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News | Angellore - Rien ne devait mourir
"Rien ne devait mourir", le nouvel album de Angellore (gothic doom), sortira le 14 février 2020 chez Finisterian Dead End.
News | Oak - Lone
"Lone", le premier album de Oak (Death Doom), sortira le 20 décembre 2019 chez Transcending Obscurity Records.
Vouna | S/T (2018)
Les one-woman bands sont suffisamment rares pour s'arrêter un instant quand l'un d'entre eux vient à nous.
A Stick And A Stone - The Long Lost Art Of Getting Lost (2017)
S'il nous arrive souvent d'être abusé par un chant féminin aussi testiculeux que celui d'un homme, l'inverse, quoique plus rare, existe également.
KröniK | Idre - Unforgiving Landscapes (2017)
Nous avions découvert Idre en 2014 avec sa première offrande éponyme de (très) bonne mémoire où un post metal tentaculaire s'accouplait avec un doom atmosphérique terreux. Trois ans plus tard, le trio américain nous revient (enfin) avec "Unforgiving Landscapes". Si de par son visuel, dépouillé et austère, que remplit un paysage désolé, et son architecture déroulant deux pistes au format démesuré, il noue des liens évidents avec son devancier, ce deuxième voyage s'en distingue pourtant par une dimension plus rituelle voire quasi chamanique comme s'il puisait sa sève dans les profondeurs de la terre qui l'a vu naître, enfonçant ses racines noueuses dans un sol pétrifié.
Un son presque caillouteux l'enrobe tel une croûte épaisse, qui à la fois lui confère une teinte plus doom encore et participe de cet aspect sentencieux, cérémonie crépusculaire que président des instruments prisonniers d'une gangue froide et organique. Lointain, le chant résonne comme un écho spectral avalé par la nuit. Rappelant le (trop) méconnu Worm Ouroboros, Idre étend une trame presque immobile dont la lenteur (faussement) paisible se marie à une mélancolie souterraine qui pulse sous la surface de ces longues pièces aussi squelettiques qu'hypnotiques, aux allures de tertres émotionnels. C'est toute une géographie qui prend forme peu à peu, charriant des images pétries de solitude et de désolation. Les Américains prennent leur temps pour sillonner ce socle terreux qu'ils sculptent comme un totem en l'honneur de divinités oubliées sous les coups de boutoir d'une prolifération urbaine. "Unforgiving Landscapes" est une ode à la nature sombre et éternelle dans les entrailles de laquelle survivent l'âme et la mémoire d'une terre qui a disparu, enseveli par l'homme destructeur. Le groupe dépeint ces paysages, pesants et vrillés par une sourde tension dont on sent qu'elle va exploser mais qui ne décharge jamais vraiment sa semence torrentielle. 'Gold & Crude' étire ainsi ses vingt minutes de plus en plus pulsatives, suivant un chemin inexorable qui semble ne jamais vouloir mourir. Chant en apnée et guitares poussiéreuses gravitent autour d'un gouffre sans fin comme suspendus dans le temps et dans l'espace cependant que des rouleaux de batterie se fracassent contre un relief menaçant dressé dans la nuit. D'une durée équivalente, 'Prison Skin' est tout d'abord bercé par de faibles psalmodies avant de voir ses traits se durcir par une sécheresse granitique. S'ouvre alors un long segment qui a quelque chose d'un rituel où les voix ne sont que des murmures échappés de crevasses que sculptent une trinité guitare/basse/batterie connectée au coeur de la terre et constamment au bord de la rupture. "Unforgiving Landscapes" voit Idre peaufiner son art, hypnotique et abrupt, pesant et atmosphérique. 35.5/5 (2017) | Facebock
Un son presque caillouteux l'enrobe tel une croûte épaisse, qui à la fois lui confère une teinte plus doom encore et participe de cet aspect sentencieux, cérémonie crépusculaire que président des instruments prisonniers d'une gangue froide et organique. Lointain, le chant résonne comme un écho spectral avalé par la nuit. Rappelant le (trop) méconnu Worm Ouroboros, Idre étend une trame presque immobile dont la lenteur (faussement) paisible se marie à une mélancolie souterraine qui pulse sous la surface de ces longues pièces aussi squelettiques qu'hypnotiques, aux allures de tertres émotionnels. C'est toute une géographie qui prend forme peu à peu, charriant des images pétries de solitude et de désolation. Les Américains prennent leur temps pour sillonner ce socle terreux qu'ils sculptent comme un totem en l'honneur de divinités oubliées sous les coups de boutoir d'une prolifération urbaine. "Unforgiving Landscapes" est une ode à la nature sombre et éternelle dans les entrailles de laquelle survivent l'âme et la mémoire d'une terre qui a disparu, enseveli par l'homme destructeur. Le groupe dépeint ces paysages, pesants et vrillés par une sourde tension dont on sent qu'elle va exploser mais qui ne décharge jamais vraiment sa semence torrentielle. 'Gold & Crude' étire ainsi ses vingt minutes de plus en plus pulsatives, suivant un chemin inexorable qui semble ne jamais vouloir mourir. Chant en apnée et guitares poussiéreuses gravitent autour d'un gouffre sans fin comme suspendus dans le temps et dans l'espace cependant que des rouleaux de batterie se fracassent contre un relief menaçant dressé dans la nuit. D'une durée équivalente, 'Prison Skin' est tout d'abord bercé par de faibles psalmodies avant de voir ses traits se durcir par une sécheresse granitique. S'ouvre alors un long segment qui a quelque chose d'un rituel où les voix ne sont que des murmures échappés de crevasses que sculptent une trinité guitare/basse/batterie connectée au coeur de la terre et constamment au bord de la rupture. "Unforgiving Landscapes" voit Idre peaufiner son art, hypnotique et abrupt, pesant et atmosphérique. 35.5/5 (2017) | Facebock
KröniK | Darkher - Realms (2016)
Jayn Hanna aura su se faire désirer avec Darkher, son jardin secret. Un premier EP éponyme en 2014 qui lui a ouvert les portes du label Prophecy Productions, écurie avec laquelle il était écrit qu'elle lierait un jour son nom, puis un an plus tard, "The Lost Kingdom", seconde petite offrande qui scellait donc cette alliance, ont su éveiller notre intérêt, (forcément) toujours séduits par les sirènes lorsqu'elles coulent leurs formes dans un moule d'une noirceur prometteuse.
De fait nous attendions beaucoup de cet album longue durée, alors même que la chanteuse nous est pourtant relativement inconnue, seul "Static Kingdom" qu'elle a enregistré avec The Steals ayant pu caresser nos cages à miel, il y a sept ans déjà. Presque une éternité. Par conséquent, nombreux sont ceux qui découvriront cette ravissante Anglaise avec "Realms", création miraculeuse qui, osons l'affirmer d'emblée, se révèle à la hauteur de ses deux mises en bouche avec lesquelles elle partage le titre 'Foregone', ce dont nous ne lui tiendrons pas rigueur tant cette composition, sombrement pulsative, longue de plus de sept minutes, gronde d'une force souterraine qui la propulse vers un orgasme émotionnel.Avec ses lourds aplats, elle ne reflète cependant pas tout à fait la teneur d'un menu plus intimiste et contemplatif, écrin idéal pour les envoûtantes mélopées de la belle laquelle, fidèle à une forme d'onanisme musical, se dispense (presque) de la présence d'autres êtres humains, nature solitaire qui renforce encore la dimension personnelle et cathartique d'une œuvre qui peut s'appréhender comme le miroir de l'âme désenchantée de son auteure. Ceux qui n'ont jamais fait le deuil de la première période de The 3rd And The Mortal et de Skumring dont les albums respectifs, "Tears Laid In Earth" (1994) et "De Glemte Tider" (2005) incarnent à eux seuls ce qu'est le doom atmosphérique norvégien, un art dont l'absolue tristesse tient du recueillement plus que d'un simple spleen, retrouveront dans cet opus cette même beauté à la fois poétique et minérale, aux traits toutefois moins doom, plus dark et mâtiné d'un folklore ténébreux. Cette beauté doit beaucoup au chant spectral et aérien de la jeune femme dont la voix plane au-dessus d'un socle parfois pesant ('Wars'), le plus souvent éthéré ('Hollow Veil') ou squelettique ('Moths'), quand bien même le diptyque 'Buried' étend un suaire instrumental superbe. Funéraires, les ambiances priment tout du long, qui ferrent l'auditeur, l'engourdit doucement avant de l'entraîner dans les abîmes d'un gouffre sans fin. Brillant d'un éclat crépusculaire et désincarné, "Realms" accoste les rivages d'une terre désolée, nimbée d'une brume forestière et hivernale, qu'il balaie d'un souffle chamanique. 4/5 (2016)
De fait nous attendions beaucoup de cet album longue durée, alors même que la chanteuse nous est pourtant relativement inconnue, seul "Static Kingdom" qu'elle a enregistré avec The Steals ayant pu caresser nos cages à miel, il y a sept ans déjà. Presque une éternité. Par conséquent, nombreux sont ceux qui découvriront cette ravissante Anglaise avec "Realms", création miraculeuse qui, osons l'affirmer d'emblée, se révèle à la hauteur de ses deux mises en bouche avec lesquelles elle partage le titre 'Foregone', ce dont nous ne lui tiendrons pas rigueur tant cette composition, sombrement pulsative, longue de plus de sept minutes, gronde d'une force souterraine qui la propulse vers un orgasme émotionnel.Avec ses lourds aplats, elle ne reflète cependant pas tout à fait la teneur d'un menu plus intimiste et contemplatif, écrin idéal pour les envoûtantes mélopées de la belle laquelle, fidèle à une forme d'onanisme musical, se dispense (presque) de la présence d'autres êtres humains, nature solitaire qui renforce encore la dimension personnelle et cathartique d'une œuvre qui peut s'appréhender comme le miroir de l'âme désenchantée de son auteure. Ceux qui n'ont jamais fait le deuil de la première période de The 3rd And The Mortal et de Skumring dont les albums respectifs, "Tears Laid In Earth" (1994) et "De Glemte Tider" (2005) incarnent à eux seuls ce qu'est le doom atmosphérique norvégien, un art dont l'absolue tristesse tient du recueillement plus que d'un simple spleen, retrouveront dans cet opus cette même beauté à la fois poétique et minérale, aux traits toutefois moins doom, plus dark et mâtiné d'un folklore ténébreux. Cette beauté doit beaucoup au chant spectral et aérien de la jeune femme dont la voix plane au-dessus d'un socle parfois pesant ('Wars'), le plus souvent éthéré ('Hollow Veil') ou squelettique ('Moths'), quand bien même le diptyque 'Buried' étend un suaire instrumental superbe. Funéraires, les ambiances priment tout du long, qui ferrent l'auditeur, l'engourdit doucement avant de l'entraîner dans les abîmes d'un gouffre sans fin. Brillant d'un éclat crépusculaire et désincarné, "Realms" accoste les rivages d'une terre désolée, nimbée d'une brume forestière et hivernale, qu'il balaie d'un souffle chamanique. 4/5 (2016)
KröniK | Trees Of Eternity - Hour Of The Nightingale (2016)
Certains ne se contentent pas de jouer du doom, ils vivent le genre jusqu'au bout, bien malgré eux, en croisant la mort sur leur chemin. Tel est le cas de Trees Of Eternity, entité marquée du sceau de la fatalité et de la tragédie. Le projet nait en 2009 du désir du patron de Swallow The Sun, le guitariste Juha Raivio, associé à la chanteuse d'origine sud-africaine, Aleah Stanbridge, de poursuivre leur collaboration après que celle-ci ait participé à la chanson 'Lights On The Lake' sur « New Moon », quatrième opus des maîtres du death doom finlandais. Rapidement quelques titres commencent à circuler sur la toile, esquisses prometteuses d'un art délicat englué dans une mélancolie blafarde. Alors que la belle prête sa voix à Amorphis à l'occasion de « Under The Red Cloud », sans pour autant quitter le giron maternel (« Emerald Forest And The Blackbird »), le duo devient un groupe en recrutant les anciens Katatonia, Fredrik et Mattias Norman, qui tiennent respectivement la seconde guitare et la basse, ainsi que le batteur Kai Hahto (Wintersun) et un album est mis en boîte en 2014. Mais avant que « Hour Of The Nightingale » ne voit finalement le jour, Aleah perd son combat contre le crabe, s'éteignant à l'âge de trente-neuf ans, le 18 avril 2016. Cette œuvre posthume se veut donc le testament d'un ange dont nous étions nombreux à attendre l'envol. S'il ne pourra incarné la rampe de lancement espéré, pour la défunte vocaliste autour de laquelle il est tout entier bâti, l'opus n'en demeure pas moins habité par son âme et sa personnalité, à l'image du superbe artwork qui lui sert d'écrin, que Fursy Teyssier (Les Discrets) a réalisé après avoir longuement échangé avec Juha à propos de cette fée trop tôt disparue. De fait, il paraît bien difficile d'occulter ce funèbre destin en s'abîmant dans les limbes vaporeuses de cette prière que la mort imprègne en profondeur. Comment ne pas être ému en écoutant le prémonitoire 'My Requiem' comme si Aleah savait déjà sa fin proche. Caresse fantomatique, son chant éthéré participe de l'aura funéraire de ces complaintes qui baignent dans une grâce spectrale. Quoique secondée par deux invités de choix, Mick Moss (Antimatter) sur 'A Million Tears' et surtout Nick Holmes (Paradise Lost) sur un 'Gallows Bird' au traits granitiques, ce pinceau vocal se révèle être la principale clé de voûte de cette cathédrale de tristesse que nimbent des nappes de claviers brumeuses et derrière lequel s'effacent, comme avalées par la nuit, des guitares tour à tour encroûtées par la mélancolie ('Eye Of Night') ou squelettiques ('Hour Of The Nightingale'). Entre Swallow The Sun et le gothic doom à la suédoise façon Draconian et consorts, en moins lourd et plus évanescent toutefois, Trees Of Eternity signe un album ciselé avec amour et sincérité, qui est à l'image de ses deux fondateurs, dont on retrouve ces lignes mélodiques engluées par l'hiver pour l'un et la magie vaporeuse de vocalises touchées par la grâce, pour l'autre. Pétries de douleur mais irradiant néanmoins une pale lumière, les chansons s'égrènent comme suspendu dans le temps, à tout jamais, contrites et intimistes ('Sinking Ships'), écrites à l'encre noire du désespoir ('Black Ocean'), plus rarement plombées ('Eye Of Night') sans pour autant se montrer avares en riffs d'airain ('Broken Ocean'). Miraculeux et tout du long ourlé d'émotions, « Hour Of The Nightingale » n'en laisse pas moins un goût étrange teinté d'amertume, guidé par cette voix venue des limbes qui résonne comme un ultime appel... 3.5/5 (2016)
WOWS | Aion (2015)
Pour parler franchement, nous n'attendions pas vraiment grand chose de "Aion", deuxième opus de WOWS, obscur collectif italien dont le séminal "War On Wall Street" (2013) n'a jamais atteint nos esgourdes. L'étiquette "Atmospheric doom / Post metal" collée sur le coin de la gueule et les influences annoncées, Tool, Pelican, Neurosis, n'étaient pas non plus pour nous rassurer quant à un contenu qui de prime abord devait sentir bon le rabâché. C'est donc d'une oreille distraite, avons-le, que nous avons entamé l'écoute de cette rondelle. Et contre toute attente, à des années lumière de la soupe tiède que nous craignions de découvrir, c'est un art puissamment inspiré qui déploie finalement ses grandioses ramifications. Certes peu novateur et évoquant en cela, outre les groupes déjà cités, A Storm Of Light, notamment pour le chant de Paolo Bertaiola, lequel n'est pas sans rappeler celui de Josh Graham, habité et teinté d'amertume, WOWS compense cette (toute relative) faiblesse par la force émotionnelle expulsée de ses pulsations tumultueuses et qui emporte tout. S'il s'articule autour de huit pistes, "Aion" fait clairement partie de ces albums indivisibles qui ne peuvent être appréhendés que dans leur foudroyante unité. Enchaînés les uns aux autres dans un ordre qui ne peut être bouleversé, tous les titres semblent être reliés par un lien invisible. Passée une entame sombrement lancinante ('Alexithymia'), déboule un 'Chakpori' orageux, propulsé par une rythmique qui moissonne ce sol meurtri. Ancrées dans la terre, les guitares charrient un désespoir tragique que soulignent des vocalises empreintes d'une contrition tendue. Durant presque sept minutes, les Italiens creusent un relief accidenté avec une effrontée maîtrise. Mais à partir du morceau suivant, 'Alaska', les traits de l'album évoluent en même temps que le tempo ralentit et se fait plus pesant, réceptacle d'une faute immense qui ne peut être pardonnée. L'écoute se fige, prisonnière de regrets inexorables, une tension sourde gronde alors sous la surface qu'on sent prête à exploser mais l'éjaculation ne survient pas, le groupe préférant jouer sur l'attente et la montée d'un désir orgasmique qui atteint son point culminant avec 'Rwika' dont la montée en puissance est préparée par l'instrumental et squelettique 'Path Of Decay. Sur fond de rouleaux de batterie qui s'abattent contre une falaise de mélancolie, cette douloureuse élévation est irriguée par ces lignes vocales qui procurent des frissons tandis que les guitaristes érigent un mur robuste qui suinte pourtant une tristesse absolue. Avec 'Hades', l'écoute descent une marche supplémentaire vers les profondeurs alors que le chant se pare d'une agressivité inédite qui se répand jusqu'aux fondations du terminal 'Abraxas' lequel, du haut de son quart d'heure pétrifié, ferme cette marche funéraire de la seule manière possible, définitive et sans espoir de retour. Fort de cette offrande faite à la déesse doom, WOWS se voit d'un coup propulsé vers des sommets. Parviendra-t-il à faire surpasser ce "Aion" de haute volée ? Nul ne le sait encore mais quand bien même il ne réussirait pas à transformer l'essai, au moins aura-t-il accouché de ce pavé sublime. (2016)
Löbo | Älma (2010 / 2016)
Publié à l'origine il y a six ans en CD par un Major Label Industries, désormais en sommeil, « Älma » a droit aujourd'hui à une seconde vie grâce à Signal Rex qui a eu la bonne idée de le rééditer en format cassette. Ceux - les plus nombreux sans doute - qui étaient passés à côté de ce EP, alors second signe de vie de Löbo lequel, s'est montré depuis pour le moins avare d'une semence pourtant prometteuse (nous y reviendrons), pourront donc combler cette lacune. Car, si nous avions réussi à vivre sans elle pendant ces années et aurions d'ailleurs continué à le faire sans cette réédition, force est de reconnaître que cette modeste offrande n'est pas sans intérêt, loin s'en faut, opus dont la valeur est inversement proportionnelle à sa (trop) maigre durée. Contrairement à ce que son nom et son origine géographique – le Portugal - pourraient laisser imaginer, Löbo ne prêche pas au sein d'une chapelle noire lusitanienne à laquelle votre serviteur , cela ne vous aura pas échappé, voue une dévotion certaine, mais explore plutôt les arcanes mélancoliques d'un post doom plus atmosphérique que plombé, plus cosmique que mortifère, quand bien même quelques stigmates funéraires lui meurtrissent la peau aux traits étirés. 'Aqui em baixo a alma mede-se com mãos cheias de pedras', qui ouvre l'écoute, s'engouffre presque d'ailleurs dans le sillage pétrifié du Esoteric contemporain, le chant inhumain de Greg Chandler en moins car le groupe tisse en fait une trame instrumentale qu'aucun kyste vocal ne vient jamais corrompre. Comme happées par un vertigineux trou noir, ces quatre pistes, qui semblent en définitive n'en former qu'une seule, longue de plus de trente minutes, baignent dans une ambiances spatiale qu'étendent des claviers mangeurs d'espace, témoin ce 'Carne e Sombra' que vrillent toutefois des rushs de six-cordes échappées du lointain. Si l'ensemble manque de nerfs et s'éternise parfois un peu, le batteur ayant le temps d'aller pisser entre deux coups de caisse claire, les Portugais n'en maîtrisent pas moins l'art de la progression lancinante, du coup de boutoir qui perfore le rideau de brume, à l'image de 'Por fim só. Livre' dont le pouls se réveille lors d'une seconde partie d'une foudroyante beauté. Architecte d'un maillage fleuve presque métaphysique dans son emphase crépusculaire , Löbo puise sa singularité dans ces atmosphères stellaires jaillissant d'un socle rocailleux, caractère aussi unique qu'étrange, teinté de mystère, qu'illustre 'Matei os meus mestres - Silenciei os meus ídolos', lente pulsation qui, une fois à mi-parcours, s'enfonce brutalement dans les abîmes, plongée glaciale dans les profondeurs de ténébreuses fosses marines à la manière du Shape Of Despair le plus sinistre. Souhaitons que cette (re)découverte offre à Löbo un second départ tant cet opuscule capable d'envahir les sens, donne envie d'en écarter les cuisses à l'infini pour goûter davantage que ces préliminaires annonciateur d'un orgasme plus grand encore... (2016)
Angellore | La litanie des cendres (2015)
Qu'il paraît loin le temps où Walran et Rosarius bricolaient dans leur coin et dans un joyeux (façon parler) amateurisme leurs premières petites offrandes ! Que de chemin parcouru depuis les bruissements que furent "Ambrosia", "Les Promesses de l'Aube" et "Elégies aux Ames Perdues"... Angellore n'est donc plus, depuis longtemps, ce modeste duo qui honorait avec sincérité et les moyens du bord un gothic doom death funèbre, il s'est mué en un groupe professionnel qui n'a plus à rougir de la comparaison avec les ténors du genre. Certains - ils seront rares - regretteront peut-être qu'il ait perdu en route le charme précieux du petit artisanat, cette maladresse qui finalement ne grévait pas du tout un art où l'émotion prime sur la technique. Le style aussi a changé, évoluant avec les progrès réalisés par les musiciens, moins gothic, plus atmosphérique et sophistiqué. Plus personnel surtout, quand bien même certaines influences restent décelables. De fait, si "Errances", que composaient nombre de vieux morceaux, portait encore les stigmates du passé, "La Litanie des Cendres" permet à ses auteurs de larguer les amarres, de franchir une étape, peaufinant une identité que l'on devine désormais fixée, entre le doom death automnal de Saturnus et un romantisme pétrifié. Ayant gagné en assurance, Angellore n'hésite pas à étirer ses compositions bien au-delà des dix minutes au compteur, prenant son temps pour tapisser des ambiances d'une triste beauté dont les pinceaux sont autant ces lignes de guitare minées par une sépulcrale mélancolie que ces notes de violon discrètes bien que douloureuses ('Twilight's Embrace'), cependant que les claviers étendent un suaire de roses noires. A cette écriture superbe trempée dans un profond regret se marie un très beau travail sur le chant, mêlant éructations d'outre-tombe, voix claires et mélopées féminines. Il en résulte une deuxième hostie tout du long envoûtante dont chaque pièce est comme un retable qui s'ouvre en une multitude d'images. Alors que des longueurs étaient à craindre, eu égard à la durée des titres, la trame au contraire progresse, se déroule avec une admirable fluidité, ponctuée de moments de magie pure, à l'image de 'A Shrine Of Clouds', sans doute le chef-d'œuvre du groupe à ce jour, jusqu'au final qu'incarne ce 'Moonflower' certes déjà connu mais redécouvert, véritable voyage qui se parcourt comme un récit tragique. Ce que nous pressentions - et espérions ! - est finalement arrivé, Angellore est devenu grand, auteur d'un des meilleurs albums de doom atmosphérique entendus depuis des lustres. (2015)
Lotus Thief | Rervm (2014)
On peut toujours faire confiance à Svart Records pour dénicher de talentueux projets. La liste est longue de ces découvertes, aussi belles que singulières. Lotus Thief ne devrait pas faire tâche au milieu d'un catalogue parmi les plus respectables.
KröniK | Worm Ouroboros - S/T (2009)
Rédiger des chroniques n’est pas toujours aussi facile que cela en a l’air. On pourrait penser que lorsque le sujet est bon, les mots défilent avec aisance. Ce n’est pas toujours le cas. Prenez par exemple le galop d’essai éponyme de Worm Ouroboros. D’une beauté tragique et absolument magnifique de tout son long, sa chronique devrait s’écrire sans la moindre difficulté. Pourtant justement, les mots manquent ou paraissent sans saveur pour décrire une telle œuvre qui convoque le fantôme du Anathema période Eternity (la meilleure ?) et se pose quasiment comme le successeur du définitif Even As All Before Us, unique opus du défunt The Gault. Le fait que l’on retrouve à la barre de ce nouveau projet la toujours excellente Lorraine Rath (Amber Asylum et The Gault forcément) n’est pas étranger à cette proximité et cette réussite. Notons d’ailleurs, qu’elle est ici entourée de deux autres musiciens, tous deux issus du groupe de doom death World Eater, la guitariste Jessica Way et le batteur Justin Green. Il y a tellement de choses à dire sur cet album que l’on ne sait par où commencer. La prise de son ? Austère (dans le bon sens du terme) et sobre mais qui épouse admirablement les trais épurés d’une musique qui joue plus sur les temps morts, les silences, les pauses. Quand la puissance jaillit soudain ("A Birth A Death"), celle-ci n’en prend que plus d’ampleur. La composition ? Pilotés par le chant cotonneux comme un rideau de brouillard et par la basse de Lorraine Rath, les titres, qui déploient leurs ramifications sur des durées parfois très longues, progressent vers un point de non-retour inexorable. De fait, Worm Ouroboros prend (forcément) la forme d’un cercle à l’image du passage de la vie à la mort et de la mort à la vie. Précédé par le court et séminal "Throught Glass", il débute par "A Birth A Death" et s’achève par le décharné "A Death A Birth" tout en arpèges douloureux. Entre les deux, six échappées qui drainent une tension rentrée, toujours contenue, dont on a l’impression qu’elle va par moment exploser sans jamais néanmoins y parvenir. Le groupe joue constamment sur une absence (faussement) apparente de puissance. Celle-ci est en réalité larvée et court le long d’une colonne vertébrale squelettique ("Riverbed"). Corollaire de ce caractère presque insaisissable, l’album pourra paraître de prime abord sans vie, l’encéphalogramme totalement plat. Mais c’est justement de cette plaine que jaillissent des geysers de beauté et une puissance dramatique qui donne des frissons. Immense et précieuse, Worm Ouroboros est une œuvre qui ne rencontrera probablement pas la reconnaissance qu'elle mérite. 4/5 (2009)
KröniK | Worm Ouroboros - Come The Thaw (2012)
Il y a des albums dont on ne se remet pas. La première offrande éponyme de Worm Ouroboros est de ceux-ci. Fondé en 2008, le duo féminin composé de Lorraine Rath et de Jessica Way (alors accompagné du batteur Justin Green) jette alors les bases d'une musique à nulle autre pareille, qu'on a, faute de mieux, maladroitement définie comme du Doom atmosphérique et que des critiques ont comparé, assez justement il est vrai, à un croisement entre Kate Bush et Asunder, dont l'addition en dit long sur le caractère à la fois improbable et magique d'une combinaison touchée par la grâce. Que l'œuvre soit brillante, comment s'en étonner, au vu de la filiation tant humaine que musicale qui unit ce groupe à d'autres tels que Amber Asylum ou The Gault, figures tutélaires de la scène Metal de San Francisco, lieu d'une effervescence artistique incroyable (Weakling, Hammers Of Misfortune...). Il va sans dire qu'on attendait le successeur de Worm Ouroboros avec une grande impatience mêlée de l'inquiétude bien naturelle que sous-entend un sommet déjà atteint et à priori difficile à reproduire. Avec Come The Thaw, le tandem, désormais enrichi du batteur Aesop Dekker (Agalloch, Ludicra), peaufine le travail entamé deux ans auparavant. Le visuel créé immédiatement un lien avec l'album précédent dont on devine qu'il s'inspire du même concept, celui, cyclique, du passage de la vie à la mort. Ce thème est la ligne de force qui sous-tend toute la musique du groupe, comme son nom, emprunté comme chacun sait au symbole du cycle éternel de la nature, l'établit. La mort imprègne Come The Thaw, dont la tristesse aussi belle que douloureuse, s'exprime à travers le prisme de longues complaintes squelettiques mais extrêmement élaborées, d'un calme trompeur qui confine de prime abord à un manque de puissance. Tout l'art des Américaines tient dans cette constante tension rentrée qui jamais n'explose mais se ressent pourtant constamment ("Ruined Ground") et qui n'a d'égale que la richesse de la palette émotionnelle dans laquelle ces titres trempent leur pinceau. Certes, l'effet de surprise, immense, joue moins cette fois-ci. A la décharge de Worm Ouroboros, son premier album ayant déjà magistralement fixé les caractères d'une personnalité qui plus est tellement forte, comme d'ailleurs peu en émergent désormais, son cadet ne pouvait surprendre autant, sans pour autant se répéter. Nonobstant la réussite incontestable de cette seconde offrande, on a l'impression que tout a été dit, ou presque par son aîné, œuvre presque définitive qu'on aurait finalement bien imaginée orpheline, à l'instar de Even As All Before Us, unique opus (mais quel opus !) de The Gault. Ceci dit, Come The Thaw permet à ses auteurs de creuser son art par petites touches, un art où la basse reste prédominante, véritable colonne vertébrale où se greffent les lignes de guitares engourdies par la désespoir et que voile un chant délicat, presque fantomatique, comme l'illustre le très beau "When We Are Gold" qui résume à lui seul cette singulière signature. C'est donc avec beaucoup de subtilité que Worm Ouroboros polit sa musique, accouchant encore une fois de perles insaisissables à l'image de ce "Withered", mortuaire dans son expression d'une amertume feutrée. Inférieur à sa fabuleuse devancière, Come The Thaw n'en reste pas moins une magnifique pièce de Doom atmosphérique écrite à l'encre noire du désespoir. 4/5 (2012)
Ava Inferi | Onyx (2011)
Alors que ses anciens compagnons de route n'ont à ce jour toujours pas donné signe de vie (ou plutôt de mort) discographique depuis la mortification Ordo Ad Chao qu'il avait par ailleurs en partie composé, Blasphemer signe avec Ava Inferi, désormais principal port d'attache, son quatrième opus en l'espace de cinq ans, preuve supplémentaire que Mayhem lui devait beaucoup en terme d'écriture, si ce n'est quasiment tout ! Titre merveilleusement choisi, Onyx confirme que le groupe que forme le guitariste avec sa muse Carmen Simoes, a bien atteint avec Blood Of Bacchus sa maturité artistique. Il s'enfonce dans un même substrat marécageux entre Doom-atmosphérique et Gothique-fantomatique, entre chaleur lusitanienne et froideur polaire. Intelligemment, Rune Eriksen, dont on reconnait cependant l'empreinte tellurique ("Majestic"), se fond dans cet ensemble brumeux que guide la silhouette spectrale de la chanteuse dont la voix suinte une tristesse souterraine, fil conducteur d'un album bercé par un ressac d'ambiances marines. A l'écoute de ces huit perles d'une grande richesse, on mesure combien le talent du Norvégien est grand, tant chaque composition est travaillée, pensée comme une pièce s'emboitant dans un tout homogène et finalement indivisible. L'entrée de cet édifice se fait avec le morceau éponyme, lourd et vaporeux. Le décor écartelé entre ombre et pale lumière, est installé. Mais c'est à partir de "The Living End" qu'Onyx prend toute son ampleur, pulsation envoûtante où le chant féminin dialogue avec un organe masculin d'une profondeur qui n'est pas sans évoquer celle d'un Peter Bjärgö (Arcana). C'est ténébreux et nous sommes emportés très loin au fond d'un paysage de lagunes crépusculaire. Ensuite, l'œuvre progresse jusqu'au monumental "The Heathen Island", lente dérive tricotée par une rythmique à la fois écrasante et hypnotique, que renforce le travail de Dan Swanö responsable du mixage et du mastering, devenu depuis l'album précédent presque un cinquième membre. Enfin, Onyx meurt sur deux respirations plus posées bien qu'elles partagent avec le reste du menu une couleur mélancolique identique, témoin ce "Venice (In Fog)" dont les premières mesures se parent d'une beauté plaintive désespérée. Onyx est, à l'instar de ses aînés, un disque porteur d'une identité extrêmement personnelle. Il a quelque chose d'insaisissable en lui, caractère qu'explique peut-être le fait que le cœur d'Ava Inferi se situe quelque part entre le Portugal et la Norvège. (2011)
KröniK | Yearning - Merging Into Landscapes (2007)
Depuis 2003 et le très bon Evershade, nous étions sans nouvelles du navire finlandais. Le spectre de la disparition définitive se profilait même à l’horizon. Du moins, le pensions-nous… En fait, Juhani Palomäki n’a pas passé ces dernières années à glander au fond d’un canapé à regarder la télé et ce n’est pas moins de deux albums qu’il a enfanté dans la douleur : un cinquième opus de son principal port d’attache et le premier essai d’un nouveau projet baptisé Colosseum. Si le second lui permettra de donner sa propre vision du funeral doom, il reste avec Yearning fidèle au style que Plaintive Scenes (dont on retrouve la chanteuse Tina sur quelques passages) à figer dans la pierre, celui d’un gothic doom majestueux, automnal et profondément mélancolique. Secondé par un nouveau batteur, Palomäki n’a pas raté son retour, Merging Into Landscapes pouvant être considéré comme le meilleur album du groupe depuis le séminal With Tragedies Adorned. Ceux qui espère un coup d’œil dans le rétroviseur de son passé extrême (tout est relatif) doivent se faire une raison : Yearning ne sera plus la vigie vous guidant dans la noirceur abyssale du doom death. Après tout, le musicien a Colosseum pour désormais assouvir ses penchants les plus dépressifs. Par contre ceux qui estiment que les Finlandais ont été bien inspiré d’adoucir leur art, ne pourront qu’être envoûter par ces onze plaintes, dont un épilogue instrumental beau à en pleurer (“ Nemo Ante Mortem Beatus ”). Toutefois, des voix d’outre-tombe, unique oripeau du passé noir du groupe, sont disséminées avec parcimonie sur quelques titres parmi les plus réussis, à l’image de l’épique “ Kaleidoscopic Inscape ”, de “ Dead ” ou du sublime titre éponyme. Sur un lit de claviers évanescents, le chant émotionnel de Juhani tisse des atmosphères chargées d’un désespoir absolu, tandis que les guitares érigent une cathédrale de douleur. Ses lignes échappées de la guitare du maître à penser de la formation nordique possèdent cette pureté cristalline à même de tirer des larmes aux plus durs parmi les durs ; elles soulignent la tristesse que le chant véhicule, comme en témoigne le mortuaire “ The Dying Morn ”, qui résonne comme un cri d’abandon. Un groupe décidément unique à l’identité toujours aussi singulière. 4/5 (2011)
KröniK | Yearning - Evershade (2003)
Le morceau introductif, “ Nocturne ”, surprend d’entrée de jeu avec sa voix d’outre-tombe comme ressuscitée du passé. On se dit alors que les Finlandais ont décidé de revenir au doom death de leurs débuts. Cette impression est de courte durée – toutefois on retrouve aussi ce type de chant extrême sur “ Deathbearer ” –, et dès le second titre, Yearning démontre qu’il reste fidèle à l’orientation plus atmosphérique et mélodique choisie depuis le majestueux Plaintive Scenes. Ayant tiré les leçons de son troisième album, pourvu certes d’excellents morceaux mais parasité par d’autres qui semblaient n’être que des ébauches du fait de leur durée trop courte ; le groupe livre une quatrième offrande qui se veut la synthèse parfaite de ses deux prédécesseurs. Si musicalement, Evershade se rapproche de Frore Meadow (dans les deux cas, il s’agit du fruit non plus d’un groupe mais d’un duo), il conserve de Plaintive Scenes ce sens de la mélodie et de la mélancolie qui est pour beaucoup dans la personnalité de cette formation bien à part au sein de la scène metal. On retrouve aussi ces superbes riffs de guitares qui tissent des ambiances empreintes d’un désespoir à fleur de peau, que soulignent aussi des arrangements d’une grande beauté, et que renforce encore la voix chargée d’émotion de Juhani Palomäki, véritable clé de voute d’un édifice qui noue plus d’un lien avec le doom. Sans faire de bruit, Yearning poursuit son petit bout de chemin pour la plus grande joie de ceux qui le chérissent et ce, en dépit d’une regrettable confidentialité qui le condamne à stagner parmi les groupes de seconde zone. (2006)
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