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Eagles | On The Border (1974)


On aurait tort, à l'instar de ses détracteurs qui n'ont jamais cherché à voir en lui autre chose que l'archétype du groupe de rock pour surfeurs californiens, de réduire les Eagles à une usine à tubes, car derrière cette vitrine commerciale se cachent une finesse de touche et un talent hors-pair pour la composition ciselée à la manière d'un travail d'orfèvre. Une écriture qui a su évoluer au fil des années, se bonifier et se fixer à partir de "Hotel California" (1976), aboutissement mais aussi (quasi) testament d'une carrière fulgurante, puisque ne lui succédera qu'un seul album, l'épitaphe "The Long Run" trois ans plus tard. Coincé entre le deuxième album, "Desperado" et "One Of These Nights", "On The Border" se présente comme une œuvre charnière dans la discographie du combo de Los Angeles, en ce sens où il tente de gommer les accents country qui le recouvrent néanmoins toujours d'un vernis chaleureux, afin d'entamer une mue vers cette musique aux traits sinon (un peu) plus durs, au moins plus rock qui fera le succès des Eagles. Le fait que celui-ci ait préféré à Glyn Johns le producteur Bill Szymczyk, qui a travaillé avec (entre beaucoup d'autres) The James Gang et Joe Walsh, qui ne tardera d'ailleurs pas à remplacer le guitariste Bernie Leadon, témoigne chez le groupe de sa volonté d'araser ce socle historique. Pourtant le résultat se révèle mitigé car il ne possède ni la verve caillouteuse de son aîné ni la force accrocheuse de son successeur. De fait, "On The Border", qui marque l'arrivée de Don Felder, lequel se fend de lignes de guitare sur 'Already Gone' et de slide sur 'Good Day In Hell', semble hésiter entre deux directions, country d'un côté et rock de l'autre, ce qui ne l'a pas empêché de glisser dans les charts trois singles dont un 'James Dean' à l'entame du feu de dieu et la respiration terminale 'The Best Of My Love', ballade doucereuse qui illustre encore une fois, avec le poignant 'Ol' 55', un 'My Man' plein d'une tendresse chaloupée et plus encore un 'You Never Cry Like A Lover' puissamment émotionnel, combien le groupe brille dans ce registre délicat.L'entraînant 'Midnight Flyer', le paisible 'Is It True' ou la chanson éponyme éponyme gorgée d'un feeling rhythm 'n' blues et coloré de chœurs soyeux, complètent une rondelle bien faite quoique sans génie et probablement la plus faible des Eagles. 3/5 (2016)


                                   

KröniK | Eagles - The Last Run (1979)


Après avoir maintenu une belle régularité, publiant chaque année depuis 1971 un nouvel opus, les Américains mettent trois ans à offrir un successeur à "Hotel California" (1976), long tunnel étonnant à une époque où la plupart des groupes font preuve d'une grande productivité. En réalité, les musiciens n'ont pas chômé pour savourer le triomphal succès de leur cinquième offrande. Au contraire, dès 1977, ils s'enferment en studio mais il leur faudra presque deux ans pour venir à bout du bien nommé "The Long Run", initialement envisagé comme un double album, réduit à l'arrivée à un simple menu d'une durée traditionnelle de quarante minutes environ. Entre ce projet avorté et une réception tant critique que commerciale en deçà des attentes, ses auteurs sortiront déçus de cet épisode, qui conduira à un sabordage venu trop tôt, dès l'année suivante. Souvent occulté par son légendaire devancier, ce qui est alors le testament des Eagles n'a pourtant pas à rougir de la comparaison avec son aîné dont il poursuit l'évolution vers un rock (légèrement) plus dur, moins sudiste que sur "Desperado"  mais toujours aussi sophistiqué. Si Timothy B. Schmidt vient remplacer Randy Meisner à la basse, le batteur Don Hendley assoit son hégémonie sur le groupe, co-signant l'ensemble des compositions, écrin délicat pour sa voix fragile plus que jamais mise en avant et que la chanson éponyme du disque précédent a fortement contribué à immortaliser. Quand bien même son programme n'est émaillé d'aucun hymne à la hauteur de 'Hotel California', "The Long Run" donne néanmoins naissance à trois singles qui se glissent alors dans les charts. Etonnamment, ni le morceau-titre, ni 'In The City', écrit pour la bande originale des "Guerriers de la Nuit" de Walter Hill, ni 'Heartache Tonight', délicieux bijou d'écriture au demeurant, n'incarnent toutefois l'apogée d'une écoute qu'aucun temps mort  ne vient grever. Ainsi, on leur préférera la lenteur chaloupée d'un 'King Of Hollywood', long de plus de six minutes, les lignes de guitares noyées sous les effets d'un 'Those Shoes', à la rythmique par ailleurs appuyée et portée par le chant émotionnel de Hendley, la tristesse diffuse de la ballade terminale 'Sad Café' ou bien encore les modelés moelleux d'un 'I Can't Tell You Why'. De fait, parfaitement équilibré et homogène, "The Long Run" ne voit aucun de ses titres en étouffer un autre, expliquant pourquoi il est permis de le considérer comme l'album le plus abouti du groupe. Indispensable ! 4/5 (2016)


                                   

KröniK | Eagles - Desperado (1973)


Moins d'un an après avoir été remarqué grâce à un galop d'essai éponyme, Eagles est de retour en avril 1973 avec "Desperado". Malgré le succès immédiat qu'ils ont rencontré, les Américains ne s'en contentent pas, désireux d'être pris au sérieux, d'être considérés comme de véritables artistes. Quoi de mieux alors qu'un album-concept pour cela ? Comme sa pochette qui les représente en bandits de grand chemin et son titre le suggèrent, cette deuxième galette puise son inspiration dans le Far West et surtout les exploits sanguinaires du gang Doolin-Dalton, célèbres outlaws ayant sévi entre le Kansas, le Missouri et l'Arkansas dans les dernières années du XIXème siècle, figures légendaires d'un Ouest sauvage et fantasmé qui traversent l'écoute. Ce thème détermine les couleurs désertiques et sudistes d'un menu riche en pépites. Les plus renommées demeurent la chanson-titre, ballade orchestrale puissamment émotionnelle, que le magazine Rolling Stone fait figurer dans sa liste des cinq cents plus grands morceaux de tous les temps, ainsi que 'Tequila Sunrise', respiration tranquille aux accents country rêveurs qu'émaillent des notes de mandoline distillées par le guitariste Bernie Leadon lequel, armé d'un banjo ou d'un dobro, participe pour une bonne part à l'édification de ce cadre westernien qui sent le Stetson poussiéreux. A leurs côtés se sont glissées d'autres cartouches, moins fameuses bien que tout aussi séduisantes. Ainsi, 'Out Of Control', direct et flirtant avec le hard rock grâce à sa rythmique puissante, 'Certain Kind Of Fool', qu'enflamme la voix chaleureuse de Randy Meisner, sans oublier surtout 'Outlaw Man', pièce tout en progression superbement ciselée qui voit son tempo s'emballer lors d'une conclusion énergique, sont également à mettre à l'actif de cet opus dont la richesse d'écriture s'explique par l'addition des talents de compositeurs respectifs de Glenn Frey et Don Henley qui signent désormais en commun un répertoire jusque-là composé séparément. Accueilli avec enthousiasme par les critiques, le succès de "Desperado" sera pourtant moindre que celui de son prédécesseur alors qu'il le dépasse de la tête et des épaules grâce à une créativité qui fonctionne à plein régime, peaufinant un style unique, une identité intemporelle qui n'appartient déjà qu'à ses auteurs. 4/5 (2016)