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KröniK | Blood Of Kingu - Sun In The House Of The Scorpion (2010)


Commençons par les choses qui fâchent. En effet, signer avec un label ( en l’occurrence le modeste mais passionné Debemur Morti, qui au final n’aura dû se contenter que d’une réédition du premier essai) pour finalement sceller un pacte avec une autre écurie (le plus puissant Candlelight), n'est pas une attitude franchement correcte. Blood Of Kingu ne s’est pourtant pas gêné pour le faire, quand bien même il n’est pas le premier. Ce comportement est d’autant plus décevant (et paradoxal ?) que la horde conserve par ailleurs une attitude franchement underground dans l’âme – quasiment pas de photos, aucun contact possible, page MySpace réduite à son stricte minimum - tout à fait respectable.
Ce coup de gueule énoncé, voyons voir ce que ce Sun In the House of the Scorpion, à la très belle pochette signée Zdzislaw Becksinski, a dans le ventre. Ce second méfait était attendu au tournant par tous ceux qui estiment - à raison - que Roman Saenko, son cerveau, est un musicien bourré de talent mais regrettent le sabordage du grand Hate Forest, que la première incantation de Blood Of Kingu trois ans auparavant (De Occulta Philosophia) n’a pas pu compenser du fait de son caractère par trop inachevé. Certains commençaient même à se poser des questions quant à la capacité de l’Ukrainien à se renouveler, suite aux derniers albums de Drudkh, un de ses autres projets, tout simplement moins réussis bien que néanmoins toujours très beaux. Sun In the House of the Scorpion devrait donc les rassurer. La haine à la fois primitive et majestueuse de Hate Forest n’est toujours pas totalement ravivée mais on s’en rapproche. Au début simple véhicule solitaire basé sur les mythologies sumériennes ou indo-européennes, Blood Of Kingu bénéficie désormais d’une dynamique de groupe suite au recrutement du fidèle Thurios, chanteur chez Drudkh (dont on retrouve aussi l’actuel bassiste et l’ancien batteur !) et ici simple guitariste. Ce remodelage n’est certainement pas étranger à cette inspiration retrouvée. Enténébré par le chant comme frotté avec du papier de verre de Saenko, plus Death metal que jamais (on pense d’ailleurs à celui de Karl Willets de Bolt Thrower) et cette fois-ci audible comparé à la bouillie du jet séminal auquel elle conférait toutefois des allures de rite incantatoire , cet album est une boule grouillante de haine, théâtre d’une vraie cruauté black metal. Il martèle une violence épidermique hallucinante que seul le long « Incantation of He Who Sleeps », dont les atours épiques le rapproche des hauts faits d’armes de Purity (Hate Forest), brise un temps soit peu. Le reste, balisé par un prologue, une outro et quelques transitions aux accents orientaux et cabalistiques plutôt inutiles, prend la forme d’une cascade abrasive de négativité. Contrairement à De Occulta Philosophia, Sun In the House of the Scorpion offre de vraies compostions, rapides le plus souvent, tendues toujours, coups de boutoir d’une intensité démentielle (« Ceremonies To awake Thy Angeless Hate », « Those That Wonder Amidst the Stars », « Cyclopeans Temples of the Old Ones »…). On suit leur déroulé avec un intérêt constamment maintenu jusqu’à la reprise de Beherit, « The Gates of Nanna », que le groupe transforme en cérémonie rituelle. Sans égaler certains chefs-d’œuvre de Hate Forest, de Drudkh ou même les deux seules émanations du méconnu Dark Ages, Blood Of Kingu a enfanté avec réussite une ode aux vibrations noires dont l’unique faiblesse réside moins dans sa trop courte durée - Roman Saenko n’a jamais été un adepte des œuvres fleuves, ce n’est certainement pas maintenant que cela va changer – que dans le fait de ne proposer en définitive que cinq titres originaux. Vu l'excellence de ces derniers, ce n'est pas grave... 3.5/5 (2010) | Facebock


KröniK | Blood Of Kingu - De Occulta Philosophia (2007)


Activiste de l’ombre, Roman Saenko reste une énigme. Ni photos ni interview, l’homme n’existe qu’à travers son art, un art noir, décrié par toute une brochette de pisse-copies bien pensants mais révéré par beaucoup d’autres qui se moquent pas mal de l’idéologie ouvertement nationaliste et païenne dont chacun de ses groupes se parent, bien que celle-ci ait sans doute aussi attiré à eux certains autres. Hate Forest, Drudkh et Dark Ages résonnent comme des interdits, des noms impies entourés d’une aura de mystère. Au faîte du culte que nombreux vouent à ce groupe dans l’underground, l’Ukrainien a pourtant décidé de saborder Hate Forest en 2005 pour donner vie à un nouveau projet à la fois proche et différent : Blood Of Kingu.
Désormais seul à la barre, Saenko y laisse de côté l’imagerie et la philosophie aryennes qui irriguaient les offrandes de Hate Forest pour se tourner vers des thèmes plus mystiques, touchant à la spiritualité de l’Orient sumérien et égyptien. Sur un plan strictement musical, De Occulta Philosophia reprend par contre le flambeau du black metal rapide, haineux, brutal et profondément mélancolique honoré par Sorrow, l’ultime méfait de son entité défunte, qu’il accompagne, par le biais d’une intro (“ Incoarika Incognita ”) dont les sonorités ethniques semblent tout droit sorties de L’homme qui voulait être roi de John Huston et de deux intermèdes instrumentaux (“ Slaughter Of Shudras ” et “ Vajtarani ”), d’éléments empruntés au folklore oriental. Mais loin des canons en vigueur sur Purity ou Battlefields, les six agressions agglomérées sur ce premier galop d’essai sont de véritables boules de haine et de violence, très courtes et ne répondant qu’à un seul mode, celui de la vitesse sans prendre réellement le temps de souffler (hormis “ Lair Of Night Of Abzu ”). Pas de temps pour les préliminaires ici. Tribal et ritualiste, “ Your Blood, Nubia !, Your Power, Egypt ! ” libère des relents à la Drudkh, la vélocité en plus, tandis que le chant, chamanique et volontairement en retrait, bouillonne d’ondes négatives. Toujours noyé sous des riffs habités d’une tristesse infinie, celui-ci se révèle d’ailleurs tout du long incompréhensibles et participent du caractère instrumental d’une œuvre aux allures de magma incandescent qu’il rythme de ses rares interventions à la façon d’un instrument à part entière. Blood Of Kingu poursuit donc le travail entamé avec Hate Forest dans lequel il injecte de nouvelles influences, quand bien même il ne suinte pas encore autant que son aîné ce mal absolu unique qui faisait de lui un des plus malfaisants défenseurs de l’art Noir. Un début très convaincant cependant et qui devrait ravir tous ceux qui estiment (à raison) que Roman Saeko est un génie inconnu. (11/07/2009)