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KröniK | Primordial - Exile AmongstThe Ruins (2018)


Primordial est un groupe dont l'identité, rude et minérale, se révèle aussi personnelle qu'indélébile, et repose à la fois sur le chant empreint d'une expressivité tragique de Alan Nemtheanga, le jeu de guitares de la paire Ciáran MacUiliam / Micheál O'Floinn, qui taille dans les falaises battues par les vents des lignes obsédantes et les rouleaux de batterie de Simon O'Laoghaire qu'appuie la basse épaisse de Pól MacAmlaigh. La difficulté pour les Irlandais réside désormais dans la façon de faire évoluer cette identité sans la dénaturer en évitant par conséquent de se répéter. Après le quintessentiel "To The Nameless Dead" (2007), "Redemption At The Puritan's Hand" (2011) puis "Where Greater Men Have Fallen" (2014) ont entamé cette délicate entreprise, éloignant toujours un peu plus leurs auteurs du black metal dont ils n'ont d'ailleurs jamais réellement respecté les invariants. Mais cette évolution ne rime pas pour autant avec polissage, bien au contraire.

Et c'est un art toujours aussi douloureux, marqué dans sa chair, qui dresse ses puissants remparts, chargés d'une histoire au goût de sang et de larmes. Cénotaphe aux couleurs âpres, "Exile Amongst The Ruins" poursuit ce travail à l'œuvre depuis sept ans, opus à la fois différent de ses récents aînés et néanmoins profondément enraciné dans cette terre reconnaissable entre mille. Pourtant, même si son décor est connu, ce neuvième effort n'est pas le plus aisé à dompter. Car à l'exception du lent 'To Hell Or The Hangman' qui rejoint ces hymnes grandioses dont le groupe a le secret, digne héritier en cela des 'To Empire Falls' et autre 'Tragedy's Birth', pulsation meurtrie et obsédante tout ensemble avec ses lignes de guitares belles comme un chat qui dort, le reste du menu chasse à travers un sol mouvant et marécageux. A commencer par le curieux 'Stolen Years', premier extrait à avoir atteint nos oreilles qui étonne par le climat (faussement) apaisé qu'il prodigue et dont on attend un réveil qui ne se produira pas. En réalité, la tension, le drame, couvent sous la surface de cette plainte minée par les regrets, à l'image de tous les titres qu'une langueur funèbre cloue au sol. De fait, si 'Sunken Lungs’ part au galop, ce qui n'empêche pas les Irlandais de tricoter en son centre des instants comme suspendus au-dessus d'un gouffre hypnotique, si 'Nail Their Tongues' se voit traversé par des accélérations fulgurantes que noircissent un chant très black et des six-cordes grésillantes, "Exile Amongst The Ruins" privilégie les mid-tempos sévères et engourdis qui, loin d'en altérer la force charbonneuse, font brûler dans ses entrailles un feu intense et crépusculaire. Il faut donc creuser jusqu'à l'os, dans les arcanes de leur intimité, pour goûter le suc de ces longues pièces qui, telles 'Where Lie The Gods' ou 'Last Call', ne livrent pas immédiatement leurs trésors. Pour sa part, 'Upon The Spiritual Deathbed' rénove le canevas épique cher au groupe en misant lui aussi sur une tension rentrée et un final majestueux des plus mélodiques. De fait, en serrant plus que jamais le frein à main, Primordial s'enfonce dans les rivages d'une musique pétrifiée où les atmosphères désespérées se drapent dans le suaire d'un doom granitique, témoin le morceau éponyme qui pleure tout du long une douleur venue du fond des âges, celle d'un peuple fier portant les stigmates d'une histoire ensanglantée. Avec "Exile Amongst The Ruins", les Irlandais continuent de travailler leur art, épique et tragique, qu'ils renouvellent avec intelligence, sans l'affadir, la douleur chevillée au corps. (03/02/2018)


Soon | Primordial - Exile Amongst The Ruins


"Exile Amongst The Ruins", le nouvel opus de Primordial (Epic Black metal), verra la nuit le 30 mars 2018 chez Metal Blade.

 

KröniK | Dread Sovereign - For Doom The Bell Tolls (2017)


Pour ceux qui l'ignoreraient, rappelons pour commencer que Dread Sovereign est le projet doom de A.A. Nemtheanga, maître de cérémonie charismatique de Primordial, ce qui devrait suffire à vous convaincre de vous intéresser sérieusement à lui. Quand le groupe, que complètent Bones, ancien guitariste de De Novissimis et Sol Dubh (Primordial), désormais remplacé derrière les fûts par l'ex Altar Of Plagues Con Ri (aka Johnny King), a été lancé, quelle ne fut pas notre joie d'apprendre qu'Alan allait enfin - réellement - se frotter à un genre qui, de par sa gravité minérale, était de toute façon taillé pour son chant puissamment émotionnel.
Il faut dire que nous avions tous encore en mémoire sa gigantesque performance sur le "Human Antithesis" de Void Of Silence qu'il hantait de sa poignante présence. Un EP originel ("Pray To The Devil In Man") en 2013, suivi d'un premier album ("All Hell's Martyrs") en 2014, ont confirmé que le doom dans son expression la plus granitique et messianique avait trouvé dans celui que l'on tient - à raison - comme un des vocalistes les plus habités de la chapelle noire, sa sévère incarnation. En attendant le successeur de "Where Greater Men Have Fallen", dernier opus en date de Primordial, l'Irlandais offre ce "For Doom The Bell Tolls" de toute beauté. Encore une fois ses (nombreux) fidèles reconnaîtront aisément sa griffe ainsi que son goût, dont il ne se départira jamais, pour un matériau abrupt d'une grande pureté, creusé dans ces falaises battues par les vents. Dread Sovereign partage avec son aîné cette même souffrance, ce désespoir douloureux dont les burins se confondent autant avec cette voix empreinte d'une tristesse déchirante que dans ces lignes de guitare rocailleuses. Long d'à peine plus de trente minutes, il est permis de regretter que cette seconde offrande accueille deux pistes instrumentales, quand bien même 'Draped In Sepulchral Fog', par ses atours sinistres, s'inscrit parfaitement dans un ensemble marqué d'un sceau funèbre, ainsi qu'une reprise de Venom, 'Live Like An Angel, Die Like A Devil', qui tombe un peu comme un cheveu sale sur la soupe en guise de conclusion même si, là encore, thématiquement, elle ne dénote pas. Mais combien nous aurions préféré à sa place une composition inédite dans cette veine aussi mortuaire que puissante chère au trio ! Sur six titres seulement, ça commence à faire beaucoup. Toutefois, les trois autres titres, par ailleurs les plus longs du lot, qui nourrissent l'âme de "For Doom The Bell Tolls", justifient en réalité à eux seuls son écoute. Du haut de ses treize minutes au garrot, 'Twelve Bells Toll In Salem' est un monument à la gloire d'un doom sentencieux, une cathédrale millénaire dressée dans la nuit où Nemtheanga chante comme si demain ne devait plus exister, portant sur ses épaules toutes la mélancolie d'un monde au bord de l'apocalypse. Soulignée par des claviers brumeux, la six-cordes de Bones tisse en fin de parcours une toile dont chaque fil est une note de tristesse inexorable. Plus tendu et nerveux, 'This World Is Doomed' se veut lui aussi le cénotaphe émotionnel au centre duquel brûle ce chant qui donne des frissons, plus possédé que jamais. Précédé d'un pont instrumental de toute beauté, le final, bouleversant, prend aux tripes par la force de ces lignes vocales d'une solennité tragique. Plus étonnant se révèle enfin 'The Spines Of Saturn', lente et duveteuse pulsation aux couleurs cosmiques et progressives, emportée par ces rouleaux de batterie qui se fracassent contre les rochers et où Alan se met en retrait au profit d'un orgue Hammond fantomatique. Plongée dans des temps anciens ténébreux, "For Doom The Bell Tolls" s'impose, malgré un air de trop peu, comme le joyau d'un doom âpre et funeste. 4/5 (2017) | Facebook






KröniK | The Answer - Solas (2016)


A quoi reconnaît-on (notamment) le talent ? Sans doute à une capacité à affronter les épreuves pour s'en nourrir et finalement en sortir plus grand encore. Selon cette définition, The Answer est donc un groupe talentueux, ce que toutefois nous savions déjà. Mais "Solas" en apporte la confirmation de la plus tragique des manières.
Pour qui connaît bien les Irlandais, ce titre, qui signifie "lumière" en gaélique, répond à la période particulièrement éprouvante que le chanteur, Cormac Neeson, a vécu il y a peu, passant de nombreux mois aux côtés de son fils né prématuré et que la mort a failli emporter. Cette douloureuse expérience imprègne tout du long cette sixième offrande non pas en la plongeant dans la noirceur du désespoir mais au contraire en lui conférant une force salvatrice et lumineuse ainsi qu'une maturité dont ses auteurs tardaient à faire preuve, en dépit d'une série de galettes toutes plus solides les unes que les autres. Sans renoncer à cette écriture aussi généreuse que chaleureuse biberonnée aux mamelles bluesy dégorgeant de feeling, comme l'illustrent un 'Demon Driven Man' au rythme chaloupé, dont les teintes verdoyantes rappellent le "Led Zeppelin III" ou ce 'Untrue Colour' agréable et tranquille quoique sans surprise,  il paraît évident que le classic rock que The Answer s'emploie à forger depuis une bonne quinzaine d'années a gagné sinon en gravité au moins en épaisseur, au point de nous dévoiler un groupe métamorphosé - mieux, transfiguré. Les trois premiers morceaux ne sont pas seulement les plus inspirés, ils sont ceux qui incarnent le plus justement cette mue, cette grandeur enfin atteinte, entre l'éponyme 'Solas' qui lance l'écoute avec une puissance émotionnelle inédite, lente et rocailleuse pulsation hantée par la voix profonde de Cormac, laquelle procure de déchirants frissons lors d'un final irrigué par un solo de guitare d'une vibrante beauté, un 'Beautiful World' surprenant de par ses ambiances mélancoliques et un 'Battle Cry' énergique et percussif dont les accents celtiques cachent eux aussi une fragilité stratosphérique. A l'exception de l'énergique 'Left Me Standing', sans doute par ailleurs le morceau le plus faible du lot même s'il s'avère très plaisant, l'émotion est donc le maître-mot de cet opus qu'elle enveloppe avec tendresse tel un voile vaporeux ('In This Land'), faisant de lui une œuvre miraculeuse qui a du cœur et une âme. 'Thief Of Light', enraciné dans cette terre irlandaise chaleureuse et 'Tunnel' sont deux délicates respirations, bucolique pour la première, cathartique et nimbée de teintes seventies pour la seconde, qui résument avec justesse l'essence de ce disque touché par la grâce. Ce tour du propriétaire ne serait pas complet sans évoquer l'étonnant 'Real Life Dreamers', perle bluesy qui voit Neeson partager le micro avec la chanteuse Fiona O'Kane pour un résultat charmant au goût prononcé d'irish pub. On le savait solide, on découvre avec ce "Solas" presque résurrectionnel, ruisselant la vie par tous les pores, par toutes les notes, que The Answer est devenu (très) grand. 3.5/5 (2016) | Facebook






Soon | Wife - Standard Nature


Date : 23/09/2016
Label : Profound Lore Records
Genre : Ambient / Electronics


                                     

KröniK | Wreck Of The Hesperus - Light Rotting UOut (2011)


Les malheureux qui se laisseront (peut-être) abuser par l’accroche commerciale (?) dont Aesthetic Death, label néanmoins précieux, n’a rien trouvé de mieux que de l’affubler, le rapprochant de Nortt et de son Funeral Black Doom Metal brumeux, en seront pour leur frais. Wreck Of The Hesperus ne noue (bien entendu) aucun lien avec le one-man band danois comme avec aucun autre d’ailleurs. Wreck Of The Hesperus ne ressemble qu’à lui-même, c’est-à-dire à rien… de connu. Forant la roche irlandaise, origine géographique qui se lit à travers ses traits tourmentés, dont il porte les stigmates meurtries, le groupe enfante un art sévère, abrupte et tellurique que l’on serait tenté de rapprocher du Sludge carbonifère, sans pour autant se satisfaire de cette définition par trop réductrice. Wreck Of The Hesperus se veut tellement extrême qu’il est à même de renvoyer dans le bac à sable de la maternelle bon nombre de faces de goules croyant qu’il suffit de faire la gueule en brandissant une croix renversée pour faire peur. Etouffante et pétrifiée, sa musique ne tend jamais aucune main à l’auditeur qui rendra probablement les armes avant de parvenir au bout de Light Rotting Out, qui vient – enfin ! – compléter une discographie débutée en 2004, après plusieurs efforts (splits, EP) et un premier méfait en 2006 (The Sunken Threshold) et dont la (pourtant) petite quarantaine de minutes parait en faire le double. Le fait que la dernière des trois plaintes qui le compose, en remplisse plus de la moitié, n’est sans doute pas étranger à cette impression de supplice sans fin, d’une chair labourée à l’infini. Aucune lumière ne vient jamais réchauffer cette effroyable macération charbonneuse qui réussit l’exploit de plonger dans le noir tout ce qui l’entoure. L’air y est vicié et seule la voix claire et solennelle du vicaire Albert Witchfinder (ex Reverend Bizarre) surgissant lors des ultimes mesures de l’interminable Golgotha "Holy Rheum", après que celui-ci ait fait plus que tutoyer une folie prolifératrice par le biais d’une espèce de saxophone halluciné, apportera une courte mais salutaire bouffée d’oxygène. C’est peu. Vouloir décrire Light Rotting Out apparaît en définitive vain, sinon absurde, en cela qu’il n’est qu’un magma monstrueux, organisme tentaculaire que les Irlandais nourrissent à base d’une stratification de riffs apocalyptiques. L’album est-il bon ou pas ? Impossible de répondre à cette question à priori simple tant Wreck Of The Hesperus échappe aux critères habituellement retenus pour juger un disque. Par conséquent, il devrait autant rebuter que séduire si tant qu’il soit possible de parler de séduction à propos d’une œuvre vierge de la moindre trace de beauté et d’un hermétisme absolu qui redonne tout son sens au mot "extrême". 3.5/5 (2011)


                                   

KröniK | Altar Of Plagues - Tides (2010)


On s’en rend compte aujourd’hui, White Tomb, son premier essai, a non seulement imposé Altar Of Plagues comme une des entités les plus intéressantes du moment (à la mode, diront même les mauvaises langues, ce que tendrait à confirmer la récente signature chez Candlelight), mais il a surtout fixé - pour un temps peut-être - la signature de ces Irlandais. Tides, EP de plus de trente minutes au garrot, en témoigne. A nouveau, deux titres-fleuves dont les ramifications charbonneuses s’enfoncent dans le substrat de la roche fouettée par le vent et la pluie ; à nouveau ces guitares épaisses, minérales qui tissent des fils de désespoir aux allures de câbles ; à nouveau ce chant rugueux générateur de sentiments tourmentés et déchirés.
Ceci étant, Altar Of Plagues ne se contente pas de proposer un White Tomb 2. Tides met ainsi davantage l’accent sur l’aspect le plus atmosphérique du metal hybride, aux confluents du black, du sludge, du post rock que sculptent dans la terre mazoutée ses auteurs. Le plus triste également, témoin les riffs douloureusement beaux qui guident le quart d‘heure durant lequel s‘étire "Atlantic Light", tendu comme le foc d’un navire et porteur d’une inexorabilité poisseuse. Sa partie centrale est à ce titre totalement désespérée et magnifique. Long de près de vingt minutes, "The Weight Of All" installe dès son entame cendreuse, un décor crépusculaire que la voix de James Kelly contribue à amplifier. Puis, le bunker se dresse, imprenable avant que des six-cordes à l’unisson le percent de stigmates d’où coule un fluide mélancolique noir comme le pétrole. Ce monstre tentaculaire charrie une négativité grésillante, plus encore lorsque les Irlandais moulinent au-dessus d’un gouffre abyssal des notes hypnotiques d’une lancinante beauté. Le temps parait suspendu. Une ambiance désolée de fin du monde étend son linceul grisâtre. Enfin, le tempo s’accélère, écartant les cuisses vers une conclusion que l’on devine tragique. Sans rémission. "The Weight Of All" accède alors à une forme de flamboyance terrifiante et perdue. Tout en creusant un sillon identique, Tides affirme encore davantage que White Tomb tout le relief de la pesante architecture au goût de rouille que réussit à ériger Altar Of Plagues et ce faisant il confirme le potentiel énorme de ce dernier que l‘avenir devrait faire exploser à la face du plus grand nombre . Apocalyptique parfois mais bouleversant et vertigineux toujours, ce groupe symbolise parfaitement le metal extrême granitique (Wreck Of The Hesperus, People Of The Monolith…) qu'on n’imagine mal s’enraciner ailleurs que dans le socle irlandais. Un très grand groupe. 4/5 (2010) | Facebook






KröniK | Ion - Immaculada (2010)


Le nom de Duncan Patterson ne dira sans doute rien à la plupart d’entre vous et notamment aux plus jeunes. Ceux qui ont découvert Anathema au début des années 90, eux par contre, savent. Oui, ils savent que l’homme n’est peut-être pas le musicien le plus technique qui soit mais qu’il possède, outre un talent de composition extraordinaire, la qualité aussi rare que précieuse de conférer une âme à tout ce qu’il touche. Anathema, dont il a écrit quelques-unes des plus belles pages et la quasi-intégralité de Alternative 4 (1998), ne s’est jamais remis de son départ survenu pourtant peu après la publication de cet album.
Et Antimatter, qu’il a fondé ensuite avec le chanteur Mick Moss avant de le quitter lui aussi après trois explorations douloureusement belles, pas davantage. Ion est désormais le jardin secret qu’il cultive, porte entre-ouverte sur son cœur et sur celui qu’il est désormais. Le doom death puis le métal atmosphérique d’Anathema sont loin maintenant, mais les liens avec Antimatter paraissent plus évidents. Seul à la barre de ce projet, Patterson se charge d’à peu près tout, de la basse à la guitare en passant par les percussions, ainsi que de la mandoline dont il est devenu un connaisseur, instrument aux sonorités doucement mélancoliques qui tisse le fil d’Ariane d’une musique épurée, diaphane. Pour les lignes vocales, essentiellement féminines, le musicien fait appel à diverses chanteuses. On se souvient encore des interventions de la magique Marcela Bovio (Stream Of Passion, Ayreon) illuminant Madre, Protégenos, première respiration d’Ion, à laquelle succède enfin une seconde offrande après quatre années d’attente interminable. Par rapport à sa pourtant superbe devancière, Immaculada, s’il en reprend les caractères, notamment cette aura religieuse si particulière et chaleureuse, renoue avec une forme de musicalité plus élaborée. Là où Madre, Protégenos alignait une série de pistes assez courtes, trop peut-être, ce qui a contribué à lui donner des allures d’ébauche, cette nouvelle offrande paraît plus travaillée et aboutie. Inspiré par les récents voyages de son auteur entre l’Irlande et la Grèce, Immaculada adopte les courbes d’une montée en puissance émotionnelle où se mélangent sur la palette du musicien, caresses féminines spectrales ou murmurées, lignes de violon, notes de flûte et instruments traditionnels. Après l’introductif morceau éponyme, qui dessine les contours désenchantés de ce périple, "Temptation" et ses accents orientaux séduisent d’emblée, guidés par un rythme hypnotique. Ballade entre Méditerranée et terres celtes, "Adoration" lui succède, brise légère où l’on suit la voix fragile de la merveilleuse Lisa Cuthbert. Plus sombre, "Damhsa Na Gceithre Ghaoth" se drape lui aussi de sonorités irlandaises cependant que le très beau "Invidia" enchante par sa touchante simplicité. Avec les trois titres qui ferment son parcours, l'album accède à une beauté contemplative à laquelle il semble bien difficile de résister. C’est tout d’abord le long et introspectif "Cetatea Cisnadioara", mélopée poétique minimaliste écrite à l’encre grise, puis, "The Silent Stars", petit bijou d’émotion, et enfin la lente pulsation au souffle spirituel "Return To Spirit", qui fait mourir peu à peu Immaculada sur une touche lancinante. Ces percussions finales résonnent comme des battements de cœur en bout de course. Entre paysages celtiques et effluves néo-folk, Duncan Patterson signe un très grand disque, qui rejoint le Eternity d’Anathema et le Planetary Confinement d’Antimatter au panthéon de la beauté. Ceux qui se sont désintéressés de son travail depuis qu’il a quitté le giron métallique seraient bien avisés de jeter une oreille sur Ion où l’on retrouve une sensibilité et une inspiration inchangées. Il le mérite. 4/5 (2010)