"To Cross The Line", le nouvel opus de Decaying (Finnish Old-school death), sera disponible le 19 janvier 2018 chez FDA Records.
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Krönik | Death - Spiritual Healing (1989)
Artiste génial et visionnaire, Chuck Schuldiner a toujours conservé un temps d'avance par rapport à ses concurrents. Ainsi, non content d'avoir (presque) inventé à lui seul le Death Metal avec "Scream Bloody Gore" puis "Leprosy", gravés respectivement en 1987 et 1988, l'Américain entraîne très vite le genre dans une voie plus technique, loin de la sauvagerie primitive, évolution incarnée par "Human", quatrième album aux allures de mètre-étalon de ce qu'on appelle alors le Techno Death, auquel Pestilence, Cynic ou Nocturnus offriront d'autres fleurons. Mais entre les débuts sanglants et baveux et cette pierre angulaire, il y a "Spiritual Healing" dont la position charnière fait de lui un pont entre les deux styles, entre la jeunesse du groupe et sa maturité. La formation, comme toujours éphémère, qui entoure ce véritable Picasso du metal de la mort se veut à juste titre révélateur de cette transition, le batteur Bill Andrews (Massacre) et le bassiste Terry Butler (futur Six Feet Under) représentant d'une certaine façon le côté plus orthodoxe de Death tandis que le guitariste virtuose James Murphy apporte au groupe une technicité alors nouvelle. Musicalement, "Spiritual Healing", qu'émaillent nombre de perles de l'acabit du titre éponyme ou de 'Defensive Personalities', permet donc à ses géniteurs d'entamer leur mue. Reprenant les choses là où "Leprosy" les a laissées, ce nouvel album s'en éloigne, en plus d'une complexité en germe, par ses atours sinon plus mélodiques (tout est relatif bien entendu), du moins souvent plus lourds ('Altering The Future'). De fait, s'il affiche une vélocité certaine, comme l'illustre par exemple 'Genetic Reconstruction', l'opus n'est pas avare en mid-tempo vicieux, en fractures intenses, ce qu'illustre d'entrée de jeu 'Living Monstruosity' et son maillage tendu. A la linéarité brutale en vigueur sur "Scream Bloody Gore" succèdent ainsi des structures alambiquées, véritable chevauchement de strates d'une écrasante densité, à l'image de ce son hyper-compressé concocté par l'incontournable Scott Burns, le gourou des manettes dans l'antre des Morrisound Studios de Tampa. De plus, ce troisième album, à nouveau habillé d'une mémorable pochette signée (pour la dernière fois) par le mythique Ed Repka, voit son principal auteur rompre avec les thèmes sanguinolents habituels, leur préférant désormais des textes plus matures, réflexions sur le monde et la société, preuve encore une fois de l'intelligence de Chuck Schuldiner, à des années-lumière des garçons-bouchers bas du plafond auxquels le genre est souvent - à tort - associé. S'il reste des oripeaux de ses prédécesseurs (les premières mesures de 'Within The Mind'), "Spiritual Healing" fait franchir au groupe une étape supplémentaire vers une musique plus technique encore, plus belle également annonçant en cela le chef-d'œuvre à venir, "Human". 4/5 (2015)
Confrontation | Aggregat 4 (2015)
Il existe une tradition hollandaise du death metal, pas si éloignée que cela de l'école finlandaise en moins baveuse et plus minérale toutefois. En un mot, plus dooooomm ! Un homme semble incarner à lui tout seul cette chapelle, Martin van Drunen qui, avec Asphyx (notamment), a contribué à en définir l'identité, aussi froide que cendreuse. Point de trace (physique) du légendaire Batave chez Confrontation mais on est pourtant bien obligé de penser très fort à lui et surtout à son ancien projet, Hail Of Bullets, en écoutant son premier effort longue durée dont le terrain a été préparé il y a un an par un EP séminal baptisé Fieseler Fi 103. Moins pour la voix de Roy Grimreaper d'ailleurs qui, malgré cette même tessiture granuleuse, n'est pas un clone de son aîné, que pour ce combustible guerrier identique injecté dans le réservoir d'un death doom lourd comme un panzer en pleine invasion de la Pologne. Implacable et caverneux, Aggregat 4 a des allures de bloc de matière brute dont les lourdes racines s'enfoncent dans les abysses, il est comme une falaise qui se dresse dans la nuit, érodée par des guitares accordées plus bas que terre. En huit cartouches, les Hollandais gravent au burin un art sévère, figé dans la cendre. Le pieds qui écrase la pédale de frein, ils avancent pesamment à travers les lignes ennemies, machine redoutable que rien ne vient jamais enrailler. Au fond d'un charnier plongé dans une nuit sans fin, macèrent ces titres au funeste fuselage lesquels, au rythme plombé d'un escargot ayant absorbé du Valium par boîte de 12, progressent ( ?) vers une issue que l'on devine fatale, moissonnant les cadavres avec une force souterraine. Nous pourrions en citer quelques uns mais, par leur traits d'un gris heavy uniforme, ils finissent tous par se confondre les uns les autres ce qui, loin d'être une faiblesse, confère à ce galop d'essai la puissance sourde d'un agrégat compact. Minés par une noirceur terreuse, ces assauts s'enchaînent avec une efficacité rampante, guidés par cette voix écorchée et ses lignes de guitares qui raclent le fond des carcasses. Et s'il manque de nuances, Aggregat 4 n'en souffre absolument pas, première campagne prometteuse qui dévoile un potentiel qui ne fait encore qu'affleurer. (2015)
Praetoria | Mirror Of Modernity (2015)
Qu'il est loin le temps désormais où les premières fois se soldaient par de maladroites tentatives, parfois non sans un certain charme il est vrai, mais trahissant l'incertitude qui anime alors les groupes à leurs débuts. Au contraire, il n'est plus rare aujourd'hui de découvrir des galops d'essai d'une redoutable maîtrise, œuvre de musiciens déjà sûrs de leur art. Tel est ainsi le cas de Praetoria qui, formé en 2009, se fend avec Mirror Of Modernity d'un opus séminal qui, de part ses insolentes qualités, semble être le rejeton d'une longue lignée d'albums. Seul le style pratiqué permet de deviner la jeunesse de ce combo en devenir, artisan d'un Metal sévèrement burné qui tête les mamelles du Death, du Thrash et du metalcore. Bref, c'est du lourd, du furieux, du qui éructe ses boyaux. Pas très novateur sans doute, encore que maints détails, sur lesquels nous reviendrons, viennent quelque peu dévier la trajectoire que ces cartouches semblent vouloir prendre, mais l'ensemble sonne extrêmement carré, professionnel, comme une mécanique bien huilée qui jamais ne se grippe. Trapus, ces onze titres son propulsés par une énergie implacable, ils abattent le petit bois, emportés par un chant énervé et une rythmique métronomique. Techniques et enrobés dans l'habillage sonore ad hoc qui laisse à chaque instrument l'espace nécessaire pour s'exprimer, ils avalent les minutes avec une cadence soutenue sans que la tension ne débande, à aucun moment. En cela, Mirror Of Modernity respecte haut la main le cahier des charges qui a présidé à sa conception. Cela pourrait être suffisant mais Praetoria injecte à un schéma éprouvé sa propre personnalité et surtout une bonne dose d'idées. Il en résulte un album constellé de breaks, soli et mélodies judicieux qui rendent l'écoute passionnante de bout en bout. Loin d'être linéaire, chaque compo a des allures de montagnes russes, traversée de multiples déchirures. Toutes sont plus redoutables les unes que les autres, de 'Inhumanity Is Complete' à 'The Passenger', de 'The Oath' à 'This World Immersed', qu'irriguent des lignes de parties de guitares orgasmiques. Ce faisant, elles témoignent d'un long et évident travail d'élaboration, qui pourtant n'étouffe pas leur puissance et encore moins leur spontanéité. N'hésitant ni placer un court instrumental acoustique beau comme un chat qui dort ('Praetorians') ni à livrer des paroles en français ('L'insouciant', peut-être même le titre le plus brutal et épidermique du lot), le groupe réussit son coup d'essai en conjuguant violence millimétrée et mélodies acérées. (2015)
Soilwork | The Ride Majestic (2015)
Après plusieurs années d'errements discographiques, dont on peut dater le début à "Stabbing The Drama" en 2005, Soilwork en a étonné plus d'un avec "The Living Infinite", double ration d'une qualité presque inespérée sinon miraculeuse. Lui offrir un successeur n'était pas chose aisée. De fait, fortement attendus, les Suédois ne devaient pas décevoir. Se répéter ou resservir la formule faisandée qui a nourri "Sworn To The Great Divide" et "The Panic Broadcast", opus déjà oubliés, serait regrettable voire impardonnable. Contre toute attente, le groupe revient avec ce dixième album à un canevas classique, calibré : onze titres pour presque cinquante minutes de musique. Mais, l'inspiration à nouveau au garde-à-vous, Soilwork renoue avec la réussite brute et directe de ses vertes années. L'ère bénie de "Natural Born Chaos", sommet indétrônable de sa carrière, n'est même parfois pas si loin, la présence tutélaire de Devin Townsend en moins, bien entendu. Il suffit d'écouter la bombe éponyme en ouverture ou certains passages de 'Enemies In Fidelity' pour se convaincre de cette jouissive proximité. Ceux qui avaient abandonné le navire ces dix dernières années seront rassurés, trop heureux de reconnaître ce qui les avait autrefois séduits chez les Suédois, plus que jamais guidés par celui qui s'est finalement imposé comme le quasi maître des lieux, le chanteur Bjorn Strid. Avec ses vocalises aussi puissantes que versatiles, "The Ride Majestic" lui doit forcément beaucoup, comme l'illustrent 'Death In General' et plus encore 'The Phantom' que ses performances, hurlées ou plus claires, émaillent avec brio. Dense, le menu aligne les brûlots, hymnes intenses et catchy, mais témoigne pourtant que ses auteurs n'ont pas tout à fait muselé leurs velléités expérimentales. De fait, nombre de détails viennent perturber une écoute plus nuancée qu'il n'y paraît. Claviers progressifs ('Whirl Of Pain'), lignes de guitares gorgées de mélodies ('Father And Son', 'Watching The World Go Down'), cassures impromptues ('Petrichor By Sluphur', pièce d'une richesse superbe), tous les morceaux reposent sur une construction tumultueuse qui les rend à la fois constamment dynamiques et ambivalents dans leurs teintes d'une sombre limpidité. Bien que mité par de rares moments moins notables qui, placés en fin de parcours ('All Along Echoing Paths', 'Shining Lights') font quelque peu retomber l'intensité, "The Ride Majestic", oeuvre tout simplement jubilatoire, n'en souffre pas, louchant vers la réussite des trois premiers albums. Ce faisant, il fait donc plus que confirmer la forme retrouvée des Suédois, qu'on croyait presque perdus, en dépit d'un "The Living Infinite" de bonne mémoire. De retour dans la course, ils n'ont donc pas (encore) tout dit, ce qui augure d'un avenir prometteur... (2015)
Amorphis | Under The Red Cloud (2015)
Depuis une dizaine d'années et l'arrivée de Tomi Joutsen derrière le micro, les albums d'Amorphis se suivent et se ressemblent (beaucoup). Constants dans une qualité d'écriture que rien ne semble devoir éroder, même pas l'usure du temps, les Finlandais restent fidèles à une empreinte reconnaissable entre mille. Au moins, son public ne saurait être déçu, trop heureux de piocher dans chaque nouvelle livraison son quota d'hymnes inusables. Il serait pourtant injuste d'affirmer que leurs offrandes sont interchangeables car de discrètes nuances les distinguent en réalité les unes des autres. Il suffit d'écouter "Under The Red Cloud" pour s'en convaincre, successeur du solide "Circle", lequel nous avait rassurés après un "The Beginning Of Times" inodore bien que plaisant, comme toujours. Alors certes, la recette demeure immuable, tout comme ce canevas basé sur dix titres au format resserré, ciselés comme une mécanique d'orfèvrerie. Selon son habitude, Esa Holopainen décoche des riffs ensorcelants beaux comme un chat qui dort, comme sur 'Bad Blood', sans doute le Valhalla de l'album, les claviers de Santeri Kallio étendent un tapis soyeux tandis que Joutsen alterne grognements caverneux de sangliers en rut et chant clair, cadre connu néanmoins perturbé par un ton (un peu) plus dur qu'à l'accoutumée. De fait, si l'ensemble sonne toujours très mélodique, teinté de couleurs folkloriques ('Sacrifice'), les racines extrêmes du groupe font cette fois-ci plus qu'affleurer à la surface grâce à un Tomi plus hargneux que jamais, témoins par exemple les sombres 'The Skull', aux lointaines réminiscences de "Far From The Sun" et surtout 'The Four Wise Ones'. Nous ne manquerons pas de signaler aussi les touches orientales qui drapent 'Death Of A King' et 'Enemy At The Gates', dont la noire et lourde architecture surprend agréablement. Vous l'aurez donc compris, ce n'est pas encore cette fois qu'Amorphis décevra ses fans. Relativement plus death que ses directs prédécesseurs, "Under The Red Cloud" s'impose peut-être comme le meilleur opus des Finlandais depuis "Skyforger". Ce faisant, il illustre la forme éclatante d'un groupe qui ne fait décidément pas ses 25 ans d'âge. (2015)
Morbid Angel | Gateways To Annihilation (2000)
Septième méfait de Morbid Angel, "Gateways To Annihilation" marque la seconde collaboration du groupe avec Steve Tucker. Si "Formulas Fatal To The Flesh" semblait presque être le fruit du seul Trey Azagthoth, son successeur se rapproche davantage d'une oeuvre collégiale. Le chanteur a trouvé sa place, participant même à la composition de quelques titres, cependant que le guitariste Erik Rutan est déjà de retour, après un hiatus de trois ans et en attendant de quitter de nouveau le vaisseau, définitivement cette fois-ci, en 2002. Réputés pour la vélocité de leur Death Metal, les Américains surprennent avec ce disque qui les voit serrer le frein à main plus que de coutume, quitte à décevoir une partie de leur public. A tort. A son écoute, on mesure pourtant que Morbid Angel n'a pas mis en jachère sa noirceur malsaine, bien au contraire car de ces tempos pesants, reptiliens, suintent une négativité oppressante qui fait de cet album l'un des plus terrifiants jamais enfantés par ses créateurs. Et donc l'un des meilleurs également. Sous-estimé à sa sortie justement pour son soi-disant déficit en brutalité, "Gateways To Annihilation" mérite de fait d'être réévalué à sa juste valeur, car quinze ans après sa publication il n'a rien perdu de sa force souterraine. Mieux, par ses traits puissamment cryptiques, il apparaît comme une œuvre visionnaire. Contrairement à "Formulas Fatal To The Flesh", labyrinthe sinueux malheureusement parasité en fin de parcours par des pistes instrumentales qui ne se justifiaient pas, cet opus a quelque chose d'un bloc suffocant et indivisible d'une terrifiante densité. Passée une introduction bizarre, l'étau se serre d'emblée avec 'Summoning Redemption', longue excavation rampante forant les arcanes de la terre guidée par les lignes de guitare cosmiques comme venues d'une autre planète du maître Azagthoth. Même constat avec 'Angeless, Still I Am', plongée infernale dans les profondeurs d'un puits sans fin. Bien que toujours très technique, Morbid Angel mise sur les ambiances, sur les atmosphères viciées et n'est parfois pas si éloigné que cela d'un death doom abyssal, témoin 'He Who Sleeps', rouleau-compresseur qui fait trembler les murs. Il faut attendre 'To The Victor The Spoils' pour que le rythme commence réellement à s'emballer, malgré des guitares toujours accordées plus bas que terre, ouvrant sur une seconde partie sans doute plus conforme à ce que certains attendent des Américains ('Secured Limitations', 'Opening Of The Gates'), encore que nombre de pistes s'abîment dans les méandres obscurs d'une lourdeur hallucinée, à l'image de 'At One With Nothing' aux échappées démentielles, et surtout du terminal 'God Of The Forsaken', épilogue définitive et cette fois réussie d'un opus certes plus lent que ses devanciers et ses successeurs, mais finalement (plus) redoutable dans sa brutalité cyclopéenne. Coincé entre "Formulas Fatal To The Flesh" et "Heretic", "Gateways To Annihilation" ne s'impose pas seulement comme le meilleur album de la période Steve Tucker mais comme une des œuvres majeures du groupe, avec "Blessed Are The Sick" dont il se rapproche par ses ambiances sombrement bourgeonnantes. (2015)
Emrevoid | Riverso (2014)
Silencieux depuis trois ans et un premier album éponyme, nous pourrions bien sur affirmer que nous attendions avec impatience le retour de Emrevoid. Ce que nous ne ferons pas, pour la simple et bonne raison que ce groupe italien nous était encore inconnu jusqu'à la découverte de "Riverso". Avons-nous rater quelque chose ? Au regard de ce dernier, il est bien possible en effet que cela soit le cas, concentré d'une brutalité à la fois technique et viscérale. Sans chercher à exagérer le talent de ce quatuor, force est d'admettre que celui-ci impressionne par sa vigoureuse maîtrise d'un genre qui ne pardonne pas la médiocrité. De quel genre s'agit-il d'ailleurs ? A question simple, réponse qui l'est beaucoup moins en cela que Emrevoid brouille constamment les pistes, ce qui n'aide à son étiquetage. Ce qui est tout à son honneur. Ainsi, à la place du death black annoncé prolifère un Metal extrême protéiforme. Bien que EP d'une vingtaine de minutes, "Riverso" présente une densité digne d'une rame de métro parisien aux heures de pointe. D'un format toujours resserré, ces six compos dressent une tension qui jamais ne se ramollit. Chacune d'entre elles, même 'Mostro' (une minute 37 au compteur !), déploient des trésors d'inventivité qui les rendent non seulement passionnantes mais surtout puissamment alambiquées, autant de courts dédales au maillage ultra serré et aux nombreuses strates qui se chevauchent. La complexité du death y copule avec la intensité fiévreuse du black pour un résultat aussi dissonant qu'ambitieux. L'inaugural 'Patibilo' illustre parfaitement la signature des Italiens, déflagration qui tabasse d'abord tout sur son passage avant de changer de visage en cours de route au moment où est entamée une vicieuse décélération tandis que le chant se fait plus grave. 'Il Tuo Disegno' est fait du même bois avec ses breaks malsains qui le lacèrent de part en part et que vrillent des riffs sinueux. Moins véloce se veut en revanche 'Obbedianzassenza', pesant mid-tempo que secouent toutefois de brutales éruptions d'une semence rageuse. Fort de ce méfait impeccable, il est à souhaiter que Emrevoid ne patiente pas trois années supplémentaires avant de revenir nous faire saigner les orifices. Car on en redemande et vite ! 3/5 (2014)
Heavydeath | Eternal Sleepwalker (2015)
Quand bien même il ne s'était pas vraiment retiré, continuant à faire parler (un peu) de lui via The Funeral Orchestra et, dans une moindre mesure, Necrocurse, le fait est que depuis la mise en sommeil (mais pas en bière) en 2007 de Runemagick, la carrière de Nicklas Rudolfsson nous captivait toutefois moins qu'avant. Cet avant où il forgeait dans le marbre chaque année une nouvelle ode à la gloire d'un Doom death aussi sec que minéral. C'est pourquoi, depuis l'an passé, son retour aux (vraies) affaires a pris des allures résurrectionnelles. Et s'il n'a malheureusement pas encore décidé d'extraire Runemagick de sa gangue de glace, c'est en réalité (presque) tout comme, puisque Heavydeath, son nouveau projet, ressemble à si méprendre à son faux-frère jumeau. Alors que les aficionados ont été aguichés par des palettes entières de démos - huit au total ! - usinées de manière quasi frénétique durant ces derniers mois, à l'image des dernières en date, "Solus In Mortem" et "Futility & Death", le caractère interminable de l'attente de ce séminal opus tient du doux euphémisme. Les brouillons qui l'ont préparé et aujourd'hui ce "Eternal Sleepwalker" démontrent déjà une chose : combien Nicklas et cette façon de creuser les ombres d'un doom abrupt qui n'appartient qu'à lui, nous ont manqué durant toutes ces années, vide désormais enfin comblé. Ils témoignent surtout du talent intact du Suédois, accompagné de deux fidèles, le batteur Daniel Moilanen et le bassiste Johan Bäckman. Avec une signature aisément identifiable, ce vétéran de la scène death suédoise n'a donc perdu ni ce sens du riffing granuleux et répétitif, qui entraîne parfois les compos jusqu'au bord de la rupture lors de longs et pétrifiés développements ('Road To The Fire', 'Bow Down') ni cette croûte sonore extrêmement brute et volontairement dépouillée. Telluriques, les instruments semblent tous libérer des ondes venues des abîmes de la terre elle-même. Preuve de cette inspiration retrouvée, alors que le groupe aurait pu se contenter de puiser dans ses démos, "Eternal Sleepwalker" ne partage aucun titre avec celles-ci, ne proposant que du matériel inédit. Et quel matériel ! Du gigantesque 'Ascending' en guise d'amorce rampante qu'achève une dernière partie orgasmique, jusqu'au au rituel terminal (mais uniquement en bonus sur la version CD) 'Beyond The Riphean Mountains', étouffante plongée en apnée dont les coups de boutoir résonnent comme les ultimes battements de cœur d'un mourant, l'album a quelque chose d'une marche funèbre que mine une inexorabilité absolue. Aurait-il pu être le successeur de "Dawn Of The End", à ce jour, dernier signe de mort de Runemagick ? Oui et non. Oui, pour les caractères que nous venons d'évoquer mais non parce que le death doom que sculpte Heavydeath s'avère moins suffocant, moins monolithique quoique toujours prisonnier d'une lenteur funèbre que rien ne vient jamais vraiment rompre. Bref, "Eternal Sleepwalker" est le disque que nous n'attendions plus de la part d'un Nicklas Rudolfsson enfin de retour dans le caveau du doom. 4/5 (2015)
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