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Clint Eastwood | La mule (2018)
























Sans être le naufrage que certains - les plus nombreux - prétendent, force est pourtant de reconnaître que Le 15h17 pour Paris restera sans doute le film de Clint Eastwood le plus faiblard, celui qu'on n'a le moins envie de revoir au sein d'une filmographie pléthorique.

Goddess | Alison Eastwood





















Clint Eastwood | Minuit dans le jardin du bien et du mal (1997)


Troisième film que Clint Eastwood réalise sans être aussi devant la caméra, Minuit dans le jardin et du bien et du mal constitue son œuvre la plus singulière. Peut-être est-ce pour cette raison qu’il n’apparaît pas dans celui-ci, préférant se concentrer sur cette histoire adaptée d’un roman à succès de John Berendt, lui-même inspiré d’un fait divers authentique survenu en 1981.
Le film s’avère difficilement classable tant il se place à la frontière de plusieurs genres. C’est à la fois une enquête policière, un film de procès, un conte fantastique et parfois une comédie. Comme souvent chez Eastwood, le récit s’articule autour d’un héros qui pénètre au sein d’une communauté. Journaliste à New York, John Kelso (John Cusack, impeccable) est invité à Savannah afin de couvrir une fête annuelle organisée par le nabab de la ville, Jim Williams. Mais si d’habitude le héros eastwoodien agit et transforme (en bien ou en mal) la communauté qui l’accueille, tel le cavalier solitaire de Pale Rider, Kelso se comporte davantage en observateur qu’en véritable acteur. Il est en quelque sorte le regard du spectateur. Ainsi, en même temps que lui, nous découvrons peu à peu la ville de Savannah, sa population bigarrée et ses mœurs. De fait, ce film au rythme lent s’apparente plus à une promenade où se croisent toute une galerie de personnages pittoresques et excentriques, qu’à une histoire policière qui semble finalement presque secondaire. Le cinéaste confère à la ville de Savannah un climat envoûtant, irréel, parfois au bord du fantastique (les visites au cimetière, le personnage de Minerva et cette justice divine qui, à la fin de l’histoire, punit Jim Williams pour le crime qu’il a commis) qui doit beaucoup à ses curieux habitants que rencontre le journaliste au fur et à mesure de son enquête : Lady Chablis, un (e) véritable drag queen, Minerva la sorcière noire, Luther et ses mouches (Geoffrey Lewis qui retrouve Clint pour la septième fois), l’homme qui promène un chien qui n’existe pas, et bien sûr, Williams, sorte de dandy homosexuel, énigmatique et fascinant, évoluant à la frontière entre le bien et le mal. Dans un rôle que George Sanders et sa voix suave aurait autrefois pu tenir, Kevin Spacey livre une composition ambiguë particulièrement savoureuse et pleine de finesse. Minuit dans le jardin du bien et du mal s’interroge aussi sur la notion de vérité. La vérité existe t-elle ? Que s’est-il réellement passé la nuit du meurtre ? Habilement, Clint Eastwood choisit de filmer le crime selon différentes manières, en fonction des déclarations de Williams. « La vérité, comme l’art, se trouve dans le regard du spectateur » prêtant t-il d’ailleurs. De plus, le film dénonce le poids des préjugés et les difficultés que le fait d’être différent imposent au sein d’une communauté soi disant cosmopolite. Autrefois admiré pas toute la jet set de Savannah, Williams, une fois suspecté de meurtre et son homosexualité publiquement mise à nue, se retrouve seul, ne pouvant plus compter sur ses amis. C’est d’un journaliste extérieur à la communauté et d’un(e) marginal(e) qu’il devra une partie de son salut éphémère. Cette vingtième réalisation de Clint Eastwood connaît un échec lors de sa sortie en salles. Sa longueur et sa lenteur ont sans doute rebuté le public. Cependant, il démontre encore une fois l’éclectisme du cinéaste et offre à Kevin Spacey un de ses meilleurs rôles à ce jour. 



Clint Eastwood | Les pleins pouvoirs (1996)


Après le triomphe de Sur la route de Madison (1995), Les pleins pouvoirs marque pour Clint Eastwood un brillant retour au thriller, genre qui, avec le western, a fait sa gloire. S’appuyant sur un scénario du vétéran William Goldman, le film s’ouvre sur une longue scène d’anthologie illustrant le cambriolage d’une riche demeure, le meurtre d’une jeune femme et enfin l’évasion du voleur, Luther Withney, interprété par Clint.
Par sa virtuosité et par le voyeurisme qu’implique la cachette de Withney durant le crime (il se trouve derrière un miroir sans tain), on pense beaucoup à un autre remarquable cinéaste, Brian De Palma, sans doute à tort, Eastwood ne se laissant jamais influencer par ses contemporains. Mais la comparaison s’arrête à cette séquence. A la technique éblouissante et démonstrative de De Palma, Clint préfère une mise en scène élégante et discrète, mais néanmoins efficace. Les pleins pouvoirs prend la forme d’un thriller politique, développant une réflexion sur le pouvoir et ses dérives. Mais comme dans Jugé coupable, sorti en 1999 et qui évoque la peine de mort et les erreurs judiciaires, à l’intrigue principale se greffe une intrigue parallèle et plus personnelle, traitée avec beaucoup de sensibilité et de justesse. Luther, père absent (du moins en apparence) de par sa singulière profession, entretient des relations tendues avec sa fille. Les rapports parfois difficiles que l’acteur a pu avoir avec sa propre fille Alison (qui fait une courte apparition au début du récit) teinte le film d’une touche autobiographique intéressante, d’autant plus que Laura Linney qui joue la fille de Withney présente une petite ressemblance avec Alison Eastwood. Il s’agit visiblement d’un thème cher au réalisateur car Jugé coupable et son chef-d’œuvre Million Dollar Baby (2004) l’abordent également.  la vision du film on se rend compte que Eastwood a raison de ne plus faire appel à des yes-men, pour tourner ses œuvres les plus commerciales. Les pleins pouvoirs et d’une manière générale tous les thrillers signés par le maître s’avèrent largement supérieurs à ceux troussés, certes honnêtement, par James Fargo (exception faite peut-être de L’inspecteur ne renonce jamais) ou Buddy Van Horn. Il est vrai aussi que depuis Impitoyable (1992), Clint Eastwood sait de mieux en mieux s’entourer. A ses côtés, on trouve en effet une des plus solides distributions de sa carrière : Gene Hackman en président des Etats-Unis peu recommandable (déjà un beau salaud dans Impitoyable), Ed Harris, sympathique (la rencontre entre Withney et Seth Frank son personnage, est des plus savoureuses), Laura Linney (qui sera plus tard a l’affiche de Mystic River et de Sully), Judy Davis, Scott Glenn (qui retrouve Ed Harris, son complice de L’étoffe des héros), Dennis Haysbert et surtout, pour sa dernière apparition à l’écran, E. G. Marshall, remarquable troisième couteau des années 50 et 60 (Douze hommes en colère notamment). Comme pour John McIntire dans Honkytonk Man (1982), on éprouve un grand plaisir à admirer un comédien issu de l’époque glorieuse de Hollywood. Présenté en clôture du festival de Cannes en 1997, Les pleins pouvoirs, même s’il n’est pas le film le plus ambitieux ni le plus fameux de Clint Eastwood, demeure un spectacle de grande qualité, parfaitement mis en scène et interprété.


Richard Tuggle | La corde raide (1984)


En quelques mots : Bien qu’il ait atteint la gloire grâce à l’inspecteur Harry Callahan, Clint Eastwood a joué au cours de sa longue carrière d’autres rôles de flics. Wes Block dans La corde raide, est l’un d’entre eux. Après L’épreuve de force, il s’agit d’une nouvelle variation autour de ce type de personnage et probablement la plus intéressante. Block présente de nombreuses différences avec Dirty Harry. Il a une vie de famille et n’a rien d’un flic invulnérable, bien au contraire. Il possède des fêlures, qui ne sont cependant pas dues à un trauma quelconque. Ce sont ses penchants sexuelles déviants, nés de l’échec de son mariage qui en font un être tourmenté, cultivant une part d’ombre inquiétante. Seule sa plaque et sa faculté à dominer ses pulsions le différencient vraiment du meurtrier. Tous les deux sont les deux faces d’une même pièce. Tout dans le film contribue à rapprocher les deux personnages, le policier et le tueur : ils fréquentent les mêmes endroits, côtoient des femmes identiques, l’un est flic et l’autre l’a été…De fait La corde raide est une œuvre particulièrement sombre privilégiant les ambiances nocturnes, en même temps qu’une plongée dans un univers glauque et malsain où s’étalent toutes les perversions sexuelles. De plus la vision de la Nouvelle-Orléans s’avère des plus oppressantes, à l’image de la scène du carnaval et Clint apparaît la plupart du temps mangé par la pénombre comme pour signifier les zones d’ombre qui le rongent. Eastwood adore ce genre de héros ambigu. Toutefois, jamais il n’est allé aussi loin et il est courageux de sa part d’interpréter un homme attirer par les plaisirs sadomasochistes. Les relations qu’il entretient avec ses filles demeurent intéressantes et se nourrissent d’une part autobiographique certaine, renforcée par la présence de sa propre fille, Alison, dans le rôle de Amanda Block. Wes, père divorcé, aime ses enfants mais, de part son métier, il se retrouve souvent absent de chez lui. L’analogie avec le comédien est des plus évidentes. Les rapports père-fille semblent être un thème qui lui tient à cœur car il imprègne nombre de ses films, tels que Les pleins pouvoirs, Jugé coupable et bien sûr Million Dollar Baby, œuvre matricielle s’il en est. Il va s’en dire que Clint se révèle parfait dans la peau de ce flic ténébreux. Les scènes entre Geneviève Bujold, parfaite en activiste féministe, et lui sont des plus réjouissantes. Leur duo fonctionne bien d’autant plus qu’ils n’ont aucun de ses moments intimes et convenues que beaucoup se serait sentis obligé de filmer et que les deux acteurs ont volontairement écarté. Responsable du scénario de L’évadé d’Alcatraz, Richard Tuggle occupe sur La corde raide les fonctions de réalisateur et de scénariste. Clint Eastwood, favorablement impressionné par le travail effectué par Michael Cimino sur Le canardeur, dont c‘était aussi le premier film, offre à Tuggle la chance de passer pour la première fois derrière la caméra. Mais très vite, apparemment au bout d’une journée, l’apprenti metteur en scène démontre son incapacité à assurer son rôle. On sait aujourd’hui que Eastwood a plus ou moins dirigé le film lui-même, tâche rendue d’autant plus facile que sa propre équipe technique travaillait sur le plateau et que les scènes avec sa fille n’aurait pu être tournées d’une manière aussi complice par un autre réalisateur. Respectant le travail de Tuggle, Clint n’a pas souhaité le renvoyer ce que, de toute façon, il n’aurait pas pu faire, à cause du précédent qu’il a lui même créé lors du tournage de Josey Wales hors-la-loi, durant lequel il a mis à la porte Philip Kaufman, pratique qui a fortement déplu à la Screen Director’s Guild laquelle interdit depuis à tout membre de l’équipe de tournage de renvoyer le réalisateur. Toujours est-il que La corde raide porte la griffe de Clint Eastwood qui, après Le retour de l’inspecteur Harry en 1983, confirme son goût pour les climats troubles, violents et sombres.