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Orange Goblin | The Wolf Bites Back (2018)


Avec "The Wolf Bites Back" riche d'une multitude de nuances, à la fois velu et évolutif, Orange Goblin signe peut-être son meilleur album à ce jour !

Si, au même titre que les Fu Manchu, Kyuss et autres Spiritual Beggars, pour ne citer que quelques exemples, il a participé à l'essor du stoner dans la seconde moitié des années 90, Orange Goblin a cependant toujours occupé une place à part au sein de cette mouvance, peut-être parce qu'il est anglais et non pas américain ou suédois, ce qui lui assure une sorte de dureté groovy et huileuse à la fois. Bref, si le quatuor, comme ses partenaires de fumette, cite Black Sabbath parmi ses principales références, le fait qu'il a très tôt tété les mamelles cradingues de Motörhead explique qu'il a toujours sonné bien plus heavy et méchant que les autres. Il le prouve encore avec "The Wolf Bites Back".

Comme son titre le suggère, ce neuvième album marque le retour des Londoniens après quasiment quatre ans de diète discographique. Si, depuis "Thieving From House Of God" (2004), ils nous ont habitués à prendre de plus en plus de temps entre deux cuvées, les Rosbifs n'ont encore un pied ni dans la tombe ni dans la maison de retraite ! Car, osons l'affirmer d'emblée, ce cru 2018 dévoile un Orange Goblin plus hargneux et couillu que jamais. Plus inspiré également. Plus nuancé surtout. En l'espace de dix pistes, cet opus cavale à travers des paysages d'une grande diversité aussi bien sonore que textuelle, comme l'indique Ben Ward à son sujet, au point de rendre le groupe parfois (presque) méconnaissable. Ainsi, piochant dans des récits de zombies, de bikers, d'aliens ou de guerriers bouddhistes (?), "The Wolf Bites Back" arbore une multitude de visages. Il y a celui que l'on connaît bien, lourd et graisseux, alimenté par les 'Sons Of Salem', 'Burn The Ships', 'Renegade' ou ce 'Suicide Division' aux allures d'éjaculation précoce. Mais on découvre aussi, aux côtés de ses saillies explosives, un rock qui n'a finalement de stoner que le nom, qui sent certes toujours sous les bras mais qui fait montre d'une finesse étonnante. De fait, éternels fils de la bande à Tony Iommi, les Anglais chassent cette fois-ci davantage sur les terres de "Sabbath Bloody Sabbath" que de "Master Of Reality". Qu'ils mentionnent Can ou Captain Beyond parmi les influences de cette nouvelle rondelle ne surprend pas, tant celle-ci quitte par moments la route velue habituelle pour s'aventurer sur un chemin plus évolutif, presque psyché. Ce qui aboutit au versant le plus réussi d'un disque qui conjugue la lourdeur plombée à des atmosphères sombrement hypnotiques. Le morceau éponyme, qui imprime un tempo implacable, 'Swords Of Fire' dont la construction étrange et quasi instrumentale le conduit dans un no man's land, 'Ghosts Of The Primitives', bitumeux et galvanisant tout ensemble ou le bluesy 'The Stranger' que nimbent des claviers duveteux jalonnent un menu d'une belle richesse. Ce tour du propriétaire ne serait pas complet si nous n'évoquions pas le terminal 'Zeitgeist', piste toute en émotion et progression où le guitariste Joe Hoare brille de mille feux, décochant des lignes belles à pleurer que soulignent des nappes brumeuses. Et si Orange Goblin ne venait tout simplement pas d'accoucher de son meilleur album ? Il est permis de le penser à l'écoute de ce "Wolf Bites Back" quasi progressif dans l'âme. (03/06/2018)


KröniK | Voices - Frightened (2018)


Froid et cérébral, "Frigthened" est à l'image de ses auteurs, musiciens chevronnés, réunis en un laboratoire sonore sombre et progressif

Voices fait partie de ces formations au style difficile à cerner. Si le fait que les trois-quarts de ses membres soient issus des rangs d'Akercocke nous éclaire quant à la nature sombre et évolutive de son art, cela ne rend pas pour autant facile son identification. Des racines black metal de ces musiciens qui par ailleurs ont tous promené leurs guêtres aussi bien du côté de My Dying Bride (le batteur David Gray) que de Pantheist (le chanteur et guitariste Peter Benjamin), on ne décèle quasiment rien, si ce n'est quelques blasts et de parcimonieuses vocalises abyssales ou écorchées ('Dead Feelings'). Le ton est noir néanmoins, presque déprimant.

On devine à l'écoute de "Frightened", troisième exploration des Britanniques, que gaieté et lumière ont été éconduites d'un menu ancré dans une urbanité froide et aliénante. Parler d'extrême progressif serait donc plus juste pour qualifier une partition virtuose et alambiquée tavelée de touches darkwave - témoin la superbe amorce 'Unknown' - voire presque electro ('Evaporated'). Le Paradise Lost le plus décrié et expérimental rôde parfois à l'horizon même si les structures se révèlent ici bien plus labyrinthiques. D'une fulgurante richesse, le successeur de "London" (2014) semble s'éparpiller, partir dans toutes les directions, à l'image de ce curieux 'IWSYA', au demeurant très réussi, qui commence comme une plainte grave aux arrangements squelettiques avant de voir son rythme s'emballer brusquement et s'achever tout aussi soudainement. Comme sur tout le reste de l'album, le chant est tantôt clair ou hurlé, d'une tessiture gothique parfois mais toujours profond. Emporté par des rouleaux de batterie furieux ou hypnotiques, vrillé par des guitares tordues, "Frightened" ne file jamais droit, rongé qu'il est par une lèpre sournoise, un peu à la façon de Code et de tout un pan de la scène extrême norvégienne, avec en sus cette mélancolie pluvieuse très anglaise dans l'âme. Construit sur un maillage particulièrement dense et ramassé, chaque titre grouille de détails, empilant les strates en une géologie compliquée. Arpèges dépouillés ('Fascinator'), claviers brumeux ('Funeral Day'), riffs déglingués ou basse jazzy ('Home Movies') jalonnent un opus aux allures de dédale sinueux englué dans une noirceur âpre et funèbre où des ambiances douces-amères ('Sequences') côtoient une dureté de traits ('Manipulator'). Une espèce de beauté glaciale suinte tout du long de cette surface grise et austère que lézarde une folie rampante. Froid et cérébral, "Frigthened" se révèle donc à l'image de ses auteurs, difficile à cerner, autant capable de séduire que de déstabiliser, œuvre de musiciens chevronnés, réunis en un laboratoire sonore sombre et progressif. (22/04/2018)


KröniK | Witchsorrow - Hexenhammer (2018)


Petit à petit, à son rythme, lent (forcément), Witchsorrow a fait son trou parmi les solides artisans du doom. Après avoir enfanté avec "No Light, Only Fire" ce que d'aucuns considèrent comme son offrande la plus aboutie à ce jour, le trio se devait de ne pas décevoir au moment de se délester de son successeur. Encore une fois publié par Candlelight Records, "Hexenhammer" ne pourra qu'épancher notre soif jamais rassasiée en enclumes sabbathiennes. A l'heure où le genre est, à l'instar de son cousin le black metal, travaillé de l'intérieur par des mutations le poussant dans une voie de plus en plus mortifère ou ténébreuse, qu'il est bon de pouvoir déguster un doom d'une pureté d'airain certes tellurique mais qui n'oublie jamais d'où il vient, enfant bâtard du heavy metal.

Héritier de Cathedral pour son énergie parfois groovy et d'Electric Wizard pour le chant du guitariste Nekroskull (ça ne s'invente pas !), avec lesquels il partage également ce même goût pour une sorcellerie hammerienne, Witchsorrow ne cherche donc nullement à révolutionner le credo, préférant au contraire réciter une messe séculaire à base de psaumes coulés dans le plomb des aciéries de la Perfide Albion. Classique dans la forme comme dans le fond mais ô combien jouissif, ce quatrième opus n'en constitue pas pour autant une resucée de ses prédécesseurs. Si ces derniers épousaient la forme massive de blocs pétrifiés aux ramifications tentaculaires, "Hexenhammer" s'articule quant à lui autour de compositions plus trapues qui ne franchissent même jamais la barre des dix minutes au compteur, fait suffisamment rare chez les Anglais pour être souligné. Bien sûr, le titre éponyme, 'Eternal' et surtout le terminal et mythologique 'Like Sisyphus' voisinent avec cette durée mais le reste, à savoir les trois autres pistes (sans compter la courte intro), se montrent plus directs, laissant des racines quasi NWOBHM affleurer à la surface ('The Devil's Throne'). S'ils ne sont parfois pas loin de galoper, comme au beau milieu du déjà cité et solennel 'Eternal', les Britanniques n'en ont pas moins les pieds englués dans un sol épais dont ils ne se libèrent qu'en de rares instants. La basse sismique de la petite Emily Witch et la batterie aux allures de bathyscaphe de David Wilbrahammer se chargent de faire trembler les murs ('The Parish'). Seul le manche du chanteur, quand il se lance dans de brefs soli, creuse dans la nuit des tranchées nébuleuses du plus bel effet, témoin le final onctueux de 'Demons Of The Mind'. Si son menu se révèle en définitive assez nerveux, l'album s'achève toutefois sur sa plainte la plus viciée dont la lourdeur pachydermique est à peine altérée par une brutale accélération et une ambiance hantée aux confins d'un psychédélisme occulte. Witchsorrow ne pouvait trouver meilleure façon de fermer la porte de ce "Hexenhammer" grondant d'une beauté pure et sentencieuse. (22/03/2018)

3.5/5 | Music Waves

KröniK | Winterfylleth - The Hallowing Of Heirdom (2018)


Si, de part sa dimension forestière et séculaire, le black metal païen est propice à une forme d'expression osseuse et acoustique, accoucher d'une offrande totalement dénudée d'éléments électriques n'est pas un exercice aisé à accomplir, loin s'en faut. Grand est le piège tendu par l'ennui et les limites de l'entreprise affleurent alors rapidement à la surface. Surtout, faire mieux dans le style que le quintessentiel "Kveldssanger" que Ulver a gravé en 1995 semble difficile voire impossible. Malgré son incontestable talent, le fait que Winterfylleth ait décidé de tenter l'aventure acoustique n'était pas  nécessairement une bonne idée. Car c'est en coulant une fureur abrasive et granitique dans une beauté boisée que l'art noir des Anglais puise sa force et sa dimension mythologique.

Dépouillé de ses reliefs tranchants, on pouvait craindre de voir ce décor meurtri se réduire à une plaine monotone, aussi touchante soit-elle. Sa durée, presque une heure au garrot, n'était pas non plus pour nous rassurer quant à la capacité de ce "The Hallowing Of Heirdom" à maintenir tout du long l'intérêt et nos sens en éveil. Or et contre toute attente, le quatuor de Manchester livre une réussite exemplaire, trouvant toujours le ton juste, empreint de noblesse et de gravité. De ces arpèges bucoliques coule une émotion épurée qui ravive des plaies restées fermées depuis longtemps, témoin le douloureux 'Embers'. De ces aplats squelettiques naissent des paysages à la fois rudes et mélancoliques que l'on sillonne à travers une sente ombrageuse aux couleurs automnales. Le concept qui a présidé à la réalisation de ce sixième opus permet à ses créateurs de puiser dans ses racines celtiques et ancestrales ('Æcerbot', 'On-Cýdig'), auxquelles participent des lignes de violon décharnées ('Resting Tarn'). D'une grande sécheresse de trait, l'œuvre n'en est pas moins extrêmement travaillée. Aux côtés de courtes respirations belles comme un chat qui dort en boule ('A Gleeman's Volt', "Halgemonat'), des pièces plus étirées déroulent leur trame émotionnelle, à l'image des deux sentinelles 'The Sheperd' et 'The Hallowing Of Heirdom', longues de plus de sept minutes. Qu'elle soit acoustique ne signifie pas que l'offrande tavelée de multiples arrangements soit instrumentale. Plusieurs de ses plaintes se voient ainsi bercées par un chant solennel ou des chœurs majestueux ('Frithgeard'). De même, ce format n'induit pas un caractère enjoué et dansant. Au contraire, comme l'illustre le tragique 'Latch To A Grave', l'œuvre plonge dans un désespoir funèbre qui ne la rend que plus belle et déchirante. Sans égaler les Norvégiens, il est pourtant permis d'affirmer que Winterfylleth vient de déposer au pied de cette muse forestière une gemme noire avec "The Hallowing Of Heirdom" dont on peut dire qu'il est non seulement l'album le plus étonnant des Anglais mais sans doute aussi un des plus maîtrisés. Mieux, ceux-ci paraissent même s'être ressourcés, renouant avec une inspiration vibrante. (17/03/2018)


KröniK | Black Moth - Anatomical Venus (2018)


Son visuel peu encourageant ne doit (surtout) pas vous faire passer à côté de "Anatomical Venus", troisième offrande de Black Moth. Cette dernière confirme déjà que les femmes ont bel et bien pris le pouvoir au sein de la chapelle doloriste qui nous est si chère. Présence jadis exceptionnelle, on ne recense au contraire plus aujourd'hui le nombre de filles qui viennent affoler le compteur Geiger. Et avec ces Anglais, nous en avons même droit à deux pour le prix d'une, puisque Harriet Bevan se trouve désormais flanquée de la guitariste Federica Gialanze que les doomeux connaissent bien depuis sa participation au regretté Centurions Ghost dont l'ultime "Blessed & Cursed In Equal Measure" portait dans sa chair les marques de ses griffures.
Les belles ne laissent aux hommes que la section rythmique et la seconde gratte. Né en 2010 des cendres de The Bacchae, qui officiait dans une veine plus garage rock, le groupe devrait enfin faire davantage parler de lui grâce à cette nouvelle bûche, et ce pour (au moins) deux raisons. La première tient au fait que, maintenant hébergés chez le puissant Candlelight Records, les Britanniques bénéficieront d'une exposition plus étendue que celle que le modeste New Heavy Sounds pouvait leur fournir jusqu'à présent. La seconde, la plus importante, réside dans l'affolante qualité de cette enclume dont les dix titres rivalisent de lourdeur et de flamboyance ferrugineuse. Trapues et précises, ces cartouches font feu de tout bois, mordant la mémoire de leurs mélodies aussi racées qu'accrocheuses, témoins les irradiants 'Istra', amorce aux allures de point G, 'Sisters Of The Stone' aux lignes plus agressives ou bien encore l'impétueux 'A Lovers Hate'. Car il reste quelque chose de ses racines garage dans la musique que forge Black Moth  avec une pesante efficacité, à savoir cette énergie incisive en même temps que cette manière d'être direct, de tout résumer en trois ou quatre minutes au compteur. Ainsi, seul 'Severed Grace' sort de ce cadre. Ultra plombé et reptilien, il est aussi le morceau le plus doom du lot, ceci expliquant sans doute cela. De fait, les Anglais braconnent avant tout sur les terres remuantes d'un stoner velu et granitique dont le chant de Harriet Bevan est le pinceau enfumé ('Pig Man'). Le manche de Jim Swainston n'est toutefois pas en reste, gonflé d'influences hard rock et heavy, à l'image de l'orgasmique 'Moonbow' ou de 'Scream Queen'. Pourtant, il est évident que l'apport de Federica, dont la souche se veut plus doom, n'est pas étranger à cet enrobage pachydermique inédit qui recouvre un menu prisonnier d'une gangue terreuse. Ajoutons à cela un goût pour les ambiances veloutées ('Buried Hoards') qui ne musellent cependant jamais cette lourdeur coulée dans l'acier ('Tourmaline') et vous aurez alors une idée plutôt juste de ce que contient ce "Anatomical Venus" qu'aucune maladresse ne vient grever. Amateurs de stoner doom gainé de chant féminin, nous ne saurions trop vous conseiller de découvrir Black Moth dont le potentiel devrait l'entraîner très loin et très haut. (14/01/2018)

3.5/5 | MusicWaves





KröniK | Limbonic Art - Spectre Abysm (2017)


Pour tous les vieux cons, comme votre serviteur, Limbonic Art demeurera éternellement associé à la doublette "Moon In The Scorpio" / "In Abhorrence Dementia" qui, il y a vingt ans déjà, participaient à l'édification de ce black metal norvégien dont la force symphonique se conjuguait à une ténébreuse luxuriance. Le reste a moins d'importance même si on décèle encore de grandes qualités dans "Epitome Of Illusions" puis "Ad Noctum - Dynasty Of Death", lesquels bouclent un corpus tutélaire. Sabordé en 2002, le groupe renaît très vite de ses cendres, quatre ans plus tard, mais la magie (noire) s'est envolée. Succédant à un "Phantasmagoria" déjà oublié, "Spectre Abysm" n'est que le troisième méfait né de cette résurrection.
De fait, il semble ne subsister plus grand-chose des Scandinaves si ce n'est un nom évocateur d'une époque révolue et fantasmée. Morfeus n'a pas survécu bien longtemps à cette renaissance, laissant seul aux manettes le fondateur et éminence noire Daemon qui se charge désormais de tout à part une batterie programmée. S'il est somme toute peu probable qu'il échappe lui aussi à l'indifférence subie par son prédécesseur, ce huitième album n'est pourtant pas sans qualités. Ceux qui se réveilleraient d'un très long sommeil et espéreraient y retrouver l'art noir grandiloquent et baroque des débuts en seront bien entendu pour leurs frais. On reconnaîtra au moins au Norvégien cette volonté farouche de progresser plutôt que de regarder dans le rétroviseur du passé. De celui-ci, quelques oripeaux affleurent à la surface dans cette manière toujours reconnaissable de laisser bourgeonner des atmosphères sombrement enveloppantes,  ce qu'illustre un titre tel que 'Triumph Of Sacrilege'. Mais à la place, c'est un black metal froid et avant tout abrasif, presque granitique dans son expression d'une intensité épique, qui étire son tentaculaire labyrinthe de glace, à l'image de 'Demonic Resurrection', amorce gigantesque qui galope à travers des reliefs tranchants d'une démesure mythologique. En l'espace de dix minutes, Limbonic Art renoue, non pas avec la beauté lugubre de jadis mais avec une puissance brutale que martèle un tempo véloce perforé de maintes crevasses. Après une telle entrée en matière qui nous fait croire au meilleur, ce qui suit s'essouffle malheureusement assez vite malgré un niveau technique élevé. Sans briller du même éclat, à l'autre bout se dresse une autre sentinelle d'une terrifiante majesté, ce 'Through The Vast Profundity Obscure', bouillonnant d'une fureur crépusculaire et hivernale. Entre les deux s'enchaînent six envolées, souvent trop courtes, qui ne peuvent soutenir la comparaison en dépit d'une écriture millimétrée mais vierge du souffle du Grand Nord, à l'exception du rocailleux 'Omega Doom'. S'il possède plus de force sinon de charme que ses récents aînés, offrande d'une froide efficacité, "Spectre Abysm" confirme que Limbonic Art est bien mort il y a quinze ans après le prémonitoire "The Ultimate Death Worship". 3/5 (2017) | Facebock







KröniK | Ancient Ascendant - Raise The Torch (2017)


Bien qu'il existe depuis près de quinze ans, en comptant ses débuts sous le nom de Heretic entre 2003 et 2005, nombreux sont pourtant ceux à n'avoir découvert Ancient Ascendant qu'en 2014, grâce à "Echoes And Cinder", second méfait qui scellait une alliance avec le puissant Candlelight et, habillé d'un mémorable artwork, voyait un groupe galoper sur les terres d'un death technique aux frontières du black et du thrash. Que Dan Swanö ne tarisse pas d'éloges aux sujet de ces Anglais ne surprend pas et il suffit d'écouter "Raise The Torch", leur nouvel opus, pour comprendre pourquoi.
En combinant puissance échevelée et brutalité millimétrée au service de mélodies finement ciselées, Ancient Ascendant ne pouvait que plaire au Suédois dont la foisonnante carrière est travaillée depuis toujours par cette ambivalence. Un peu comme Opeth auquel les Britanniques font parfois penser de par la dimension progressive de compositions néanmoins plus ramassées que chez les Scandinaves, témoin ce 'Grasping The Torch' aux reliefs accidentés. De fait, ce troisième effort est avant tout destiné à ceux que n'effraie pas un metal de la mort à la fois mélodique et alambiqué, tendu et ouvert à de multiples influences, tour à tour jazzy ('Foreign Skies') ou franchement heavy ('To The Cold'). Construit sur un maillage particulièrement dense, chaque titre est cependant aéré par des fissures creusées par des guitares abreuvées d'une fureur stratosphérique ('Scaling The Gods'). Secoué par un tempo infernal, le menu déroule ses tentacules le long d'une route escarpée que menace un ciel orageux. Si "Raise The Torch" impressionne par la richesse de son canevas instrumental, nimbé de discrètes mais superbes notes de claviers duveteuses à l'image de 'Our Way' et son tapis d'orgue final, le chant criard de Alex Butler se révèle malheureusement vite irritant, venant quelque peu entamer le plaisir ressenti à son écoute alors que le registre caverneux sied davantage à ce matériau coulé dans les aciéries de la Perfide Albion, sans pour autant grever la haute tenue d'un disque qui ne fait que confirmer le potentiel de ses créateurs. D'une incandescence fiévreuse, nerveux et évolutif, "Raise The Torch" fait feu de tout bois, mariant les diverses facettes du metal extrême avec une aisance effrontée. 3/5 (2017) | Facebook






KröniK | Shores Of Null - Black Drapes For Tomorrow (2017)


Avec les Italiens, il en va (souvent) de la musique comme du cinéma d'exploitation, suiveurs de modes plus qu'ils ne les créent, ce qui n'enlève absolument rien à leur talent parfois dilettante mais sympathique et joyeusement artisanal. De fait, il faut moins attendre de Shores Of Null une quelconque personnalité qu'une impression tenace de déjà-entendu. Son compatriote Novembre, Paradise Lost (surtout) et d'une manière générale le UK doom des années 90 sont ainsi convoqués par une horde dont les membres ont promené leurs guêtres au sein d'obscures formations de l'underground transalpin (Zippo, The Orange Man Theory...).
Toutefois, cela ne fait ni de lui un mauvais groupe ni de "Black Drapes Of Tomorrow" un disque honteux, bien au contraire. Précédé d'un premier album baptisé "Quiescence", il y a trois ans, cette offrande se révèle même des plus efficaces. Joie et espoir y sont refoulés pour le plus grand bonheur des amateurs d'un gothic doom néanmoins plus mélodique que mortuaire. Sur un lit de guitares contrites et souvent obsédantes dans la grande tradition misérable du genre ('Donau'), le chant de Davide Straccionne a quelque chose d'une vigie perçant la brume. Son timbre parfois plus que proche de celui de Nick Holmes arrime d'emblée les Romains à cette école anglo-saxonne de la tristesse. La beauté ensoleillée qui suinte de 'The Enemy Within', pause instrumentale dépouillée, témoigne cependant que Shores Of Null ne rivalisera jamais avec son aîné de la Perfide Albion en termes de négativité charbonneuse, même si de lointains growls injectent à l'ensemble une coloration black metal qui ne s'imposait pas. Nonobstant une écriture impeccable que matérialise une interprétation ad hoc, "Black Drapes Of Tomorrow" souffre moins en définitive de son identité peu affirmée que de son déficit en noirceur, origine méditerranéenne oblige. Car, à quelques notables et ténébreuses exceptions (Forgotten Tomb, Abhor…), les Italiens ne parviennent jamais vraiment à peindre la douleur funèbre et minérale qui est celle des groupes du nord de l'Europe. Il suffit d'écouter le néanmoins entêtant 'Carry On, My Tiny Hope' pour mesurer le gouffre émotionnel qui sépare le quintet de l'auteur de "Draconian Times". Reste que cette seconde offrande, si elle trempe ainsi davantage son dard dans le sirop que dans le sang, offre de belles compositions telle que 'We Ain't Ashes', engourdie par une lenteur atmosphérique, le très paradiselostien 'Tide Against' ou bien encore 'House Of Cries' dont les harmonies vocales évoquent quant à elles Novembre. Formation de série B, Shores Of Null se fend avec "Black Drapes Of Tomorrow" d'une hostie aussi maîtrisée que dénuée de personnalité et de la noirceur espérée. 2.5/5 (2017) | Facebook






KröniK | Coltsblood - Ascending Into Shimmering Darkness (2017)


La présence à bord, d'une jeune femme, à la beauté craquante de surcroît, n'est pas toujours l'assurance d'une douceur bienveillante. Preuve en est de Colstblood dont le manche de la guitare est certes frotté par la main experte de la belle Jem mais qui demeure pourtant un des spéléologues les plus terrifiants que le doom nous ait offert depuis longtemps, forant les abîmes de la terre jusqu'au noyau, plongeant ses membres tentaculaires jusqu'à l'os, creusant l'obscurité jusque dans les profondeurs de l'indicible, sans aucun espoir de retour.
A l'instar de son compatriote Grey Widow, quand bien même leur expression d'une lourdeur pétrifiée diffère l'une de l'autre, il repousse les limites de l'(in)audible le plus agressif, le plus ferrugineux. Après s'être accouplé avec d'autres forgerons tout aussi apocalyptiques que lui, tout d'abord avec Crypt Luker puis avec Horse Latitudes et Ommadon, le temps de deux splits monstrueux encadrant l'inaugural "Into The Unfathomable Abyss" (2014), le trio de Liverpool est enfin de retour avec un second méfait (très) longue durée, attendu par les plus masochistes d'entre nous comme un Graal aussi vénéneux que ténébreux. Car d'une certaine façon, le groupe noue en définitive plus de liens avec l'art noir qu'avec les héritiers de Black Sabbath. Son logo menaçant et charbonneux, les ambiances cryptiques dont il ouvre les vannes avec une largesse gangreneuse ou les vocalises aussi écorchées que bestiales du bassiste John McNulty, ex Black Magician et Conan, définissent ainsi une musique sombre et cauchemardesque dont prétendre qu'elle est abyssale tient du doux euphémisme ! Peu attirant, son artwork signé Eric C. Harrison a au moins le mérite d'être révélateur du contenu de ce "Ascending Into Shimmering Darkness" qui gravite constamment au bord de la rupture, bathyscaphe s'enfonçant avec une funeste inexorabilité dans les ténèbres des Fosses Marianne. Gisant morbide englué dans une noirceur mortifère, le groupe creuse les parois d'un gouffre sans fin avec une lenteur aussi viciée qu'oppressante. Guitare au goût de rouille accordée plus bas que terre et percussions tellement engourdies que le batteur a le temps d'aller pisser entre deux coups de caisse claire dictent une partition rocailleuse qu'aucune trace de lumière et encore moins de vie ne pénètre jamais. Démarrant avec un lancinement douloureux par le titre éponyme que déchirent de brusques éruptions de lave rugueuse, l'opus n'est qu'une vertigineuse descente qui atteint le point de non retour avec le bien nommé 'The Final Winter' qui voit le sludge goudronneux des Anglais se conjuguer au doom le plus funéraire en une conclusion définitive longue de plus de treize minutes hallucinées et pourtant belles à pleurer car le matériau qu'ils sculptent avec une puissance tellurique se pare alors d'un éclat brumeux et hanté. Plus abyssal que jamais, le chant fusionne avec une rythmique dont chaque coup de boutoir résonne comme un ultime battement de cœur. Coltsblood ouvre une porte qui le mène vers une autre dimension, plus funèbre et gigantesque encore, presque cyclopéenne dans son expression orgasmique d'un art  hermétique d'une profondeur insondable... 4/5 (2017) | Facebook






KröniK | The Wounded Kings - Visions In Bone (2016)


Au moment où vous lirez ces quelques lignes, sachez que The Wounded Kings ne sera déjà plus, ayant décidé en août dernier de s'endormir à tout jamais, laissant six albums dont le split "An Introduction To The Black Arts" (2010), partagé avec Cough, ainsi qu'un EP, "Curse Of Chains" (2014), en réalité simple reprise de sa contribution à cette même alliance.
"Visions In Bone" se veut donc une œuvre posthume en même temps que le testament des Britanniques. Cette décision de se saborder est d'autant plus incompréhensible que cette ultime offrande scellait le retour de George Birch, chanteur historique qui fut remplacé pendant presque cinq ans par Sharie Neyland, prêtresse avec laquelle on peut penser que le groupe avait atteint les limites d'une collaboration pourtant orgasmique, comme en témoignent les ténébreux "In The Chapel Of The Black Hand" (2011) et "Consolamentum" (2014). Nonobstant un charme digne d'une vamp échappée d'une pellicule gothique des années 60, la belle n'a jamais semblé à l'aise sur scène, empêchant ses compagnons de donner la pleine (dé)mesure de leur art. Et au final, nombreux sont ceux qui applaudiront le come-back de son prédécesseur. Sans leur donner entièrement raison, estimant que les deux opus enténébrés par la voix sentencieuse de la démissionnaire incarnent l'apogée discographique de ses géniteurs, force est de reconnaître que cet ultime souffle de vie (ou de mort) brille d'un éclat à la fois flamboyant et funèbre dont la principale qualité est de creuser le même sillon entamé par ses récents prédécesseurs mais avec la voix unique et solennelle de George Birch. Bref, le meilleur des deux mondes, en quelque sorte. The Wounded Kings savait-il qu'il s'agirait de son dernier effort ? Toujours est-il que, outre sa capacité à résumer en cinq pistes ce qu'est le doom victorien forgé par les Anglais, qui ne ressemble à nul autre, "Visions In Bone" baigne dans une atmosphère aussi mortuaire que définitive qui le pétrifie. Chaque titre forme une marche successive conduisant dans les profondeurs lugubres d'un caveau que le terminal 'Vultures' referme grâce à ces notes tricotées avec une infinie inexorabilité, comme si plus rien ne pouvait exister après cela. Sans doute moins occulte que ses devanciers, cette hostie trempe dans un calice au fond duquel infuse un désespoir engourdi, à l'image de l'inaugural 'Beast', déambulation longue de plus de treize minutes à travers un labyrinthe dont la beauté sinistre se conjugue à un psychédélisme duveteux, qui doit autant au chant lointain de Birch qu'à ses guitares coulées dans les aciéries de la Perfide Albion. D'un monolithisme admirable, ces complaintes déroulent une trame somnambule quasi immobile, prisonnière d'une gangue granitique, qui leur confère toujours ces allures de lente érosion, seulement interrompue par le jeu parfois éruptif de Steve Mills ('Bleeding Sky') et la puissance hypnotique de cette batterie profondément ancrée dans la terre ('Kingdom'). Offrande posthume, "Visions In Bone" est un monument à la gloire de ce doom victorien définitivement unique. Si on ne peut en définitive que regretter sa mise en bière, au moins le groupe s'en va-t-il la tête haute, accueillant la mort avec panache... 4/5 (2016)






KröniK | Winterfylleth - The Dark Hereafter (2016)


Commençons par les choses qui fâchent (un peu). Pourquoi, alors que leur quatrième épopée, baptisée "The Dark Hereafter", ne s'étale déjà que sur quarante petites minutes (ce n'est pas grave) pour cinq pistes uniquement, les Anglais ont-ils jugé bon de glisser dans ce menu trapu un 'Pariah's Path' qui complétait en tant que bonus l'édition limitée de "The Divination Of Antiquity", leur effort précédent, ainsi qu'une reprise de Ulver, 'Led Astray In The Forest' ? Manque d'inspiration ? Certainement pas, comme nous allons le démontrer.
Au final, seules vingt-cinq minutes de cet album se révèlent vraiment inédites. Après deux ans de diète discographique, absence somme toute raisonnable, nous étions toutefois en droit d'attendre un peu plus de la part de Winterfylleth, que la mise en bière de son faux-frère jumeau Wodensthrone et la trop grande discrétion de Fen laissent quasiment seul sur le trône du black à la fois épique et atmosphérique de la Perfide Albion, ce qui explique notre (relative) déception.Relative car en définitive loin d'en corseter la portée abrasive, ce format plus resserré que de coutume confère à "The Dark Hereafter" une intensité qui faisait quelque peu défaut à ses aînés, au moins à partir de "The Threnody Of Triumph ". Mieux, et contre toute attente, ce nouvel essai s'impose même comme ce que les Britanniques ont enfanté de plus puissamment exalté depuis l'originel "The Ghost Of Heritage". De plus beau surtout, de cette beauté foudroyante qui emporte tout dans son sillage crépusculaire telle une tornade d'émotions désespérées. Un titre en particulier incarne ce geyser mélancolique, ce 'Green Cathedral', complainte longue de plus de treize minutes dont les lignes de guitares gonflées d'une tristesse absolue la rapprochent du 'The Name Of The Wind' qui achevait "Curse", second et dernier opus de Wodensthrone. Elévation orgasmique qui justifie à elle seule l'écoute de cette offrande dont elle forme l'épicentre, cette pièce s'ouvre sur une lente partie instrumentale qu'égrènent des accords répétitifs auxquels viennent progressivement s'ajouter des percussions figées dans une terre froide chargée de douleur. D'une langueur forestière, elle ne voit le chant surgir qu'à mi-chemin, vigie guidant cette sève de désespoir jusqu'aux cimes de cette forêt nimbée de brouillard. Le reste se compose du morceau éponyme qui lance l'écoute sur les chapeaux de roue en galopant à travers des paysages dévastés, qu'irrigue une brutalité déchaînée, auquel succède 'Ensigns Of Victory' dont le torrent de noirceur est fissuré par des remparts implacables. Quant à la relecture des Norvégiens, extrait du matriciel "Bergtatt", elle permet au groupe de Chris Naughton de baguenauder le long d'une sente boisée que peuplent chœurs païens et arpèges résineux tout en renouant avec un humus traditionnel, tandis que 'Pariah's Path' que propulsent des rouleaux de batterie, montre un Winterfylleth conquérant à son meilleur niveau. Si "The Divination Of Antiquity" nous avait déçu, il n'en va pas de même de "The Dark Hereafter" qui au contraire dresse une inspiration intense car plus serrée dans un menu qui va à l'essentiel. 4/5 (2016) | Facebook | Bandcamp

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The Mercian Sphere (2010)




Soon | Winterfylleth - The Dark Hereafter


Date | 30/09/2016
Label | Candlelight Records
Genre | Epic Pagan Black


                                     

KröniK | Insomnium - In The Halls Of Awaiting (2002)


Avec sa pochette boisée où se dessine un lac que nimbent les vapeurs d'une brume glaciale, "In The Halls Of Awaiting" s'inscrit dans une longue tradition finlandaise, démarrée à l'aube des années 90 avec Amorphis et Sentenced et poursuivie dans une veine plus doomy, par Swallow The Sun, à compter de la décennie suivante. Pourtant, s'il a vu la nuit du côté de Joenssu en 1997, Insomnium noue à ses débuts plus de liens avec le voisin suédois qu'avec la plupart de ses compatriotes. Loin d'être un précurseur, Insomnium s'apparente davantage au solide besogneux dont il serait (alors) vain d'espérer un soupçon d'originalité. L'ombre des In Flames et autre Dark Tranquillity, qui explosent alors sur la scène internationale, accompagne donc son premier album qui recycle les ingrédients qui ont fait le foudroyant succès de ces derniers. Une accroche nerveuse quoique toujours mélodiques tissées par des guitares qui galopent et que plongent dans une froide obscurité des lignes vocales caverneuses, définit une partition extrêmement dynamique qui conjugue technicité instrumentale et noirceur atmosphérique. De 'Dying Chant' à 'Song Of The Storm', de 'Journey Unknown' à 'Black Waters', les témoins de cette filiation naturelle ne manquent pas. Il serait pourtant malhonnête de réduire le groupe à un simple avatar de ses aînés suédois car son art quoique encore  peu personnel, s'enfonce pourtant dans la géographie et la culture du pays qui l'a vu naître. Discrète, cette identité se lit à travers les arpèges d'un 'The Elder' plus posé ou les envolées folkloriques qui émaillent 'Ill- Stared-Son, que recouvre l'ombre du Amorphis le plus aiguisé. La langueur qui paralyse le tempo de la pièce éponyme longue de plus de dix minutes et bercée de glaciales notes de piano, souligne également ces racines finlandaises qui font parfois plus qu'affleurer à la surface. Entre le Amorphis originel en plus lisse toutefois, et l'école de Göteborg, "In The Halls Of Awaiting" est un galop d'essai solide, à défaut d'être novateur, drapé d'un charme certain, celui de la première fois, bien que trop linéaire pour être l'écrin idéal de mélodies pourtant finement ciselées. Mais la maîtrise est déjà là, incontestable.  La suite, en effet, démontera que Insomnium mérite donc mieux que ce statut de suiveur appliqué. "Since The Day It All Came Down" affirmera une signature plus évolutive que confirmeront les opus suivants. 3/5 (2016)


                                   

KröniK | Obituary - Xecutioner's Return (2007)


De retour aux affaires grâce à "Frozen In Time", bon album toutefois accueilli avec tiédeur autant par la presse que par le public, Obituary remet le couvert deux ans plus tard avec "Xecutioner's Return". Pour ce septième méfait, le mercenaire de la six-cordes Ralph Santolla rejoint les Floridiens, avec la lourde tâche de succéder à Allen West dont le jeu, certes moins virtuose, participait cependant de l'identité d'un groupe qui a toujours misé davantage sur un feeling malsain que sur la technique. Nombreux sont ainsi ceux qui se demandent ce que vient faire là le guitariste, déjà peu à sa place au sein de Deicide. Force est de reconnaître que ce dernier n'apporte pas grand-chose au son d'Obituary. Est-ce la raison pour laquelle cet opus, au demeurant efficace, ne convainc guère ? Peut-être mais pas seulement. La faute est surtout à chercher au niveau d'une inspiration en berne. Souvent poussifs, les titres s'enchaînent sans passion ni folie. Si son devancier souffrait d'un rapide essoufflement, "Xecutioner's Return" pâtit d'un menu trop inégal où quelques bonnes ruminations côtoient des morceaux qui semblent n'avoir d'autre but que faire du remplissage. Les premiers sont finalement incarnés par les moments les plus rampants et terreux, à l'image de 'Contrast The Dead' (le plus long du lot), 'In Your Head', aux aplats vicieux, 'Second Chance' et ses riffs qui macèrent dans des boyaux encore fumants ou bien ce 'Feel The Pain' dont le tempo, comme prisonnier d'une gangue lépreuse, ne parvient jamais à s'emballer. Las, le reste oscille trop entre agressions rapides mais inodores ('Lies', 'Seal Your Fate') et d'autres bien plombées ('Bloodshot') quoique dénuées de cette croûte malsaine qui a fait la réussite des Floridiens. Grâce à leur métier et à la voix vomissante si particulière de John Tardy, ceux-ci sauvent tout de même l'album de la banalité, sinon de l'ennui mais pour combien de temps encore, se sent-on obligé de se demander ?  A l'écoute de "Xecutioner's Return", on mesure finalement combien "Frozen In Time" était un (très) bon cru que son successeur est bien loin d'égaler. Reste cependant un disque honnête mais qui ne marquera certainement pas le genre avec en filigrane cette question : Obituary a-t-il finalement eu raison de se reformer ? 2/5 (2016)


                                   

Krönik | Obituary - Darkest Day (2009)


Si en 2004, l'annonce du retour d'Obituary, membre du triumvirat du death floridien aux côtés de Morbid Angel, Cannibal Corpe et Death, auteur d'une poignée d'albums fondateurs tels que « Slowly We Rot », « The Cause Of Death » et « The End Complete », fut accueillie avec enthousiasme, cinq ans plus tard, force est de reconnaître que cette résurrection s'est soldée par un échec et ce, malgré un capital sympathie intact. Le groupe ne chôme pourtant pas mais l'inspiration, la flamme semblent s'être toutes les deux belle et bien envolées. Ceci dit, précédé du premier essai en solitaire des Tardy Brothers, « Bloodline », efficace à défaut d'être indispensable, il était permis d'espérer que le successeur du fade « Xecutioneer's Return » serait peut-être (enfin) à la hauteur d'une légende qui commence alors sérieusement à être entamée. Las, « Darkest Day » s'inscrit dans le sillage de son aîné. Le mercenaire de la six-cordes, Ralph Santolla, est confirmé à son poste mais, toujours aussi peu à sa place au sein d'Obituary, l'homme astique son manche avec sa virtuosité aussi coutumière qu'inopportune, quand bien même sa présence ne grève pas nécessairement tous les titres, à commencer par 'List Of The Dead', amorce furieuse de bonne augure. D'ailleurs, la rondelle démarre de manière plutôt avantageuse. Solides cartouches, 'Blood To Give' et 'Lost' confirme cette puissante lancée, ce qui nous fait dire que « Darkest Day » se révèle largement supérieur à son prédécesseur de morne mémoire. Dommage cependant que les Américains confondent trop souvent lourdeur morbide et constipation graisseuse, finissant du coup par patauger dans des viscères rugueuses dont ils ne parviennent que trop rarement à s'extraire. De fait, la seconde moitié s'embourbe incapable de décoller, enchaînant les morceaux aux traits aussi épais qu'inodores, témoins les 'This Life', 'See Me Now' et autre 'Truth Be Told'. Seuls 'Your Darkest Day et, quoique dans une moindre mesure, le terminal 'Left To Die', long de plus de six minutes, retiennent vraiment l'attention au milieu d'une deuxième partie qui traîne péniblement en longueur. Alors certes, John Tardy vomit toujours ses boyaux comme lui seul sait le faire mais sa voix ne suffit pas à sauver ce huitième album d'un ennui poli. Plus en forme que sur « Xecutioneer's Return', c'est un groupe usé qui accouche de ce disque à la fois robuste et inégal dont les (quelques) bons moments peinent tout de même à se hisser au niveau des classiques d'autrefois... 3/5 (2016)


                                   

Krieg | The Isolationist (2010)


Alors là, quand KRIEG, sans doute un des plus vieux groupes de Black Metal US encore en activité, se déleste d'une nouvelle hostie, on s'agenouille et on tend la joue. Actif depuis 1995, la bête a toujours été une entité monstrueuse à géométrie variable autour du seul Imperial rassemblant au fil des ans et des line-up à peu près tout ce qui rampe au sein de la scène impie. Officiellement sabordé en 2007, KRIEG connait donc une résurrection, tout d'abord incarné par un split avec CAÏNA et aujourd'hui avec ce Isolationist , première offrande longue durée depuis Blue Miasma il y a quatre ans. Secondé notamment par Wrest à la basse, dont on ne peut que regretter qu'il ait mis en sommeil son LEVIATHAN (ressuscité depuis), Imperial a fait appel au très demandé Sanford Parker pour soigner son fuselage. Ajoutez à cela une signature avec le néanmoins respectable Candlelight, et on aura tôt fait d'affirmer que la horde noire a mis de l'eau dans son vin de messe. Une écoute rapide va d'ailleurs dans ce sens, tout comme les aplats reptiliens servant de substrat au pourtant démentiel "... And The Stars Fell On", que vrillent des riffs aux allures de scalpel. En réalité, KRIEG, la maturité aidant, parvient à canaliser sa violence épidermique pour mieux la faire exploser. Il suffit d'écouter "All Paths To God" et plus encore "Depakote" pour constater comment les Américains expriment une brutalité entre saillies sauvages à faire saigner les muqueuses et coups de boutoir pesants et malsains. Après une entame sanglante ("No Future", "Ambergeist"), The Isolationist s'enfonce ensuite peu à peu dans des méandres sinistres aux traits moins rapides, plus lourds, témoins "Blue Of Moon" ou "Decaying Inhalations" où la présence de Wrest se ressent à travers cette pression écrasante qui serre tel un étau, avant de repartir comme en 40 avec le court et agressif "Dead Windows", manière de ne laisser aucun doute quant à la fiévreuse fureur qui habite toujours cette légende vivante du Black Metal tout court. (2010)



KröniK | The Wounded Kings - Consolamentum (2014)


L'année 2011 n'a pas seulement vu The Wounded Kings enrôler une chanteuse comme guide funèbre chargée d'occuper la place laissée vacante par le départ de George Birch mais il a surtout permis à ce projet de devenir un vrai groupe qui n'était à l'origine que le fruit d'un duo, celui formé par le démissionnaire et plus encore par le multi-instrumentiste Steve Mills. Quand bien même ce dernier en demeure l'incontestable maître des lieux, cette mutation, loin d'être anodine, a conféré à la musique des Anglais une ampleur alors inédite, une puissance organique qui leur faisait défaut. Davantage que sur "In The Chapel Of The Black Hand", premier opus de ce mark II, c'est sur scène que la transformation fut le plus évident, communion occulte propulsée par le jeu de batterie superbement dynamique de Mike Heath. On sent à l'écoute de ce nouvel album que la formation s'est justement nourrie de cette expérience scénique, gagnant autant en unité qu'en énergie sombre. Agrégat rassemblé autour du guitariste au moment de l'enregistrement du disque précédent, les musiciens sont désormais parfaitement intégrés, même si un nouveau bassiste a déjà été recruté depuis. Plus solide, le groupe en a profité pour travailler son art, le polir à la manière d'une sculpture, ténébreuses et massive, reprenant là où l'avait laissé "In The Chapel Of The Black Hand". Comme à l'accoutumée le contenant se révèle peu attirant, reflet trompeur d'un contenu quant à lui plus riche qu'il n'y parait, déambulation pachydermique et faussement monotone. En effet, loin d'en avoir altérer la lourdeur granitique, l'arrivée de la prêtresse Sharie Neyland a au contraire contribué à abîmer le doom de The Wounded Kings dans des profondeurs plus abyssales encore. Bathyscaphe démentiel, "Consolamentum" continue de forer cette roche à l'aide de guitares prisonnières d'un cosse minéral qui en entrave la progression, plongeant l'écoute dans une langueur brumeuse que soulignent des nappes de claviers discrètes mais fantomatiques ('The Silence'). Si le chant de la déesse reste un des arc-boutants sur lequel se dresse l'édifice, le groupe pousse néanmoins à leur paroxysme ces instants comme suspendus au-dessus d'un gouffre où rien ne semble vraiment se passer, repoussant le plus longtemps possible le jaillissement de sève sentencieuse qui s'écoule de l'organe de la chanteuse. L'inaugural 'Gnosis' est à ce titre révélateur de cette attente toujours repoussée, longue plainte qui parait ne jamais vouloir démarrer jusqu'à l'éruption de Sharie Neyland au bout de plus de quatre minutes que tricotent des guitares pétrifiées dont la batterie mangeuse d'espace est le puissant contrefort. Bordé par trois pistes instrumentales, "Consolamentum" concentre quatre marches funéraires, souvent monumentales, aux allures de corridor opaque aux telluriques arcanes que drapent tel un suaire des atmosphères aussi envoûtantes que hantées qui rendent l'oeuvre presque insaisissable. The Wounded Kings possède un son vraiment singulier, forgeant un doom' hammerien' qui n'appartient qu'à lui et que cette quatrième offrande peaufine encore davantage, confirmant un style désormais parvenu à maturité. Rituel occulte en apnée, aux ambiances pesamment éthérée, 'Consolamentum est un très grand disque. 4/5 (2014)


KröniK | Woe - Withdrawal (2013)


Malgré son caractère encore inabouti, on se doutait bien que Quietly, Undramatically, son second méfait - mais le premier en tant que véritable groupe et non plus seulement le projet solitaire de Chris Grigg, ex Krieg, comme beaucoup d'autres - n'avait en réalité qu'à peine défloré le potentiel de ces Américains. Trois ans plus tard, Withdrawal fait donc plus que confirmer tout le bien qu'on subodorait d'eux. Si Woe ne se départit pas de ce Black Metal furieusement tranchant qui réussit la gageure de conférer à ces coups de boutoir rapides comme un torrent en crue un aspect néanmoins rampant, implacable, en un mot, mortifère. Là où l'opus précédent était bouillonnant, son successeur parait plus maîtrisé, plus mélodique peut-être également, comme en attestent les mesures acoustiques écartant les replis de "All Bridges Burned" et ce solo qui le perfore en son milieu, bouffée d'air salvatrice au sein d'une longue et saignante saillie. Les quelques bribes de chant clair qui le parsèment ("This Is The End Of The Story") ne suffisent toutefois pas à rendre Withdrawal moins rude que son aîné. 43 minutes durant, le groupe maintient une intensité qui jamais ne s'essouffle, dresse un blockhaus extrêmement dense. Résultat, on finit l'écoute sur les rotules, incapables de lutter contre ce matraquage en règle que ne déserte pourtant pas une espèce de beauté sourde, nichée dans les angles morts des compos les plus nuancées à l'image de "Carried By Waves To Remorseless Shores Of The Truth", perforé par de lourds aplats puis "Song Of My Undoing", dont le riff pollué qui l'encadre a de faux-air de "Beholding The Daughters Of The Firmament" de Burzum, mid-tempo reptilien qui écrase tout sur son sillage, sans oublier le terminal titre éponyme que guident des lignes de guitare tour à tour grésillantes avant de se parer d'un suaire d'émotions. Encore une fois, Woe trouve le juste milieu entre âpreté viscérale et progression acérée. Tendu comme le foc d'un navire, Withdrawal est une œuvre noire au goût de sang à même de laisser de profonds stigmates dans la peau. Ce faisant, elle affirme la domination du groupe au sein de la scène Black Metal US, moins culte que Krieg, moins trendy que Nachtmystium, deux entités avec lesquelles ils nouent des liens évidents, aussi bien humains que musicaux... 3.5/5 (2013)


                                   

Woe | Quietly Undramatically (2010)


Débutée en 2007 sous la forme d’un one-man band né dans les méandres du cerveau torturé de Xos aka Chris Grigg, actuel batteur du mythique Krieg, Woe livre avec Quietly, Undramatically un second méfait mais le premier en tant que groupe, puisque le musicien a recruté Evan Madden (Woods Of Ypres) pour assurer le matraquage en règle derrière les fûts. Signé désormais chez Candlelight qui ne cesse par ailleurs d’enrichir son catalogue impie, le projet sculpte un Black Metal peu aisé à cerner, à la fois raw et plus nuancé qu’il n’y parait de prime abord. Le chant écorché du maître des lieux confère à l’ensemble un caractère volontairement cru et primaire que recouvre d’une chape brutale des riffs nerveux, acérés, tranchants. Les compositions au fuselage à l’avenant, déploient leur ramifications par le biais de durées souvent étonnamment longues, puisque l’une d’entre elles n’hésite pas à voisiner avec les treize minutes au garrot. Quelques lignes de chant clair surgissent aussi par moment, comme lors du titre éponyme. Ce rapide tour du propriétaire illustre la difficile pénétration d’un album qui ne se dévoile qu’en forçant un peu son intimité. Les écoutes aidant, on se rend compte que derrière la rudesse et la rapidité affichées se cachent un art noir extrêmement intéressant, qu’il s’agisse de cette curieuse entrée en matière qu’est « No Solitude » ou du long « Full Circle » que lacèrent de multiples déchirures entre pauses mortifères tricotées par des notes grêles et pulsations frénétiques. Si Woe épouse parfois les traits de modelés rapides comme un torrent en cru, c’est pour mieux ensuite les découper au scalpel ("Hatred Is Our Heart", "The Road From Recovery"), hormis durant le bruitiste « Without Logic » qui en l’espace de deux minutes à peine viole tout sur son passage. Et sans vaseline s’il vous plait ! Il ne reste plus qu’au groupe à affiner ce Black Metal bouillonnant qui en a certainement encore sous la semelle. (2010)