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Soon | YOB - Our Raw Heart


"Our Raw Heart", la nouvelle bûche de YOB (Stoner Doom), verra le jour le 8 juin 2018 chez Relapse Records.
Une première bifle ici =>





KröniK | Amorphis - Am Universum (2001)


Jusqu'à l'arrivée de Tomi Joutsen et en dépit de l'incontestable qualité des disques qu'il gravera avec eux à partir de 2005, lesquels marqueront alors un certain retour aux sources, les Finlandais n'ont jamais été pris en flagrant délit de stagnation, évoluant au gré des albums et des (légers) changements de line-up, glissant en douceur du death doom de "The Karelian Isthmus" au metal plus accessible bien qu'encore assez heavy, de mise sur "Elegy", sans toutefois renier leurs racines folkloriques enracinées dans la géographie et la mythologie finnoises. L'abandon progressif du chant de bête en rut symbolise cette mue naturelle qui leur a permis de surprendre constamment sans pour autant décevoir.
Et alors qu'on croyait cette mutation achevée par un "Tuonela" finalement plus rock que métallique, Amorphis change à nouveau de peau avec ce "Am Universum" qui largue plus encore les amarres pour accoster les rivages d'une musique à la fois atmosphérique et psychédélique, nimbée de touches progressives. Plus policées quoique toujours mordantes, les lignes vocales de Pasi Koskinen entraînent cette cinquième offrande sur ce front extrêmement mélodique que soulignent des claviers nourris aux années 70 ('Crimson Wave') et la présence d'un saxophone, assuré par le légendaire Sakkari Kukko, sur une large moitié du menu dont le majestueux et envoûtant 'Drifting Memories'. Mais comme toujours avec Amorphis, cette évolution se fait sans heurts, aidée en cela par cet inoxydable sens de la mélodie qui fait mouche et les accroches guitaristiques reconnaissables entre mille de la paire Holopainen / Koivusaari. De fait, les hymnes ne manquent pas, bien entendu, au sein d'un ensemble aussi carré que racé qui ne saurait susciter la moindre réserve, fidèle aux (bonnes) habitudes d'un groupe dont le métier n'est plus à démontrer. 'Alone', qui en ouvre les portes, est le plus irrésistible d'entre eux avec ses couleurs quasi floydiennes associées cependant à de lourds aplats qui forment un solide substrat que n'érodent jamais totalement ces envolées soyeuses. Tavelé d'ambiances spatiales, 'Goddess (Of The Sad Man)' poursuit cette imparable lancée que complètent en fin de parcours le lent 'Veil Of Sin', assis sur un tapis onctueux et le long et terminal 'Grieve Stricken Heart' aux reliefs évolutifs du plus bel effet. Amorphis pur jus, les 'Captured State', 'The Night Is Over' et autre 'Forever More' font également feu de tout bois tandis que 'Shatters Within' annonce un 'Far From The Sun' qui verra les Finlandais aller au bout de cette exploration sonore avec un bonheur plus grand encore. Avec ce "Am Universum", plus progressif et psyché que ses devanciers, Amorphis continue de façonner un art qui, depuis l'embauche de Pasi Koskinen, ne cesse de s'éloigner peu à peu du metal pur et dur sans pour autant rompre avec une immuable réussite. 3.5/5 (2017) | Facebock






Soon | Atriarch - Dead As Truth


Date | 11/08/217
Label | Relapse Records
Genre | Blackened Doom

 

KröniK | Amorphis - Elegy (1996)


Fort du succès rencontré par "Tales From The Thousand Lakes", il aurait pu continuer dans cette voie d'un death doom (déjà) tavelé de teintes progressives et folkloriques mais, à l'instar de beaucoup de groupes de sa génération, tels que Tiamat, The Gathering ou Anathema pour n'en citer que trois, Amorphis a toujours préféré à la stagnation rassurante et confortable l'évolution, certes plus risquée, mais surtout plus satisfaisante en termes artistiques.
De fait et nonobstant un socle rocailleux qui affleure encore à la surface, la musique que les Finlandais nous offrent deux ans plus tard avec "Elegy" affiche des traits plus mélodiques encore, confirmant en cela la mutation esquissée par son mythique prédécesseur. Le principal levier de ce glissement naturel réside dans le chant clair qui, pour la première fois, remplit l'espace, à égalité avec les éructations caverneuses, lesquelles disparaîtront, au moins pour un temps, à compter de "Tuonela". Elles ne resurgiront vraiment qu'à partir de "Eclipse" avec l'arrivée de Tomi Joutsen derrière le micro, remplaçant Pasi Koskinen (Ajatarra, Shape Of Despair) dont "Elegy" marque le début de la collaboration avec le combo de Helsinki. Dès l'album suivant, il en deviendra l'unique chanteur. Pour l'heure, s'il y partage donc les lignes vocales avec l'organe d'outre-tombe du guitariste rythmique Tomi Koivusaari, son arrivée contribue grandement à faire de cette troisième offrande une création charnière, entre le death metal originel avec lequel elle coupe le cordon et le metal atmosphérique voire franchement évolutif ("Far From The Sun") à venir, cependant que les guitares de Esa Holopainen et les claviers, encore plus présents que sur "Tales From The Thousand Lakes", achèvent les derniers liens qui liaient Amorphis à la chapelle extrême. Pour autant, "Elegy", qui prend sa source dans les poèmes finnois rassemblés dans la "Kantélatar",  ne déstabilisera pas tant que cela le fidèle car, à la manière d'un Katatonia, ses auteurs ont toujours évolué par petites touches, sans rompre brutalement avec leurs racines. Ainsi, en dépit d'oripeaux death metal réduits à quelques râles de bêtes en rut, il paraît bien difficile de résister, même pour les plus sauvages d'entre nous, à ce menu racé qu'aucune faiblesse ne vient grever. On ne compte plus les hymnes qui le jonchent, de 'Better Unborn', amorce séduisante et symbolique en cela que les growls tout d'abord proéminents sont peu à peu balayés par la voix claire du nouveau venu, au majestueux 'My Kantele' que nimbe un tapis de synthés aux teintes tour à tour psychédéliques ou progressives, de 'Against Widows' à l'accroche typique d'Amorphis à la longue pièce éponyme délicieusement épique, sans oublier l'instrumental terminal 'Relief'. Quant à 'Cares', il étonne avec ses kystes electro mais n'en reste pas moins envoûtant. Bien que moins fort que son aîné de deux ans, le fait est que "Elegy" demeure un disque important pour les Finlandais, matrice du rock délicat et tout en atmosphères que tricoteront ses successeurs. 3.5/5 (2016) | Facebook





Soon | Unearthly Trance - Stalking The Ghost


Date | 24/02/2017
Label | Relapse Records
Genre | Sludge Doom

KröniK | Amorphis - Tales From The Thousand Lakes (1994)


Bien qu'il ait participé à l'émergence de la scène death metal finlandaise au début des années 90, Amorphis a en réalité très tôt entamé sa mue pour afficher des traits plus doom tout d'abord, extrêmement mélodiques et nourris au folklore national ensuite. Quoique fixée très rapidement, son identité n'a donc cessé d'évoluer, quitte à déstabiliser son public. Ainsi à "The Karelian Isthmus" qui a fait découvrir le groupe  en 1992, dans la veine morbide d'un death doomy, succède deux ans plus tard, après le EP "Privilege Of Evil", ce "Tales From The Thousand Lakes" que beaucoup considèrent à raison comme l'un de ses joyaux et comme l'album emblématique de cette première période où Amorphis avait encore toute sa place au sein de la chapelle extrême. Si le socle creusé par son prédécesseur n'a pas encore été arasé totalement car il en reste encore des oripeaux, à commencer par le chant grumeleux de Tomi Koivusarri et la prise de son assurée à nouveau et pour la dernière fois (ou presque) - il sera secondé sur "Elegy" par Mikko Karmila - par le Suédois Tomas Skogsberg qui, dans les entrailles des Sunlight Studios, sera responsable de la croûte sonore qui fera le succès des Entombed, Dismember et autre Carnage, ce deuxième opus rompt déjà ses amarres, œuvre plus policée et accessible, quand bien même 'First Doom' ou 'The Castaway' demeurent prisonniers d'une épaisse gangue rocailleuse. La place, alors inédite, des claviers témoigne de ce glissement vers une musique où les mélodies priment sur une brutalité qui, chez les Finlandais, a de toute façon toujours été très relative. Loin d'un rôle figuratif chargé d'égrener des ambiances, cet instrument, honni par nombre d'ayatollahs du genre, devient aussi déterminant que les guitares dont il souligne le travail finement découpé. Magnifique et nimbée de chœurs féminins, l'intro 'Thousand Lakes'  illustre merveilleusement cette promotion, porte d'entrée élégiaque d'un opus dont on sent d'emblée qu'il corrigera les menues maladresses de son aîné. Grâce à ces synthés volubiles dont un Moog à priori incongru, les influences progressives surgissent au détour d'un 'Black Winter Day', véritable épicentre d'un menu dont il synthétise à lui seul le caractère franchement mélodique. Mais les différences entre ces deux premiers disques ne se constatent pas sur le seul terrain stylistique ou formel mais également sur celui de la qualité d'écriture qui fait cette fois-ci plus qu'éclater au grand jour, par le biais de compositions entêtantes aux allures d'hymnes, telles que 'Drowned Maid' ou 'In The Begining'. Louons à ce titre encore une fois l'immense talent du guitariste Esa Holopainen dont les lignes lumineuses et acérées ont quelque chose d'une vigie perçant la nuit. L'homme maîtrise parfaitement cette science de l'accroche imparable, ce dont témoignent 'Forgotten Sunrise' et plus encore l'entraînant 'To Fathers Cabin', irrésistible instrumental tout en progression. "Tales From The Thousand Lakes" dévoile déjà un groupe en pleine possession de ses moyens qui impressionne par les progrès qu'il a réalisés en l'espace de deux ans. La suite ne fera que confirmer cet admirable potentiel... 4/5 (2016)


                                   

KröniK | Amorphis - The Karelian Isthmus (1992)


Quoique moins culte et matriciel que lui, le death metal finlandais a lâché ses premiers rots en même que son voisin suédois. Funebre, dont l'unique album, "Children Of The Scorn" (1991), a été produit, rappelons-le, par un certain Timo Tolkki (Stratovarius), Sentenced et bien entendu Amorphis, pour n'en citer que trois parmi les plus fameux, ont ainsi très tôt, dès la fin des années 80, participé à l'érection d'un tertre morbide dont les formes pesantes le rapprochent finalement presque davantage du doom que du death pur jus. Ce qui se vérifie plus nettement chez le troisième membre du triumvirat susmentionné, lequel a toujours cultivé sa différence, d'abord en préférant aux habituelles histoires de zombies un récit ancré dans le patrimoine national, puis en gommant peu à peu ses racines extrêmes pour aller braconner sur des terres plus atmosphériques ("Tuonela") voire carrément progressives ("Far From The Sun"), avant de renouer avec une certaine dureté à partir de "Eclipse" (2006). Mais nous n'en sommes pas encore là. En 1992, Amorphis, que le guitariste Esa Holopainen et le batteur Jan Rechberger ont fondé deux ans plus tôt, vite rejoints par le six-cordes (et alors chanteur) Tomi Koivusaari et le bassiste Olli-Pekka Laine, macère pleinement dans un suint purulent. En dépit d'un son fétide qui sent bon les boyaux éviscérés, d'un accordage plus bas que terre, "The Karelian Isthmus", son acte de naissance, annoncé par la démo "Disment Of Soul" (1991), dévoile néanmoins une identité déjà (presque) reconnaissable entre mille, comme en témoignent ces claviers déjà envoûtants ou ce sens immuable de la mélodie qui fait mouche, sans oublier ce riffing  irrésistible et signature indélébile d'un Holopainen dont le jeu a toujours été la clé de voûte d'un édifice aux lignes élégantes. A ce titre, l'introductif 'Karelia' ne saurait tromper personne quant à son origine. Ceci dit, les Finlandais sont alors encore loin du metal racé qui fera leur succès et le chant bien caverneux plonge ce premier album dans les profondeurs d'un abîme de noirceur et de tristesse qui en font le disque sinon le plus brutal (tout est relatif), au moins le plus lourd du groupe. Bien que percées par quelques furieuses accélérations ('Black Embrace', 'Vulgar Necrolastry' à l'entame véloce), ces compositions sont comme prisonnières d'une gangue de plomb qui les cloue dans cette terre gelée chargée d'histoire et de folklore. Solide et aucunement maladroit, "The Karelian Isthmus" pose les fondations qui serviront à l'édification du référentiel "Tales From The Thousand Lakes", dont il est une manière d'ébauche, riche de ce charme de la première fois mais inférieur cependant à son successeur lequel, d'un autre niveau, installera Amorphis sur le trône du death finlandais. 3/5 (1996)


                                   

Soon | Ringworm - Snake Church


Date : 29/07/2016
Label : Relapse Records
Genre : Hardcore / Thrash


KröniK | Zombi - Shape Shift (2015)


Occupés à la fois par leur modeste label VCO Recordings dédié à la musique électronique en format cassette uniquement et par leurs projets parallèles, notamment Majeure dont le nouvel album, "Union Of Worlds", est publié au même moment, cela faisait donc longtemps que A.E. Paterra et Steve Moore ne nous avaient pas régalés les cages à miel avec Zombi, leur principale aire de jeu, depuis 2011 en fait et l'excellent "Escape Velocity".  A l'écoute de cette septième rondelle, en comptant un split partagé avec Maserati, on mesure combien cette période d'abstinence longue de quatre années, a été bénéfique au duo qu'on retrouve plus inspiré que jamais. Toujours fidèle à un space-rock instrumental nourri aux bandes originales de films, ceux de John Carpenter et des gialli italiens, le tandem parvient avec "Shape Shift" à se réinventer avec brio et intelligence, quand bien même leur patte demeure aisément identifiable. De fait, on reconnaît d'emblée ce tapis d'effluves synthétiques tricoté avec une énergie ondulante ('Pillars Of Dawn') que souligne une rythmique hypnotique et c'est déjà un plaisir en soi. Les Américains auraient pu s'en contenter. Au contraire, ils accouchent cette fois-ci d'un opus subtilement différent de ses aînés. Différent par son architecture faite de pistes dans l'ensemble plus ramassées que de coutume, à l'exception de l'une d'entre elles, sur laquelle nous reviendrons. Différent par sa sombre lenteur, à laquelle Zombi nous a certes toujours habitués mais qui prend ici une toute autre dimension, se répandant tout du long. Si certains passages, très progressifs ('Total Breakthrough') surgissent par moments, ils se diluent dans la semence crépusculaire d'une mélancolie lancinante, ce qu'illustrent des plaintes telles que le nocturne 'Shadow Hand' et surtout 'Interstellar Package', qu'on verrait bien faire office de B.O. d'une pellicule horrifique des années 80. Bien que les synthétiseurs "dégueulent" (forcément) de toutes parts, basse généreuse et percussions trippantes se taillent la part du lion comme jamais. Il suffit d'écouter 'Mission Creep' ou 'Toroidal Vortices' pour s'en convaincre, titres qui palpitent d'une sève pulsative. Il en résulte un album à la fois homogène et riche de ses tessitures addictives et gondolantes, lequel culmine avec le bien nommé 'Siberia II'. Durant près de quinze minutes, A.E. Paterra et Steve Moore tressent un canevas étiré et volontairement répétitif d'une langueur glaciale presque lugubre qui semble ne jamais vouloir mourir. Aux claviers noirs et enveloppants vient peu à peu se greffer, en un orgasme terminal et démentiel, une batterie dont le pouls confine à une forme de transe. On tient là sans aucun doute l'une des compositions les plus réussies des Américains, conclusion idéale d'un album en tout point remarquable dont la maîtrise et le juste équilibre entre pulsations entêtantes et ondulations galopantes sonnent comme un aboutissement dans la carrière du groupe. (2015)


KröniK | True Widow - Circumambulation (2013)


Il y a des indices qui ne trompent pas. L'écrin visuel de Circumambulation, qui confine à l'épure, en est un justement, simple visage féminin dont le profil se découpe sur un fond noir. Noir comme l'encre. Un peu à l'image finalement de la musique façonnée par True Widow que la récente signature chez Relapse (il était autrefois hébergé par Kemado, ce qui lui correspondait peut-être mieux) pourrait faire passer - à tort - pour un nouveau rejeton du Sludge Doom US. Ce qu'il n'est pas. Bien évidemment. Il y a chez ces Texans une singularité bizarre, une manière de sonner, à la fois pesante et déglinguée, léthargie sous psychotropes, qui les rend si différents et leur confère ce charme immédiat, cette saveur étrange, quasi métaphysique.
De là, aussi la difficulté de les étiqueter. Rock alternatif  et arty ? Indie Pop ? Post-punk ? Eux parle de Stonegaze. Pourquoi pas, d'autant plus que cette association à priori antinomique entre le Stoner et le Shoegaze, a au moins le mérite d'esquisser l'ambivalence d'une bande-son qui à la puissance rentrée du Doom conjugue la dimension éthérée d'un chant féminin sous acide, presque somnanbulique.      D'autres ont déjà tenté, avec plus ou moins de bonheur, cette fusion entre pesanteur et mélancolie veloutée - on pense par exemple à Ides Of Gemini - mais True Widow possède tout simplement une profondeur, une gravité qui n'appartiennent qu'à lui. Est-ce la voix spectrale de la bassiste Nicole Estill ? Est-ce la guitare désaccordée de DH Phillips qui par ailleurs seconde parfois la belle derrière le micro ? Sans doute un peu tout cela à la fois. Sorte de rêverie maladive, Circumambulation est la troisième offrande des Américains, déjà auteurs d'un galop d'essai éponyme en 2008, suivi trois ans plus tard de As High As The Highest Heavens And From The Center To The Circumference Of The Earth (?). On navigue tout du long dans un entre-deux, clair-obscur douloureux écartelé entre noirceur et lumière, entre rythmique lancinante et mortifère ("Creeper") et déambulation vaporeuse aux accents Pop-Ambient (le très beau "Four Teeth"). Mais toujours, la tristesse est là, prégnante, poisseuse, même au détour d'une pulsation instrumentale squelettique telle que "I:M:O". Tout y est englué dans une amertume contemplative qui ne s'estompe jamais vraiment. Circumambulation envoûte autant qu'il engourdit, creusant de profonds sillons dans la mémoire. Ses accords grêles et ce chant de sirène pétrifiée vous hanteront longtemps encore une fois l'écoute achevée... 3/5 (15/07/2013) | Facebock






KröniK | Zombi - Escape Velocity (2011)


Nous avions laissé Steve Moore et Anthony Paterra en 2009 et un split tout à fait intéressant partagé avec Maserati. Deux ans plus tard, les voilà de retour avec un quatrième voyage dans le temps. Détenteur d’un style dont il ne se départira sans doute jamais (ce qu’on ne lui demande pas de faire d’ailleurs), Zombi tricote depuis 2002 un space-rock instrumental extrêmement personnel, alimenté aux bandes originales de films écrites par John Carpenter. Pas de chant donc, ni de guitares, mais une batterie synthétique et surtout une myriade de sons électroniques qu’étendent des claviers généreux aux teintes analogiques qui sentent le bon vieux Moog. Anachronique peut-être mais toujours jouissif, certainement. Escape Velocity ne surprendra donc personne dès lors que l’on connaît bien ses auteurs. Pourtant, les Américains y démontrent, outre une maîtrise du genre que l’on ne saurait de toute façon leur contester, une volonté constante, sinon de progresser ,au moins de travailler leur art auquel ils évitent de tomber dans le piège regrettable de la stagnation. Encadrés par deux sentinelles (le titre éponyme ainsi que "Time Of Troubles") qui n’apportent pas grand chose de neuf, il y a heureusement trois énormes pulsations qui propulsent cet album vers des sommets. C’est tout d’abord "Slow Oscillations" qui, comme son nom l’indique, est basé sur de lentes ondulations qui se répandent tel le ressac. Malgré ses à peine trois minutes au jus, il s’agit d’un vrai petit bijou qui prouve que Zombi n’est absolument pas inféodé au paradigme basé sur de longues structures qu’il développe depuis une dizaine d’années. Lui succède ensuite le gigantesque "Shrunken Heads", performance sombre, obsédante et hypnotique qui confine à une forme de transe grâce à son motif technoïde répété durant plus de 8 minutes aux confins des bandes-sons horrifiques italiennes des années 70 et 80. On tient là assurément une des plus belles et envoutantes pièces jamais écrites par le tandem. Arrive enfin "DE3" dont les couleurs synthétiques s’assombrissent dans sa seconde partie où de nombreuses et torrentielles couches électroniques se disputent l’espace sonore tandis que les percussions de Paterra les soulignent de leur groove lancinant. Malgré le déluge de synthétiseurs, la musique des Américains conserve toujours un aspect au final très rock et accrocheur, qualité qui lui permet d’échapper à la stérile démonstration technique que les septiques se seraient attendus à trouver. Nonobstant une durée dont on ne peut que regretter qu’elle ne soit pas plus longue (la demi-heure n’est franchie que de peu) et une architecture curieuse, Escape Velocity peut toutefois être envisagé comme un des meilleurs albums que Zombi ait enfanté à ce jour, synthèse parfaite de ses précédentes créations sans pour autant faire changer d'avis ses détracteurs sur son compte. Mais un disque dont la pochette (dans l’esprit de ce que faisait autrefois Hipgnosis) où figure une femme nue peut-il être mauvais ? Non, bien évidemment... 4/5 (2011)


KröniK | Zombi - Spirit Animal (2009)


Signé chez Relapse, où il parait aussi à l’aise qu’une bonne sœur au Sexorama de la place Pigalle, Zombi ne noue en fait que peu de liens avec le métal pur jus. Non, la musique que tètent Steve Moore et A. L Paterra, est davantage à rechercher du côté du progressif entièrement instrumental, vers le trip Space Rock et les bandes originales de films concoctées par Goblin (le Zombie de Romero, justement : ça ne s’invente pas !) et surtout John Carpenter (Halloween…). Bref, pour beaucoup cela se résume à de la musique d’ascenseur… Mais d’autres y voit, à juste titre, une démesure orgiaque où la virtuosité et beauté se conjuguent. Troisième effort longue durée de l’hydre à deux têtes, Spirit Animal s’inscrit dans la continuité de Cosmos (2004) et Surface To Air (2006). Au programme, cinq échappées faisant parfois plus que voisiner avec les dix minutes au compteur et enracinées sur un socle synthétique, assemblage de couches de claviers et autres synthétiseurs qui dégoulinent de toute part. Ceci dit, batterie, percussions, guitare et basse ne sont pas en reste ("Earthly Powers"), arc-boutants certes plus discrets mais soutenant efficacement une architecture issues des années 70/80 où tous les éléments se mélangent, fusionnent en un tout plus digeste qu'il n'y parait de prime abord car les deux musiciens savent imprimer beaucoup de rythme à leurs effusions instrumentales. Si le style du groupe est clairement reconnaissable, pour autant, Zombi continue de travailler, de façonner sa musique complètement anachronique. Ainsi, il pousse jusqu'au paroxysme son art de la répétition hypnotique, accède à une espèce de beauté métaphysique, il diversifie son expression (Mellotron, ambiances plus liturgiques…) et accentue ses traits les plus rock ("Cosmic Powers") voire les plus lourds, comme en témoigne le sombre et démentiel "Through Time" et ses 17 minutes de folie sur lesquelles planent l'ombre de Klaus Schulze et qui meurt lentement ; deux titres en forme d’apothéose après un début d’album tout aussi réussi mais probablement moins surprenant ("Spirit Warrior"). Avec classe, puissance et émotion, Zombi exalte tout un pan de la musique progressive, celle-là même qui a conduit au déclin du genre dans la seconde moitié des années 70.Ceux qu’horrifient les déluges de notes et la suprématie des claviers peuvent se pincer le nez et se boucher les oreilles. Par contre les amateurs de synthés qui galopent de partout mais de manière lancinante, eux, ne pourront que prendre leur pied. Doté de compositions plus fortes que ses divers prédécesseurs, Spirit Animal peut sans hésiter être considéré comme le travail le plus abouti de ses géniteurs. Pourtant ses aînés, Cosmos surtout, se révélaient déjà remarquables, c’est dire toute la valeur de cette nouvelle offrande moins aérienne et plus terreuse. (2010)


Birds Of Prey | The Hellpreacher (2009)


Erik Larson, le bûcheron de Virginie, Richmond USA, n'est pas du genre à se contenter de téter des bières avachi dans son canapé. Alabama Thunder Pussy a peut-être bu sa dernier Budweiser après avoir pourtant livrer sa meilleure cartouche avec Open Fire, il a toujours (entre autres projets) Birds Of Prey pour vidanger ses riffs graisseux et épais comme une semence masculine après quelques jours d'abstinence. Birds Of Prey est un de ces groupes qui ne peuvent être qu'américains. Il a ce son velu qui sent les dessous de bras, ce chant rugueux biberonné au Jack Daniels typique et cette manière d'aller à l'essentiel (les titres ne dépassent jamais les cinq minutes). Avec les jambes arquées entre le sludge/doom et le stoner sudiste, le groupe où l'on croise des mecs issus de Baroness, Municipal Waste ou Beaten Back To Pure (tout est dit !), regurgite déjà son troisième glaviot en quatre ans. On ne perd pas temps chez l'Oncle Sam. Et cela s'entend tout du long de ces douze enclumes. Epidermique et intense, The Hellpreacher, tel Ted Nugent à un concours de chasse, ne fait pas de quartier. Il usine un metal ultra pesant, plombé par des guitares implacables  ("Tempt The Disciples"). Pouvant aussi bien balancer un uppercut brutal quasi punk dans l'esprit ("Taking On Our Winter Blood", où Ben Hogg semble vomir toutes ses tripes, "Blind Faith") ou un superbe, bien que très (trop?) court instrumental ("As The Field Mice Play"), Birds Of Prey atteint surtout l'orgasme lorsqu'il dresse une érection en béton armé. "Mama", dont les premières mesures s'accrochent au cerveau pour ne plus le quitter, "Juvie", introduit par une basse toute en rondeur avant de s'accoupler avec des riffs dignes d'un panzer lors de l'invasion de la Pologne ou le puissant "Alive Inside !" sont ainsi des saillies écrasantes, emportées par une cadence pachydermique. Mais comme on peut aimer la binouse, les armes à feu, lire Hustler et avoir quand même un coeur, les Ricains savent aussi faire parler l'émotion et pas uniquement la poudre, comme en témoigne le presque doom "The Excavation" et ses lignes de grattes d'où suinte une mélancolie poisseuse. D'ailleurs Erik Larson et Bo Leslie forment vraiment le socle mazouté sur lequel Birds Of Prey s'enfonce, avec leurs riffs tour à tour sales et gras comme le ketchup ("False Prophet") ou bien chargés d'une vraie finesse (la respiration instrumentale aux teintes hispaniques "The Owl Close In"). Leurs joutes ne sont également pas sans évoquer le grand hard rock et le pur heavy metal dont Larson est d'ailleurs fan (il suffit d'entendre le dernier opus de la Chatte de l'Alabama pour s'en convaincre), témoin le final jouissif de "Giving Up The Ghost", notamment. Une belle "Busherie" donc, un coup de poing dans la gueule et comme on est de bons chrétiens, on tend la joue gauche avec une délectation masochiste... Amen. (2009)


Culted | Below The Thunders Of Upper Deep (2009)


Une ambiance inquiétante, d'une froideur pénétrante, bâtie sur des sons étouffés en provenance d'un gouffre mangé par les ténèbres et qui s'étirent de longues minutes durant. Puis le fracas de guitares figées dans la rouille et le mazout. Et ces cris caverneux vomissant la haine, la souffrance. "Tyrant Cold", première fissure dans ce bloc granitique, a quelque chose d'un monstre, d'un golem d'acier répandant des ondes sismiques à la négativité absolue à des kilomètres à la ronde. D'une lenteur étouffante qui vous engourdit autant qu'elle vous laboure les chairs avec ces riffs obsédants aux allures de scalpel, cette plainte baigne dans un climat trouble et noir dont on ne sort pas indemne. Vous voilà prévenu. Soyez-en convaincu, venu peut-être de nulle part, Culted vous entraînera néanmoins dans un charnier fumant. Aucune lumière, aucune échappée, aucun indice salvateur. Jamais. Forcément. Below The Thunders Of Upper Deep n'est qu'une masse grouillante qui bouillonne de secousses vrombissantes et sourdes libérées par le chevauchement d'instruments toujours à la limite de la rupture. Aussi bien influencés par le doomcore agonisant (pour le substrat massif), le drone (le bourdonnement des guitares digne d'un réacteur d'Airbus, comme sur "Place Of Skulls" ou lors de l'entame de l'épouvantable et interminable - dans le bon sens du terme - "Gunburn") ou le black metal, pour certains râles raclant la gorge, ces Canadiens délivrent la parfaite synthèse des divers directions qui écartèlent actuellement le doom des abysses. En six pauses sur un chemin de croix sans espoir de retour ou de pardon, Culted se fait le guide funeste de notre propre mort. Adepte de la torture mentale, il n'aime rien moins que prolonger l'agonie, de faire durer des notes jusqu'aux limites du supportable. Il transforme un sustain en une punition sentencieuse. Ecouter ce premier essai revient à se faire terrasser, à recevoir une enclume sur la gueule ("Heel On Your Neck"), tant la pesanteur extrême est de mise tout du long de ces trois quart d'heure douloureux et sans issue. Parfois, les riffs sembleraient vouloir s'éclairer mais bien vite, une chape de plomb leur retire cette velléité. Chaque titre est une marche supplémentaire vers le néant, vers les profondeurs, vers ce "The Latter Fire" qui sonne comme les dernières mesures du coeur d'un mourant. Comment d'ailleurs espérer revenir à la vie après un "Gunburn" déchiré par des hurlements écorchés qui s'arc-boutent sur un tempo qui s'arrête, redémarre, explose et où le temps est en suspens ? Charbonneux plus que tragique, Below The Thunders Of Upper Deep n'irradie aucune beauté ; il n'est que laideur et décrépitude. Monolithique, il paraîtra absurde et vide de sens pour qui n'est pas réceptif à ce genre de musique. Cauchemardesque également... et donc superbe. S'il continue sur sa lancée tout en se forgeant une identité encore plus définie, il y  a fort à parier que l'on tient avec Culted un futur masochiste de la souffrance parmi les meilleurs du style. Un monstre effectivement... (2009)


KröniK | Dysrhythmia - Psychic Maps (2009)


Quand bien même de plus en plus de groupes osent depuis ces dernières années le tout instrumental (Karma To Burn, Pelican, Caldera, Capricorns...), prouvant par là même qu'absence de chant n'est pas synonyme de chiantise absolue, ce choix demeure encore aujourd'hui assez marginal. Pourtant cela fait déjà dix ans que Dyrhythmia n'enfante que des albums - Psychic Maps est déjà son quatrième bébé - de ce type. Il faut dire que le genre auquel les Américains sont rattachés, le progressif, reste probablement celui qui se prête le mieux à ce parti pris. Néanmoins, parler de prog à l'encontre de ce trio dont deux de ses membres, le guitariste Kevin Hufnagel et le bassiste Colin Martson, animent également, entre autres, Gorguts, une référence en matière de techno death, semble un raccourci maladroit. Pas de branlette de manche ou de plans à rallonge chez Dysrhythmia qui forge plutôt un metal certes technique mais surtout profond et sombre et jamais stérile. Psychic Maps est ainsi un concentré de riffs, de breaks, de cassures polyrythmiques d'où jaillit pourtant parfois une certaine forme d'émotion ("Reactionary", "Room Of Vertigo"). Les compostions, hormis la dernières d'entre elles, "Lifted By Skin" qui voisine avec les onze minutes, conservent une durée toujours raisonnable. Par contre corollaire de ce format relativement court ("Iron Cathedral"), elles ont une densité égale à celle du Japon tout en restant, ce qui est un exploit, des plus digestes (ce ne sera du reste sans doute pas l'avis de tout le monde). La trame repose sur un maillage donc très serré, irriguée par une rythmique explosive et une guitare exploratrice. Ces mecs démontrent que l'on peut écrire des morceaux instrumentaux, à la fois extrêmement mélodiques et avec du sens et dont on ne se dit jamais durant leur écoute qu'un peu de chant aurait été le bienvenu. Ici, le socle se suffit à lui-même. Des perles telles que "Room Of Vertigo", émaillé de passages d'une beauté à couper le souffle, "Festival Of Popular Desilusions" le démontrent avec évidence. Et s'il est un titre à écouter en priorité, c'est bien "Lifted By Skin", gigantesque périple épique tout en progression et en ambiances qui démarre comme une montée en puissance tellurique (mon dieu, quel final !). Car la musique du trio sait déverser une énergie digne d'une centrale nucléaire fonctionnant à plein régime. Puissant, passionnant, émotionnel et doté d'une virtuosité toujours mise au service de titres aux développements il est vrai alambiqués, tel est Psychic Maps, tel est Dysrhythmia, dont se demande quand même s'il est bien à sa place chez Relapse Recors, label habitué vendre davantage de brutalité. 3/5 (2009)


KröniK | Howl - S/T (2008)


Finalement, c'est quoi un bon premier jet ? C'est tout simplement un disque qui donne envie de suivre la suite des événements. Même s'il s'avère plus proche de l'éjaculation précoce - trois saillies en moins qu'un quart d'heure c'est court - que du marathon, ce premier essai éponyme de Howl, gravé en 2008 mais bénéficiant aujourd'hui, grâce à Relapse, d'une exposition méritée, en est incontestablement un. Pourtant, des groupes de stoner sluge américain riche en matière grasse, on en a plein les étagères. Presque une spécialité locale. Néanmoins ces quatre musiciens patibulaires (il y a une femme parmi eux, à la guitare mais avec ses tatouages, elle n'invite pas vraiment à lui conter fleurette !) savent, en dépit de leur maigre expérience, à tirer leur épingle du jeu et se singulariser, certes encore timidement, du tout venant du sludge/doom gras et burné.

Les climats étouffants, les vociférations qui sentent le graillon et le whisky de contrebande, quand bien même elles tètent plus le sein du death metal que de l'habituel hardcore et les rythmiques velues de bûcheron en colère ne surprennent pas ; ce sens du riffing beau à en pleurer, beaucoup plus. Et c'est bien cette tristesse minérale qui transpire de ces parties de guitares, lourdes et émotionnelles à la fois, ainsi que cette façon d'entamer des décélérations noires et morbides, qui offrent à Howl le droit de revenir pour un second épisode, sauvant par là même ces trois enclumes de la banalité. Ainsi, "Oma", enténébré par une voûte doomcore où l'air est vicié, s'achève sur un solo heavy et désespéré, "Kings That Steal" est secoué dans ses fondements par des riffs coulés la mélancolie et "And The Gnawing" aime à arpenter des caveaux mortifères. Reste à voir ce que vaut le groupe sur un format plus long. En l'état, le potentiel est là, des plus prometteurs... (30.07.2009) ⍖⍖