Alors qu'il semblait éternellement lié au légendaire Prophecy Productions, label qui publia il y a douze ans son premier album "Souvenirs d'un autre monde" et au sein duquel il avait toute sa place, c'est avec étonnement que nous retrouvons aujourd'hui Alcest dans l'écurie du puissant Nuclear Blast.
AU PIF
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KröniK | Alcest - Kodama (2016)
Qu'il semble loin le temps de la démo "Tristesse Hivernale" où Alcest avait alors pleinement sa place au sein de la chapelle noire, au milieu des autres groupes du label Drakkar Productions. S'il y aura bien encore quelques (rares) ayatollahs pour regretter cette époque, force est de reconnaître que le groupe a su évoluer avec intelligence et délicatesse, larguant en fait très vite les amarres pour accoster des rivages de plus en plus aériens, plus personnels également, au point de devenir à son tour une référence, son écriture unique entre black évanescent et post rock désenchanté aux confins d'un shoegaze plus déchirant que misérable, désormais pillée mais (forcément) jamais égalée.
Neige, son créateur, a su au fil des années et des offrandes, peaufiner son art sans gommer son âme ni copier telle formation à la mode - quoique certaines références soient décelables, lesquelles affleurent plus qu'elles ne le façonnent - pour au bout du compte, fixer sa signature reconnaissable entre mille, autant grâce à son chant clair d'une fragilité vespérale qu'à ses lignes de guitare dont la cosse de noirceur qui les corsète ne les empêche pas de s'envoler très haut vers des sphères inconnues. Si chacun de ses opus se révèlent dans leurs différences, ceux-ci n'en forment pas moins, pierre par pierre, un ensemble homogène, tertre nimbé d'un voile de brume dont on distingue peu à peu les contours. Ainsi, à l'irradiant "Shelter" succède en ce début d'automne 2016 le très attendu "Kodama", ni resucée de son prédécesseur ni regard plus loin en arrière vers "Ecailles de Lune" ou "Les Voyages de l'âme" et ce, en dépit du retour affirmé du chant black et de l'érection de modelés aux traits appuyés. Comme le suggère son nom, qui peut signifier l'esprit de l'arbre ou écho, ainsi que son visuel, ce cinquième album puise dans la culture japonaise à la fois certaines de ses couleurs et surtout une forme de spiritualité fantomatique. Cette inspiration détermine les accents lumineux, néanmoins conjugués à une force ténébreuse d'une œuvre toute en clair-obscur, tout du long écartelée entre ombre et lumière, entre rage et sérénité. Si la batterie pulsative du fidèle Winterhalter ('Oiseaux de proie') et ces éruptions de six-cordes ferrugineuses combinées à ces saillies vocales hurlées ('Eclosion') diffusent une obscurité volatile, la voix claire et les lignes de guitare pointillistes du maître des lieux sont les faisceaux d'une douce clarté que souligne sur le titre éponyme la présence spectrale de Sylvaine avec laquelle Neige a d'ailleurs collaboré sur "Wistful". A ce titre, il nous faut insister sur cette tessiture vocale d'une belle variété, qui a certes toujours été soignée mais qui atteint dans le cas présent une dimension quasi divine. Alternant longues pièces, écrins de trésors nichés dans les replis de leur intimité, à l'image de la démentielle ouverture éponyme ou de 'Je suis d'ailleurs', et respirations plus courtes ('Untouched', 'Onyx'), "Kodama" a quelque chose d'un voyage dont la durée resserrée ne le rend que plus intense, vibrant d'une émotion volcanique et néanmoins presque insaisissable. Là réside toute l'ambivalence plus que jamais affirmée d'une écriture qui constamment nous échappe au moment où l'on croit la cerner... Là réside aussi son caractère finalement unique qui laissera toujours Alcest planer très haut au-dessus du bataillon de ses suiveurs de plus en plus nombreux. Miraculeux, cet opus ouvre encore de nouveaux horizons pour ses auteurs qui continuent d'avancer, de progresser, les entraînant le long d'un chemin passionnant à suivre. (2016) ⍖⍖⍖
Neige, son créateur, a su au fil des années et des offrandes, peaufiner son art sans gommer son âme ni copier telle formation à la mode - quoique certaines références soient décelables, lesquelles affleurent plus qu'elles ne le façonnent - pour au bout du compte, fixer sa signature reconnaissable entre mille, autant grâce à son chant clair d'une fragilité vespérale qu'à ses lignes de guitare dont la cosse de noirceur qui les corsète ne les empêche pas de s'envoler très haut vers des sphères inconnues. Si chacun de ses opus se révèlent dans leurs différences, ceux-ci n'en forment pas moins, pierre par pierre, un ensemble homogène, tertre nimbé d'un voile de brume dont on distingue peu à peu les contours. Ainsi, à l'irradiant "Shelter" succède en ce début d'automne 2016 le très attendu "Kodama", ni resucée de son prédécesseur ni regard plus loin en arrière vers "Ecailles de Lune" ou "Les Voyages de l'âme" et ce, en dépit du retour affirmé du chant black et de l'érection de modelés aux traits appuyés. Comme le suggère son nom, qui peut signifier l'esprit de l'arbre ou écho, ainsi que son visuel, ce cinquième album puise dans la culture japonaise à la fois certaines de ses couleurs et surtout une forme de spiritualité fantomatique. Cette inspiration détermine les accents lumineux, néanmoins conjugués à une force ténébreuse d'une œuvre toute en clair-obscur, tout du long écartelée entre ombre et lumière, entre rage et sérénité. Si la batterie pulsative du fidèle Winterhalter ('Oiseaux de proie') et ces éruptions de six-cordes ferrugineuses combinées à ces saillies vocales hurlées ('Eclosion') diffusent une obscurité volatile, la voix claire et les lignes de guitare pointillistes du maître des lieux sont les faisceaux d'une douce clarté que souligne sur le titre éponyme la présence spectrale de Sylvaine avec laquelle Neige a d'ailleurs collaboré sur "Wistful". A ce titre, il nous faut insister sur cette tessiture vocale d'une belle variété, qui a certes toujours été soignée mais qui atteint dans le cas présent une dimension quasi divine. Alternant longues pièces, écrins de trésors nichés dans les replis de leur intimité, à l'image de la démentielle ouverture éponyme ou de 'Je suis d'ailleurs', et respirations plus courtes ('Untouched', 'Onyx'), "Kodama" a quelque chose d'un voyage dont la durée resserrée ne le rend que plus intense, vibrant d'une émotion volcanique et néanmoins presque insaisissable. Là réside toute l'ambivalence plus que jamais affirmée d'une écriture qui constamment nous échappe au moment où l'on croit la cerner... Là réside aussi son caractère finalement unique qui laissera toujours Alcest planer très haut au-dessus du bataillon de ses suiveurs de plus en plus nombreux. Miraculeux, cet opus ouvre encore de nouveaux horizons pour ses auteurs qui continuent d'avancer, de progresser, les entraînant le long d'un chemin passionnant à suivre. (2016) ⍖⍖⍖
KröniK | Alcest - Ecailles de lune (2010)
Etonnant parcours que celui de Neige chanteur émotionnel et guitariste habité. Au départ, du Black metal, celui de Peste Noire dont il a longtemps été un accessoire, de Mortifera et du premier signe de mort de son propre projet Alcest, Tristesse hivernale. A l'arrivée, un metal plus atmosphérique (Le secret, Souvenirs d'un autre monde) qui a su larguer les amarres quand bien même les racines noires font parfois encore plus qu'affleurer à la surface, témoin la participation du musicien au Race Of Cain de Forgotten Woods et au .Neon de Lantlôs. Après le testament de Amesoeurs offert dans une incompréhension regrettable, Neige revient avec ce que l'on peut considérer comme son jardin secret.
Ecailles de Lune, que précédait un split précieux avec Les Discrets, le groupe de son ancien compère Fursy Teyssier, marque un retour vers des atours parfois franchement Black. Alcest est détenteur d'une identité qui n'appartient qu'à lui. Un son granuleux, une voix fragile qui semble souvent être à deux doigts de se briser et ce dosage entre un rock intimiste et une ambiance héritée du Black metal déterminent notamment cette signature singulière. Ce deuxième opus marque le retour des compositions qui se déploient sur des durées assez longues (trois des six pistes dépassent les huit minutes), format propice à l'installation d'atmosphères stratosphériques et d'une douce mélancolie. Ecailles de Lune s'ouvre sur le diptyque éponyme. Aérienne, la première partie tricote des effluves presque post rock. Aidé de sa guitare qui décolle très haut vers un ciel cependant chargé de nuages, Neige pose son chant insaisissable sur cette trame que mine un désenchantement profond. L'accélération finale qui s'enfoncent dans un substrat très Black est des plus jouissives cependant que le second volet le voit renouer avec un registre écorché qui lui sied tout autant. Très sombre, cette partie progresse néanmoins peu à peu vers une lumière grise, celle du début, ce qui contribue à conférer à "Ecailles de lune" des allures cycliques. Enténébré par le chant hurlé du Français, "Percées de lumière" réussit la synthèse parfaite entre metal noir grésillant et envolée post rock. L'homme y tisse un canevas écrit à l'encre d'une émotion à fleur de peau. Après le court instrumental "Abysses", l'album entame sa dernière ligne droite avec tout d'abord le diaphane "Solar Song" qui irradie une chaleur lumineuse, perle blanche d'une beauté vaporeuse. Puis, en un murmure contemplatif, "Sur l'océan couleur de fer" entraîne Ecailles de Lune, de longues minutes durant, vers une mort lente et légère comme une bulle, rêverie d'une poésie fantomatique. Alcest semble alors complètement échapper au monde du physique. On voudrait l'attraper qu'il nous échapperait à tout jamais. Presque quatre ans après Souvenirs d'un autre monde, Neige signe une oeuvre très belle, une épure qui s'impose (pour l'instant) comme l'apogée de sa carrière sous cette bannière. (10/03/2010) ⍖⍖⍖
Ecailles de Lune, que précédait un split précieux avec Les Discrets, le groupe de son ancien compère Fursy Teyssier, marque un retour vers des atours parfois franchement Black. Alcest est détenteur d'une identité qui n'appartient qu'à lui. Un son granuleux, une voix fragile qui semble souvent être à deux doigts de se briser et ce dosage entre un rock intimiste et une ambiance héritée du Black metal déterminent notamment cette signature singulière. Ce deuxième opus marque le retour des compositions qui se déploient sur des durées assez longues (trois des six pistes dépassent les huit minutes), format propice à l'installation d'atmosphères stratosphériques et d'une douce mélancolie. Ecailles de Lune s'ouvre sur le diptyque éponyme. Aérienne, la première partie tricote des effluves presque post rock. Aidé de sa guitare qui décolle très haut vers un ciel cependant chargé de nuages, Neige pose son chant insaisissable sur cette trame que mine un désenchantement profond. L'accélération finale qui s'enfoncent dans un substrat très Black est des plus jouissives cependant que le second volet le voit renouer avec un registre écorché qui lui sied tout autant. Très sombre, cette partie progresse néanmoins peu à peu vers une lumière grise, celle du début, ce qui contribue à conférer à "Ecailles de lune" des allures cycliques. Enténébré par le chant hurlé du Français, "Percées de lumière" réussit la synthèse parfaite entre metal noir grésillant et envolée post rock. L'homme y tisse un canevas écrit à l'encre d'une émotion à fleur de peau. Après le court instrumental "Abysses", l'album entame sa dernière ligne droite avec tout d'abord le diaphane "Solar Song" qui irradie une chaleur lumineuse, perle blanche d'une beauté vaporeuse. Puis, en un murmure contemplatif, "Sur l'océan couleur de fer" entraîne Ecailles de Lune, de longues minutes durant, vers une mort lente et légère comme une bulle, rêverie d'une poésie fantomatique. Alcest semble alors complètement échapper au monde du physique. On voudrait l'attraper qu'il nous échapperait à tout jamais. Presque quatre ans après Souvenirs d'un autre monde, Neige signe une oeuvre très belle, une épure qui s'impose (pour l'instant) comme l'apogée de sa carrière sous cette bannière. (10/03/2010) ⍖⍖⍖
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