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KröniK | W.E.B. - Tartarus (2017)


Grec de sol, W.E.B. voit cependant couler dans ses veines un sang obscur, autant norvégien, pour ses froids apparats symphoniques, que polonais pour cette brutalité nourrie au pur death metal qui n'est pas sans évoquer le Behemoth le plus tranchant. Le groupe, dont il ne reste de la formation historique que le chanteur et guitariste Darkface, puise dans le Tartare, univers souterrain mythologique, le combustible d'une luxuriance ténébreuse servant à propulser son quatrième album. Ceux qui ne connaissent pas - ou peu -  les Hellènes seront peut-être surpris par la froide sophistication de ce black metal dont les atours symphoniques trempent dans des aplats gothiques.
Mais ils seront certainement impressionnés par l'emphase peu commune d'une offrande qu'enrobe une prise de son surpuissante, laquelle offre à tous les instruments l'espace nécessaire pour s'exprimer et exploser, à l'image de cette batterie enveloppante. Les arrangements baroques et les chœurs grandioses se fondent dans un ensemble d'une infernale démesure. Epique et bourgeonnant, "Tartarus" se révèle de fait une œuvre extrêmement dense que guettent cependant l'indigestion et un  trop-plein qui finit par déborder lors d'une seconde partie qui nous égare car surchargée. Témoin, le triptyque final baptisé 'Thanatos', certes d'une irréprochable qualité d'exécution mais que le  chant profond de Sotiris Vayenas (Septic Flesh) ne peut empêcher de se noyer dans un mièvre sirop et dans le pompeux ('Epitaphios'). Audacieuse, cette conclusion possède l'allure tenace d'une bande originale d'où la noirceur est absente. Cette voix féminine qui surgit au milieu comme une vigie salvatrice, si elle participe de ces enluminures opératiques, confère une force tragique à une trilogie qui manque un peu d'âme même si, encore une fois, tout cela reste très bien fait. Pour autant, de nombreux morceaux de bravoure émaillent ce menu foisonnant. A commencer par l'amorce éponyme, que précède l'intro 'Where Everything Begun' (acronyme de W.E.B.) et qui, en à peine plus de cinq minutes, galope à travers un vaste champ de bataille, tour à tour mélodique ou ombrageux, piloté par des guitares percutantes et des claviers emphatiques. Ceux-ci font d'ailleurs plus que tapisser des compos aux traits d'une sombre froideur ('Dragona'), sans les exonérer d'une implacable fureur comme l'illustrent 'Cosmos In Flames' ou 'Morphine For Saints' qui matraquent sévère un art noir d'une violence démentielle, en dépit des flamboyantes éruptions guitaristiques qui les sabrent. Dans le sillage grandiloquent de Septic Flesh et Chaostar, W.E.B. accouche d'un opus robuste et neigeux,  parfaitement maîtrisé, qui tente de repousser les limites, de franchir un palier supplémentaire vers une musique torrentielle dont l'ampleur cinématique se fond dans des ténèbres atmosphériques sans totalement toucher au but. Mais l'ambition est là et la réussite, au rendez-vous... 3/5 (03/12/2017)






KröniK | Void Paradigm - Earth's Disease (2015)


De tous les membres d'Ataraxie, passés ou actuels, Jo Théry est sans doute celui qui reste le plus attiré par les Ténèbres, avec le batteur Pierre Sénécal. Ses escapades en dehors du giron maternel, qu'elles aient été avortées (Bethlehem) ou éphémères (Hyadningar), témoignent d'une soif de noirceur que son principal port d'attache pourtant peu enclin à la joie de vivre, ne suffit à épancher. Void Paradigm est né de ce besoin, de cette attirance pour les forces sombres. Mais pas que. Car loin de se cantonner à une orthodoxie tant sonore, visuelle que conceptuelle, ce sont les arcanes d'un art noir quasi expérimental qu'explore ce groupe que le chanteur et bassiste partage avec Julien Payan, son ancien comparse au sein de Hyadningar, et Alexis Damien de Pin Up Went Down, derrière les fûts. De fait, certains ont été tentés de rapprocher son premier album éponyme des travaux matriciels de Deathspell Omega et de toute cette f(r)ange qui en découle, noueuse et dissonante, actuellement à la mode. Mais les Français sont trop malins pour se contenter de simplement creuser des terres déjà défrichées, injectant déjà à ce matériau mortifère sa propre personnalité. Si, désincarné labyrinthe, cet opus séminal ne s'offrait pas aisément à l'auditeur, que dire de son successeur aux méandres plus tortueuses encore et dont la pénétration se veut extrêmement ardue, presque pénible. Au programme, six titres, six reptations fouaillant les angles morts d'un monde malade, six blocs qui paraissent au final n'en former qu'un seul, masse chaotique de matière noire qui vous happe tel un vortex monstrueux. Si 'Crushing The Human Skull' affiche d'une normalité trompeuse, encore que cette pulsative et hypnotique amorce soit meurtrie par des coups de boutoir hallucinés, les morceaux suivants sont comme les marches successives vers l'Inconnu, abîme où aucune lumière même blafarde ne filtre. Jamais. En trois ans, le groupe a affirmé sa signature, laquelle ne doit rien à personne, ouvrant grand le barrage de la folie, déversant un torrent de riffs qui ne filent pas droit ('Revenge'). Architecte d'un canevas déstructuré, Void Paradigm nous entraîne alors à travers les couloirs oppressants d'un art très dense qui, froid et pollué, largue les amarres du réel pour accoster une terre ravagée, au bord de la fin du monde. Un souffle terrifiant fige ces plaintes grouillantes de détails funestes qui prolifèrent tels une gangrène. Libéré d'un carcan conventionnel, le trio ose tout, n'hésitant pas par exemple à achever le titre éponyme par une dernière partie instrumentale égrenée par des notes de violon décharnées, ou à multiplier les cassures rythmiques en une stratification étouffante, à l'image du long et terminal 'From The Earth To The Skies'. Bénéficiant d'une excellente prise de son, l'album met à l'honneur des musiciens dont le talent n'est plus à prouver, notamment celui de Jo Théry qui trouve dans ce projet le terreau pour expérimenter avec son chant abyssal, témoin le démentiel 'Sick Life Fading' qui vrille les chairs tel un scalpel trempé dans la rouille. Plus que l'exploration d'un genre de Black Metal moderne et tourmenté, "Earth's Disease" façonne une partition qui n'appartient qu'à ses créateurs, hermétique sans doute, étouffante peut-être mais d'une noirceur qui prend aux tripes. 4/5  (2015)