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A lire | Fred Zinnemann - Les yeux dans les ténèbres (1942)


Entre son arrivée sur le sol américain, fuyant le nazisme, et les oeuvres majeures que sont Le train sifflera trois fois (1952) ou Tant qu'il y aura des hommes (1953), Fred Zinnemann enchaîne les petites productions, des polars notamment (Acte de violence), qui ne sont pas sans valeur. Les yeux dans les ténèbres le démontre. A Hollywood, entre la seconde moitié des années 30 et le début de la décennie suivante, la mode est alors au détective dont les aventures se déclinent sous la forme de séries. Ce sont des pellicules qui oscillent entre 60 et 75 minutes environ. Il y a eu les couples (L'introuvable), les Asiatiques (Mr Moto), Nick Carter etc... Dans Eyes In The Night, Guy Trosper et Howard Emmett Rogers imaginent, en s'inspirant d'un roman de Baynard Kendrick, un détective aveugle, flanqué de son chien Friday. Après avoir interprété tant de crapules et de politiciens véreux chez Capra, on est tout heureux de retrouver Edward Arnold dans la peau de ce Duncan Maclain savoureux qui démasquera des espions nazis infiltrés auprès d'un savant dont ils veulent ravir une formule révolutionnaire. A sa manière, modeste, le film participe ainsi à la propagande antinazie et le fantasme de la cinquième colonne.
On imagine que cet aspect du scénario tient à coeur à Zinnemann qui réalisera deux ans plus tard, La septième croix. Les yeux dans les ténèbres s'appuie sur son savoir-faire, hérité de l'expressionnisme allemand à travers ce noir et blanc menaçant. Une solide distribution animée par Donna Reed ou Stephen McNally encore à leurs débuts complète l"actif de ce petit film fort sympathique qui aura droit à une suite, The Hidden Eye en 1945. (vu le 23/01/2019)








Fred Zinnemann | Chacal (1973)


Tiré du passionnant roman de Frederic Forsyth, Chacal est un film qui l'est tout autant si ce n'est davantage car, en dépit de sa durée (près de 2h30), il a su gommer les quelques longueurs du livre pour offrir un redoutable suspense. Auteur pourtant d'oeuvres mémorables telles que Le train sifflera trois fois (1952), Tant qu'il y aura des hommes (1953) ou Et vint le jour de la vengeance (1964), Fred Zinnemann livre ici son travail le plus abouti et exigeant. Le contexte de l'époque est bien rendu tandis qu'il dirige cette chasse à l'homme avec maestria et sans esbroufes, contrairement au piteux remake auquel il aura droit bien plus tard. Chacal doit, il est vrai, beaucoup de son charme et de sa puissance à Edward Fox qui trouve là le plus beau rôle de sa carrière. Il incarne un tueur froid, distingué et professionnel dont on sent bien qu'il ira jusqu'au bout de sa mission.
Il lui confère même une sorte de tristesse glaciale, comme lors de cette scène clé où, ayant appris qu'il était désormais repéré, il décide pourtant de ne pas abandonner, décision représentée par cette route qui se scinde en deux directions, l'une partant l'Italie et l'autre vers Paris. On finit par s'attacher à ce personnage superbe dont on ne saura jamais qui il était réellement.

















Fred Zinnemann | Acte de violence (1948)


En quelques mots : Davantage porté sur la psychologie que sur l'action, Fred Zinnemann n'en a pas moins signé deux excellents thrillers, "Chacal" en 1973 et longtemps avant, cet "Acte de violence" qui impressionne par sa concision et sa nervosité. Dès les premières secondes, l'intrigue démarre, la tension est déjà là, autour du personnage inquiétant idéalement campé par Robert Ryan dont le regard empreint d'une sourde folie, vous transperce, vous fusille. Mis en scène comme une série B survoltée, le film ne délaisse pourtant pas les tourments de ses protagonistes qui sont au coeur d'un récit aux allures de descente en enfer, que bornent ces paysages urbains nocturnes peuplés de menaces, sublimés par le noir et blanc de Robert Surtees, jusqu'à la rédemption finale, punition sacrificielle du héros dont la faute qu'il a commise autrefois, dans une autre vie, ne peut être pardonnée que par le sang. Un grand film noir qui n'est pas sans évoquer le futur "Train sifflera trois fois" du même réalisateur...