Si, entre De Arma, Stilla, Saiva et son label Nordvis Produktion, Andreas Petterson est un homme très occupé, son éternel frère d'armes depuis Armagedda, Stefan Sandström, plus connu son le nom de Graav, se montre malheureusement plus discret.
AU PIF
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Murg | Strävan (2019)
Si nous n'en savons toujours pas plus à son sujet, si ce n'est qu'il s'agit d'un duo suédois dont les membres encapuchonnés se font appeler Urzul (guitares) et Vargher (le reste), une chose est néanmoins certaine : Murg se révèle être un excellent artisan de l'art noir, celui qui, froid et grésillant, minéral et nocturne, n'en brille pas moins d'un sombre éclat mélodique. Mais, Nordvis oblige (ou pas), le tandem noue au final plus de liens avec Stilla ou Grift, leurs compagnons de label, qu'avec les Watain et autre Valkyrja, bien plus cru(el)s dans leur lecture du genre, malsaine et impie.
Nechochwen | The Ancient Pulse (2018)
Commençons par les choses qui fâchent (quand même) un peu. Après trois ans de silence discographique et afin de fêter le dixième anniversaire de "Algonkian Mythos", son premier signe de vie, nous étions en droit d'attendre plus de la part de Nechochwen que "The Ancient Pulse".
Undantagsfolk | Den Ondes Fingrar (2019)
"Den Ondes Fingrar" est une plongée belle et mélancolique dans la géographie du comté de Västra Götaland dont Undantagsfolk capte l'âme avec une noble épure.
Il était sans doute écrit que Êlea, la sirène de Noêta et Erik Gärdefors (Grift), mêleraient un jour leur talent au sein d'un projet composé à quatre mains et guidé par cette muse forestière qui ne les quitte jamais, quand bien même ils l'honorent chacun à leur manière, plus atmosphérique et ambient pour la première, plus black et boisée pour le second. C'est donc désormais chose (bien) faite avec Undantagsfolk. Le fruit de leur union se dévoile par l'entremise d'une courte carte postale venue des forêts suédoises.
Publié par le précieux Nordvis Produktion, "Den Ondes Fingrar" est un 7 pouces enchanteur, promenade poétique à travers des paysages septentrionaux vierges de la souillure humaine. Moins de dix minutes suffisent au duo pour nous transporter loin, très loin d'un quotidien morose et grisâtre, chamanes qui nous entraînent le long d'une sente figée dans le temps. De squelettiques arpèges, quelques nappes blafardes et surtout cette voix cristalline, d'une pâleur fantomatique, qui se répand comme la brume matinale, installent un décor folklorique empreint d'une grande tristesse. Si l'ombre de Grift plane tout du long et notamment sur ce 'Da All Tid Försvinner' hanté, cet opuscule puise avant tout sa sève dans l'humus des premiers Ulver ou de Lönndom, à l'image du morceau éponyme dont les notes de guitares semblent taillées dans l'écorce d'arbres crépusculaires. Bien entendu, le menu est maigre mais par son dépouillement et la spiritualité qui s'en dégage, "Den Ondes Fingrar" donne cependant envie d'en goûter bien davantage, promesse d'une plongée plus belle et mélancolique encore à travers la géographie du comté de Västra Götaland dont Undantagsfolk capte l'âme avec une noble épure. (30/12/2018)
KröniK | Grift - Vilsna Andars Boning (2018)
Hanté par les fantômes du passé, Vilsna Andars Boning est une ode aux temps anciens, tendre et triste à la fois.
Entre deux albums, Grift aime multiplier les offrandes plus courtes mais non moins précieuses. Ainsi, aux côtés des Syner (2015) et Arvet (2017), ce ne sont pas moins de trois splits (dont un partagé avec Drudkh quand même) et autant de EP qui enrichissent régulièrement une oeuvre au ton très personnelle, écrin d'un black metal presque intimiste dans son expression forestière et mélancolique. Edité par l'indispensable Nordvis Produktion sous la forme d'un 7 pouces, Vilsna Andars Boning constitue la nouvelle petite échappée du solitaire Suédois.
Le très beau visuel qui l'habille suffit déjà à poser le cadre boisé d'une écoute qui évoquera les paysages traditionnelles d'une Suède ancestrale. Erik Gärdefors nous convie ainsi à un voyage dans le temps où l'homme était encore inféodé à la terre et à la nature, peinture d'une époque révolue qui commande la dimension acoustique de cet essai aux traits épurés, presque osseux. Ce dénuement austère permet à Grift de souligner encore davantage les velléités folkloriques de cet art (pas si) noir dont la beauté automnale se conjugue à un tendre désespoir. Une tristesse empreinte de solennité suinte de ces deux plaintes aux lignes dépouillées. Bortom Berget est une ballade rustique aux arpèges délicats qu'accompagnent la voix désenchantée et poétique du maître des lieux dont la gravité hachure l'horizon d'une mélancolie nocturne. Cinq minutes belles comme un chat qui dort en boule. Plus douloureux est Dårarnas massiv qui baigne dans une ambiance crépusculaire où toute trace de lumière et de joie est avalée par une nuit éternelle. Les percussions qui sont convoquées lui confèrent un éclat à la fois sinistre et envoûtant qui rappelle certains travaux de Lik. Squelettique, la guitare tisse une toile dont chaque fil est une note de mélancolie que les cuivres lointains de Dísa (Turdus Merula) drapent dans un suaire fantomatique et néanmoins terreux. Hanté par les fantômes du passé, Vilsna Andars Boning est une ode aux temps anciens, tendre et triste à la fois. (05/05/2018)
Entre deux albums, Grift aime multiplier les offrandes plus courtes mais non moins précieuses. Ainsi, aux côtés des Syner (2015) et Arvet (2017), ce ne sont pas moins de trois splits (dont un partagé avec Drudkh quand même) et autant de EP qui enrichissent régulièrement une oeuvre au ton très personnelle, écrin d'un black metal presque intimiste dans son expression forestière et mélancolique. Edité par l'indispensable Nordvis Produktion sous la forme d'un 7 pouces, Vilsna Andars Boning constitue la nouvelle petite échappée du solitaire Suédois.
Le très beau visuel qui l'habille suffit déjà à poser le cadre boisé d'une écoute qui évoquera les paysages traditionnelles d'une Suède ancestrale. Erik Gärdefors nous convie ainsi à un voyage dans le temps où l'homme était encore inféodé à la terre et à la nature, peinture d'une époque révolue qui commande la dimension acoustique de cet essai aux traits épurés, presque osseux. Ce dénuement austère permet à Grift de souligner encore davantage les velléités folkloriques de cet art (pas si) noir dont la beauté automnale se conjugue à un tendre désespoir. Une tristesse empreinte de solennité suinte de ces deux plaintes aux lignes dépouillées. Bortom Berget est une ballade rustique aux arpèges délicats qu'accompagnent la voix désenchantée et poétique du maître des lieux dont la gravité hachure l'horizon d'une mélancolie nocturne. Cinq minutes belles comme un chat qui dort en boule. Plus douloureux est Dårarnas massiv qui baigne dans une ambiance crépusculaire où toute trace de lumière et de joie est avalée par une nuit éternelle. Les percussions qui sont convoquées lui confèrent un éclat à la fois sinistre et envoûtant qui rappelle certains travaux de Lik. Squelettique, la guitare tisse une toile dont chaque fil est une note de mélancolie que les cuivres lointains de Dísa (Turdus Merula) drapent dans un suaire fantomatique et néanmoins terreux. Hanté par les fantômes du passé, Vilsna Andars Boning est une ode aux temps anciens, tendre et triste à la fois. (05/05/2018)
KröniK | Saiva - Markerna Bortom (2017)
Cela fait longtemps que nous suivons les travaux d'Andreas Petterson. Tout d’abord – et surtout – avec Armagedda, LIK, Lönndom ou l’éphémère Leviathan (à ne pas confondre avec son homologue américain) puis avec De Arma, Stilla et donc Saiva, sans compter son activité de label manager de Nordvis Produktionen. Bref, à travers ses multiples projets, passés ou actuels, seul ou flanqué bien souvent de son complice Stefan Sandström (Graav), c’est tout un pan du metal noir suédois qui est incarné, singulier et précieux, enraciné dans un humus froid et mélancolique. C’est aussi toute une famille de musiciens connectés les uns aux autres par une même muse forestière qu’ils honorent de façon très personnelle.
Après un EP en 2013 ("Finnmarkens Folk") et une alliance scellée avec son partenaire de label, Grift, deux ans plus tard, nous attendions beaucoup de Saiva, jardin secret qu’il bine en solitaire. Nombreux sont ceux à regretter LIK, dont les offrandes égrenaient un black metal boisé et sinistre tout ensemble. Or il y a beaucoup de son art glacial vibrant de teintes folk hivernales dans "Markerna Bortom", premier opus – enfin ! – du Suédois sous cette bannière individuelle. Moins nocturne et morbide que le matriciel "Ma Ljuset Aldrig Na Oss Mer" (2003), il renoue pourtant avec ce lustre obscur quasi incantatoire et cette manière qui n’appartient qu’au maître des lieux, batteur de formation, de charrier un tempo hypnotique qui confine à une transe terreuse. Cette guitare déglinguée, qui ne file jamais droit, conjuguée à ces vocalises aux accents invocateurs auxquelles le Suédois confère une dureté poétique ('Där vindar vänder'), entraînent ces pulsations osseuses dans l’intimité touffue d’un bois que peuplent des esprits oubliés. Mais à ce substrat à la fois lancinant et squelettique, l’homme injecte une dimension rituelle. Devenu chamane, il se veut le guide d’une sarabande païenne sillonnant une sente avalée par des ténèbres forestières. Si le chant black se montre discret, "Markerna Bortom" n’en distille pas moins une noirceur séculaire, venue du fond des âges, évocatrice de paysages figés par l’hiver qui exsudent pourtant une beauté nocturne et désespérée ('Mykät loitsut') qui ourle ces compositions dont la durée souvent étirée leur donne des allures de lentes processions, à l’image du long 'Nordmarkens älvar' qui, précédé d’une entame acoustique ('Lávket'), appuie d’emblée sur l’interrupteur, convoquant une nuit éternelle. A. Petterson prend son temps pour inoculer son venin obsédant ('Varsel i vildmark'), imprimant un rythme qui engourdit avant de nous conduire sur l’autel sacrificiel, témoin ce 'Nordan', qui ferme la marche. Appelant la mort avec ses notes décharnées, cette ronde sinistre voit sa cadence s’emballer brutalement pour en faire le titre le plus black metal du lot, façon de conclure sur des couleurs plus radicales, même si les dernières mesures, volontairement répétitives, poussent "Markerna Bortom" avec une douceur funeste, vers une fin belle à pleurer... 4/5 (29/11/2017)
Après un EP en 2013 ("Finnmarkens Folk") et une alliance scellée avec son partenaire de label, Grift, deux ans plus tard, nous attendions beaucoup de Saiva, jardin secret qu’il bine en solitaire. Nombreux sont ceux à regretter LIK, dont les offrandes égrenaient un black metal boisé et sinistre tout ensemble. Or il y a beaucoup de son art glacial vibrant de teintes folk hivernales dans "Markerna Bortom", premier opus – enfin ! – du Suédois sous cette bannière individuelle. Moins nocturne et morbide que le matriciel "Ma Ljuset Aldrig Na Oss Mer" (2003), il renoue pourtant avec ce lustre obscur quasi incantatoire et cette manière qui n’appartient qu’au maître des lieux, batteur de formation, de charrier un tempo hypnotique qui confine à une transe terreuse. Cette guitare déglinguée, qui ne file jamais droit, conjuguée à ces vocalises aux accents invocateurs auxquelles le Suédois confère une dureté poétique ('Där vindar vänder'), entraînent ces pulsations osseuses dans l’intimité touffue d’un bois que peuplent des esprits oubliés. Mais à ce substrat à la fois lancinant et squelettique, l’homme injecte une dimension rituelle. Devenu chamane, il se veut le guide d’une sarabande païenne sillonnant une sente avalée par des ténèbres forestières. Si le chant black se montre discret, "Markerna Bortom" n’en distille pas moins une noirceur séculaire, venue du fond des âges, évocatrice de paysages figés par l’hiver qui exsudent pourtant une beauté nocturne et désespérée ('Mykät loitsut') qui ourle ces compositions dont la durée souvent étirée leur donne des allures de lentes processions, à l’image du long 'Nordmarkens älvar' qui, précédé d’une entame acoustique ('Lávket'), appuie d’emblée sur l’interrupteur, convoquant une nuit éternelle. A. Petterson prend son temps pour inoculer son venin obsédant ('Varsel i vildmark'), imprimant un rythme qui engourdit avant de nous conduire sur l’autel sacrificiel, témoin ce 'Nordan', qui ferme la marche. Appelant la mort avec ses notes décharnées, cette ronde sinistre voit sa cadence s’emballer brutalement pour en faire le titre le plus black metal du lot, façon de conclure sur des couleurs plus radicales, même si les dernières mesures, volontairement répétitives, poussent "Markerna Bortom" avec une douceur funeste, vers une fin belle à pleurer... 4/5 (29/11/2017)
KröniK | Murg - Varg & Bjorn (2015)
On ne sait quasiment rien sur Murg si ce n'est qu'il s'agit d'un duo suédois que le séminal Varg & Björn nous permet aujourd'hui de découvrir. Ce que l'on sait en revanche, c'est que l'on peut toujours faire confiance à Nordvis pour tamiser le permafrost pour y dénicher des hordes souvent excellentes, telles que que Stilla, Grift ou Bhleg. Dont acte. En présentant cette première offrande comme un hommage au black metal façonné par les Grands Anciens, le label ne se trompe pas tant cette dernière ravive la flamme qui brûlait dans les années 90 d'un feu intense. Et ne serait-ce son fuselage très actuel qui n'a rien à voir avec le son concocté à l'époque par Dan Swanö par exemple, on pourrait en effet presque croire qu'il s'agit d'une relique oubliée, gravée il y a vingt ans mais restée dans l'obscurité. Tout y est, des guitares grésillantes, aux atmosphères sombrement forestières. Privilégiant les lentes et pesantes saillies aussi obsédantes que reptiliennes (Den Starkes Rätt) aux pénétrations brutales et rapides qu'ils ne rechignent toutefois pas à pratiquer (Nejderna Brinner), on pense à l'écoute de ces Suédois à Immortal, Gorgoroth ou au plus récent Mgla, justement pour cette façon de miser sur les ambiances sinistres, venimeuses mais avec toujours cette accroche mélodique qui les voit par moment baguenauder sur des terres acoustiques et boisées, comme l'illustre le très beau pont instrumental fissurant Farsoternas Afton, sans doute le Valhalla de cet album superbe dont on regrettera juste qu'il ne soit (pour une fois) pas un peu plus long et pas plus varié. S'il démarre sur les chapeaux de roues avec le sauvage Vindarna Luktar Rök, Varg & Björn ne trouve vraiment sa voie, d'une noire lancinance, ainsi que son ton, empreint d'une froide tristesse, qu'à partir de Grannen är Din Fiende, gagnant ainsi en intérêt après un début somme toute inodore. l'opus alterne alors pulsations tendues tavelées de lourds aplats à l'image du titre éponyme écartelé et mid-tempos d'un glaciale majesté (Massvandring & Blodbad). L'opus s'achève (trop vite donc) avec Ett Slut, Ingen Början, long de plus de huit minutes qui galopent à travers de vastes étendues avant de mourir sur d'ultimes mesures acoustiques belles comme un chat qui dort... Voilà en définitive un galop d'essai des plus prometteurs dont on attend la suite avec impatience. 3.5/5 (2015)
KröniK | Drudkh & Grift - Betrayed By The Sun / Hägringar (2016)
Drudkh ne reste jamais absent très longtemps, crachant sa semence païenne et atmosphérique à un rythme soutenu, entre offrandes longue durée, rares EP et splits, exercice initié par une alliance avec Winterfylleth en 2014 et poursuivi cette année coup sur coup avec One Who Talks With The Fog / Pyre Era, Black ! et Betrayed By The Sun / Hägringar qui voient les Ukrainiens s'associer respectivement aux Norvégiens d'Hades Almighty puis au suédois Grift. Encore une fois, certains jamais mécontents ou d'autres ayatollahs restés bloqués sur ses premiers méfaits, argueront que Roman Saenko serait inspiré de rompre avec cette frénésie créatrice qui ne donnent, selon eux, plus rien d'aussi bons que Forgotten Legends (2003), Autumn Aurora (2004) et Blood In Ours Wells (2006), sommet inaccessible, il est vrai, d'une carrière qui pourtant continue à s'enrichir, quand bien même elle ne surprend plus guère. Il faut cependant être sourd ou de mauvaise foi pour ne pas reconnaître la valeur de A Furrow Cut Short, dernier album en date, gravé en 2015 et dans le sillage duquel s'inscrit naturellement ce second split livré en quelques mois. His Twenty-Fourth Spring et Autumn In Sepia se révèle être ainsi deux pièces épiques dans la lignée de ce que le groupe forge depuis ces dernières années. La première d'entre elles démarre sur les chapeaux de roues, martelant un black metal fielleux et rapide comme un torrent en crue, jusqu'à cette fissure qui vient briser cette cadence effrénée. Le tempo se fait plus lancinant et cette mélancolie coutumière étend alors un tapi automnal dont les guitares grésillantes sont les fils de désespoir. Le titre, certainement un des plus beaux composés depuis longtemps par les Ukrainiens, se poursuit ensuite, plus noir encore, creusé par le chant abrupt de l'indéboulonnable Thurios. L'autre morceaux s'avère tout aussi réussi, fait de ce même bois sinistre et majestueux, avec cette basse qui claque et ces choeurs empreints d'une noble solennité tandis que les ambiances agressives galopent à travers de vastes paysages aux couleurs de feu. One-man band, Grift se fend lui aussi d'une doublette aux dimensions étirées, gravitant autour des neuf minutes au jus. A la tristesse forestière de Drudkh succèdent des émotions blafardes, cafardeuses qu'égrène une guitare squelettique cependant que le maître des lieux, Erik Gärdefors, hurle dans une nuit engluée par le froid. Tavelé de mélodies obsédantes, 'Källan' renoue avec les atmosphères désenchantées de mise sur Syner notamment. Quant à Cirkeln, une longue partie instrumentale l'entraîne à mi chemin dans une sente plongée dans l'obscurité. Et si on préfère la partition des Ukrainiens, le Suédois n'a pas à rougir de la comparaison, artisan d'un black enraciné dans la froide terre nordique. Quatre pistes, deux groupes et un même sentiment de désespoir gravé dans une nature austère. 3.5/5 (2016)
KröniK | Izah - Sistere (2015)
Oubliez la pochette des bois qui lui sert d'écrin. Oubliez Nordvis dont il vient enrichir le catalogue pourtant déjà bien fourni en pépites. Oui, oubliez tout cela car "Sistere" n'est pas (tout à fait) l'album que ces indices semblent promettre. Point de metal noir évolutif sinon pastoral à l'horizon donc, mais une espèce de sludge atmosphérique nourri aux grains du post rock. Ce n'est pas grave, bien au contraire. Presque dix ans après avoir émergé de la terre hollandaise, Izah accouche enfin d'une première offrande, forcément très attendue car annoncée par quelques préliminaires - un EP suivi d'un split avec Fire Walk With Us - qui nous avaient mis l'eau à la bouche. Autant le dire tout de suite, "Sistere" est à la (dé)mesure de cette attente, pavé de plus de 72 minutes (!) au compteur malgré les quatre pistes seulement qui l'animent. Celles-ci prennent donc leur temps, étirant leur toile d'une manière démentielle, parfois même au-delà de la demi-heure de musique ! Il s'agit d'une des marques de fabrique du groupe, l'amateur ne sera ainsi pas dépaysé mais il devra toutefois s'armer de patience pour déflorer l'intimité d'un menu pantagruélique qui ne s'offre pas dès la première fois. Loin du son en barres aussitôt avalé, aussitôt digéré, aussitôt oublié, l'art des Bataves réclame attention tant ses trésors se nichent dans les profondeurs de ses sombres arcanes. Le tout conserve pourtant une fluidité admirable qui l'empêche de se prendre les pieds dans ces longueurs dilatées. Il en faut du talent, de l'inspiration, pour réussir sans jamais lasser ces courses de fond. Les trois premiers titres oscillent entre onze et quinze minutes, puissantes pulsations aussi orageuses que sinueuses où se chevauchent envolées atmosphériques déchirantes de beauté et déflagrations noires palpitant d'une sève qui bouillonne d'une tension rentrée. Vouloir les détailler par le menu paraît vain, absurde car elles perdraient du coup de leur magie quasi divine. Dans tous les cas, la formation maîtrise avec brio cette science du canevas épique écartelé entre énergie rageuse et pureté des traits, entre lourdeur et légèreté ('Finite Horizon'). Et que dire du morceau éponyme qui boucle l'écoute, véritable périple s'ouvrant sur de multiples paysages, montée en puissance grandiose et quasi instrumentale, tour à tour aérienne, tumultueuse voire presque bruitiste lors de ses dernières mesures aux confins du drone et de l'ambient. Mais, à la lecture de ces quelques lignes, on mesure très vite combien les mots se révèlent fades, vides, face à un tel monument d'émotions qu'une vie entière ne suffirait pas à visiter. Tout en clair-obscur, "Sistere" donne tout son sens à un sludge atmosphérique dont il s'impose comme une des pièces maîtresses. 4/5 (2015)
Grift | Syner (2015)
On l'attendait celui-ci, ce premier album de Grift, duo suédois, devenu depuis entité onanique, remarqué il y a deux ans grâce à un EP séminal et prometteur. Inutile de tourner autour du pot plus longtemps et osons affirmer que Syner fait plus que confirmer un potentiel dont on mesure aujourd'hui qu'il n'avait été qu'effleuré par l'inaugural Fyra Elegier puis par le split associant ses auteurs à Saiva et offert plus tôt dans l'année, lesquels tissaient un Black Metal dans la belle tradition mélancolique, classique certes bien que séduisant dans son lustre sinistre. Avant même de plonger dans les replis de sa sombre intimité, on se doutait déjà que cette offrande serait à la hauteur de l'attente et des espoirs suscités par ces préliminaires. Il y a déjà cet écrin visuel d'une lugubre et terreuse beauté, promesse d'un contenu délicieusement dépressif, errements solitaires empreints de tristesse à travers un paysage désolé figé par une brume hivernale. Surgissent ensuite les premières mesures de 'Aftonlandet', que pose un clavier sinistre. Lancé par cette longue plainte de plus de huit minutes, "Syner" s'ouvre donc sur les meilleurs auspices, alternant tempo enlevé, chant hurlé et arpèges mélancoliques. Relativement plus resserrées, les cinq pistes suivantes maintiennent une belle qualité d'écriture, rarement agressives, exception faite de 'Det Bortvända Ansiktet' et, quoique dans une moindre mesure, de 'Eremiten Esaias' dont le rythme soutenu se pare d'oripeaux entêtants avant de mourir sur les mêmes notes lugubres sur lesquelles l'écoute a démarré, le plus souvent engourdies, grésillant d'un inexorable désespoir. C'est le cas de 'Svältorna' irrigué par des lignes de guitares touchantes comme un chat qui dort en boule. Vient le tour du curieux 'Slutet Hav', d'une noble épure instrumentale, hanté par ce clavier dont les sonorités mornes sont la signature du Suédois. Lui succède enfin 'Undergörare', pulsation étonnante où s'enchaînent introduction intimiste, riffs pollués d'une majesté suicidaire, solo dépouillé au lustre déchirant et choeurs solennels. En définitive, Grift réussit magistralement avec "Syner" l'étape du premier album longue durée, affirmant au passage une réelle personnalité, à la fois mélodique et dépressive, belle et sinistre. (2015)
Nechochwen | Heart Of Akamon (2015)
Nechochwen occupe depuis toujours une place résolument à part au sein de la chapelle noire, si tant qu'il en fasse vraiment partie. Car si ce n'est un chant hurlé, qui d'ailleurs souvent se mêle à un autre, plus clair et des atours parfois durs sinon rapides, on peut se demander pourquoi le groupe est arrimé au Black Metal. Et au final, ce sont moins ses racines extrêmes dont il demeure toujours quelques oripeaux qui expliquent cet ancrage que la dimension spirituelle quasi métaphysique de son art profondément ancré dans la géographie nord-américaine. A la lisière d'un neofolk automnal, les deux frères d'arme que sont Aaron Carey et Andrew Della Cagna peaufinent ainsi depuis dix ans une œuvre aussi rare que précieuse, à laquelle on peut rajouter celle de Forest Of The Soul, leur jardin secret parallèle, une œuvre dont la personnalité n'appartient qu'à eux. En 2012, le EP Oto fut une belle réussite mais son caractère uniquement acoustique a pu en décevoir certains, estimant, à raison peut-être, que c'est justement lorsque le tandem conserve des amarres à un terreau black metal qu'il se montre le plus à son avantage, vibrant alors d'une majesté à la fois puissante et émotionnelle. Cinq ans après Azimuths To The Underworld, Nechochwen nous offre enfin une troisième offrande longue durée que nous étions nombreux à attendre. Comme nous l'espérions, ses auteurs renouent avec un humus électrique sans pour autant gommer les arpèges forestiers dont ils sont coutumiers. Le résultat est à la hauteur de l'attente, opus chatoyant qui se pare des mêmes couleurs que les arbres en automne. Comparé à son prédécesseur, presque cosmique dans son expression du genre, Heart Of Akamon se veut plus terreux, plus connecté encore aux peuples qui vivaient en Amérique avant que les Européens ne viennent les envahir. Corollaire de ces teintes plus rugueuses, la musique arbore une agressivité, certes relative bien que plus affirmée que sur ses devanciers. A ce titre, 'The serpent Tradition', qui lance l'écoute, surprend. Après une intro acoustique belle comme un chat qui dort, le titre démarre, imprimant un tempo furieux, trame torrentielle néanmoins fissurée par des lignes de guitare osseuses. Il faut saluer le bel équilibre que le groupe est parvenu à atteindre sur cet album, entre éléments qui se déchaînent et envolées stratosphériques ('Lost On The Trail Of The The Setting Sun', 'Skyhook'), le tout tavelé de pauses squelettique d'une beauté aussi noble qu'admirable, témoins 'October 6, 1813' et 'Skimota', courtes et sèches respirations chargées d'une émotion boisée. Plus l'écoute progresse, plus les ambiances instrumentales s'installent, lentes et feutrées, d'une douce mélancolie, culminant lors de 'Kiselamakong', ode terminale aux confins du Doom. Vous l'aurez compris, Heart Of Akamon se révèle être une œuvre tout du long magnifique, d'une belle pureté de touches et de traits, emplie d'une noblesse que teinte une discrète amertume, hommage à ces Indiens, peuples courageux, chassés de leur terre. (2015)
Falls Of Rauros | Believe In No Coming Shore (2014)
Avec Agalloch et bien d'autres encore, Falls Of Rauros forge un Black Metal ancré dans un cadre géographique bien précis, celui du nord des Etats-Unis, art noir foncièrement connecté à la nature, enraciné dans une terre presque mystique, un art qui sent les cèdres et invite à des rêveries pastorales. Black/folk à ses débuts, le groupe de Portland coule peu à peu son style dans une veine plus atmosphérique sinon mélodique voire progressive, parfois aux confins d'une americana tumultueuse. Troisième album du quatuor, "Believe In No Coming Shore" témoigne de cette évolution. Certaines de ses six compositions ne manqueront d'ailleurs pas de surprendre, agréablement, instrumentales, à l'image de l'inaugural "Blue Misshapen Dusk", perle acoustique tavelée de couleurs automnales, ou bien percées d'ouvertures stratosphériques déchirantes de beauté, illustrées notamment par la dernière partie de l'épique "Ancestors Of Smoke". Malgré la puissance torrentielle du chant écorché ("Ancestors Of Shadows"), l'album semble trouver son pouls dans ces longues parties où guitares, basse et batterie fusionnent pour créer un tertre à la fois massif et vespéral qui emporte tout, reléguant les lignes vocales au rang de figurant. A l'écoute de "Believe In No Coming Shore", on mesure combien ses géniteurs ont travaillé leur art avec minutie et un sens de la progression magnifique. On en veut pour preuve l'immense "Waxen voices", dont les premières notes égrenées par une guitare d'une sècheresse osseuse sont ensuite rejointes par des percussions, lente élévation vers des cieux remplis de sombres nuages. Presque à mi parcours, le titre se pare alors et enfin d'oripeaux Black Metal jusqu'aux ultimes mesures belles comme un chat qui dort. Ne serait-ce d'ailleurs ces vocalises hurlées, certaines accélérations et l'aspect parfois abrasifs des guitares, on aurait presque envie de retirer à Falls Of Rauros cette étiquette black metal qui paraît désormais bien réductrice à son égard. Le morceau éponyme et terminal, tout en arpèges folk ou "Spectral Eyes", lui aussi marbré de nervures atmosphériques, montrent ainsi la distance qui sépare le style originel des Américains de leur écriture d'aujourd'hui, quand bien même ces éléments acoustiques et mélodiques ont toujours défini leur identité mais d'une manière plus diffuse autrefois. Cette évolution n'est pas pour nous déplaire surtout lorsque que la réussite est au rendez-vous, comme elle est ici, avec ce "Believe In No Coming Shore" de haute volée, opus d'une beauté aussi cristalline que terreuse. Falls Of Rauros avance, progresse, peaufinant une signature qui s'affranchit des genres sans se renier, conservant de fait ses racines enfouies dans le socle nord-américain, minéral et boisé. 4/5 (2014)
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