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KröniK | Mournful Congregation - The Incubus Of Karma (2018)


L'année 2018 s'annonce comme un très grand cru en matière de doom, ne serait-ce déjà que parce qu'elle marque le retour de Mournful Congregation, prêtre majeur de la sainte chapelle, après plus de six ans de diète discographique, insupportable silence seulement brisé par l'EP "Concrescence Of Sophia", long il est vrai de trente minutes. Nombre de groupes se contenteraient de cette durée mais pas les Australiens pour lesquels un album se doit d'être monumental, tant dans la forme que dans le fond. Ce qui explique à la fois leur rareté et la place qu'ils occupent dans le cœur des flagellants que nous sommes, qui attendons chacune de leurs offrandes comme un Everest funèbre. Jamais d'ailleurs ils ne nous auront fait patienter aussi longtemps entre deux manifestations funéraires.

Mais ce cinquième opus (en vingt-cinq ans de carrière !) est enfin là, prêt à être défloré avec toute l'attention et la passion quasi religieuse qu'il mérite. Premier constat, Mournful Congregation demeure fidèle à ses standards aussi quantitatifs que qualitatifs. Epousant le même patron que son prédécesseur, "The Book Of Kings", "The Incubus Of Karma" répand sa contrition sur près d'une heure et quart répartie en six pistes. Colossales, quatre d'entre elles sont des blocs pétrifiés qui oscillent  entre quinze et vingt-deux minutes au garrot. Plus son menu avance et plus ses compositions s'étirent, balisées par deux respirations plus courtes. Il s'agit tout d'abord de l'introduction instrumentale 'The Indwelling Ascent'. Si pour certains, ce type de prologue se confond avec un vain remplissage, tel n'est pas le cas pour le quatuor des antipodes qui livre là une bouleversante pièce qui vibre d'une absolue tristesse. Transie d'émotion, la plainte éponyme, elle aussi vierge de lignes vocales, permet à l'album, à mi-parcours, de marquer une pause, de remonter à la surface avant de replonger ensuite dans les profondeurs des fosses Marianne. Le cœur de "The Incubus Of Karma" bat à travers ses quatre piliers dont les fondations tentaculaires s'enfoncent dans le centre de la terre. Soutenus par le bassiste Ben Newsome et le nouveau venu et mercenaire Tim Call (Aldebaran, The Howling Wind...) à la batterie, la paire historique que composent Damon Good et Justin Hartwig continue d'explorer les arcanes granitiques d'un funeral doom death orthodoxe et pourtant ô combien envoûtant. Le chant puissamment caverneux du premier et la guitare suintant de désespoir du second creusent dans la roche des galeries qui semblent s'abîmer à l'infini dans l'encre noire d'une inexorable mélancolie. Venir à bout de ces marches funèbres massives et monolithiques aux allures de Golgotha ('Whispering Spiritscapes') s'apparente à un acte de repentance tant celles-ci se méritent, ne livrant leur richesse nichée dans les replis de leur intimité qu'au terme d'un abandon de soi. Car il y a une forme de dévotion dans l'écoute de ses psaumes hermétiques qui exsudent néanmoins une beauté lumineuse. Il faut se laisser engluer dans la toile que tisse 'Scripture Of Exaltation And Punishement' pour mesurer toute la démesure de ce doom death cyclopéen dont les lignes de guitare vous enveloppent tandis que le chant d'une profondeur à faire trembler les murs résonne comme un écho venu des limbes. Mais au bout de ce tunnel funéraire, une pâle lumière se répand peu à peu, charriant une émotion fébrile en même temps qu'un vague espoir. Tout l'art des Australiens réside dans cette manière sévère mais presque éthérée d'ériger une véritable cathédrale de douleur aux dimensions monumentales ('A Picture Of The Devouring Gloom Devouring The Sphere Of Being'). Pachydermiques, ces complaintes progressent avec une lancinance contemplative vers une issue laiteuse chargée de mystères en un long périple qui touche l'âme ('The Rubaiyat'). Avec "The Incubus Of Karma", Mournful Congregation accouche d'une œuvre gigantesque à la hauteur de son talent. Le groupe peut se rendormir, il vient de nous livrer la bande-son aussi belle que douloureuse de nos vies rongées par la peine et les regrets. (27/02/2018)


Mournful Congregation | The June Frost (2009)


Un visuel sobre qui tranche avec les pochettes habituellement privilégiées dans le genre, visuel d'une blancheur virginale que seuls quelques aplats grisés viennent perturber, polluer, salir. The June Frost. Un titre révélateur de cette ambivalence. Cet album de Mournful Congregation, l'une des figures tutélaires du funeral doom death, est ainsi entièrement écartelé entre obscurité et lumière, blanc et noir, la chaleur et le froid, jour et nuit... C'est une oeuvre en clair-obscur, zébrée de (rares) fissures lumineuses. Cette longue reptation commence avec une introduction d'une sombre beauté funéraire, "Solemn Strickes The Funeral Chimes" qu'ouvre le glas qui sonne. L'ambiance y est plombée, ce que renforce encore davantage la présence d'un orgue qui vient la souligner mais un solo prisonnier d'une gangue de tristesse beau à en pleurer surgit et contribue à conférer à cette entame les teintes d'un désespoir absolu. 

D'entrée, on sait que The June Frost sera une ode douloureuse et belle à la fois. Le léthargique "White Cold Wrath Burnt Frozen Blood" en constitue la plus parfaite démonstration. Après de longs et pétrifiés préliminaires, la complainte avance au rythme d'une limace sous valium. Les guitares sont comme des coups de boutoir lancinants qui vous engourdissent, vous écrasent d'une faute que l'on ne peut pardonner, cependant que le chant y est caverneux et profond. Ces premières minutes sont figées dans un monolithisme minéral mais les Australiens maîtrisent la science de la progression et cette plainte est heureusement bercée par les pleurs de guitares sublimes, avant de se terminer dans un linceul émotionnel qui l'est tout autant. Déjà connu, grâce au split avec Stone Wings, "Descent Of The Flames" se veut, tout comme le bien nommé et agonisant "A Slow March To The Burial", une plongée sans retour dans les arcanes de la terre et dont la longueur plus courte n'empêche nullement de prendre des allures de procession funèbre. Ni lumière ni issue. The June Frost est toutefois éclairé, quand bien même il s'agit d'un moment de pure mélancolie automnale, par cette pause salvatrice dans cette inexorable mise en bière, qu'est le très beau morceau éponyme, instrumental d'une sobriété touchante qui coupe l'album en deux. Car ce qui suit révèle une noirceur sans fond, malgré la beauté qu'irradie par exemple "Suicide Choir" quand il libère des instants de grâce immenses et émouvants, dérive sentencieuse et infinie au beau milieu d'un océan désespéré. The June Frost évoque ces enterrements enchaînés à la neige et à la brume dont on suit le cortège funeste silencieusement. Tout l'art de Mournful Congregation réside dans cette beauté tragique sculptée à l'aide de riffs en forme de burin et avec ce nouvel opus, il est parvenu à atteindre une expression d'une pureté admirable. (22/06/2009)

4/5