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KröniK | The Wounded Kings - Visions In Bone (2016)


Au moment où vous lirez ces quelques lignes, sachez que The Wounded Kings ne sera déjà plus, ayant décidé en août dernier de s'endormir à tout jamais, laissant six albums dont le split "An Introduction To The Black Arts" (2010), partagé avec Cough, ainsi qu'un EP, "Curse Of Chains" (2014), en réalité simple reprise de sa contribution à cette même alliance.
"Visions In Bone" se veut donc une œuvre posthume en même temps que le testament des Britanniques. Cette décision de se saborder est d'autant plus incompréhensible que cette ultime offrande scellait le retour de George Birch, chanteur historique qui fut remplacé pendant presque cinq ans par Sharie Neyland, prêtresse avec laquelle on peut penser que le groupe avait atteint les limites d'une collaboration pourtant orgasmique, comme en témoignent les ténébreux "In The Chapel Of The Black Hand" (2011) et "Consolamentum" (2014). Nonobstant un charme digne d'une vamp échappée d'une pellicule gothique des années 60, la belle n'a jamais semblé à l'aise sur scène, empêchant ses compagnons de donner la pleine (dé)mesure de leur art. Et au final, nombreux sont ceux qui applaudiront le come-back de son prédécesseur. Sans leur donner entièrement raison, estimant que les deux opus enténébrés par la voix sentencieuse de la démissionnaire incarnent l'apogée discographique de ses géniteurs, force est de reconnaître que cet ultime souffle de vie (ou de mort) brille d'un éclat à la fois flamboyant et funèbre dont la principale qualité est de creuser le même sillon entamé par ses récents prédécesseurs mais avec la voix unique et solennelle de George Birch. Bref, le meilleur des deux mondes, en quelque sorte. The Wounded Kings savait-il qu'il s'agirait de son dernier effort ? Toujours est-il que, outre sa capacité à résumer en cinq pistes ce qu'est le doom victorien forgé par les Anglais, qui ne ressemble à nul autre, "Visions In Bone" baigne dans une atmosphère aussi mortuaire que définitive qui le pétrifie. Chaque titre forme une marche successive conduisant dans les profondeurs lugubres d'un caveau que le terminal 'Vultures' referme grâce à ces notes tricotées avec une infinie inexorabilité, comme si plus rien ne pouvait exister après cela. Sans doute moins occulte que ses devanciers, cette hostie trempe dans un calice au fond duquel infuse un désespoir engourdi, à l'image de l'inaugural 'Beast', déambulation longue de plus de treize minutes à travers un labyrinthe dont la beauté sinistre se conjugue à un psychédélisme duveteux, qui doit autant au chant lointain de Birch qu'à ses guitares coulées dans les aciéries de la Perfide Albion. D'un monolithisme admirable, ces complaintes déroulent une trame somnambule quasi immobile, prisonnière d'une gangue granitique, qui leur confère toujours ces allures de lente érosion, seulement interrompue par le jeu parfois éruptif de Steve Mills ('Bleeding Sky') et la puissance hypnotique de cette batterie profondément ancrée dans la terre ('Kingdom'). Offrande posthume, "Visions In Bone" est un monument à la gloire de ce doom victorien définitivement unique. Si on ne peut en définitive que regretter sa mise en bière, au moins le groupe s'en va-t-il la tête haute, accueillant la mort avec panache... 4/5 (2016)






KröniK | The Wounded Kings - Consolamentum (2014)


L'année 2011 n'a pas seulement vu The Wounded Kings enrôler une chanteuse comme guide funèbre chargée d'occuper la place laissée vacante par le départ de George Birch mais il a surtout permis à ce projet de devenir un vrai groupe qui n'était à l'origine que le fruit d'un duo, celui formé par le démissionnaire et plus encore par le multi-instrumentiste Steve Mills. Quand bien même ce dernier en demeure l'incontestable maître des lieux, cette mutation, loin d'être anodine, a conféré à la musique des Anglais une ampleur alors inédite, une puissance organique qui leur faisait défaut. Davantage que sur "In The Chapel Of The Black Hand", premier opus de ce mark II, c'est sur scène que la transformation fut le plus évident, communion occulte propulsée par le jeu de batterie superbement dynamique de Mike Heath. On sent à l'écoute de ce nouvel album que la formation s'est justement nourrie de cette expérience scénique, gagnant autant en unité qu'en énergie sombre. Agrégat rassemblé autour du guitariste au moment de l'enregistrement du disque précédent, les musiciens sont désormais parfaitement intégrés, même si un nouveau bassiste a déjà été recruté depuis. Plus solide, le groupe en a profité pour travailler son art, le polir à la manière d'une sculpture, ténébreuses et massive, reprenant là où l'avait laissé "In The Chapel Of The Black Hand". Comme à l'accoutumée le contenant se révèle peu attirant, reflet trompeur d'un contenu quant à lui plus riche qu'il n'y parait, déambulation pachydermique et faussement monotone. En effet, loin d'en avoir altérer la lourdeur granitique, l'arrivée de la prêtresse Sharie Neyland a au contraire contribué à abîmer le doom de The Wounded Kings dans des profondeurs plus abyssales encore. Bathyscaphe démentiel, "Consolamentum" continue de forer cette roche à l'aide de guitares prisonnières d'un cosse minéral qui en entrave la progression, plongeant l'écoute dans une langueur brumeuse que soulignent des nappes de claviers discrètes mais fantomatiques ('The Silence'). Si le chant de la déesse reste un des arc-boutants sur lequel se dresse l'édifice, le groupe pousse néanmoins à leur paroxysme ces instants comme suspendus au-dessus d'un gouffre où rien ne semble vraiment se passer, repoussant le plus longtemps possible le jaillissement de sève sentencieuse qui s'écoule de l'organe de la chanteuse. L'inaugural 'Gnosis' est à ce titre révélateur de cette attente toujours repoussée, longue plainte qui parait ne jamais vouloir démarrer jusqu'à l'éruption de Sharie Neyland au bout de plus de quatre minutes que tricotent des guitares pétrifiées dont la batterie mangeuse d'espace est le puissant contrefort. Bordé par trois pistes instrumentales, "Consolamentum" concentre quatre marches funéraires, souvent monumentales, aux allures de corridor opaque aux telluriques arcanes que drapent tel un suaire des atmosphères aussi envoûtantes que hantées qui rendent l'oeuvre presque insaisissable. The Wounded Kings possède un son vraiment singulier, forgeant un doom' hammerien' qui n'appartient qu'à lui et que cette quatrième offrande peaufine encore davantage, confirmant un style désormais parvenu à maturité. Rituel occulte en apnée, aux ambiances pesamment éthérée, 'Consolamentum est un très grand disque. 4/5 (2014)


KröniK | The Wounded Kings - In The Chapel Of The Black Hand (2011)


Alors que certains de ses collègues de la Sainte chapelle Doom laissent passer plusieurs années entre deux opus, ce n'est pas le cas de The Wounded Kings dont l'effort précédent, The Shadow Over Atlantis vient à peine de quitter la platine pour rejoindre Embrace Of The Narrow House sur l'étagère, cependant que le split An Introduction To The Black Arts, partagé avec Cough est encore tout chaud, qu'une troisième messe noire vient déjà d'être bouclée. On aurait pu croire que le groupe ne se remettrait pas du changement de personnel intervenu il y a quelques mois, voyant le batteur Nick Collings et surtout le chanteur, bassiste et guitariste George Birch, quitter le navire, pour être remplacé, en ce qui concerne le second, par une chanteuse, choix à priori étonnant en cela qu'il impose une toute autre couleur à ce doom victorien extrêmement personnel. Le résultat est pourtant là. Et jamais les Anglais n'avaient jusqu'à présent sonné aussi "Dooooooom" et occulte. Loin d'en amoindrir la teneur gothique (au sens Hammer du terme, donc), la voix volontairement monotone et quasi "somnanbulistique" de Sharie Neyland, nouvelle prêtresse dont nous allons tous tomber amoureux, recouvre d'un suaire lugubre des compositions qui ont gagné en pesanteur et en ambiances de rituels de série B. Maître d'œuvre de cette cérémonie aux relents de magie noire, Steve Mills creuse avec sa guitare prisonnière d'une pierre tombale et des claviers d'une liturgie ténébreuse, un socle granitique sur lequel le temple va pouvoir se dresser dans la nuit. Dès le son d'orgue Hammond ouvrant "The Cult Of Souls", c'est toute une atmosphère cryptique de cimetière brumeux qui s'étale. En un peu plus de treize minutes, The Wounded Kings y impose sa griffe qui n'appartient qu'à lui, signature qu'incarnent une longue et sinistre entame et un rythme ultra Heavy, libérant des ondes sismiques qui semblent provenir du centre de la terre. De cette lenteur de marche funéraire figée par une pluie cinglante, découle une architecture monumentale. Encore plus monolithique, et subdivisé en trois segments, "Gates Of Oblivion" se mérite, chemin de croix secoué par des riffs accordés plus bas que terre et dont la dernière partie ouvre un gouffre abyssal terrifiant. Précédé d'un instrumental superbe, "In The Chapel Of The Black Hand", avec ses (seulement) dix minutes au garrot, parait presque court en comparaison. Le chant pétrifié n'attend pas pour résonner tel un écho funèbre tandis que le tempo, bien que toujours aussi lesté de plomb, semble parfois être à deux doigts de vouloir s'emballer... Ce qu'il ne réussit jamais à faire, bien entendu. Nonobstant le talent de son ancien vocaliste, cette nouvelle offrande témoigne que The Wounded Kings n'a pas pris une mauvaise décision en embauchant une chanteuse, artifice à la mode peut-être mais qui enténèbre encore davantage et confère une allure de rituel noir à son art. 4/5 (2011)


KröniK | Cough / The Wounded Kings - An Introduction To The Black Arts (2010)


On est culte ou on ne l'est pas ! An Introduction To The Black Arts l'est assurément, split scellant la rencontre entre deux entités au service de la déesse Doom. Deux groupes, deux visions d'une même allégeance, deux titres gargantuesques. Face A : Cough. Comme leur musique coulée dans le Sludge mazouté le démontre, les mecs sont américains, origine qui saute aux oreilles dès les premières mesures telluriques de "The Gates Of Madness, soit près de vingt minutes apocalyptiques gravitant entre folie et rupture. Passée une lente introduction aux relents de rouille, l'enclume s'enfonce dans un substrat ultra pesant d'une puissance sismique à arracher la tapisserie. Et ne seraient-ce les quelques bribes vocales, très Doom Metal, et un passage à la Electric Wizard, fugace lumière l'éclairant, ce titre a quelque chose d'un interminable Golgotha funéraire, pollué par un chant hurlé porteur d'une lèpre infernale. Face B : The Wounded Kings, artisan d'un Doom épique victorien qui lui aussi, et à sa manière gothique (celui des origines et des films de la Hammer, pas celui des poufs que l'on croise dans les caves), est solidement ancré dans la terre qui l'a vu naître. Historiquement, cette contribution est importante car elle marque la fin de la participation de George Birch, chanteur de la formation depuis 2005, le bonhomme l'ayant quitté depuis, remplacé désormais par une femme, mais ceci est une autre histoire, celle de In The Chapel Of The Black Hand. Plus classique dans son expression d'un Doom séculaire, The Wounded Kings n'en demeure pas moins passionnant de part son penchant pour les longues complaintes qui ne descendent jamais en-dessous de la barre des dix minutes, architecture qui permet au groupe de prendre son temps pour sculpter un art de la souffrance colossal. Le début de "Curse Of Chains" est magnifique, installant une ambiance délicieusement sépulcrale, bande-son d'une pellicule horrifique, tricotée durant de longues minutes instrumentales, par des guitares secrétatoires d'une profonde tristesse. Finalement, le chant surgit tandis que la chape de plomb continue de tout recouvrir d'un suaire funèbre puis la troisième et dernière partie prend place au son d'un orgue liturgique, soulignant une mort belle à en pleurer où les accords d'une six-cordes tragique s'élèvent très haut. Rien que pour ce quart d'heure miné par une inexorabilité poignante, An Introduction To The Black Arts s'avère indispensable ! Au jeu d'un comparaison qui n'a certes pas beaucoup de sens, les deux protagonistes en présence nouant au final peu de liens entre eux, hormis le fait de payer un même tribut au sacro-saint riff pachydermique, c'est bien The Wounded Kings qui l'emporte face à Cough qui n'a toutefois pas à rougir de sa participation. Culte ! 3.5/5 (2011)


KröniK | The Wounded Kings - The Shadow Over Atlantis (2010)


Ils ont compris ! Oui, Steve Mills et George Birch, les deux têtes pensantes de The Wounded Kings, ont compris que le doom n’est jamais aussi sincère que lorsqu’il conserve une patine sonore dépouillée, pas trop propre, sans pour autant être prisonnière d’une croûte polluée. Cela ne signifie absolument pas qu'une prise de son claire et puissante ne sied pas au genre, un groupe comme Isole, auquel on pense tout de même un peu en écoutant la musique de ces Anglais, l’a démontré sur ses derniers opus avec la maestria que l’on sait.
Il n’empêche qu’un son de guitare vibratoire qui grésille saura toujours mieux faire parler l’émotion qu’une production trop léchée et vierge en sensation. C’est donc tout le mérite de ce qui n’est que la seconde offrande de The Wounded Kings. Les premières mesures de "The Swirling Mist" suffisent à démonter toute l’authenticité qu’elle abrite. Une leçon ! Mais The Shadow Over Atlantis se révèle aussi, et surtout, être une perle de doom épique et classique, transcendée par un chant lyrique et profond, celui de George Birch, héraut d’une tragédie superbe. S’arc-boutant autour d’une narration ayant pour sujet le mythe éternel et passionnel de l’Atlantide, l’album forme un récit dont on suit la lente progression. Entre deux plages instrumentales, "Into The Ocean’s Abyss" aux notes piano grêles, et le quasi liturgique et fantomatique "Deathless Echo", se succèdent quatre périples à la fois grandioses et granitiques. D'une lancinance pachydermique, "The Swirling Mist" ne commence qu’après une longue intro. Une fois le chant installé, le ton se voile d'un désespoir douloureux. Long de plus de dix minutes, le titre s’achève sur un final beau à en pleurer.Tout le paradoxe de The Wounded Kings réside dans une opposition entre des lignes vocales claires et émotionnelles et ce son qui racle au goût de rouille. Cette signature très particulière prend tout son sens avec "Baptism Of Atlantis" où les cordes semblent directement reliées aux entrailles de la terre. De même, "The Sons Of Belial" exsude une noirceur occulte autant envoûtante qu’abyssale. Et quand résonne le terminal "Invocation Of The Atlantis", ce sont toutes les arcanes souterraines qui tremblent et s’écroulent, lente conclusion qui débute dans un nuage ambiant et étrange et prend fin sur un pandémonium de guitares déchirantes. Si The Wounded Kings doit encore progresser dans son expression d’un doom mythologique, il n’en demeure pas moins qu’en seulement deux albums, ses auteurs se sont déjà imposés comme des prêtres de la souffrance incontournables au sein de la chapelle. Du très grand doom ! 4/5 (04/06/2010)