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News | Fen - The Dead Light



















"The Dead Light", le nouvel album de fen (atmospheric black metal), sortira le 6 décembre 2019 chez Prophecy Productions.

News | Year Of The Cobra - Ash And Dust




















"Ash And Dust", le nouvel album de Year Of The Cobra (stoner doom), sortira le 1er novembre 2019 chez Prophecy Productions.

KröniK | Les Discrets - Prédateurs (2017)


Contrairement à son ancien compère au sein d'un Amesoeurs trop tôt sabordé, Neige, dont Alcest est devenu une référence de l'art noir coloré de kystes shoegaze, Fursy Teyssier s'est montré plus "discret" (allusion facile !) ces dernières années, même si son activité de graphiste n'est pas à négliger. Pourtant, nous n'avons pas oublié le rock mélancolique écrit à l'encre délavée d'une vie fanée, qui suintait de "Septembre et ses dernières pensées" et de "Ariettes oubliées", jusqu'alors dernier signe de vie en 2012 de cette précieuse formation.
C'est pourquoi aujourd'hui son retour avec - enfin ! - une troisième offrande que nous n'attendions presque plus, est accueilli avec la promesse masochiste de se laisser emporter par un spleen sonore qui ravivera des plaies encore à vif. Recentré autour du duo que l'homme anime avec Audrey Hadorn depuis le départ du batteur Winterhaller trop occupé par Alcest, Les Discrets propose avec "Prédateurs" la bande-son d'un film sombre et intimiste dont le récit se déroule à l'intérieur d'un train. Chaque titre correspond à un arrêt dans un lieu que le héros observe à travers la vitre. Cette approche conceptuelle dicte la dimension fortement cinématique d'un voyage qui s'égrène en coulant le long de voies de chemin de fer, bercé par les cahots d'un wagon balayé par la pluie. A son écoute, on imagine ces gares sinistres, hantées par des silhouettes furtives, ces paysages détrempés, hachurés d'un ciel bas. La vie défile avec son cortège de regrets et de tristesse dans la fenêtre constellée de tâches pluvieuses. Encadré par deux pistes instrumentales, l'album s'enfonce un peu plus à chaque halte dans une mélancolie épaisse et terreuse que labourent le chant émotionnel de Fursy Teyssier et des arrangements hypnotiques, cependant que la guitare cendreuse se fait tour à tour plombée ('Le Reproche) ou plus pointilliste ('Les Amis de Minuit'). Si 'Virée Nocturne', au son duquel le train se met en branle, semble léger, très vite, le ton s'obscurcit ('Vanishing Beauties') et à partir du funéraire 'Fleur des Murailles', l'opus se pare d'un tenace et désespéré linceul qui culmine lors de 'Rue Octavio Mey' d'une sourde beauté, qui voit tous les remords être convoqués sous la pluie d'une urbanité sinistre. Si certains voyages sont interminables, ce n'est pas le cas de celui-ci qui passe au contraire trop vite, au point de sentir le besoin de rester à bord de ce train fantomatique. Ni misérable ni plaintif, "Prédateurs" trouve le ton juste, œuvre très personnelle d'une poésie introspective. 4/5 (2017) | Facebook






KröniK | The Moon And The Nightspirit - Metanoia (2017)


Cela fait douze ans déjà que Agnes Toth et Mihaly Szabo nous enchantent avec leurs rêveries ténébreuses et acoustiques, boisées et folkloriques. Combien ont-il eu raison de s'aventurer sur cette sente crépusculaire après le sabordage de Even Song dont le gothic metal quoique plaisant convenait moins à leurs talents conjugués de chanteuse et violoniste (pour elle), de guitariste et percussionniste (pour lui). Avec The Moon And The Nightspirit, ils ont su façonner leur identité qui doit autant à cette musique nocturne qu'à ces visuels poétiques teintés d'étrangeté, réalisés par la vocaliste elle-même.
Après un "Mohalepte" (2011) qui n'apportait pas grand-chose, "Holdrejtek" a su trois ans plus tard nous dévoiler un couple plus inspiré que jamais, désormais hébergé par Prophecy, label idéal pour accueillir ces offrandes si personnelles. Fixée depuis "Of Dreams Forgotten And Fables Untold", la signature du groupe demeure inchangée.  Les fidèles ne seront donc ni déstabilisés ni déçus par ce nouvel - et sixième - opus qui continue de creuser ce sillon mélancolique à travers ces forêts peuplées de légendes. S'il n'est bien entendu pas nécessaire d'en avoir parcouru les paysages verdoyants pour se laisser séduire par les ritournelles désenchantées de nos deux troubadours, le fait est que leur art demeure profondément enraciné dans la terre hongroise dont les amoureux de ce pays retrouveront cette atmosphère unique et finalement indescriptible qui tient autant à un humus obscur qu'à une imagerie mystérieuse, presque hors du temps. Tel est ainsi "Metanoia" qui nous convie à une déambulation médiévale parée d'enluminures orientales. Le duo a certes vieilli, comme en témoignent les cheveux blancs qui colorent la crinière de Mihaly, mais il n'a rien perdu de son fascinant pouvoir d'évocation, capable d'entraîner loin le pèlerin, dans une époque reculée et fantasmée. Dès 'A Hajnal Köszöntése', la magie opère, distillée par ces notes de violon osseuses et cette voix féminine fragile qui semble vouloir se briser, plumes d'une musique écrite à l'encre noire du désespoir. L'ombre tissée par la flûte de la belle ('Kilenc Hid') ainsi que ses mélopées participent d'un rituel chamanique dont le pouls vibre d'une puissance sourde. S'il accompagne parfois au chant sa muse mais toujours de manière discrète ('Mysterion Mega'), Szabo enrichit cette partition d'une dimension percussive et hypnotique, à l'image des obsédants 'A Fény Diadala' et 'Az Elsö Tünder Megidézése'. Drapé dans des arrangements extrêmement travaillés, "Metanoia" égrène huit compositions aux allures de pièces d'orfèvre en un ensemble sombrement enchanteur auquel il paraît bien difficile de résister, danse tribale qui brille d'un éclat lunaire. 4/5 (2017) | Facebook






KröniK | Dool - Here Now, Here Then (2017)


Raisonnablement enthousiasmés par "Oweynagat", leur (petite) carte de visite, nous attendions avec impatience le premier album longue durée des Bataves. Publié comme son brouillon par Prophecy Productions et emballé par Pieter Kloos, véritable gourou de la scène dutch rock, celui-ci est baptisé "Here Now, There Then". Si vous avez raté l'épisode précédent, vous devez forcément vous demander un peu ce que c'est, Dool. Si son nom, qui signifie en fait "exil", pourra évoquer chez certains fainéants le groupe de Maynard James Keenan, le quatuor ne noue pourtant aucun lien avec les Américains.
Si influences il y a, elles sont davantage à rechercher dans le sombre terreau hollandais, celui de The Devil's Blood notamment dont on croise ici l'ancienne section rythmique. Bien que d'une tessiture différente, le chant de Ryanne Van Dorst n'est parfois pas si éloigné que cela de celui de sa compatriote Farida Lemouchi, cependant que certains motifs mélodiques n'auraient pas dépareillé sur un disque de la regrettée formation, comme en témoigne par exemple ce 'Golden Serpents' à la fois moelleux et accrocheur. Ce serait toutefois se compromettre dans un raccourci maladroit que de réduire Dool à une simple resucée de son glorieux aîné en dépit d'incontestables racines communes. A l'instar de sa récente ébauche avec lequel il partage l'éponyme 'Oweynagat', dont on ne se lasse toujours pas, "Here Now, There Then" ne cesse d'intriguer tant il balance constamment entre morsures furieusement rock et rugosités déglinguées, ce qui rend son écoute parfois peu évidente. La mélancolie tordue qui infuse dans les replis de ses compositions aux traits tortueux achève d'en faire une œuvre beaucoup moins immédiate qu'il n'y parait de prime abord. Il suffit de s'enfoncer dans les arcanes de 'Vantablack', le titre le plus long du lot avec ses dix minutes au compteur et mystérieuse porte d'entrée, pour prendre la (dé)mesure de ce dark rock souterrain où fusionnent soli orgasmiques et vocalises androgynes en un magma sombrement langoureux. Si le reste affiche des lignes plus nerveuses, de 'Words On Paper' à 'She Goat', une rouille vicieuse, presque malsaine, ronge constamment un menu qui, insaisissable, finit par nous échapper, dimension volatile qu'illustrent des plaintes, léchée par une étrangeté obscure, telles que 'The Death Of Love', 'The Alpha' ou 'In Her Darkest Hour', autant de mid-tempos aussi lascifs que labyrinthiques qui ne filent jamais droit. Si alléchant, "Oweinagat" avait un goût de trop peu, imposé par son format très court, "Here Now, There Then" confirme l'identité singulière des Hollandais et un potentiel qui l'est tout autant, opus à la fois nocturne et irradiant qui exsude une trouble sensualité. 3.5/5 (2017) | Facebook






KröniK | Klimt 1918 - Sentimentale Jugend (2016)


Klimt 1918 aura su se faire désirer, un tunnel (trop) long de huit ans séparant "Just In Case We'll Never Meet Again (Soundtrack For The Cassette Generation)" de ce nouvel opus. Cependant, cette insupportable attente aura été doublement récompensée car ce n'est pas un simple album qui scelle le retour des Italiens mais deux créations distinctes et complémentaires, réunies au sein d'un même ensemble baptisé "Sentimentale Jugend". Du haut de ses quasiment deux heures de musique, nous aurions pu craindre que l'entreprise pâtisse toutefois de cette ration pantagruélique. Ainsi, les exemples ne manquent pas, de ces réalisations au format binaire ivres de leur propre fatuité.
Rien de tel pourtant avec le sujet de cette chronique, peut-être tout simplement parce que, loin d'un prétentieux remplissage, cette offrande constitue tout à la fois un bloc homogène et les deux faces d'une même pièce, mélancolique et évanescente, terreuse et aérienne. Miraculeusement, ce menu s'écoule ainsi avec une belle fluidité, jamais ennuyeux, toujours juste dans son expression désenchantée d'une pop fragile aux confins du post rock et du shoegaze. Son ampleur impose toutefois de multiples va-et-vient dans les profondeurs fantomatiques de son intimité pour en extraire tout le suc. Italien de sol, Klimt 1918 se révèle plus que jamais allemand de sang, ce dont témoigne la reprise de Berlin, 'Take My Breath Away', laquelle donne le ton très eighties d'un album dont les accents nostalgiques ne le rendent pas moins actuel, modernité qu'il doit à une prise de son d'une pureté d'airain. Comme son format le laisse deviner, le menu se divise naturellement en deux parties, "Sentimentale" puis "Jugend". La première se révèle la plus légère, la plus immédiate, misant sur une darkwave fébrile que zèbrent des envolées post-rock, couleurs stratosphériques illustrées par les pièces d'orfèvre que sont le mélancolique 'Montecristo', 'Belvedere' et ses guitares orageuses, 'Comandante' aux lignes déchirantes ou ce 'La Notte' teinté d'amertume. Plus posée et introspective, la seconde nous évoque les fantômes d'une jeunesse brisée, qui rappelle le roman de Erich Maria Remarque, "A l'Ouest rien de nouveau", privilégiant quant à elle les respirations squelettiques, plus pop ('Juvenile') que rock, parfois à la lisière d'un ambient abstrait, à l'image de l'instrumental 'Caelum Stellatum' et plus encore de 'Stupenda E Miserabile', qui étire sur plus de neuf minutes une trame à la fois spectrale et goudronneuse. Ensemble nostalgique et mortuaire, romantique et fragile, "Sentimentale Jugend" peut être considéré comme le travail le plus abouti de Klimt 1918. 3/5 (2017) | Facebook






KröniK | Bethlehem - S/T (2016)


Fondé en 1991, Bethlehem a toujours été un groupe résolument à part, bête infâme née du cerveau malade de Jürgen Bartsch autour duquel un line-up à géométrie variable n'a cessé de muter, voyant passer dans ses rangs aussi bien Marco Kehren (Deinonychus), Jonathan Thery (Ataraxie) ou même Niklas Kvarforth (Shining). Auteur en 1996 du quintessentiel "Dictius To Necare", pierre angulaire d'un black metal gangrené par le doom (à moins que cela ne soit l'inverse), l'entité a par la suite changé de peau, évoluant peu à peu vers une espèce de gothic rock singulier et néanmoins toujours rongé de l'intérieur par un suc dépressif.
Les albums se succèdent, parfois déroutants ("Schatten Aus Der Alexander Welt"), toujours puissamment habités ("Mein Weg") mais l'immuable chant en allemand confère à cette oeuvre sa sévérité abrupte, laquelle participe de cette identité culte qui ne peut laisser personne indifférent. Définitivement insaisissable, Bethlehem revient avec une huitième hostie (sans compter tous les splits et EP vomis par palettes entières)  alors que "Hexakosioihexekontahexaphobia" avait fermé le cercueil qui lui était promis depuis toutes ces années passées à respirer à intervalles irréguliers, mort scellée par la somme "Hau Ab" qui regroupait en 2014 dans une boxset tous ses albums. Pourquoi (déjà) cette résurrection ? La réponse se trouve sans doute dans cet opus dont le titre éponyme suppose soit un nouveau départ soit au contraire une fin définitive, comme une ultime pelletée de terre. Bref encore une fois, le groupe nous échappe, jamais là où on l'attend. Nouvelle offrande, nouvelle formation (encore) autour du seul membre historique. Si Steve Wolz est de retour derrière les fûts, c'est surtout la présence de Onielar, prêtresse de  Darkened Nocturn Slaughtercult, qui attise la curiosité, quand bien même le recours à une voix féminine n'est pas inédit pour Jürgen Bartsch. On se souvient à ce titre - entre autres - de "Sardonischer Untergang Im Zeiten  Irreligiöser  Darbietung" que hantait Cathrin Campen. Mais, et quoique sa contribution demeure (trop) discrète à notre goût, le poison qu'injecte la Polonaise, notamment lors de l'incantatoire 'Gängel Gängel Gang', se répand idéalement dans les artères de cet art aussi maladif qu'halluciné. Lorsque ses rares mélopées s'accouplent avec l'organe hystérique du maître de cérémonie, le résultat atteint des sommets de décrépitude ('Verderbnisheilung in sterbend' Mahr'). S'il ne surprendra pas vraiment le fidèle, encore que 'Wahn schmiedet Sarg' peut étonner par ses aplats mélodiques que gâte cependant cette folie contaminatrice coutumière, "Bethlehem" suinte encore une fois avec largesse cette négativité autoritaire que l'on goûte avec un plaisir tout masochiste. À la fois férocement accrocheur ('Die Dunkelheit darbt'), ténébreusement atmosphérique ('Arg tot frohlockt kein Kind') mais toujours miné par une mélancolie reptilienne et obsédante ('Die Dunkelheit  Darbt'), cet album est érodé par un mal-être absolu et ce sens du malsain qui n'appartient qu'à son créateur. C'est donc du pur Bethlehem dont le retour nous comble d'une extase morbide. 3/5 (2017) | Facebook






Soon | Farsot - Fail-Lure


Date | 21/04/2017
Label | Lupus Lounge / Prophecy Productiond
Genre | Black Metal




Soon | Les Discrets - Prédateurs


Date | 21/04/2017
Label | Prophecy Productions
Genre | (Post) Rock atmosphérique / Trip Hop



 

KröniK | Dool - Oweynagat (2016)


Pourquoi évoquer "Oweynagat", premier souffle de vie de Dool dont la très (trop) courte durée – moins d'un quart d'heure au garrot – et le fait qu'il ne soit constitué que d'un seul vrai titre, puisque que le second n'est en réalité qu'une version semi-acoustique du premier, suffiraient presque à justifier que l'on ne s'attarde pas sur son sujet ?
Pour plusieurs raisons finalement. Pour son line-up déjà, qu'anime l'ancienne section rythmique du défunt et parti prématurément The Devil's Blood, Job van de Zande à la basse et Micha Haring derrière les fûts, soutenue par une paire de guitaristes dont Nick Polak (Gold) et une chanteuse pétillante, Ryanne van Dorst (Elle Bandita), atout de charme et de choc auquel nous sommes nécessairement toujours un peu sensibles. Pour Prophecy Productions, label à l'identité affirmée dont toutes les offrandes se révèlent aussi originales que précieuses (ceci expliquant sans doute cela). Enfin et surtout pour son contenu certes petit par la taille mais grand par son potentiel qu'on devine encore à peine défloré, entre doom (un peu), psyché (aussi) et post punk (beaucoup). Le groupe cite comme influences Sonic Youth ou Sisters Of Mercy. À raison. Du haut de ses quasi sept minutes au compteur, 'Oweynagat' trempe son pinceau dans les couleurs désenchantées qui lui servent à peindre un tableau aux multiples plans. De fait, si le chant féminin forme une première couche, la plus évidente, la plus ensorcelante aussi, derrière ce fragile paravent prolifère un canevas instrumental qui peu à peu s'élève lors d'une seconde partie que tissent guitares aux lignes obsédantes et percussions métronomiques tandis que la voix féminine, de mélopées spectrales se meut en lointains cris possédés avant de disparaître, laissant la six-cordes orchestrer une conclusion d'une déchirante beauté. Plus fantomatique et squelettique, 'Inside The Cave Of The Cat' est calqué sur son devancier dont il offre une relecture vierge de toute présence électrique et en mode mineur. Bien entendu, la découverte de cette carte de visite se solde par un goût de trop peu mais celle-ci doit être prise pour ce qu'elle est, la mise en bouche d'un véritable premier album annoncé pour le début de l'année prochaine. 3/5 (2016) | Facebook






KröniK | Alcest - Kodama (2016)


Qu'il semble loin le temps de la démo "Tristesse Hivernale" où Alcest avait alors pleinement sa place au sein de la chapelle noire, au milieu des autres groupes du label Drakkar Productions. S'il y aura bien encore quelques (rares) ayatollahs pour regretter cette époque, force est de reconnaître que le groupe a su évoluer avec intelligence et délicatesse, larguant en fait très vite les amarres pour accoster des rivages de plus en plus aériens, plus personnels également, au point de devenir à son tour une référence, son écriture unique entre black évanescent et post rock désenchanté aux confins d'un shoegaze plus déchirant que misérable, désormais pillée mais (forcément) jamais égalée.



Neige, son créateur, a su au fil des années et des offrandes, peaufiner son art sans gommer son âme ni copier telle formation à la mode - quoique certaines références soient décelables, lesquelles affleurent plus qu'elles ne le façonnent - pour au bout du compte, fixer sa signature reconnaissable entre mille, autant grâce à son chant clair d'une fragilité vespérale qu'à ses lignes de guitare dont la cosse de noirceur qui les corsète ne les empêche pas de s'envoler très haut vers des sphères inconnues. Si chacun de ses opus se révèlent dans leurs différences, ceux-ci n'en forment pas moins, pierre par pierre, un ensemble homogène, tertre nimbé d'un voile de brume dont on distingue peu à peu les contours. Ainsi, à l'irradiant "Shelter" succède en ce début d'automne 2016 le très attendu "Kodama", ni resucée de son prédécesseur ni regard plus loin en arrière vers "Ecailles de Lune" ou "Les Voyages de l'âme" et ce, en dépit du retour affirmé du chant black et de l'érection de modelés aux traits appuyés. Comme le suggère son nom, qui peut signifier l'esprit de l'arbre ou écho, ainsi que son visuel, ce cinquième album puise dans la culture japonaise à la fois certaines de ses couleurs et surtout une forme de spiritualité fantomatique. Cette inspiration détermine les accents lumineux, néanmoins conjugués à une force ténébreuse d'une œuvre toute en clair-obscur, tout du long écartelée entre ombre et lumière, entre rage et sérénité. Si la batterie pulsative du fidèle Winterhalter ('Oiseaux de proie') et ces éruptions de six-cordes ferrugineuses combinées à ces saillies vocales hurlées ('Eclosion') diffusent une obscurité volatile, la voix claire et les lignes de guitare pointillistes du maître des lieux sont les faisceaux d'une douce clarté que souligne sur le titre éponyme la présence spectrale de Sylvaine avec laquelle Neige a d'ailleurs collaboré sur "Wistful". A ce titre, il nous faut insister sur cette tessiture vocale d'une belle variété, qui a certes toujours été soignée mais qui atteint dans le cas présent une dimension quasi divine. Alternant longues pièces, écrins de trésors nichés dans les replis de leur intimité, à l'image de la démentielle ouverture éponyme ou de 'Je suis d'ailleurs', et respirations plus courtes ('Untouched', 'Onyx'), "Kodama" a quelque chose d'un voyage dont la durée resserrée ne le rend que plus intense, vibrant d'une émotion volcanique et néanmoins presque insaisissable. Là réside toute l'ambivalence plus que jamais affirmée d'une écriture qui constamment nous échappe au moment où l'on croit la cerner... Là réside aussi son caractère finalement unique qui laissera toujours Alcest planer très haut au-dessus du bataillon de ses suiveurs de plus en plus nombreux. Miraculeux, cet opus ouvre encore de nouveaux horizons pour ses auteurs qui continuent d'avancer, de progresser, les entraînant le long d'un chemin passionnant à suivre. (2016) ⍖⍖⍖






KröniK | Darkher - Realms (2016)


Jayn Hanna aura su se faire désirer avec Darkher, son jardin secret. Un premier EP éponyme en 2014 qui lui a ouvert les portes du label Prophecy Productions, écurie avec laquelle il était écrit qu'elle lierait un jour son nom, puis un an plus tard, "The Lost Kingdom", seconde petite offrande qui scellait donc cette alliance, ont su éveiller notre intérêt, (forcément) toujours séduits par les sirènes lorsqu'elles coulent leurs formes dans un moule d'une noirceur prometteuse.
De fait nous attendions beaucoup de cet album longue durée, alors même que la chanteuse nous est pourtant relativement inconnue, seul "Static Kingdom" qu'elle a enregistré avec The Steals ayant pu caresser nos cages à miel, il y a sept ans déjà. Presque une éternité. Par conséquent, nombreux sont ceux qui découvriront cette ravissante Anglaise avec "Realms", création miraculeuse qui, osons l'affirmer d'emblée, se révèle à la hauteur de ses deux mises en bouche avec lesquelles elle partage le titre 'Foregone', ce dont nous ne lui tiendrons pas rigueur tant cette composition, sombrement pulsative, longue de plus de sept minutes, gronde d'une force souterraine qui la propulse vers un orgasme émotionnel.Avec ses lourds aplats, elle ne reflète cependant pas tout à fait la teneur d'un menu plus intimiste et contemplatif, écrin idéal pour les envoûtantes mélopées de la belle laquelle, fidèle à une forme d'onanisme musical, se dispense (presque) de la présence d'autres êtres humains, nature solitaire qui renforce encore la dimension personnelle et cathartique d'une œuvre qui peut s'appréhender comme le miroir de l'âme désenchantée de son auteure. Ceux qui n'ont jamais fait le deuil de la première période de The 3rd And The Mortal et de Skumring dont les albums respectifs, "Tears Laid In Earth" (1994) et "De Glemte Tider" (2005) incarnent à eux seuls ce qu'est le doom atmosphérique norvégien, un art dont l'absolue tristesse tient du recueillement plus que d'un simple spleen, retrouveront dans cet opus cette même beauté à la fois poétique et minérale, aux traits toutefois moins doom, plus dark et mâtiné d'un folklore ténébreux. Cette beauté doit beaucoup au chant spectral et aérien de la jeune femme dont la voix plane au-dessus d'un socle parfois pesant ('Wars'), le plus souvent éthéré ('Hollow Veil') ou squelettique ('Moths'), quand bien même le diptyque 'Buried' étend un suaire instrumental superbe. Funéraires, les ambiances priment tout du long, qui ferrent l'auditeur, l'engourdit doucement avant de l'entraîner dans les abîmes d'un gouffre sans fin. Brillant d'un éclat crépusculaire et désincarné, "Realms" accoste les rivages d'une terre désolée, nimbée d'une brume forestière et hivernale, qu'il balaie d'un souffle chamanique. 4/5 (2016)


1476 | Wildwood / The Nightside (2012 / 2016)



















On comprend mieux la nature singulière que revêt son art quand on sait que 1476 est enraciné dans la terre de Salem qui l'a vu naître en 2009, ville du Massachusetts imprégnée d'histoire et de légendes, liant ainsi à tout jamais son nom à celui de femmes jugées pour sorcellerie dans une Amérique du XVIIème siècle alors en proie à un puritanisme hystérique.

KröniK | Völur - Disir (2016)


Non content d'avoir déjà cette année livré avec Blood Ceremony le très bon "Lord Of Misrule", le bassiste Lucas Gadke a trouvé le temps de graver le premier album de son propre projet, baptisé Völur. Ceux qui, sans doute trompés par la présence à ses côtés d'une jeune femme, espèrent de lui le même proto doom aux accents forestiers et occultes comme au sein de son principal port d'attache, en seront bien entendu pour leur frais, cette seconde entité ne partageant guère avec son aîné que de très lointaines racines progressives. Mais si la flûte boisée de Alia O'Brien peut par moment évoquer un Jethro Tull biberonné aux films d'horreur de série Z, les notes tordues égrenées par le violon désaccordé de Laura Bates convoquent quant à elles le fantôme du King Crimson époque "Lark's Tongue In Aspic". Le caractère (presque) instrumental de "Disir" - seuls quelques growls et choeurs féminins viennent percer sa trame osseuse - participe d'ailleurs de cette filiation qui séduira autant qu'elle risque de faire fuir les moins courageux. La dimension chamanique d'une partition finalement plus proche d'un ambient rituel que du metal achève de faire de ce galop d'essai une expérience sonore hermétique sinon austère à réserver en priorité à ceux que n'effraient ni l'étrange ni les longues pièces contemplatives. Basse, violon et percussions tribales forment l'ossature épurée de ces quatre compositions que l'absence de guitare contribue à rendre décharnées. Ceux qui ont eu la chance d'écouter la démo du même nom dont "Disir" reprend quatre des cinq pistes, menu "seulement" amputé de 'Idisemorgen' et ses quasi 17 minutes au compteur, s'ils ne seront donc pas dépaysés par son contenu, n'en céderont pas moins encore une fois à son étrange pouvoir de fascination et ce, quand bien même les limites de l'exercice affleurent lors d'un 'Heiemo' terminal et (presque) interminable malgré une première partie envoûtante. Mais 'Es Wächst aus Seinem Grab', qui gravite au bord de la folie et plus encore 'The Deep-Minded', où la copulation des trois instruments sur fond de mélopées sacrificielles aboutissent à un orgasme païen et crépusculaire, suffisent à ferrer les sens et rendre l'écoute de cet album indispensable. Il sera passionnant de voir comment le groupe réussira - ou non - à façonner cet art pour le moins singulier, sans se répéter et tourner à vide. Le potentiel est là, ainsi qu'une beauté séculaire qui suinte de cet autel niché au milieu d'une forêt ténébreuse... 3.5/5 (2016)


KröniK | The Vision Bleak - The Unknown (2016)


Si Empyrium n'a (presque) enfanté que des chefs-d'œuvre, seul le résurrectionnel "The Turn Of The Tides" ne pouvant être considéré comme tel, l'actif de The Vision Bleak se révèle moins éblouissant car vierge de créations égales à un "Songs Of Moors & Misty Fields" par exemple, autant en terme d'inspiration que d'influence. Est-il encore besoin de rappeler que The Vision Bleak est un projet que Schwadorf a véritablement commencé à développer en 2003, dans la foulée du sabordage de ce qui était alors son principal port d'attache ? Cela n'a toutefois pas empêché le duo qu'il forme avec le chanteur et batteur Konstanz de graver dans la sombre terre germanique un style fascinant dont l'étiquette "horror metal" restitue mal toute la démesure et la finesse d'un art qui, mieux que d'autres, a su capter le lustre gothique des récits d'épouvante à la Hammer Films mais dont "Witching Hour", cinquième opus plus dark et agressif, a illustré l'érosion de sa force d'évocation, en dépit d'une qualité jamais démentie. Si sa pochette aux atours malfaisants, réalisée par le talentueux Lukasz Jaszak, annonce à nouveau une plongée féroce dans les entrailles bouillonnantes d'une musique aux traits abrupts, "The Unknown", sans pour autant renouer avec l'élégance mortuaire de "Set Sail To Mystery" (2010), se présente comme un album plus élaboré que son prédécesseur, misant davantage sur les ambiances et la beauté ténébreuse de mélodies envoûtantes que sur le tranchant d'une noirceur néanmoins toujours de mise. Sans toutefois sacrifier leur efficacité sur l'autel d'ambiances sinistres, les Allemands se fendent d'un ensemble imparable, juste milieu entre puissance de feu et atmosphères horrifiques, à l'image du (quasi) inaugural 'From Wolf To Peacock', envolée tumultueuse où s'entrelacent rythmique appuyée, lignes obsédantes et aplats fantomatiques. Longue de plus de sept minutes, cette ouverture place d'emblée la barre très haut, s'imposant même comme une des compositions les plus brillantes du groupe. Konstanz y livre une performance qui étonne par ses couleurs moins théâtrales que par le passé. Le vocaliste se veut d'ailleurs peut-être même l'homme de cette cuvée 2016, contribuant à conférer au titre éponyme, l'autre morceau de bravoure de l'écoute, qu'enrichissent arpèges et chœurs féminins, des teintes que ne renierait pas un Paradise Lost en grande forme. A l'exception de 'The Kindred Of The Sunset', trop classique pour séduire durablement, le menu emprunte souvent des chemins inconnus, entre un 'Ancient Heart' aux méandres tortueux, le terminal 'The Fragency Of Soil Unearthed' dont la progression escarpée l'entraîne dans les profondeurs tour à tour menaçantes, grâce à son chant très black, ou plus ensorcelantes d'une forêt peuplée de légendes. N'oublions pas de joindre à ce tableau la puissance rampante de 'The Whine Of The Cemetery Hound', titre lui aussi théâtre de morsures noires de la part de Konstanz, ainsi que les lignes acérées de 'How Deep Like Tartaros'. Peut-être conscient des limites atteintes par 'Witching Hour', The Vision Bleak a eu raison de faire évoluer son art transylvanien avec "The Unknown" qui, sans l'ombre d'un doute, fera date dans sa carrière. 4/5 (2016)


                                   

KröniK | Germ - Escape (2016)


Nous sommes nombreux à vénérer celui que l'on a longtemps connu sous le sobriquet de Sorrow pour son travail sous la bannière dépressive de Austere. Même si la paternité de ce dernier groupe revenait à son comparse Desolate, nous avions tous regretté que ce projet soit trop tôt sabordé (après seulement cinq années d'existence) et jamais remplacé. En 2012, soit deux ans après que le duo ait décidé de mettre un terme à leur collaboration, la naissance de Germ nous a alors laissé croire que son successeur était enfin arrivé. Las, ni "Wish" (2012) ni "Grief" (2013), les deux premiers essais de l'Australien en solitaire, n'ont vraiment réussi à nous convaincre totalement.Alors que nous espérions trouver les héritiers de "Withering Illusions And Desolation" et "Lay Like Old Ashes", et leur engeance suicidaire, c'est un art noir, certes toujours aussi mélancolique, mais plus mélodique, sinon sirupeux, que négatif, qui s'est déversé à leur place. En cherchant à exploiter cette veine shoegaze à laquelle Alcest a donné ses lettres de noblesse, Yatras donnait l'impression d'avoir perdu une part de son identité, voire de son talent, quand bien même cette doublette est loin d'être honteuse. Nous en attendions plus et autre chose, voilà tout. Or, contre toute attente, "Escape", qui voit la nuit après un silence long de trois années, surprend agréablement. Non pas que Germ ait renoncé ni à cette expression désenchantée à la mode ni à ses influences, mais une forme de noblesse jusqu'alors inédite enrobe ces compositions étirées qui trouvent cette fois-ci le ton juste, entre beauté désespérée et noirceur éthérée, témoin ce 'Closer' que voilent des nappes de claviers délicates. Renouant avec une sève créatrice chargée d'une douloureuse contrition, le maître des lieux appose sa griffe, reconnaissable dès l'éponyme 'Escape', entame aux allures de synthèse. Voix qui perce la brume et hurle comme si demain ne devait plus exister, riffs obsédants qui suintent une inexorable tristesse et tapis électronique évanescent définissent une écriture soignée qui marque de son sceau un ensemble empreint d'une misérable gravité. Germ a trouvé son chemin, balisé sans aucun doute mais plus inspiré que sur les deux disques précédents, comme l'illustrent des gemmes tels que 'I'll Give Myself To The Wind' que drapent quelques lignes de chant clair et profond, 'With The Deat Of A Blossoming Flower', le titre le plus torrentiel du lot, ou 'Under Crimson Sky', (fausse) respiration percée de sombres fissures. En définitive, aux confins d'un post black nourri au shoegaze, "Escape" est peut-être bien le meilleur album de l'Australien depuis la fin d'Austere, équilibre miraculeux entre obscurité et lumière. 3.5/5 (2016)