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V/A | Whom The Moon A Nightsong Sings (2010)


D’une certaine manière, le fait que Whom The Moon A Nightsong Sings, compilation instiguée par le label Prophecy, présente le premier signe de vie depuis huit ans (quatre en comptant la relecture de « The Fraconian Woods In Winter’s Silence » sur A Retrospective) d’Empyrium, dont on croyait qu’il gisait au fond de la tombe pour l’éternité, devrait être un argument suffisant pour que vous achetiez ce magnifique objet. Mais réduire ces 100 minutes de musique quasi inédites à la seule contribution des Allemands reformés serait injuste tant les autres protagonistes les animent avec tout autant de talent. D’ailleurs, le générique de cette somme dont le fil conducteur est la nature, muse O combien inspiratrice pour nombre d’artistes, laisse pantois : outre Empyrium donc, on croise des habitués de la maison (Nucleus Torn, Dornenreich, Les Discrets, Neun Welten, Tenhi…), une légende vivante (Ulver), des entités précieuses (Lönndom, Vali, dont ce sont aussi les premiers battements de cœur depuis 2004, Bauda…), d'autres peu connues  (Nhor, Ainulindalë). Bref, la crème du neo-folk pastoral et de la musique acoustique qu‘un sens profond de la mélancolie lie au Metal. Whom The Moon A Nightsong Sings est une œuvre d’une belle cohésion car tous les groupes, bien que différents, paraissent  n’en former qu’un seul. Ils se fondent les uns dans les autres pour accoucher d’un ensemble absolument superbe au caractère fortement instrumental, écrin dépouillé à la gloire d’une nature aux teintes impressionnistes et romantiques. De fait, il convient de saluer le remarquable travail effectué par Stephen Belda, qui a rassemblé cette vingtaine de pièces dont on ne détaillera pas ici l’intégralité. Mais, bien que d'une égale qualité, certaines offrandes sortent du lot. C’est bien entendu « The Days Before The Fall » qui laisse espérer beaucoup de la part d’Empyrium pour l’avenir, ainsi que "Synen" , gemme rare qu‘a gravé Ulver en 1997 et qui ravive les vibrations forestières de Kvelssanger. Citons aussi les deux titres des Discrets, dans la continuité du récent Septembre et ses dernières pensées, le long « Dagen Og Natta » d’Havnatt et « Upon The Wind Its Wings Beat Sorrow Into The Stars » de Nhor, projet confidentiel qu’il faut à tout prix découvrir, de même que Syven qui ferme la marche avec les quatorze minutes de « How Far The Gods ? », rituel d’une puissance évocatrice éblouissante. Rehaussé par l'artwork de Fursy Teyssier, cette collection tient de l'objet d'art. (2010)


October Falls - The Plague Of A Coming Age

October Falls | A Collapse Of Faith (2010)


Après plusieurs essais passés à façonner son art entre Black métal païen et déambulations plus acoustiques, on sentait bien qu’avec The Womb Of Primordial Nature, October Falls avait enfin atteint son but, soit l’équilibre majestueux entre les deux formes d’expressions qui le tiraillaient depuis ses débuts.De fait, A Collapse Of Faith reprend les bases fixées, sans doute durablement par son glorieux prédécesseur. Avec bonheur, on croise donc de nouveau ce métal noir dont les pauses sèches et forestières qui l’irriguent ne musellent pas le caractère abrasif et un peu austère aussi. Par ailleurs, familier désormais des longs développements, P. Lehto n’hésite pas cette fois-ci à s’aventurer sur le terrain de l’unique piste que divisent toutefois plusieurs tronçons. En trois segments, dont les deux premiers voisinent chacun avec les 20 minutes, le Finlandais dessine le tracé d’une musique dont l’accent a été mis sur la beauté pastorale, un peu la même que celle que magnifiaient Ulver avec son Kvelssanger (1996) ou Empyrium. La première partie de A Collapse Of Faith débute par le crépitement de la pluie très vite accompagné par des arpèges osseux avant que des aplats purement Black métal se répandent. Et déjà ces accords mélancoliques et entêtants, fil conducteur de tout l’album, font leur apparition, drainant une beauté presque contemplative. Le titre est le théâtre de multiples passages acoustiques qui sont comme autant de respirations diaphanes entre les coups de griffes plus sauvages qu’incarnent notamment des lignes vocales frottées avec du papier de verre tandis que les guitares saturées s’envolent parfois très haut. Le second pan respire la forêt éternelle et les sapins séculaires. Après une introduction à l’identique dans l’esprit, les riffs surgissent, guide gonflé d’une tristesse infinie et lancinante, entraînant l’auditeur au fond d’un sentier sinueux au milieu d’une nature vierge et indomptée dont aucun kyste humain ne vient parasiter la pureté. Le canevas est le même que celui de la piste d’ouverture, fait de traversées grésillantes bien qu’assez lentes et de bruissements boisés entre lesquels serpentent des lignes de guitares mélodiques et belles à vous tirer toutes les larmes du corps, à l’instar également de ces notes de piano qui font mourir cette deuxième partie sur une touche grave et dramatique. Ces couleurs désenchantées se poursuivent avec la dernière piste, plus ramassée et que pilotent des accords déchirants. Le résultat, il va sans dire, dépasse de la tête et des épaules tout ce que October Falls a enfanté depuis Tuoni. Plus que jamais, il demeure un projet singulier dans sa façon d’exalter la nature et de s’inscrire dans une longue tradition païenne dont il respecte les fondements tout en leur apportant sa propre et dépouillée touche. (2010)