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Don Siegel | L'évadé d'Alcatraz (1979)



En quelques mots : Dernière des cinq collaborations entre Clint Eastwood et le réalisateur Don Siegel, après une interruption de huit ans qui a vu l’acteur devenir une star et un metteur en scène expérimenté, L’évadé d’Alcatraz s’inspire d’une histoire réelle, survenue en 1962 et qui entraîna la fermeture du célèbre pénitencier ayant accueilli, entre autres, Al Capone et Robert Stroud, dont Burt Lancaster a joué le propre rôle dans Le prisonnier d’Alcatraz de John Frankenheimer (1962). Siegel cherche donc à coller au plus près à la réalité. Ce souci d’authenticité, coutumier chez lui, se perçoit à divers niveaux : tournage sur les lieux mêmes de l’action, comédiens peu connus (hormis la vedette bien sûr !), refus de scènes visant le sensationnel, rythme lent mais néanmoins nerveux, climat froid et austère, plus proche du documentaire que de l’œuvre de fiction. Ainsi l’ambiance carcérale est parfaitement rendue. Siegel, d’ailleurs, avait déjà admirablement traduit cet univers cloisonné et étouffant dans Les révoltés de la cellule 11 (1954) avec Neville Brand et Lee Marvin notamment. Le film constitue un modèle de classicisme, de simplicité, où chaque scène a sa raison d’être, évitant ainsi tout superflu. On cite souvent à ce propos la scène de la rencontre entre Frank Morris et l’impitoyable directeur de la prison (joué par Patrick McGoohan) : en quelques plans, la situation géographique est présentée et les deux principaux protagonistes de l’histoire, définis dans leur personnalité. La réalisation est dépouillée à l’extrême. Le jeu minéral de Clint Eastwood est à l’image de la technique épurée employée par Don Siegel. Plus laconique et monolithique que jamais, l’acteur délivre une composition remarquable, trouvant son équilibre dans la maîtrise de gestes quotidiens, répétés continuellement, tel un rite mécanique. Clint est au sommet de son art et son affrontement avec McGoohan, rendu célèbre, par la série Le prisonnier (qui se retrouve ironiquement de l’autre côté de la barrière), est mémorable. L’évadé d’Alcatraz demeure donc une œuvre captivante de bout en bout et représente, après l’efficace Un espion de trop (1977) avec Charles Bronson et Lee Remick, le dernier film majeur de Don Siegel. 


Don Siegel | L'inspecteur Harry (1971)


En quelques mots : "L’inspecteur Harry" inaugure une série de cinq films produits entre 1971 et 1988, et qui vont faire de l’acteur une star, voire un mythe tout en lui collant une étiquette de dangereux réactionnaire dont il aura bien du mal à se débarrasser. Tourné avec toute la nervosité nécessaire et coutumière du réalisateur, "L’inspecteur Harry" se révèle être déjà un excellent polar pour le moins efficace, très rythmé (la musique de Lalo Schifrin n’y est sans doute pas pour rien) , au scénario parfaitement architecturé et riche en scènes d’action. Longtemps cantonné à la série B, Don Siegel appose sa griffe à ce film admirable de sobriété et de concision. Pas un plan superflu, aucun effet facile ne viennent parasiter la conduite du récit menée avec une urgence presque palpable. Siegel parvient à rendre avec beaucoup de réalisme le tissu urbain. Baignant dans une ambiance trouble et violente (la nuit semble peuplée de voyous en tout genre), la vision de San Francisco ici dépeinte s’avère très éloignée, volontairement d’ailleurs, de celle de Bullitt qui offrait en 1968 un éclairage plus pittoresque de la ville californienne. Mais au delà de ses incontestables qualités, c’est son personnage principal qui a fait la renommée du film. Harry Callahan est un flic désabusé, solitaire, individualiste et raciste. Recourant à des méthodes expéditives, il ne s’embarrasse pas de scrupules pour abattre les criminels de tout poil, se faisant le bras armé d’une justice par trop laxiste. Il est un chasseur pour qui seule la traque des meurtriers compte. Il n’a plus de vie sociale et une vie privée réduite au minimum. Le plus important pour lui est son métier. Dirty Harry apparaît comme un héros pour le moins ambigu, certes du bon côté de la loi, mais n’hésitant pas à recourir aux mêmes méthodes (le Magnum 44 le prouve) que les meurtriers qu’il traque. Parfois, la frontière entre le bien et le mal semble difficile à définir clairement, comme souvent chez Eastwood. Ainsi, lors de l’affrontement final, Callahan et Scorpio, chacun mu par des pulsions meurtrières confinant à l’obsession, ne sont finalement pas si éloignés l’un de l’autre. Ils constituent en quelque sorte les deux faces d’une même pièce. Seul Clint Eastwood pouvait interpréter un tel rôle, prêtant à celui-ci son regard froid et plissé, son hiératisme, son humour empreint de cynisme et son charisme. Suite aux critiques que le film, conçu comme une sorte de western urbain, a suscité, Clint Eastwood tentera de se défendre en en tournant une suite deux ans plus tard : Magnum Force.



Don Siegel | Les proies (1971)
























Troisième collaboration entre Clint Eastwood et le metteur en scène Don Siegel, "Les proies" demeure un des films les plus singuliers du comédien et un des plus réussis également.

Don Siegel | Sierra Torride (1970)
























Ce western, qui marque les retrouvailles de Don Siegel et du comédien après Un shérif à New York, aborde, au même titre que Vera Cruz de Robert Aldrich ou Major Dundee de Sam Peckinpah, cette période (les années 1863 – 1867) qui voit les Mexicains s’opposer aux Français, mais il se rapproche en fait davantage des westerns spaghetti que de ce des deux chefs-d’œuvre du genre, même s'il se démarque des bobines italiennes par l'importance accordée au rôle féminin, dont la relation avec son compagnon masculin constitue le véritable intérêt du récit.