Malgré son caractère encore inabouti, on se doutait bien que Quietly, Undramatically, son second méfait - mais le premier en tant que véritable groupe et non plus seulement le projet solitaire de Chris Grigg, ex Krieg, comme beaucoup d'autres - n'avait en réalité qu'à peine défloré le potentiel de ces Américains. Trois ans plus tard, Withdrawal fait donc plus que confirmer tout le bien qu'on subodorait d'eux. Si Woe ne se départit pas de ce Black Metal furieusement tranchant qui réussit la gageure de conférer à ces coups de boutoir rapides comme un torrent en crue un aspect néanmoins rampant, implacable, en un mot, mortifère. Là où l'opus précédent était bouillonnant, son successeur parait plus maîtrisé, plus mélodique peut-être également, comme en attestent les mesures acoustiques écartant les replis de "All Bridges Burned" et ce solo qui le perfore en son milieu, bouffée d'air salvatrice au sein d'une longue et saignante saillie. Les quelques bribes de chant clair qui le parsèment ("This Is The End Of The Story") ne suffisent toutefois pas à rendre Withdrawal moins rude que son aîné. 43 minutes durant, le groupe maintient une intensité qui jamais ne s'essouffle, dresse un blockhaus extrêmement dense. Résultat, on finit l'écoute sur les rotules, incapables de lutter contre ce matraquage en règle que ne déserte pourtant pas une espèce de beauté sourde, nichée dans les angles morts des compos les plus nuancées à l'image de "Carried By Waves To Remorseless Shores Of The Truth", perforé par de lourds aplats puis "Song Of My Undoing", dont le riff pollué qui l'encadre a de faux-air de "Beholding The Daughters Of The Firmament" de Burzum, mid-tempo reptilien qui écrase tout sur son sillage, sans oublier le terminal titre éponyme que guident des lignes de guitare tour à tour grésillantes avant de se parer d'un suaire d'émotions. Encore une fois, Woe trouve le juste milieu entre âpreté viscérale et progression acérée. Tendu comme le foc d'un navire, Withdrawal est une œuvre noire au goût de sang à même de laisser de profonds stigmates dans la peau. Ce faisant, elle affirme la domination du groupe au sein de la scène Black Metal US, moins culte que Krieg, moins trendy que Nachtmystium, deux entités avec lesquelles ils nouent des liens évidents, aussi bien humains que musicaux... 3.5/5 (2013)
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Woe | Quietly Undramatically (2010)
Débutée en 2007 sous la forme d’un one-man band né dans les méandres du cerveau torturé de Xos aka Chris Grigg, actuel batteur du mythique Krieg, Woe livre avec Quietly, Undramatically un second méfait mais le premier en tant que groupe, puisque le musicien a recruté Evan Madden (Woods Of Ypres) pour assurer le matraquage en règle derrière les fûts. Signé désormais chez Candlelight qui ne cesse par ailleurs d’enrichir son catalogue impie, le projet sculpte un Black Metal peu aisé à cerner, à la fois raw et plus nuancé qu’il n’y parait de prime abord. Le chant écorché du maître des lieux confère à l’ensemble un caractère volontairement cru et primaire que recouvre d’une chape brutale des riffs nerveux, acérés, tranchants. Les compositions au fuselage à l’avenant, déploient leur ramifications par le biais de durées souvent étonnamment longues, puisque l’une d’entre elles n’hésite pas à voisiner avec les treize minutes au garrot. Quelques lignes de chant clair surgissent aussi par moment, comme lors du titre éponyme. Ce rapide tour du propriétaire illustre la difficile pénétration d’un album qui ne se dévoile qu’en forçant un peu son intimité. Les écoutes aidant, on se rend compte que derrière la rudesse et la rapidité affichées se cachent un art noir extrêmement intéressant, qu’il s’agisse de cette curieuse entrée en matière qu’est « No Solitude » ou du long « Full Circle » que lacèrent de multiples déchirures entre pauses mortifères tricotées par des notes grêles et pulsations frénétiques. Si Woe épouse parfois les traits de modelés rapides comme un torrent en cru, c’est pour mieux ensuite les découper au scalpel ("Hatred Is Our Heart", "The Road From Recovery"), hormis durant le bruitiste « Without Logic » qui en l’espace de deux minutes à peine viole tout sur son passage. Et sans vaseline s’il vous plait ! Il ne reste plus qu’au groupe à affiner ce Black Metal bouillonnant qui en a certainement encore sous la semelle. (2010)
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