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KröniK | Cowards - Still (2016)


Ses membres l'avaient annoncé dans nos pages, Cowards est donc retour avec, sous les bras, un EP, en attendant le véritable successeur de "Rise To Infamy". Format serré oblige, "Still" va droit à l'essentiel, lacérant les muqueuses sans jamais reprendre son souffle. Ça va vite, très vite même, laissant non pas un goût d'inachevé mais de trop peu, quand bien même on ressort de sa défloration - comme c'était déjà le cas de ses aînés - lessivés, assommés par cette décharge ininterrompue d'une brutalité poisseuse.
Si les saillies qui le composent, d'une férocité épileptique, ne sont néanmoins pas vierges de lourdes et rampantes perforations, elles trouvent dans ces instants comme suspendus au-dessus d'un gouffre sans fond la matière à dégueuler plus encore cette négativité aussi agressive que mortifère dont ses géniteurs sont coutumiers. Ancré dans une urbanité gangréneuse, ce crachat d'une vingtaine de minutes au jus ne saurait être considéré comme l'agrégat trapu de quelques fonds de tiroir, issus des sessions de "Rise To Infamy" même si les deux covers, sur lesquelles nous reviendrons, ont en effet été capturées durant l'enregistrement du disque précédent. D'une part parce que les trois compos personnelles et inédites qui s'enchaînent les unes aux autres et remplissent la première partie du menu, dressent avec férocité les couleurs sombres d'une inspiration explosive, pulsations déchaînées, à l'image de 'Like Us' que vient violenter encore davantage Matthias Jungbluth de Fange, qui se hissent sans mal à la hauteur de leurs devancières. D'autre part parce que 'Still (Paris Most Nothing)' ou 'Let Go' dévoilent un groupe en mouvement perpétuel  qui continue de façonner son identité et, par là même, de l'affirmer, s'enfonçant toujours un peu plus dans les replis marécageux d'un sludge doom abyssal bouillonnant de haine, jusqu'à l'os d'un black metal primitif, ce dont témoigne la reprise hallucinée et pour le moins personnelle du 'Every Breath You Take' de The Police . Celle de The Horrorist, 'One Night In Any City' ne confirme pas seulement, quant à elle, ce glissement vers les ténèbres les plus reptiliennes, elle incarne le point G venimeux de ce court méfait qui, plus qu'un complément de "Rise To Infamy", se pose comme un jalon essentiel d'une discographie qui ne cesse de nous surprendre.3/5 (2016) | Facebook






KröniK | Cowards - Rise To Infamy (2015)


Si, comme dans une cour de récréation, nombreux sont ceux à se vanter d'être plus méchants que le voisin, rares sont ceux pourtant à l'être réellement. Cowards fait partie de cette minorité de fauteurs de troubles qui ne se contentent pas de montrer les dents, molosse agressif contre lequel il ne faut pas se frotter, si on ne veut pas avoir le bas-ventre déchiqueté. Traînant dans le sillage parisien des Eibon et autre Hangman's Chair, ce qui en dit déjà long quant à sa brutalité crasseuse, le groupe régurgite avec "Rise To Infamy" un deuxième méfait (le troisième en comptant le EP "Hoarder") qui fait très mal aux muqueuses. Ni vaseline ni lents préliminaires pour faire monter un désir tendu à espérer de lui. Au contraire, dès 'Shame Along Shame', les gars crachent leur semence nocive avec une force et une rage cataclysmiques, viol sonore dont l'âpreté  vous frappe au visage tel un uppercut. Julien, le hurleur, dégueule ses tripes trempées dans un nihilisme poisseux tandis que ses comparses sont à l'unisson d'une brutalité aussi vicieuse que survoltée. Et lorsque brutalement, ils serrent le frein à main, fossoyant alors avec des guitares corrosives un gouffre béant d'où s'échappent de malsaines exhalaisons, une chape de plomb s'abat pour écraser toute velléité de salut. En six minutes qui paraissent en faire le double, la messe est dite. Entre hardcore tuméfié ('Never To Shine') et sludge grouillant de haine ('Beyond My Hands'), Cowards ouvre les vannes d'une violence dont le caractère hallucinée fait exploser le compteur Geiger du supportable, de l'audible. Quarante minutes durant, "Rise To Infamy" rumine une colère qui jamais n'est larvée, éclaboussant au contraire les parois de ce tunnel sans fin, plongé dans une obscurité ferrugineuse où sont tapies des menaces de meurtres et d'agressions. Les saillies s'enfilent à un rythme déchaîné, dressant un bloc indivisible qu'aucune lumière ni pause salvatrice ne viennent briser, maintenant tout du long une intensité glaçante.  La maîtrise technique des musiciens qui érigent un mur du son inviolable, rend encore plus terrifiant et abominable cet album enraciné dans une réalité urbaine oppressante, terroir de tous les vices. Et si à l'arrivée, nous ne sommes pas sûrs d'avoir tout compris, cela ne nous empêche pas de tendre déjà l'autre joue... 3/5 (2016)