Au moment de graver son huitème méfait longue durée, Marduk commence à être considéré comme le Cannibal Corpse du Black Metal, soit un groupe toujours au taquet dont les hosties sont l'assurance d'un bon coup de savate dans la gueule, indéniablement efficaces mais de plus en plus vierges de la moindre surprise, de la moindre prise de risque. Bref, sans être en pilotage automatique, les Suédois ronronnent, semblent être sur des rails éprouvés qu'ils ne paraissent pas avoir envie de quitter, ce qu'illustre "World Funeral", album de plus dans une discographie déjà bien garnie. Le groupe étant ce qu'il est, son menu n'est pas mauvais, bien au contraire, concentré d'une violence (trop) millimétrée, à l'image du jeu de batterie d'Emil Dragutinovic, véritable lapin Duracel qui blaste aux quatre vents. La recette est connue, à base de saillies rapides qui font saigner les muqueuses entre deux reptations plus malsaines où les Suédois serrent le frein à main, dressant alors une turgescence aussi pesante qu'implacable et gonflée d'une vermine malfaisante. Ce sont d'ailleurs ces mid-tempos vicieux qui offrent à cet opus ses moments les plus jouissifs, témoins les 'Beached Bones', 'To The Death's Head True' et autre 'Bloodletting', excavatrices mortifères fouaillant la terre jusqu'aux ténèbres. Marduk sait toujours composer des morceaux qui suintent des ambiances sinistres par tous les pores. A ce titre, loin d'être anecdotique, l'instrumental final, hommage à la BO d'Orange Mécanique, trouve naturellement sa place au sein de ce torrent de fiel dont on retient moins en revanche les cavalcades infernales car elles se révèlent moins originales, plus convenues bien qu'hyper carrées. Œuvre mineure dans le parcours du groupe, "World Funeral" est pourtant un album charnière en cela qu'il annonce justement, par son écriture plus nuancée, ses successeurs qui ne feront qu'affirmer cette évolution. Album charnière enfin parce qu'il est aussi le dernier du chanteur Legion et du bassiste B. War. Leur départ coïncidera avec ce glissement vers un art noir plus glauque, plus funèbre également, que permettra l'embauche d'un nouveau vocaliste en la personne de Mortuus de Funeral Mist. Cet apport de sang frais sera salvateur pour Marduk, pour qui un troisième chapitre va s'ouvrir, le plus intéressant peut-être de sa carrière, quand bien même les fans purs et durs regretteront toujours l'époque de "Nightwing" et "Panzer Division Marduk"... 3/5 (2015)
AU PIF
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KröniK | Grave - Burial Ground (2010)
Vous l’aimez comment votre Death Metal suédois ? Servi avec une sauce Heavy et relevé d’une dose de Thrash ou plutôt sale et baveux avec des cadavres et des zombis dedans ? Vétéran de la scène de Stockholm, Grave rejoint bien entendu la seconde catégorie. Après un hiatus de quelques années, les fossoyeurs menés par le (seul) rescapé Ola Lindgren, sont revenus de sous terre en 2002 avec le bien nommé Back From The Grave. Depuis, tous les deux ans, un nouvel album vient compléter cette discographie débutée il y a maintenant plus de vingt ans et dont la boucherie la plus célèbre demeure Into The Grave. Si ce retour a été accueilli avec une certaine excitation par une poignée de nostalgiques de ce son boueux sentant la carcasse et attirant les mouches, une indifférence sinon l’impression d’entendre toujours à peu près la même chose s’est ensuite très vite installée, quand bien même il serait exagéré de prétendre que Fiendish Regression ou As Rapture Comes sont de mauvais rejetons. Seulement voilà, une nouvelle génération de creuseurs de tombe est apparue récemment, dont le plus culte demeure Hooded Menace, renvoyant les ancêtres dans le formol. Heureusement, Burial Ground, en faisant plus que patauger dans les marais du Doom Death, permet à Grave de reprendre du poil de la bête et se montrer plus saignant que jamais. Salis par une prise de son grésillant bricolée à la maison digne de la grande époque (ou presque), les titres arpentent des caveaux un peu moins rapides que sur les méfaits précédents. Lourds comme un Panzer, certains d’entre eux entament des décélérations monstrueuses : "Conquerer", sur lequel plane l’influence évidente de Bolt Thrower, "Dismembered Mind", le sinistre "Burial Ground" qui, du haut de ses sept minutes, s’enfonce dans la terre, lente reptation mortifère qui résonne comme le glas et ferme la marche sur une note funéraire énorme. Citons aussi la première partie de "Ridden With Belief" et son entame aux faux airs de "South Of Heaven" (Slayer). Le reste est constitué d’agressions à la vélocité éprouvée mais coulées dans ce suint baveux qui leur confère une rugosité cradingue. "Liberation", "Sexual Mutilation" ou "Semblance In Black" déversent ainsi des boyaux visqueux et rapides dans lesquels les morts vivants peuvent se repaitre avec délectation. Mix habile entre Death Metal bourrin (beaucoup) et Doom prisonnier d’une flaque de mazout (un peu), Burial Ground est une excellente surprise de la part d’un groupe dont on pensait un peu avoir fait le tour. Certes, il n’invente plus rien (le peu de différence entre cet album et son prédécesseur Dominion VIII le confirme) mais il le fait avec un solide savoir-faire. Et alors que Entombed, celui qui fut le premier à imposer le genre en Suède avec sa trilogie Left Hand Path / Clandestine / Wolverine Blues, court depuis longtemps après cette réussite passée sans vouloir l'admettre, Grave, de même que Unleashed, connait quant à lui une seconde jeunesse qui fait plaisir à entendre même si elle est inégale. Il reste donc un des meilleurs artisans de ce Death old school que tant de groupes tentent de copier. 3.5/5 (2010)
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