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KröniK | Eagles Of Death Metal - Heart On (2008)


Comme le bon vin, les Eagles Of Death Metal se bonifient avec le temps, chacune de leurs rondelles étant supérieure à sa devancière. Ainsi "Death By Sexy" faisait mieux que transformer l'essai après un "Peace, Love, Death Metal" sympathique mais sans grande ambition. Et "Heart On" ne déroge pas à cette règle immuable. Pourtant, de loin, ce troisième effort ressemble à s'y méprendre à ses aînés, brochette décontractée et sexy de cartouches dont le dard crache un rock désertique qui trempe dans l'huile de vidange, la peau mordue par les vents de Santa Ana.
Le breuvage est connu, distillé par un crooner licencieux dont les lignes vocales exsudent le stupre par toutes les notes. Crasseuse et lascive, sa guitare miaule, ondule, sort les griffes sur fond de rythmique chaloupée. Enracinée dans le sol de l'Amérique profonde, celle des routes caillouteuses et des clubs enfumés et imbibés, cette musique n'en reste pas moins universelle dans sa simplicité épidermique. On la tète comme une bonne bière, sans se prendre la tête même loin de ce cadre sauvage. Les saillies défilent, efficaces et sans bavure, comme un bon disque de rock. "Heart On" pourrait n'être que cela, ce qui ne serait déjà pas si mal. Mais de près, il est bien plus que cela. Peut-être désireux d'échapper au statut de simple enfant bâtard des Desert Sessions, Hughes dresse avec une insolente fermeté une inspiration plus vigoureuse que jamais, comme s'il avait sucé du Viagra par boîte de douze, toujours flanqué de son faux frère jumeau Josh Homme, sans lequel il est certain que Eagles Of Death Metal n'aurait pas bénéficié de la même attention (à tort d'ailleurs). Directes et sans fioritures, fidèles en cela aux calibres du groupe, ces roquettes possèdent toutefois plus d'épaisseur que leurs devancières, petits bijoux d'écriture dont les ravages surgissent après d'infatigables préliminaires ('Now I'm Fool'). Multipliant les positions, nos lascars se montrent les plus sensuels lorsqu'ils remuent le bas-ventre, les membres prisonniers d'une lourde couche terreuse, témoins ces 'High Voltage', '(I Used To Couldn't Dance) Tight Pants' et autre 'I'm Torpedo', reptiliens en diable. Déglingué, le manche du maître de cérémonie se faufile à travers les rochers, décochant ces riffs tordus dont il a le secret, lesquels vrillent ces compos dont même les plus (faussement) basiques cachent au fond de leur intimité une semence vicieuse ('Anything 'Cept The Truth' et 'Wannabe In L.A.'). Resté longtemps dans l'ombre de Queens Of The Stone Age et de son charismatique leader, Eagles Of Death Metal gagne avec "Heart On" son statut de (vrai) groupe à part entière. 3/5 (2017) | Facebock







KröniK | Eagles Of Death Metal - Death By Sexy... (2006)


Deux ans après s'être fait remarquer avec un "Peace, Love, Death Metal" aux allures de profession de foi, l'enfant bâtard issu des Desert Sessions de Josh Homme (Queens Of The Stone Ages, mais est-il encore besoin de le rappeler ?), est de retour avec une deuxième rondelle sous le bras qui sent bon la sueur et le stupre. Le programme est quasi identique, à base de boogie rock trempé dans l'huile de vidange mais cette fois la paire Hughes/Homme a décidé de tout faire à quatre mains et de resserrer quelque peu un menu qui enfile "seulement" treize petites pistes, que complète une poignée de bonus dont une reprise (forcément) personnelle du 'High Voltage' de nos kangourous préférés.
Du coup et malgré toutefois la présence de quelques collaborateurs externes, tels que le batteur Joey Castillo sur quatre titres ou le copain Troy Van Leeuwen (QOTSA) au piano sur un chaloupé 'I Like To Move In The Night', "Death By Sexy" s'éparpille moins que son prédécesseur, le manche fermement tenu par les deux frères d'armes. Et si le propos, pourtant délicieusement décalé et licencieux, tourne vite en rond ('Chase The Devil', 'Shasta Beast'...), ce qui était d'ailleurs déjà le cas de "Peace, Love, Death Metal",  cette cuvée 2006 possède finalement plus de charme que sa devancière. La présence cette fois-ci plus marquée du géant rouquin n'est pas étrangère à cette réussite accrue. Plus bluesy, l'album regorge de brûlots distillés avec un dynamisme communicatif, à l'image des 'Keep You Head Up', 'I Got A Feelin' dont les riffs ne dépareilleraient pas sur une galette des Queens, de même que ceux qui irriguent 'Don't Speak (I Came To Make A Bang !)' ou bien 'Cherry Cola'. Le poil velu, le duo surprend en moulinant des rythmiques de bûcheron, les pieds enfoncés dans le bitume chauffé au soleil cependant que l'inénarrable Jesse Hughes n'est jamais en reste. L'homme roucoule à la façon d'un Elvis shooté à la Marijuana, bad boy dont le timbre imbibé de Jack Daniels suinte le sexe par toutes les notes, promenant sa poésie canaille à travers des routes désertiques. Comme son aîné, "Death By Sexy" n'est pas un disque indispensable mais en captant l'énergie brute et joyeusement décomplexée du Rock avec un grand R, il atteint son but, faire du bien sans se prendre la tête et avec toujours cette espèce de classe qui distinguera toujours ses auteurs d'un banal combo de garage rock. 3/5 (2017) | Facebook






KröniK | Eagles Of Death Metal - Peace Love Death Metal (2004)


Il y a une éternité, il était cool d'écouter les Eagles Of Death Metal, une époque où les bobos aimaient s'encanailler au son de ce garage rock qui sent bon le sable chaud du désert américain. Mais ça, c'était avant, quand Jesse Hughes, leur patron, n'était pas encore persona non grata depuis qu'il a osé tenir des propos controversés après la barbarie du 13 novembre 2015 dans l'enceinte du Bataclan qui accueillait alors le groupe.
Qu'on adhère ou pas à ses opinions, reconnaissons que le moustachu a au moins le mérite de trancher au milieu de cette meute d'artistes aseptisés et inodores que les médias, installés bien au chaud, nous servent jusqu'à l'indigestion. L'homme renoue en cela avec les bad boys qui ont fait le rock, le vrai, avec un grand R, celui qui coule dans les veines de "Peace Love Death Metal", première cartouche gravée en 2003 et publié en mars 2004, que beaucoup attendent alors, attirés par la présence excitante de Josh Homme aux côtés de celui qui est un ami d'enfance, collaboration scellée par les "Desert Sessions III & IV" où figurait le titre 'The Gosso King Of Crater Lake'. Toutefois ceux qui espéraient une sorte de Queens Of The Stone Age bis en seront bien entendu pour leurs frais, la musique vidangée par Eagles Of Death Metal ne nouant au final que très peu de liens avec celles de son aîné. Tout au plus partagent-ils ce même feeling désertique et crasseux, cette ambiance de rades enfumés perdus dans l'Amérique profonde (ce n'est pas péjoratif) ainsi que ce parfum d'interdit aux relents des substances illicites. A la place du stoner rock orgasmique de QOTSA se déhanche une espèce de croisement fiévreux entre un rock poissé de cambouis et un bluegrass ivre de Jack Daniels. L'opus dégaine tranquillement quinze titres dont la plupart ne franchissent même pas la barre des trois minutes. Si les invités sont nombreux, citons le bassiste Nick Oliveri sur 'Already Died' et 'San Berdoo Sunburn' ou bien encore Alain Johannes et son piano bastringue sur 'English Girl', ces chansons n'en demeurent pas moins extrêmement dépouillées, réduites à leur plus simple expression, celle d'un rock presque primitif dans son accroche où guitares et percussions se taillent la part du lion. Ce qui n'empêche pas Jesse Hughes de diversifier, de moduler ses lignes vocales, tour à tour roucoulant comme Elvis ou usant d'un registre plus appuyé sinon plus metal. Sans prétention et décomplexé, émaillé de nombreuses pépites, telles que 'Miss Alissa', 'I Only Want You' ou le désormais tristement célèbre 'Kiss The Devil', pendant l'interprétation duquel les terroristes ont choisi d'ouvrir le feu dans la salle de concert parisienne, l'album défile très vite, à la fois anachronique et intemporel et dont l'identité ancrée dans le sol américain ne le rend pas moins universel. 3/5 (2016) | Facebook






KröniK | Eagles Of Death Metal - Zipper Down (2015)


Entre les attentats du 13 novembre 2015 qui ont, notamment, ensanglanté la salle du Bataclan dans laquelle il se produisait et la personnalité de son leader, Jesse Hughes, que certains découvrent de plus en plus controversée alors qu'il a en réalité toujours été cet espèce de redneck, à la fois chrétien convaincu et grand amateur de porno (entre autres), il paraît du coup désormais difficile d'aborder Eagles Of Death Metal avec quiétude et sous le seul angle strictement musical. Son rock, qui n'appartient qu'à lui, se révèle pourtant plus fort que tout cela. Car, si de loin la musique des Américains peut sembler simple voire simpliste, d'aucuns n'hésitant pas ainsi à la juger carrément surfaite, et qu'il est acquis que sans la présence de Josh Homme (Queens Of The Stone Age et surtout ex Kyuss) dans ses rangs à géométrie variable, nous ne nous serions sans doute pas autant intéressés à lui, force est de reconnaître que le groupe possède une touche aussi inimitable que savoureuse qui lui permet au final d'être bien plus que le banal garage band aux discrets relents stoner que ses détracteurs se bornent à voir. "Zipper Down", sa première rondelle depuis sept ans en est la plus éclatante démonstration. Une si longue abstinence, à laquelle le combo ne nous avait jusqu'à présent pas habitués, explique l'excitation suscitée alors par ce retour aux affaires, lequel se dévoile tout d'abord par l''entremise d'une pochette sexy en diable qui donne furieusement envie d'en goûter le fruit juteux. En guère plus de trente minutes, (trop) courte durée qui suffit pourtant à nous rassasier, le successeur de "Heart On" se déhanche au rythme d'un rock cool et énergique, dont les courbes généreuses qui exsudent une chaude sensualité sont comme les promesses d'un orgasme sonore. Avec cette décontraction goguenarde qui en fait tout le sel, Jesse Hughes et sa bande crachent d'emblée la sauce avec ce 'Complexity' débridé auquel moins de trois minutes suffisent à étaler tout ce qui les séparera toujours des gentils rockeurs, à savoir cette sorte de classe décomplexée un peu folle et surtout ce sens de l'accroche qui fait mouche, le tout saupoudré de petits détails (chœurs féminins sur 'Silverlake', 'I Love You All The Time' et ses couleurs country, etc.) qui font de ces compos de savants bijoux d'écriture. Même 'Save A Prayer', reprise de Duran Duran, se trouve métamorphosé en hymne déglingué que berce un doux ressac electro. Si tout du long, la patte de Josh Homme se révèle aisément identifiable ('Skin Tight Boogie'), Hughes se taille la part du lion, emballant l'auditoire avec sa voix gorgée d'un feeling licencieux, taillée pour les clubs poussiéreux de l'Amérique profonde. Il faut être de mauvaise foi pour ne pas lui reconnaître un charisme certain et un talent de compositeur hors pair. Fun et sexy mais avec juste ce qu'il faut de finauderies, "Zipper Down" fait son trou et très vite on se surprend à en fredonner les nombreuses mélodies, marque des grands disques et des grands groupes, ce qu'Eagles Of Death Metal est assurément. 3/5 (2016)