"Boundless", le nouvel opus de Long Distance Calling (Post Rock), verra la nuit le 2 février 2018 via InsideOut.
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KröniK | Tuesday The Sky - Drift (2017)
En dépit de ses plus de trente-cinq ans de carrière au compteur, Jim Matheos est un musicien qui continue de nous fasciner, pionnier du metal progressif avec Fates Warning dont les escapades aventureuses hors du giron familial et hors des sentiers battus se révèlent tout autant - voire plus - passionnantes encore que les mètres-étalons qui jalonnent l'œuvre de son principal port d'attache.
Les quatre albums gravés avec le tout aussi fascinant ancien claviériste de Dream Theater, Kevin Moore, sous la bannière d'un O.S.I. pour le moment en sommeil, le "Sympathetic Resonance" qui lui permet de retravailler avec John Arch, premier chanteur de Fates Warning, sans oublier sa contribution au "Emergent" de Gordian Knot, incarnent le versant parallèle d'une carrière imprévisible où le genre auquel il est arrimé semble devenir secondaire au détriment d'une démarche artistique de plus en plus expérimentale. De fait, s'il ne se départira jamais d'une signature aisément identifiable, tant dans l'écriture que dans le son à la fois lourd et furieusement déglingué de sa guitare travaillée de l'intérieur par des forces noires, on ne sait jamais à l'avance où son inspiration va nous entraîner. "Dirt" en constitue l'exemple parfait, acte de naissance de Tuesday The Sky, son nouveau projet solitaire. Son point de départ est un titre bonus dans une veine ambient composé pour enrichir le menu de "Theories Of Flight", dernier opus en date de Fates Warning. Trop éloignée du registre progressif, cette piste a été laissée de côté mais a donné envie au guitariste de s'aventurer dans cette voie. Pour cela, il s'entoure du batteur de God is An Astronaut, Lloyd Hanney, du fidèle Kevin Moore, qui n'est jamais bien loin et de la chanteuse Anna-Lynne Williams. La présence de cette dernière ne doit pas vous tromper, sa collaboration se limite à quelques lignes éthérées le temps de deux titres au sein d'un ensemble instrumental que hantent de fugaces voix parlées et non chantées. Si la six-cordes vrombit avec les traits appuyés dont le maître des lieux a le secret, témoin le puissant 'It Comes In Waves', "Drift" pourra surprendre sinon décevoir par sa tessiture atmosphérique et ses modelés plus vaporeux que heavy. Point de metal à l'horizon ni même de progressif mais à la place une bande-son ambient et hypnotique qui n'est parfois pas sans rappeler Chroma Key, le jardin secret de Kevin Moore ('Roger Gordo'), voire les travaux de Brian Eno ou de Robert Fripp, en (bien) plus accessible cependant. Lumineux et contemplatif, l'album écoule sa mélancolie tranquille qui culmine lors de ce 'Westerlies' laiteux et nimbé de la voix spectrale de la chanteuse, qui irradie également 'Vortex Street', caresse épurée et aérienne. Sans se laisser aller à un étalage stérile qu'il n'a d'ailleurs jamais affectionné, Jim Matheos abat pourtant un boulot d'une belle richesse, tissant des ambiances à la fois sophistiquées et pulsatives dont les pinceaux sont cette guitare pointilliste et des effluves synthétiques dont le pouls entêtant fait vibrer des compositions ramassées, certes ciselées avec la minutie d'un horloger mais néanmoins habitées par un souffle émotionnel aussi froid que magnétique, à l'image de l'opener 'Today The Sky' et plus encore de l'énorme 'Dyatlov Pass', qui résument la teneur ambivalente de cet opus dont la densité ne l'empêche pas d'être intime. Avec "Drift", le guitariste de Fates Warning s'empare du post-rock et de la musique ambient auxquels il imprime sa griffe très personnelle, accouchant d'un essai à la fois intense et désincarné. 3.5/5 (2017) | Facebock
Les quatre albums gravés avec le tout aussi fascinant ancien claviériste de Dream Theater, Kevin Moore, sous la bannière d'un O.S.I. pour le moment en sommeil, le "Sympathetic Resonance" qui lui permet de retravailler avec John Arch, premier chanteur de Fates Warning, sans oublier sa contribution au "Emergent" de Gordian Knot, incarnent le versant parallèle d'une carrière imprévisible où le genre auquel il est arrimé semble devenir secondaire au détriment d'une démarche artistique de plus en plus expérimentale. De fait, s'il ne se départira jamais d'une signature aisément identifiable, tant dans l'écriture que dans le son à la fois lourd et furieusement déglingué de sa guitare travaillée de l'intérieur par des forces noires, on ne sait jamais à l'avance où son inspiration va nous entraîner. "Dirt" en constitue l'exemple parfait, acte de naissance de Tuesday The Sky, son nouveau projet solitaire. Son point de départ est un titre bonus dans une veine ambient composé pour enrichir le menu de "Theories Of Flight", dernier opus en date de Fates Warning. Trop éloignée du registre progressif, cette piste a été laissée de côté mais a donné envie au guitariste de s'aventurer dans cette voie. Pour cela, il s'entoure du batteur de God is An Astronaut, Lloyd Hanney, du fidèle Kevin Moore, qui n'est jamais bien loin et de la chanteuse Anna-Lynne Williams. La présence de cette dernière ne doit pas vous tromper, sa collaboration se limite à quelques lignes éthérées le temps de deux titres au sein d'un ensemble instrumental que hantent de fugaces voix parlées et non chantées. Si la six-cordes vrombit avec les traits appuyés dont le maître des lieux a le secret, témoin le puissant 'It Comes In Waves', "Drift" pourra surprendre sinon décevoir par sa tessiture atmosphérique et ses modelés plus vaporeux que heavy. Point de metal à l'horizon ni même de progressif mais à la place une bande-son ambient et hypnotique qui n'est parfois pas sans rappeler Chroma Key, le jardin secret de Kevin Moore ('Roger Gordo'), voire les travaux de Brian Eno ou de Robert Fripp, en (bien) plus accessible cependant. Lumineux et contemplatif, l'album écoule sa mélancolie tranquille qui culmine lors de ce 'Westerlies' laiteux et nimbé de la voix spectrale de la chanteuse, qui irradie également 'Vortex Street', caresse épurée et aérienne. Sans se laisser aller à un étalage stérile qu'il n'a d'ailleurs jamais affectionné, Jim Matheos abat pourtant un boulot d'une belle richesse, tissant des ambiances à la fois sophistiquées et pulsatives dont les pinceaux sont cette guitare pointilliste et des effluves synthétiques dont le pouls entêtant fait vibrer des compositions ramassées, certes ciselées avec la minutie d'un horloger mais néanmoins habitées par un souffle émotionnel aussi froid que magnétique, à l'image de l'opener 'Today The Sky' et plus encore de l'énorme 'Dyatlov Pass', qui résument la teneur ambivalente de cet opus dont la densité ne l'empêche pas d'être intime. Avec "Drift", le guitariste de Fates Warning s'empare du post-rock et de la musique ambient auxquels il imprime sa griffe très personnelle, accouchant d'un essai à la fois intense et désincarné. 3.5/5 (2017) | Facebock
Messenger | Threnodies (2016)
Inlassables têtes chercheuses, le sort des petits labels est généralement de faire de belles découvertes qui par la suite décident de s'envoler vers d'autres cieux plus puissants qui leur offriront une exposition plus grande encore. Cela fait partie du jeu, le Finlandais Svart Records le sait bien. Après Hexvessel parti rejoindre le giron métallique de Century Media, choix dont il est permis de se demander s'il est vraiment pertinent (ceci est une autre histoire), c'est au tour de Messenger d'aller voir ailleurs si l'herbe est plus verte et plus précisément, du côté d'InsideOut qui, pour le coup, semble être l'écurie toute trouvée où son rock atmosphérique tavelé de couleurs folks et progressives pourra s'épanouir et grandir. Reste que nous aurions aussi pu imaginer les Anglais sceller une alliance avec Kscope avec lequel ces derniers partagent non seulement une origine géographique commune mais avant tout une même sensibilité artistique. Dans le sillage évolutif de Steven Wilson ou du Anathema contemporain, le groupe façonne une musique d'une grande richesse émotionnelle que subliment de délicats arrangements, matériau noble dont l'élégance n'a d'égale que la chaleureuse mélancolie. Premier album remarquable, "Illusory Blues" nous l'a fait découvrir, son successeur confirmera-t-il ce beau potentiel ? A l'instar de son précieux devancier, "Threnodies" est irrigué par les lignes vocales, teintées de fébrilité, du guitariste Khaled Lowe, dont la voix est le pinceau servant à étaler les couleurs tragiques de compositions aux allures de tableaux de maître. Barnaby Maddick, son compère à la six-cordes, l'épaule avantageusement tandis que les trois autres musiciens complètent un décor où chaque instrument trouve sa place avec harmonie, des claviers moelleux de Dan Knight à cette section rythmique terreuse. Oscillant entre cinq et huit minutes, ces plaintes, au nombre de sept, témoignent encore une fois d'une écriture finement ciselée. Tout en progression, leur apparente simplicité cache en réalité des trésors d'atmosphères et une palette de détails qui n'émergent que peu à peu. Il suffit d'écouter l'inaugural 'Calyx', respiration tranquille sous la surface de laquelle couve une tension déchirante qui explose lors d'une seconde partie instrumentale du feu de dieu, pour prendre toute la mesure d'un talent qu'on devinait prometteur et qui est en réalité bien plus que cela : immense. Tout simplement. D'une foudroyante beauté, 'Oracles Of War' tutoie la perfection, creuset sinueux où se fondent vocalises appuyées ou plus romantiques, percées soyeuses et solo stratosphérique. Et que dire de ce 'Celestial Spheres' gorgé d'effets psyché. Les Anglais ne sont jamais aussi inspirés que lorsqu'ils laissent les émotions fleurir à la surface d'une partition intimiste, à l'image du squelettique 'Crown Of Ashes' et surtout 'Nocturne', respiration aux envolées douloureuses. Avec ce "Threnodies" de haute volée, Messenger fait plus que transformer l'essai, il inscrit son nom parmi les meilleurs groupes actuels en matière de rock atmosphérique. 4/5 (2016)
Long Distance Calling | Trips (2016)
Arrimé à ses débuts il y a dix ans à une scène post-rock instrumentale alors en pleine effervescence, Long Distance Calling n'a eu de cesse depuis lors de s'affranchir de cette étiquette, notamment en incorporant toujours un peu plus de chant à son art tout à la fois aérien et pesant, kystes parfois assurés par des invités de luxe, tels que Peter Dolving (The Haunted) sur l'originel "Satellite Bay", Jonas Renske (Katatonia) sur "Avoid The Light" ou bien Vinnie Cavanagh (Anathema) sur "The Flood Inside". Sans surprise, "Trips", seulement pour moitié instrumental, semble marquer l'aboutissement de cette évolution, de ce glissement vers une musique plus directe, plus pop peut-être (dans le sens noble du terme s'entend) quoique toujours aussi puissamment belle. L'œuvre n'en reste pas moins déroutante, moins au final pour cette mainmise vocale (sur laquelle nous reviendrons) que sur une écriture qui surprend tout d'abord pas son manque de cohérence. Ainsi, le menu ne cesse de nous balader quitte à nous égarer, démarrant sur une plage electro aux relents de synthwave néanmoins addictive, que hantent des voix trafiquées ('Getaway'), puis alternant morceaux chantés et pulsations purement post-rock pour s'achever en apothéose avec une envolée longue de plus de douze minutes stratosphériques. Ajoutons à cela des compos qui ont parfois des allures de brouillon, d'ébauche ('Presence') quand elles ne paraissent pas avoir été tronquées, leur empêchant d'accéder à la démesure rêvée, à l'image du cependant grandiose 'Trauma' au final avorté, et vous obtenez une création difficile à cerner dans son ensemble émietté. Du coup, "Trips" donne presque l'impression d'abriter aux moins deux albums en un seul. Son versant instrumental a en premier lieu notre préférence car nous y (re)trouvons ce qui nous a fait aimer les Allemands. 'Momentum', échappée versatile aussi pulsative qu'hypnotique, le déjà nommé 'Trauma' dont les guitares prisonnières d'une gangue de désespoir explosent en un geyser de beauté, sans oublier cette conclusion monumentale, vallonnée et cataclysmique, font plus qu'épancher notre soif de post rock évolutif. Pourtant, peu à peu, par petites touches pointillistes, l'autre moitié se faufile dans notre mémoire pour y laisser des stigmates que nous n'aurions pas cru aussi profonds. Propulsés par l'organe du nouveau venu Petter Carlsen, au timbre parfois pas si éloigné que cela d'un Steven Wilson, confirmant par là-même une proximité de plus en plus évidente avec ce rock atmosphérique à l'anglaise, 'Reconnect', nimbé de ces teintes électroniques qui font depuis toujours partie du son du groupe, 'Rewind', respiration déchirante qui prend aux tripes, 'Lines' aux lignes entêtantes et 'Plans' qui, en un grand-huit émotionnel, décolle très haut lors d'une seconde partie orgasmique, sont des morceaux non moins riches, où infusent des émotions à fleur de peau. Surprenant sinon décevant lors de sa défloration, "Trips" finit par emporter l'adhésion, pierre supplémentaire d'un édifice qui prend forme peu à peu, entre post rock, electro et musique atmosphérique. (2016)
Spiritual Beggars | Return To Zero (2010)
Sans remettre en question les qualités certaines d’Arch Enemy, on a tout de même l’impression que Spiritual Beggars a été sacrifié au profit de l’autre groupe de Mike Amott, qui a explosé en 2001 avec le recrutement de la furieuse Angela, faisant de lui le principal port d’attache du guitariste alors que depuis le milieu des années 90, les deux projets cohabitaient tranquillement. Grâce à la triplette Another Way To Shine (1996), Mantra III (1998) et Ad Astra (2000), Spiritual Beggars rencontrait même davantage de succès qu’un Arch Enemy certes respecté mais à la notoriété encore modeste. La situation s’est donc inversée et c’est bien dommage... Sans doute lassé que le groupe soit relégué au rang de simple concubine que l’on besogne à intervalles irréguliers, JB (chant) a décidé cette année de quitter le van après seulement deux opus du feu de dieu (les fabuleux On Fire et Demons) pour se consacrer à son Grand Magus qui d’ailleurs le vaut bien. Etonnamment, c’est vers Apollo Papathanasio (Firewind notamment) que le choix de Spiritual Beggars se porte pour remplacer celui qu’on compare, excusez du peu, à Dio et David Coverdale. S’il était permis de trouver cette décision curieuse, ces doutes sont très vite balayés par la très belle tenue de route de Return To Zero. Ni retour en arrière à l’époque où l’ogre Spice tenait le micro et la basse, même si le son assez gras peut y faire penser, ni photocopie des deux disques précédents, cette septième offrande se situe en fait entre les deux, à la fois lourde et sabbathienne (« Lost in Yesterday», le pesant "Chaos of Rebirth") et nourrie au grand Hard Rock de l’école Ritchie Blackmore (on pense beaucoup à Rainbow et au Whitesnake de la fin des années 70). Entre les magnifiques « We Are Free », au final jouissif, ce « Starborn» typique du groupe, et autre « Coming Home », se glissent de vrais petits bijoux plus surprenants. « Spirit of the Wind », pour commencer, lent et tout en ambiances, porté par la voix chaude du Apollo, dont nous étions nombreux à penser à tort qu’il ne serait pas à la hauteur de ses prédécesseurs. C’est ensuite le long « Concrete Horizon », baignant dans les effluves qui s’écoulent de l’orgue antédiluvien de Per Wilberg et illuminé par le jeu de Amott, chargé de feeling et immédiatement identifiable. Il y a aussi cet éblouissant « Believe in Me », dont on croirait qu’il a été composé par David Coverdale lui-même. Tout y est, les lignes vocales, la rythmique, les claviers, la classe... N’oublions pas non plus la ballade finale, « The Road Less Travelled », très Whitesnake également dans l'esprit. Le guitariste n’avait pas menti en affirmant qu’il avait écrit pour Return To Zero quelques uns des meilleurs titres composés pour le groupe. On peut le préférer sous une forme ou une autre mais il n’en demeure pas moins que Spiritual Beggars n’a jamais déçu. Quel dommage vraiment qu’il doive se contenter des pauses que s’octroie Arch Enemy pour pouvoir désormais exister. Il mérite mieux, beaucoup mieux que ce statut ingrat de side-project. Espérons quand même que les Suédois ne se contentent pas d’aligner une poignée de concerts pour défendre ce très grand disque de Hard Rock vintage sans être nostalgique, avant de retourner hiberner quelques années... Le nom de l’album serait-il une manière de dire que ses auteurs sont décidés à repartir sur de bonnes bases ? Croisons les doigts... (2010)
KröniK | Pain Of Salvation - Ending Themes On The Two Death Of Pain Of Salvation (2009)
Lorsqu'un groupe décide de graver un live, cela peut répondre à plusieurs raisons : pause ou fin d'un chapitre notamment c'est selon. Dans le cas de Pain Of Salvation, c'est clairement vers la seconde possibilité que tend Ending Themes - On The Two Death Of Pain Of Salvation. Publié sous divers formats (double dvd, double cd et coffret réunissant les deux), c'est la version audio que je vais par la présente détailler. Fort d'une carrière déjà admirable, il manquait aux Suédois un vrai témoignage scénique. Alors certes, il y eu en 2004 12:5, mais il s'agissait seulement de relectures acoustiques de leur répertoire, aussi réussies furent-elles.
Ending Themes vient donc corriger cette lacune, ce qu'il fait avec panache et une classe folle. Balayant l'ensemble de la discographie du groupe avec un avantage (forcément) pour le petit dernier, le fabuleux Scarsick (avec six extraits sur seize), cette double ration possède de fait les allures d'un best-of déguisé et je ne saurais donc trop le conseiller à tous ceux désireux de découvrir ce monstre du metal progressif. Metal progressif, ai-je dis. Les fans de Pain Of Salvation savent bien que cette étiquette se révèle par trop réductrice pour qualifier une musique qui de toute façon a depuis longtemps briser son carcan pour aller goûter à d'autres sources. De même, si Daniel Gildenlöw et son équipe jouent avec un talent immense, jamais ils ne ressentent le besoin d'éclabousser l'auditoire par une virtuosité dont ils sont pourtant détenteurs. Non, le progressif des Scandinaves se conjuguent avec émotion et intelligence. A ce titre, un bijou tel que "Undertow" se veut particulièrement représentatif de l'art de ses auteurs : diaphane, gorgé d'une tristesse infinie mais malgré tout puissant. Bref, on n'est pas chez Dream Theater ici. On regrettera d'ailleurs que Remedy Lane, dont est tiré ce morceau, ne soit pas davantage honoré - il a droit à trois prélèvements - mais il en va de même de ses collègues. Qu'il est difficile de réduire des oeuvres aussi riches que Entropia, One Hour By The Concrete Lake, The Perfect Element 1 ou Be à une poignée d'extraits ! Pour autant, Ending Themes fait le tour du propriétaire avec justesse et équilibre (même si le contesté Be se limite à seul morceau : "Diffirencia"). Ainsi, tout Pain Of Salvation s'y trouve : son inspiration, son univers, son âme, ses incontournables. A l'image de son artwork en forme d'affiche de film (qui pourrait porté la signature de David Lynch), ce live est un kaleidoscope où se croise, se chevauche, se fracasse un panel d'émotions (colère, mélancolie, ironie...). Si les emprunts à Scarsick sortent encore grandis de l'épreuve de la scène (mention particulière à "Scarsick", "Flame To The Moth" et surtout au douloureux "Cribcaged"), il ne faut pas oublier de mentionner les superbes interprétations de "Nightmist", durant laquelle, Gildenlöw vous file des frissons, des parties II, III et IV de "Brickworks I", "Used" (et sa montée en puissance fiévreuse belle à en pleurer) et de "Chain Sling". Ending Theme est en définitive une parfaite porte d'entrée pour pénétrer dans le coeur de Pain Of Salvation, en espérant qu'il vous donne l'envie de vous plonger par la suite dans les albums dont il se veut le patchwork... Un groupe unique et rare. 3.5/5 (02/06/2010)
Ending Themes vient donc corriger cette lacune, ce qu'il fait avec panache et une classe folle. Balayant l'ensemble de la discographie du groupe avec un avantage (forcément) pour le petit dernier, le fabuleux Scarsick (avec six extraits sur seize), cette double ration possède de fait les allures d'un best-of déguisé et je ne saurais donc trop le conseiller à tous ceux désireux de découvrir ce monstre du metal progressif. Metal progressif, ai-je dis. Les fans de Pain Of Salvation savent bien que cette étiquette se révèle par trop réductrice pour qualifier une musique qui de toute façon a depuis longtemps briser son carcan pour aller goûter à d'autres sources. De même, si Daniel Gildenlöw et son équipe jouent avec un talent immense, jamais ils ne ressentent le besoin d'éclabousser l'auditoire par une virtuosité dont ils sont pourtant détenteurs. Non, le progressif des Scandinaves se conjuguent avec émotion et intelligence. A ce titre, un bijou tel que "Undertow" se veut particulièrement représentatif de l'art de ses auteurs : diaphane, gorgé d'une tristesse infinie mais malgré tout puissant. Bref, on n'est pas chez Dream Theater ici. On regrettera d'ailleurs que Remedy Lane, dont est tiré ce morceau, ne soit pas davantage honoré - il a droit à trois prélèvements - mais il en va de même de ses collègues. Qu'il est difficile de réduire des oeuvres aussi riches que Entropia, One Hour By The Concrete Lake, The Perfect Element 1 ou Be à une poignée d'extraits ! Pour autant, Ending Themes fait le tour du propriétaire avec justesse et équilibre (même si le contesté Be se limite à seul morceau : "Diffirencia"). Ainsi, tout Pain Of Salvation s'y trouve : son inspiration, son univers, son âme, ses incontournables. A l'image de son artwork en forme d'affiche de film (qui pourrait porté la signature de David Lynch), ce live est un kaleidoscope où se croise, se chevauche, se fracasse un panel d'émotions (colère, mélancolie, ironie...). Si les emprunts à Scarsick sortent encore grandis de l'épreuve de la scène (mention particulière à "Scarsick", "Flame To The Moth" et surtout au douloureux "Cribcaged"), il ne faut pas oublier de mentionner les superbes interprétations de "Nightmist", durant laquelle, Gildenlöw vous file des frissons, des parties II, III et IV de "Brickworks I", "Used" (et sa montée en puissance fiévreuse belle à en pleurer) et de "Chain Sling". Ending Theme est en définitive une parfaite porte d'entrée pour pénétrer dans le coeur de Pain Of Salvation, en espérant qu'il vous donne l'envie de vous plonger par la suite dans les albums dont il se veut le patchwork... Un groupe unique et rare. 3.5/5 (02/06/2010)
KröniK | OSI - Blood (2009)
Si à l'origine, avec son premier essai, OSI (pour Official Strategic Influence) pouvait s'apparenter à une sorte de dreamteam du metal progressif en réunissant rien moins que Kevin Moore (Chroma Key et surtout ex-Dream Theater), Jim Matheos (Fates Warning), Mike Portnoy (Dream Theater), Sean Malone (Cynic, Gordian Knot), sans oublier le temps d'un titre mémorable ("Shutdown"), Steven Wilson de Porcupine Tree, le projet se recentre peu à peu autour du seul duo Moore/Matheos.
Encore présent sur Free, quoique davantage comme exécutant, le batteur de Dream Theater a depuis quitté le navire (il a d'ailleurs déclaré récemment qu'il ne voulait plus jamais collaborer avec Kevin Moore !), pour être remplacé par Gavin Harrison (Porcupine Tree) et sa frappe lourde. Après, comme d'habitude, trois ans d'attente, OSI livre avec Blood, son troisième album. Ceux qui avaient été déçu par le virage moins metal de son prédécesseur, en seront encore une fois pour leur frais, quand bien même ce nouvel opus est peut-être un peu plus musclé. Il se veut surtout plus réussi encore que Free, pourtant déjà une oeuvre de grande qualité. La singularité du projet, pour faire simple, est de présenter, tel Janus, deux visages : une face metal, entretenue par le guitariste de Fates Warning et une face plus expérimentale, plus trip hop parfois, que l'on doit surtout à Moore. Corollaire de cette ambivalence, les titres donnent l'impression d'osciller à première vue entre ces deux rivages, comme en témoignent les deux premiers d'entre eux, le furieux "The Escape Artist" et l'émotionnel "Terminal", drapé dans des teintes seventies du plus bel effet libérées par un clavier qui semble tout droit sorti du House Of The Holy (et de "No Quarter" en particulier) de Led Zeppelin et que l'on retrouve également avec bonheur sur "Stockholm", morceau magnifique chanté par Mike Akerfeldt d'Opeth. De même, le fantomatique "We Come Undone" s'impose comme une superbe pièce écrite à l'encre du désespoir typique su style de Kevin Moore. Mais, à la différence par exemple d'un Antimatter, le tandem sait aussi pratiquer le syncrétisme musical. Ainsi "False Start", le monumental et envoûtant "Radiologue" (certainement un des sommets du projet en terme d'écriture), "Microburst Alert", parasité par une prolifération de sons et de bruitages étranges et "Stockholm", zébré par des guitares énormes, conjuguent avec brio metal progressif et effluves hypnotiques. Et si certains seront rebutés par la voix - très particulière il est vrai - du claviériste, proche parfois du Peter Gabriel contemporain, lequel a toutefois fait de gros progrès dans ce domaine, OSI prouve néanmoins que le prog ne se limite pas à une musique stéréotypée, propice à la branlette instrumentale et peut s'aventurer sur des terres plus originales, moins démonstratives (ça joue pourtant à un très haut niveau mais les lascars ne ressentent jamais le besoin d'en foutre plein la vue !) et plus ouvertes sur l'émotion et ce, en dépit de la froideur désincarnée de l'ensemble. Plus que jamais donc, OSI reste à part car il cultive un univers qui lui est propre, qui ne ressemble de fait à aucun autre et Blood se révèle être sans doute son oeuvre la plus aboutie à ce jour et ce faisant démontre que la somme est toujours supérieure aux talents individuels. Enfin, je ne peux que vous conseiller, vous inciter même à vous procurer l'édition limitée qui offre, cerise sur le gâteau, l'occasion d'entendre le dandy Tim Bowness se frotter à une composition plus heavy (le fantastique "No Celebrations"), bien loin de l'univers feutré de son No-Man. 4/5 (27/05/2010)
Encore présent sur Free, quoique davantage comme exécutant, le batteur de Dream Theater a depuis quitté le navire (il a d'ailleurs déclaré récemment qu'il ne voulait plus jamais collaborer avec Kevin Moore !), pour être remplacé par Gavin Harrison (Porcupine Tree) et sa frappe lourde. Après, comme d'habitude, trois ans d'attente, OSI livre avec Blood, son troisième album. Ceux qui avaient été déçu par le virage moins metal de son prédécesseur, en seront encore une fois pour leur frais, quand bien même ce nouvel opus est peut-être un peu plus musclé. Il se veut surtout plus réussi encore que Free, pourtant déjà une oeuvre de grande qualité. La singularité du projet, pour faire simple, est de présenter, tel Janus, deux visages : une face metal, entretenue par le guitariste de Fates Warning et une face plus expérimentale, plus trip hop parfois, que l'on doit surtout à Moore. Corollaire de cette ambivalence, les titres donnent l'impression d'osciller à première vue entre ces deux rivages, comme en témoignent les deux premiers d'entre eux, le furieux "The Escape Artist" et l'émotionnel "Terminal", drapé dans des teintes seventies du plus bel effet libérées par un clavier qui semble tout droit sorti du House Of The Holy (et de "No Quarter" en particulier) de Led Zeppelin et que l'on retrouve également avec bonheur sur "Stockholm", morceau magnifique chanté par Mike Akerfeldt d'Opeth. De même, le fantomatique "We Come Undone" s'impose comme une superbe pièce écrite à l'encre du désespoir typique su style de Kevin Moore. Mais, à la différence par exemple d'un Antimatter, le tandem sait aussi pratiquer le syncrétisme musical. Ainsi "False Start", le monumental et envoûtant "Radiologue" (certainement un des sommets du projet en terme d'écriture), "Microburst Alert", parasité par une prolifération de sons et de bruitages étranges et "Stockholm", zébré par des guitares énormes, conjuguent avec brio metal progressif et effluves hypnotiques. Et si certains seront rebutés par la voix - très particulière il est vrai - du claviériste, proche parfois du Peter Gabriel contemporain, lequel a toutefois fait de gros progrès dans ce domaine, OSI prouve néanmoins que le prog ne se limite pas à une musique stéréotypée, propice à la branlette instrumentale et peut s'aventurer sur des terres plus originales, moins démonstratives (ça joue pourtant à un très haut niveau mais les lascars ne ressentent jamais le besoin d'en foutre plein la vue !) et plus ouvertes sur l'émotion et ce, en dépit de la froideur désincarnée de l'ensemble. Plus que jamais donc, OSI reste à part car il cultive un univers qui lui est propre, qui ne ressemble de fait à aucun autre et Blood se révèle être sans doute son oeuvre la plus aboutie à ce jour et ce faisant démontre que la somme est toujours supérieure aux talents individuels. Enfin, je ne peux que vous conseiller, vous inciter même à vous procurer l'édition limitée qui offre, cerise sur le gâteau, l'occasion d'entendre le dandy Tim Bowness se frotter à une composition plus heavy (le fantastique "No Celebrations"), bien loin de l'univers feutré de son No-Man. 4/5 (27/05/2010)
KröniK | Devin Townsend - Addicted (2009)
Posons-nous un instant afin de faire le point sur les travaux récents du Canadien (toujours aussi) fou. Hormis un Strapping Young Lad désormais dans la tombe, l'homme a déjà livré depuis 2006 pas moins de quatre disques, Synchestra, The Hummer, Ziltoid the Omniscient et Ki, autant de facettes d'un artiste plus polymorphe que schizophrénique. Annoncé dès la sortie de son prédécesseur avec lequel il forme un ensemble (?) de quatre opus, Addicted affiche encore un autre visage de Devin Townsend. Si Ki, par son caractère silencieux et apaisé pouvait quasiment s'apparenter à de la non-musique, ce recueil de dix titres se veut quant à lui bien plus accrocheur et immédiat. A cela, rien de surprenant lorsque l'on sait que son géniteur l'a conçu comme une réponse à un metal calibré radio et ados à la Nickelback. Pour ce faire, le guitariste a mouliné des compositions simples au fuselage lourd en rythmique, écrin à des paroles aux connotations sexuelles et hilarantes. Mais ne croyez pas que le Canadien a décidé de draguer le tiroir-caisse car Addicted porte sa signature. Incontestablement. En effet, ces chansons sont certes, et à priori, faciles d'accès, aidées en cela pour la plupart d'entre-elles par la présence séduisante de Anneke van Giersbergen ("Addicted!", "Hyperdrive!", qui apparaissait déjà sur Ziltoid, "Resolve !"...), néanmoins elles sourdent une folie sournoise qui finit par contaminer tout le programme. De fait, on pense parfois au délirant Infinity. Grosses guitares, chants du Devin à foutre des frissons mais surtout cette trame qui ne file jamais vraiment droit. Pesant et chaloupé, "Addicted" a des fausses allures d'hymnes que parasitent des choeurs déglingués. "Universe In The Ball" semble avoir été expulsé du cerveau d'un malade mental et ce, en dépit de son tempo imparable. Et tout le reste est à l'avenant même les morceaux les plus évidents, tels que le béat "Bend It Like Bender !" ou la ballade pop "Ih-Ah" aux paroles délicieuses qui permet à Townsend de démontrer, si besoin en était encore, ses talents de chanteurs, comme il le fait aussi sur le long et terminal "Awake !", où il use de nombreuses tessitures vocales, piste qui par ailleurs meurt sur un fondu contemplatif de toute beauté. Seul peut-être "The Way Home", par son caractère atmosphérique, apparaît moins rongé par cette lèpre. Addicted n'est sans doute pas l'oeuvre la plus sérieuse ni la plus ambitieuse et encore moins la plus belle, de Devin Townsend mais cela ne l'empêche pas d'être très agréable à écouter, notamment grâce à la participation de l'ex sirène de The Gathering, toujours aussi sublime. Et de toute façon, lui-même s'en moque. Il n'a que faire des modes et des qu'en-dira-t-on. Il fait ce qui lui passe par la tête, point barre, ce dont on ne saurait trop le remercier. On attend de voir maintenant à quelle sauce le musicien va, la prochaine fois, nous manger. Soyez convaincu qu'aussi bien la qualité que l'originalité seront encore une fois au rendez-vous... 3.5/5 (2009)
KröniK | Redemption - Snowfall On Judgment Day (2009)
Nonobstant les qualités réelles de Fates Warning qui trône toujours avec Dream Theater sur l'autel du metal progressif, on a tout de même l'impression que depuis une petite dizaine d'années c'est bien en dehors du giron maternelle que ses membres s'épanouissent le plus.
Si Jim Matheos peut compter sur son OSI pour assouvir sa soif d'expérimentation et de liberté, le chanteur Ray Alder, quant à lui, ne cesse d'impressionner au sein de Redemption dont il n'est pourtant pas le cerveau, ce rôle incombant en fait au guitariste Nick van Dyk. "Snowfall On The Judgment Day" est la quatrième pierre à cet édifice et confirme le virage plus heavy que son prédécesseur, The Origins Of Ruins" arborait. Ce recueil de dix titres déroule une trame dense et massive. Le monstrueux "Peel", en ouverture, l'illustre bien et synthétise la signature des Américains : maillage serré, mélodies superbes, guitares incisives, claviers virtuoses sans pour autant dégouliner sur le reste des instruments, refrains qui s'accrochent à la mémoire et surtout lignes de chant émotionnelles qui vous donnent des frissons. Orgie technique, ce morceau du feu de dieu terrasse tout sur son passage en un peu plus de six minutes par sa puissance de frappe. Ce qui suit atteint un même degré d'excellence, oscillant entre progressions furieuses ("Leviatan Rising" irriguées par des parties de six-cordes ébouriffantes, "Unformed" et son intro à la basse assez Iron Maiden dans l'esprit, "Fistful Of Sand" ancré dans un substrat rythmique implacable), respirations plus sombres ("Walls" ou "What Will You Say") et traversées épiques, à l'image du titanesque "Black And White World" écrit à l'encre noire du désespoir. On tient d'ailleurs là un des traits de caractère les plus nets de Redemption, cette faculté à fusionner déflagrations techniques et concentré de mélancolie dont le pinceau est notamment le chant habité et profond de Ray Alder lequel, est pour beaucoup dans le charme de cette formation. Ses performances émaillant "Keep Breathing" et plus encore le terminal "Life In One Day", longue pulsation atmosphérique, atteignent une pureté en tout point admirable. Drapé dans une production limpide, "Snowfall On Judgment Day" dévoile donc un metal progressif qui a du coeur. D'une longueur relativement courtes par rapport au genre, une seule d'entre-elles dépassant ainsi la barre des dix minutes, ces dix pistes ne se perdent jamais en circonvolutions inutiles et suivent une colonne vertébrale précise qui ne sacrifient jamais l'efficacité sur l'autel de la complexité à tout prix. Les inconditionnels de Dream Theater seront bien entendu intéressés par le morceau "Another Day Dies" puisqu'il est porté par la voie si caractéristique de leur James LaBrie préféré. Ce n'est pourtant pas le meilleur du lot. Sans doute parce que la tessiture empreinte de fébrilité du chanteur de Fates Warning sied mieux à la plastique dessinée par Van Dyk. Digeste et mélodique, "Snowfall On Judgment Day" devrait assoir encore davantage Redemption parmi les plus sérieux prétendants au peloton de tête du prog. Il s'agit peut-être même de son oeuvre la plus aboutie, la plus équilibrée également. On savait depuis ses débuts, qu'il fallait compter sur ce groupe ; on en a aujourd'hui la plus évidentes des confirmations. (2009) | Facebook
Si Jim Matheos peut compter sur son OSI pour assouvir sa soif d'expérimentation et de liberté, le chanteur Ray Alder, quant à lui, ne cesse d'impressionner au sein de Redemption dont il n'est pourtant pas le cerveau, ce rôle incombant en fait au guitariste Nick van Dyk. "Snowfall On The Judgment Day" est la quatrième pierre à cet édifice et confirme le virage plus heavy que son prédécesseur, The Origins Of Ruins" arborait. Ce recueil de dix titres déroule une trame dense et massive. Le monstrueux "Peel", en ouverture, l'illustre bien et synthétise la signature des Américains : maillage serré, mélodies superbes, guitares incisives, claviers virtuoses sans pour autant dégouliner sur le reste des instruments, refrains qui s'accrochent à la mémoire et surtout lignes de chant émotionnelles qui vous donnent des frissons. Orgie technique, ce morceau du feu de dieu terrasse tout sur son passage en un peu plus de six minutes par sa puissance de frappe. Ce qui suit atteint un même degré d'excellence, oscillant entre progressions furieuses ("Leviatan Rising" irriguées par des parties de six-cordes ébouriffantes, "Unformed" et son intro à la basse assez Iron Maiden dans l'esprit, "Fistful Of Sand" ancré dans un substrat rythmique implacable), respirations plus sombres ("Walls" ou "What Will You Say") et traversées épiques, à l'image du titanesque "Black And White World" écrit à l'encre noire du désespoir. On tient d'ailleurs là un des traits de caractère les plus nets de Redemption, cette faculté à fusionner déflagrations techniques et concentré de mélancolie dont le pinceau est notamment le chant habité et profond de Ray Alder lequel, est pour beaucoup dans le charme de cette formation. Ses performances émaillant "Keep Breathing" et plus encore le terminal "Life In One Day", longue pulsation atmosphérique, atteignent une pureté en tout point admirable. Drapé dans une production limpide, "Snowfall On Judgment Day" dévoile donc un metal progressif qui a du coeur. D'une longueur relativement courtes par rapport au genre, une seule d'entre-elles dépassant ainsi la barre des dix minutes, ces dix pistes ne se perdent jamais en circonvolutions inutiles et suivent une colonne vertébrale précise qui ne sacrifient jamais l'efficacité sur l'autel de la complexité à tout prix. Les inconditionnels de Dream Theater seront bien entendu intéressés par le morceau "Another Day Dies" puisqu'il est porté par la voie si caractéristique de leur James LaBrie préféré. Ce n'est pourtant pas le meilleur du lot. Sans doute parce que la tessiture empreinte de fébrilité du chanteur de Fates Warning sied mieux à la plastique dessinée par Van Dyk. Digeste et mélodique, "Snowfall On Judgment Day" devrait assoir encore davantage Redemption parmi les plus sérieux prétendants au peloton de tête du prog. Il s'agit peut-être même de son oeuvre la plus aboutie, la plus équilibrée également. On savait depuis ses débuts, qu'il fallait compter sur ce groupe ; on en a aujourd'hui la plus évidentes des confirmations. (2009) | Facebook
KröniK | Indukti - IDMEN (2009)
Cela faisait longtemps que nous n'avions plus eu de nouvelles de Indukti, l'un des fers de lance, avec Riverside, du metal progressif polonais... Depuis 2004 en fait et son premier jet, S.U.S.A.R., qui en a étonné plus d'un lors de sa sortie. Cinq années auront donc été nécessaires aux cinq musiciens pour lui offrir un successeur digne de ce nom, IDMEN, rite de passage d'une relative confidentialité à une reconnaissance incarnée par le soutien apporté par le meilleur revendeur du genre, Inside Out. Sentinelles foisonnantes, les longues pièces instrumentales "Sansara" et "Ninth Wave" encadrent avec superbe le menu de cette seconde cuvée. La première est une entame du feu de dieu qui synthétise avec brio tout ce qui fait la signature des Polonais : ossature puissante, lignes de violon un peu folles, ornements orientaux et sens de la démesure presque baroque. Dix minutes d'orgasme, dix minutes où les notes, les instruments se chevauchent pour former un pandémonium démentiel conduit par le touché tour à tour barré et vers la fin, plus émotionnel, de la violoniste Eva, dont la présence participe grandement de l'identité du groupe. "Ninth Wave", quant à lui, s'ouvre sur le chant des mouettes et sur une tristesse qui paraît insondable. Immédiatement, on sait que les notes y seront écrites à l'encre noire. Ce saxophone qui ondule, se déchire, vient ensuite confirmer cette impression première. Pourtant, peu à peu, le tempo prend de l'ampleur, s'accélère, devient frénétique. Cette plage sombre alors dans une folie contaminatrice et ce, en dépit des coupes lancinantes qui la fissurent. Mais toujours, il y a cette mélancolie sourde qui serpente au milieu de ces débris de guitares hallucinées. Entre ces deux balises grandioses, six titres, dont seule la moitié est parcourue par des lignes de chant assurées par des invités, se succèdent, tout aussi riches et envoûtants, à l'image du sombre "Tusan Homichi Tuvota", où la voix de N. Frykdahl transpire autant de spleen que celle de Daniel Gildenlow chez Pain Of Salvation. Voilà une entité à laquelle on est bien obligé de penser à l'écoute de cette charge de désespoir ou de l'hypnotique "And Who's The God Now", longue échappée aux multiples visages, assise sur un socle de martellement de batterie qui s'enfonce dans les méandres d'une noirceur pleine de dureté malgré les teintes orientales que l'on peut relever par moment. C'est un cri d'une grande violence, presque une forme d'abandon, de résignation avant que le morceau se mue en respiration incantatoire. Si "Indikted" et "Aemaet" sont deux instrumentaux puissants et virtuoses, bien que parfois peu aisé à suivre pour le premier, et zébré de passages hallucinants pour le second, dans la lignée de certaines compositions parmi les plus déglinguées délivrées par King Crimson, "Nemesis Voices", enfin, renoue le temps d'un format plus court avec des parties vocales, soulignées par les notes emplies d'étrangeté déversées par le violon. Ce n'est du reste pas le meilleur titre du lot. Voilà dans tous les cas une réussite incontestable à mettre à l'actif de Indukti qui confirme là tout le bien que l'on pensait de lui à l'époque de S.U.S.A.R., même si IDMEN ne sera certainement pas du goût de tous, ces Polonais ne développant pas une vision très orthodoxe du metal progressif. A découvrir, à tout le moins... 4/5 (2009)
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