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KröniK | Ahab - The Giant (2012)
The Call Of The Wretched Sea puis The Divinity Of Oceans ne furent pas seulement deux vertigineuses offrandes de Funeral Doom, parmi les meilleures que le genre nous ait d'ailleurs offert, elles ont illustré la capacité de ses auteurs à travailler, façonner leur art, à briser les archétypes, refusant la stagnation et une redite facile. De fait, on se doutait bien que The Giant constituerait encore une fois une étape supplémentaire vers un aboutissement dont on devine qu'il n'est pas encore atteint. Pour être honnête avec vous, le visuel à moitié réussi et la typographie très Stoner Rock cette fois-ci employée nous ont tout d'abord fait craindre le pire : manque d'inspiration et erreur de direction artistique. Passée cette vitrine étonnante car rompant avec la charte graphique de mise depuis les débuts du groupe, la musique, elle, nous rassure très vite, autant sur la vigueur d'une muse créatrice qui ne les a pas quitté que sur la faculté des Allemands à toujours évoluer.
A un tellurique galop d'essai qui a fixé la plupart des caractères de ce Funeral Doom nautique inspiré de l'univers d'Herman Melville, succédait un deuxième opus qui a entrainé Ahab dans une voix plus posée, plus atmosphérique bien que toujours théâtre de tsunamis caverneux. The Giant poursuit cette évolution qui, si elle pourra en décevoir certains, surtout les plus dépressifs, n'étonne pas tant que cela, l'album reprenant là où s'est achevé son prédécesseur. Daniel Droste a de plus en plus recours au chant clair, qu'il maîtrise du reste de mieux en mieux, ce qui enrichit considérablement une palette dont les couleurs funéraires tendent à s'effacer peu à peu au profit de teintes plus douces mais toujours sombres. Ce qui ne change pas par contre, ce sont la prise de son monumentale et écrasante comme à l'accoutumée (même si Markus Stock n'est plus derrière la console) et une architecture qui l'est tout autant, basée sur de longs développement de plus de 10 minutes en moyenne au bout desquels pointent un sentiment de fatalité absolu. Démarrant sur une très longue et surprenante introduction, presque psyché, il faut attendre que "Further South" soit arrivé à mi chemin pour que le chant d'outre-tombe ne surgisse, Droste optant durant la majeure partie du titre pour des lignes plus posées cependant sécrétatoire d'une inexorabilité profonde, idéale narration pour ce texte qui déserte l'oeuvre Melvillienne pour celle d'Edgar Poe puisqu'il s'inspire des "Aventures d'Arthur Gordon Pym". Ce titre est révélateur de la tonalité générale de l'album. Plus noir dans son expression d'une douleur immense, "Aeons Elapse" est toutefois régulièrement strillé par ce chant clair désormais prédominant tandis que "Deliverance", grondant d'une puissance souterraine, n'explose jamais vraiment, piloté par des guitares belles à en pleurer. Véritable épicentre de l'album, "Antarctica The Polymorphess" crée un envoûtement que ne brisent pas les plongées dans les Fosses Marianne qu'il renferme. C'est comme si deux forces opposées s'affrontaient tout du long de l'écoute, entre noirceur abyssale et tristesse poignante, le tout drapé dans une beauté à laquelle il est bien difficile de ne pas succomber, à l'image de ce final grandiose. Clairement, ce n'est plus sur la force tellurique que repose la musique d'Ahab mais au contraire sur une énergie rentrée, le titre terminal et éponyme le confirmant. Au déchainement et aux tumultes de l'océan, le groupe préfère désormais le calme trompeur de la mer, approche moins extrême peut-être mais certainement pas moins intéressante. A l'issue de The Giant, la conclusion est identique à celle de son aîné : tout en conservant son identité, Ahab poursuit sa mue, ce polissage de son art qui le rend si unique. Oserons-nous le dire : le groupe ne cesse de gagner en intérêt et n'a jamais proposé une telle puissance émotionnelle. (20.07.2012) ⍖⍖⍖
A un tellurique galop d'essai qui a fixé la plupart des caractères de ce Funeral Doom nautique inspiré de l'univers d'Herman Melville, succédait un deuxième opus qui a entrainé Ahab dans une voix plus posée, plus atmosphérique bien que toujours théâtre de tsunamis caverneux. The Giant poursuit cette évolution qui, si elle pourra en décevoir certains, surtout les plus dépressifs, n'étonne pas tant que cela, l'album reprenant là où s'est achevé son prédécesseur. Daniel Droste a de plus en plus recours au chant clair, qu'il maîtrise du reste de mieux en mieux, ce qui enrichit considérablement une palette dont les couleurs funéraires tendent à s'effacer peu à peu au profit de teintes plus douces mais toujours sombres. Ce qui ne change pas par contre, ce sont la prise de son monumentale et écrasante comme à l'accoutumée (même si Markus Stock n'est plus derrière la console) et une architecture qui l'est tout autant, basée sur de longs développement de plus de 10 minutes en moyenne au bout desquels pointent un sentiment de fatalité absolu. Démarrant sur une très longue et surprenante introduction, presque psyché, il faut attendre que "Further South" soit arrivé à mi chemin pour que le chant d'outre-tombe ne surgisse, Droste optant durant la majeure partie du titre pour des lignes plus posées cependant sécrétatoire d'une inexorabilité profonde, idéale narration pour ce texte qui déserte l'oeuvre Melvillienne pour celle d'Edgar Poe puisqu'il s'inspire des "Aventures d'Arthur Gordon Pym". Ce titre est révélateur de la tonalité générale de l'album. Plus noir dans son expression d'une douleur immense, "Aeons Elapse" est toutefois régulièrement strillé par ce chant clair désormais prédominant tandis que "Deliverance", grondant d'une puissance souterraine, n'explose jamais vraiment, piloté par des guitares belles à en pleurer. Véritable épicentre de l'album, "Antarctica The Polymorphess" crée un envoûtement que ne brisent pas les plongées dans les Fosses Marianne qu'il renferme. C'est comme si deux forces opposées s'affrontaient tout du long de l'écoute, entre noirceur abyssale et tristesse poignante, le tout drapé dans une beauté à laquelle il est bien difficile de ne pas succomber, à l'image de ce final grandiose. Clairement, ce n'est plus sur la force tellurique que repose la musique d'Ahab mais au contraire sur une énergie rentrée, le titre terminal et éponyme le confirmant. Au déchainement et aux tumultes de l'océan, le groupe préfère désormais le calme trompeur de la mer, approche moins extrême peut-être mais certainement pas moins intéressante. A l'issue de The Giant, la conclusion est identique à celle de son aîné : tout en conservant son identité, Ahab poursuit sa mue, ce polissage de son art qui le rend si unique. Oserons-nous le dire : le groupe ne cesse de gagner en intérêt et n'a jamais proposé une telle puissance émotionnelle. (20.07.2012) ⍖⍖⍖

KröniK | Ahab - The Call Of The Wretched Sea (2006)
Qu'importe qu'il ait vu la nuit, plutôt que le jour, via Napalm Records, label peu renommé en matière de musique des profondeurs, quand bien même depuis la signature d'Isole, il l'est désormais davantage.
KröniK | Ahab - The Divinity Of Oceans (2009)
Plus encore peut-être que son prédécesseur, The Call Of The Wretched Sea qui s'était installé dès sa publication en 2006 sur le trône du Funeral doom et dont l'impact avait été annoncé par les deux préludes que furent The Stream et The Oath, The Divinity Of Oceans était attendu comme le messie par tous les fidèles de cette religion de la douleur et ce, d'autant plus qu'il aura donc fallu patienter près de trois ans avant de pouvoir s'abîmer dans ses sombres arcanes. Ceux qui espéraient une simple suite conforme à son aîné, creusant ainsi un sillon identique en seront pour leur frais.
Daniel Droste et Chritian Hector ont pris leur temps pour peaufiner leur art, le faire évoluer. Là où The Call Of The Wretched Sea impressionnait par sa puissance tellurique, sa colère sourde et la profondeur de l'espace que ses compositions occupaient, parfaite transposition du Moby Dick d'Herman Melville, ce deuxième essai se veut beaucoup plus atmosphérique, plus posé. Mais ce qu'il perd en furie ténébreuse aussi déchainée que la baleine au centre de son récit, il le compense par une beauté décuplée. L'ensemble se pare toujours d'autant de noirceur mais le groupe a choisi cette fois-ci une forme d'expression plus travaillée, apaisée et presque contemplative. Certains diront peut-être, plus accessible. Il est vrai que le chant clair de Droste se glisse fréquemment au sein de ces longues pistes à la lenteur engourdissante, témoins ces lignes survolant "O Father Sea" ou bien "Yet Another Raft Of The Medusa" tandis que les guitares, bien que prisonnières d'une gangue de tristesse, s'élèvent par moment très haut, à l'image de l'entame de "Redemption Lost", qui plus est un des morceaux les plus mélodiques de ce menu maritime malgré le durcissement de ton à mi parcours. De même, l'immense "Tombstone Carousel" s'achève sur un long passage atmosphérique et presque poétique. Riche d'une épaisseur très dure, le son enrobé par Markus Stock, avec lequel les deux têtes pensantes du navire avaient déjà travaillé, sur l'excellent Nordlys de Midnattsol, est consistant ; il est l'écrin idéal pour ce Funeral doom massif et terrassant. Si à première vue, il pourra décevoir ceux qui s'attendait à un nouveau leviathan aussi colossal que tragique, en fait, The Divinity Of Oceans réclame attention et nombre d'écoutes pour pénétrer son âme. Peu à peu, le travail remarquable façonné par Ahab se dévoile, finit par s'ouvrir tel un coquillage mystérieux. Bien que lancinantes et pesantes à l'extrême, les compos, tout en progression et se dirigeant toujours vers une issue irrévocable, sont parcourues par des aplats multiples ; elles sont le théâtre d'aventures tourmentées. Le groupe prend son temps pour installer des ambiances envoûtantes, comme l'illustrent par exemple "Nickerson's Theme" ou "Gnawing 's Bones". Cet album parvient à capturer ce qui fait la beauté de l'océan, sa mélancolie profonde. Refusant la stagnation, les Allemands, tout en conservant leur identité et leur thème, proposent une oeuvre franchement différente de leur galop d'essai, peut-être encore plus belle aussi et ce faisant, grave encore une pièce majeure à la gloire du Funeral doom. On sent chez eux une vision précise de leur art, qualité qui les distingue du tout venant de cette chapelle funéraire dont certains artisans confondent trop souvent autisme des atmopshères et canevas monolithique. (2009) ⍖⍖⍖
Daniel Droste et Chritian Hector ont pris leur temps pour peaufiner leur art, le faire évoluer. Là où The Call Of The Wretched Sea impressionnait par sa puissance tellurique, sa colère sourde et la profondeur de l'espace que ses compositions occupaient, parfaite transposition du Moby Dick d'Herman Melville, ce deuxième essai se veut beaucoup plus atmosphérique, plus posé. Mais ce qu'il perd en furie ténébreuse aussi déchainée que la baleine au centre de son récit, il le compense par une beauté décuplée. L'ensemble se pare toujours d'autant de noirceur mais le groupe a choisi cette fois-ci une forme d'expression plus travaillée, apaisée et presque contemplative. Certains diront peut-être, plus accessible. Il est vrai que le chant clair de Droste se glisse fréquemment au sein de ces longues pistes à la lenteur engourdissante, témoins ces lignes survolant "O Father Sea" ou bien "Yet Another Raft Of The Medusa" tandis que les guitares, bien que prisonnières d'une gangue de tristesse, s'élèvent par moment très haut, à l'image de l'entame de "Redemption Lost", qui plus est un des morceaux les plus mélodiques de ce menu maritime malgré le durcissement de ton à mi parcours. De même, l'immense "Tombstone Carousel" s'achève sur un long passage atmosphérique et presque poétique. Riche d'une épaisseur très dure, le son enrobé par Markus Stock, avec lequel les deux têtes pensantes du navire avaient déjà travaillé, sur l'excellent Nordlys de Midnattsol, est consistant ; il est l'écrin idéal pour ce Funeral doom massif et terrassant. Si à première vue, il pourra décevoir ceux qui s'attendait à un nouveau leviathan aussi colossal que tragique, en fait, The Divinity Of Oceans réclame attention et nombre d'écoutes pour pénétrer son âme. Peu à peu, le travail remarquable façonné par Ahab se dévoile, finit par s'ouvrir tel un coquillage mystérieux. Bien que lancinantes et pesantes à l'extrême, les compos, tout en progression et se dirigeant toujours vers une issue irrévocable, sont parcourues par des aplats multiples ; elles sont le théâtre d'aventures tourmentées. Le groupe prend son temps pour installer des ambiances envoûtantes, comme l'illustrent par exemple "Nickerson's Theme" ou "Gnawing 's Bones". Cet album parvient à capturer ce qui fait la beauté de l'océan, sa mélancolie profonde. Refusant la stagnation, les Allemands, tout en conservant leur identité et leur thème, proposent une oeuvre franchement différente de leur galop d'essai, peut-être encore plus belle aussi et ce faisant, grave encore une pièce majeure à la gloire du Funeral doom. On sent chez eux une vision précise de leur art, qualité qui les distingue du tout venant de cette chapelle funéraire dont certains artisans confondent trop souvent autisme des atmopshères et canevas monolithique. (2009) ⍖⍖⍖
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