Les six-cordes tendent tour à tour des lignes grosses comme des câbles ou égrènent des notes vibratoires qui s'arc-boutent sur cette rythmique mangeuse d'espace. Etonnamment, plus le disque avance plus ses pistes se montrent ramassées, trapues, entre 'Tactical Level', grondant d'une force sismique, 'Combat' aussi lourd et qu'éruptif et cet épilogue lunaire qu'est’ 'Aftermath'. Si de nombreux albums de post rock pêchent par manque d'audace, "Pleonexia" se révèle au contraire passionnant et aventureux, ce qui fait de lui une excellente surprise, fenêtre sur un groupe à (re)découvrir d'urgence. 3.5/5 (30/11/2017)


KröniK | Wolf Counsel - Age Of Madness / Reign Of Chaos (2017)


Malgré une première bûche sculptée en 2015, ce n'est qu'un an plus tard que Wolf Counsel s'est véritablement offert à nous par l'entremise du prometteur "Ironclad" grâce auquel nous découvrions l'artisan déjà affûté d'un doom sabbathien épais comme une coulée de lave charriant une mélancolie granitique. Dressant avec vigueur les couleurs d'une inspiration fertile, les Suisses en remettent déjà une couche avec "Age Of Madness / Reign Of Chaos" qui mérite mieux que son titre quelconque. Fidèles à une lecture orthodoxe du genre, les Helvètes continuent de prêcher un art d'une belle pureté, forgeant des psaumes taillés dans le béton à l'aide de guitares goudronneuses et d'un chant nasillard de canard pris d'un bon rhume souffrant du syndrome Ozzy Osbourne.
Scotchées au sol, ces pièces sentencieuses avancent à la vitesse d'une limace escaladant une côte par grand vent, même si un 'Semper Occvltvs', que couvre l'ombre du Cathedral le plus groovy avant de s'enfoncer toutefois dans un puits sans fond, témoigne que le quatuor ne rechigne pas, quand il le faut, à enclencher la seconde. Foreuse trapue qui creuse de reptiliennes galeries dans la terre, cette troisième offrande assène une véritable leçon de doom sourd à toute évolution, que ne vient corrompre aucun kyste extérieur, si ce n'est de salvatrices mélopées féminines le temps d'un 'O'Death' majestueux dans son expression plombée. Le résultat enchante et nous faire dire que Wolf Counsel serait plutôt inspiré de reproduire l'expérience. Pourtant, l'ensemble échappe au monolithisme le plus absolu par une science subtile de la progression, à l'image du coup de massue éponyme qui s'étale sur plus de dix minutes pendant lesquelles il gravit un relief massif que les guitares colorent d'une beauté déchirante avant de laisser la batterie s'exprimer avec une volubilité inattendue. Instrumentale, cette seconde partie voit Ralph Hubert briller de mille feux, laissant jaillir de son manche des soli à la fois épiques et rampants. Ses interventions irriguent puissamment "Age Of Darkness / Reign Of Chaos" et lui confèrent une approche dynamique sinon acérée, à laquelle participe également une basse galopante ('Coffin Nails'). Quelques effets sur le chant de Ralf Winzer Garcia saupoudrent de teintes psyché un ensemble robuste que le terminal 'Remembrance' entraîne avec une inexorabilité minérale vers la mort, plainte pétrifiée aux allures de pesant chemin de croix. La vie paraît alors suspendue, le tempo engourdi, témoin de son ensevelissement dans une nasse mortifère jusqu'à ses dernières mesures, frappées du sceau d'un désespoir infini, qui résonnent comme d'ultimes battements de cœur. Dans la lignée de ses prédécesseurs, ce troisième opus confirme Wolf Counsel parmi les dauphins les plus solides d'un doom éternel. 3/5 (28/11/2017)






KröniK | When Icarus Falls - Resilience (2017)


Si avec "Aegean",  qui nous avait permis de le découvrir il y a cinq ans, When Icarus Falls se faisait le chantre d'un post hardcore suffocant, "Circles", son successeur dévoilait au contraire une approche du genre plus aérienne, laissant ses racines post rock affleurer à la surface d'un art néanmoins toujours aussi écrasant et douloureux. "Resilience" amplifie cette évolution vers une musique toujours plus solaire encore que l'espoir et la joie sont des sentiments dont il n'existe toujours aucune trace dans dans le matériau que le groupe forge avec un souffle à la fois épique et cataclysmique.
Bien que l'originalité ne puisse pas davantage être mise à son actif, défaut déjà noté à ses débuts et qui grève de toute façon bon nombre de formations empruntant ce genre fortement encombré, qu'il s'agisse de la prise de son assurée par le gourou Magnus Lindberg (Cult Of Luna) ou de cette plastique tellurique au allures de magma en fusion, When Icarus Falls a toutefois pour lui, outre la puissance sourde de ces érections atmosphériques, une beauté instrumentale aussi rêveuse que bouleversante dont le chant, presque relégué au rang d'accessoire, est la victime consentante. De fait, il se dégage de "Resilience" une impression de force tranquille, malgré les coups de boutoir de guitares taillées dans le béton armé. Du haut de ses quasi douze minutes au garrot, le terminal 'A Blue Light' se veut la parfaite synthèse d'une expression déliée et pourtant toujours aussi plombée, lente et déchirante élévation vers la mort dont le périple sinueux est entravé par de rageuses éruptions vocales et les remparts qu'une rythmique granitique ne cesse de dresser jusqu'à cette fin abrupte. Le résultat est un opus beaucoup plus accessible que ses devanciers, à l'image de 'Into The Storm' pétri d'une tristesse que tisse une six-cordes pointilliste. Ecartelé entre lumière et noirceur ('The Lighthouse'), le menu se révèle admirablement habile, jouant sur les reliefs accidentés et les ambiances tour à tour éthérées ou hachurées à coup de mines épaisses, en un ensemble massif et néanmoins presque intimiste dans sa manière de peindre des émotions à fleur de peau que ne paralyse finalement pas un évident manque de personnalité. Maître de son art, on peut affirmer sans aucun doute que When Icarus Falls livre avec "Resilience" son travail le plus abouti à ce jour. Le plus beau également. 3.5/5 (2017) | Facebook






KröniK | Palmer - Surrounding The Void (2017)


En dépit de ses dix-sept années (déjà) au compteur, âge vénérable s'il en est, Palmer demeure encore injustement méconnu. Une carrière ponctuée de trop longs silences et des albums, "This One Goes To Eleven" en 2008 et "Momentum" en 2011, dont les indéniables qualités n'ont pas suffi à les rendre totalement passionnants, expliquent le relatif anonymat dans lequel végètent toujours ces Suisses qui accueillent dans leur rang, notamment, un ancien guitariste de Zatokrev, indice qui ne trompe pas quant à la teneur dense et plombée de la musique qu'ils forgent.
D'ailleurs, de quoi s'agit-il au juste ? De post metal comme l'annonce l'étiquette tellement réductrice que son label, Czar Of Crickets, n'a pas manqué de leur coller sur le coin de la gueule ? De sludge ? De progressif ? Pourquoi pas... En fait, inféodé à aucun style en particulier, Palmer gravite quelque part entre tous ces courants, ce qui rend son art si difficile à cerner, la peau à la fois épaisse et tannée comme le cuir mais sillonnée aussi de nervures atmosphériques qui l'aèrent et lui confèrent une bonne part de sa puissance émotionnelle. Rien de très original à l'horizon, argueront certains. Soit ! Pourtant le groupe possède une façon toute personnelle de combiner tous ces éléments, de jouer sur une ambivalence orageuse, comme l'illustre "Surrounding The Void", tardif troisième opus que l'on n'attendait plus vraiment. Durant plus d'une heure, le quatuor traverse des contrées à la géographie abrupte, alternance de reliefs vigoureux et de plaines apaisantes, à l'image de 'Rising' sorte de metal progressif que le chant énervé et des guitares d'une granitique turgescence propulsent dans une noirceur charbonneuse. Palmer n'est jamais aussi fascinant que lorsqu'il progresse le long d'une route sinueuse au tracé labyrinthique, témoins ce 'Digital Inividual' aux accents jazzy emportés en un torrent rageur ou un 'Home Is Where I Lead You' que fracturent de multiples cassures. A contrario, 'Arten', instrumental aérien qui brille néanmoins d'une douce beauté, surprend et déçoit quelque peu, la tension en berne et tombant presque comme un cheveu sur la soupe. Autre piste vierge de vocalises, 'Implosion' convainc davantage car une sourde tension gronde dans ses arcanes grésillantes mais aurait mérité une autre position qu'en fin de parcours, achevant de fait l'écoute sur une note maladroite. Ainsi "Surrounding The Void" souffre d'une construction que nous aurions souhaité plus judicieuse sinon cohérente qui, couplée à une densité extrême, plombe un menu certes techniquement irréprochable mais qui donne toutefois l'impression d'être passé à côté d'une réussite plus franche. En l'état, l'opus est solide, efficace mais, à l'instar de ses devanciers, ne parvient pas à séduire sur la durée. On peut douter qu'il parvienne à extraire ses auteurs de l'ornière de la série B... 3/5 (2017) | Facebook