Après le confidentiel "Heavy", James Magold obtient ses galons de réalisateur à suivre de près avec ce Copland ambitieux qui louche vers le polar à la Sidney Lumet (pour le sujet) voire à la Martin Scorsese (pour certains de acteurs et son caractère choral). Bétonné ainsi par un casting quatre étoiles, le film est avant tout un véhicule pour un Sylvester Stallone alors désireux de s'éloigner du pur cinéma d'action et ce faisant d'afficher des talents de comédiens que ses détracteurs refusent toujours de lui reconnaître. En cela, le pari est réussi tant il compose un personnage attachant de shérif quasi autiste considéré comme un abruti par la communauté de flics dont il ne fait pas partie. Il est du coup tentant de faire un parallèle entre Stallone, l'acteur moqué et ce Freddy Heflin un peu balourd. Tout d'abord spectateur admiratif et endormi, il choisira finalement son camp, mû par un sursaut rédempteur, s'opposant alors à ces policiers dont il a compris qu'ils ne sont que des ripoux sous l'influence de la Mafia... (vu le 03/11/2018)
AU PIF
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KröniK | Desiderii Marginis - Songs Over Ruins (1997)
Pour les amateurs du dernier rang, sachez que "Songs Over Ruins" n'est bien entendu pas la nouvelle offrande de Desiderri Marginis mais au contraire la première, gravée en 1997 et alors publiée par Cold Meat Industry. Depuis longtemps épuisée, l'oeuvre connaît donc aujourd'hui une seconde vie, grâce au label Cyclic Law qui la réédite dans un nouvel écrin tant visuel que sonore puisque remasterisée par son auteur. Mais parler de vie à son sujet paraît totalement inapproprié tant un souffle funéraire fige cet album dans une terre froide.
Considéré à juste titre comme un mètre étalon de la dark ambient, "Songs Over Ruins" évoque des paysages désolés, presque désincarnés que drape tel un suaire une brume spectrale. Le pèlerin se voit très vite happé par ces sonorités oppressantes, ces nappes fantomatiques. Contemplatif, il invite au recueillement, retable austère et minimaliste dont la découverte confine à une forme de transe spirituelle ('The Core Of Hell II'). L'ensemble baigne dans un climat religieux auquel participent autant ces choeurs hantés ('Solemn Descent') que ces effluves éthérées ('Ephemeral') dont les sons résonnent comme le glas. A son écoute surgissent des images d'églises abandonnées comme dans un tableau de Caspar David Friedrich, de monastères peuplés de fantômes. Comparé à ses successeurs, "Songs Over Ruins" se veut plus difficile d'accès, affichant une dureté martiale et percussive ('Emtombement') aux confins d'une bande-son industrielle et militaire ('Scintillate II'). Une sourde et autoritaire beauté suinte pourtant de ces pistes aux allures de gisants étendus au milieu d'une forêt glaciale, témoin ce 'Ashes' qui vibre d'une douleur sacrificielle. Froids comme le marbre, ces psaumes ne laissent filtrer aucune lumière, aucun espoir de salut ('Christon'). L'exhumation de "Songs Over Ruins" confirme que ce chemin de croix qui gronde d'une puissance sentencieuse n'a, vingt ans plus, tard rien perdu de son pouvoir de fascination ni de sa force d'évocation. 4/5 (24/09/2017)
Considéré à juste titre comme un mètre étalon de la dark ambient, "Songs Over Ruins" évoque des paysages désolés, presque désincarnés que drape tel un suaire une brume spectrale. Le pèlerin se voit très vite happé par ces sonorités oppressantes, ces nappes fantomatiques. Contemplatif, il invite au recueillement, retable austère et minimaliste dont la découverte confine à une forme de transe spirituelle ('The Core Of Hell II'). L'ensemble baigne dans un climat religieux auquel participent autant ces choeurs hantés ('Solemn Descent') que ces effluves éthérées ('Ephemeral') dont les sons résonnent comme le glas. A son écoute surgissent des images d'églises abandonnées comme dans un tableau de Caspar David Friedrich, de monastères peuplés de fantômes. Comparé à ses successeurs, "Songs Over Ruins" se veut plus difficile d'accès, affichant une dureté martiale et percussive ('Emtombement') aux confins d'une bande-son industrielle et militaire ('Scintillate II'). Une sourde et autoritaire beauté suinte pourtant de ces pistes aux allures de gisants étendus au milieu d'une forêt glaciale, témoin ce 'Ashes' qui vibre d'une douleur sacrificielle. Froids comme le marbre, ces psaumes ne laissent filtrer aucune lumière, aucun espoir de salut ('Christon'). L'exhumation de "Songs Over Ruins" confirme que ce chemin de croix qui gronde d'une puissance sentencieuse n'a, vingt ans plus, tard rien perdu de son pouvoir de fascination ni de sa force d'évocation. 4/5 (24/09/2017)
Wolfgang Petersen | Air Force One (1997)
Que reste-t-il du Wolfgang Petersen qui réalisa dans son Allemagne natale La conséquence, L'échiquier de la passion et surtout Le bateau ? Plus grand chose et ce n'est malheureusement pas Air Force One qui infirmera ce constat. Si troubles puis Dans la ligne de mire, qui portait avant tout la marque de Clint Eastwood, lui ont permis d'entamer une prometteuse carrière hollywoodienne, Alerte a réduit Petersen à un habile artisan du film d'action. Cocardier et d'un autre âge, ce Die hard dans les airs ne décolle jamais vraiment. Ni le réalisateur, dont la science du découpage n'est plus à démontrer ni Harrison Ford n'y sont pour quelque chose mais voir le président des Etats-Unis dans la peau d'un super héros qui vient seul à bout de terroristes hyper entraînés a de quoi faire sourire.
Etonnamment, eu égard à son budget, les effets spéciaux déçoivent tandis que Gary Oldman se débrouille comme il peut avec un rôle écrit de façon grossière. Si James Marshall évoque Bill Clinton, Air Force One nous replonge surtout dans une Amérique reaganienne, au temps de la Guerre froide avec les méchants Russes. Déjà grotesque à sa sortie, Air Force One n'a même pas le second degré pour survivre vingt ans plus tard.
Etonnamment, eu égard à son budget, les effets spéciaux déçoivent tandis que Gary Oldman se débrouille comme il peut avec un rôle écrit de façon grossière. Si James Marshall évoque Bill Clinton, Air Force One nous replonge surtout dans une Amérique reaganienne, au temps de la Guerre froide avec les méchants Russes. Déjà grotesque à sa sortie, Air Force One n'a même pas le second degré pour survivre vingt ans plus tard.
Peter Cattaneo | The Full Monty (1997)
Succès surprise de l'année 1997, The Full Monty n'a pas volé son très bon score au box-office. Il confirme que les meilleures comédies sont celles qui abordent des sujets graves, ici la désindustrialisation et son cortège lépreux : chômage, rapine, suicide, friches industrielles... De fait, derrière l'humour, irrésistible, et l'idée folle d'une bande de chômeurs bien décidées à se faire du blé en imitant les Chippendales, il y a la détresse de ces vies ravagées, éloge de la débrouillardise dans une société qui n'a que faire de ses naufragés.
Reste que la rigolade emporte tout. C'est toujours hilarant, pas trop vulgaire parfois émouvant, rythmé par une bande-son du tonnerre et animé par des comédiens, Robert Carlyle en tête, tous aussi formidables que naturels, origine anglaise oblige. Peter Cattaneo s'efface derrière eux, au point d'ailleurs qu'on n'a quasiment (presque) plus jamais entendu parler de lui ensuite. Du bon cinéma populaire comme les Anglais savaient encore en faire et dont les Français ont depuis longtemps oublié la recette...
Reste que la rigolade emporte tout. C'est toujours hilarant, pas trop vulgaire parfois émouvant, rythmé par une bande-son du tonnerre et animé par des comédiens, Robert Carlyle en tête, tous aussi formidables que naturels, origine anglaise oblige. Peter Cattaneo s'efface derrière eux, au point d'ailleurs qu'on n'a quasiment (presque) plus jamais entendu parler de lui ensuite. Du bon cinéma populaire comme les Anglais savaient encore en faire et dont les Français ont depuis longtemps oublié la recette...
Paul Schrader | Affliction (1997)
Chez Paul Schrader, l'argument policier n'est le plus souvent qu'un prétexte à une mise en abyme psychologique, que l'on songe à Hardcore ou a American Gigolo. Et il en va ainsi de Affliction, d'ailleurs un de ses meilleurs films. La vague intrigue, née d'un banal accident de chasse, disparaît vite, ensevelie sous la neige, énigme dont on comprend à la fin qu'elle n'a en réalité jamais existé ailleurs que dans le cerveau de plus en plus ravagé de son personnage principal, joué par un Nick Nolte qui retrouve enfin un rôle à sa (dé)mesure.
Adapté d'un roman de Russell Banks, le film se veut avant tout le portrait d'un homme meurtri, un péquenot qui s'agite dans une petite bourgade enneigée du New Hampshire, lequel croit trouver dans la mort d'un notable une issue, une échappatoire à sa vie qui fout le camp, qui prend l'eau de toute part. Mais à peu, il ne fait que s'enfoncer sans aucun espoir de retour. Naturaliste, Affliction est un film sur la fatalité, sur une hérédité à laquelle on ne peut échapper, sur le besoin de tuer le père, de façon symbolique ou pas. Si elle n'est pas totalement aboutie, parasitée par une voix off qui ne s'imposait pas, l'oeuvre tire sa force de sa sécheresse de trait, de sa justesse de ton, évitant le misérabilisme et surtout du jeu brutal d'un James Coburn étonnant.
Adapté d'un roman de Russell Banks, le film se veut avant tout le portrait d'un homme meurtri, un péquenot qui s'agite dans une petite bourgade enneigée du New Hampshire, lequel croit trouver dans la mort d'un notable une issue, une échappatoire à sa vie qui fout le camp, qui prend l'eau de toute part. Mais à peu, il ne fait que s'enfoncer sans aucun espoir de retour. Naturaliste, Affliction est un film sur la fatalité, sur une hérédité à laquelle on ne peut échapper, sur le besoin de tuer le père, de façon symbolique ou pas. Si elle n'est pas totalement aboutie, parasitée par une voix off qui ne s'imposait pas, l'oeuvre tire sa force de sa sécheresse de trait, de sa justesse de ton, évitant le misérabilisme et surtout du jeu brutal d'un James Coburn étonnant.
Clint Eastwood | Minuit dans le jardin du bien et du mal (1997)
Troisième film que Clint Eastwood réalise sans être aussi devant la caméra, Minuit dans le jardin et du bien et du mal constitue son œuvre la plus singulière. Peut-être est-ce pour cette raison qu’il n’apparaît pas dans celui-ci, préférant se concentrer sur cette histoire adaptée d’un roman à succès de John Berendt, lui-même inspiré d’un fait divers authentique survenu en 1981.
Le film s’avère difficilement classable tant il se place à la frontière de plusieurs genres. C’est à la fois une enquête policière, un film de procès, un conte fantastique et parfois une comédie. Comme souvent chez Eastwood, le récit s’articule autour d’un héros qui pénètre au sein d’une communauté. Journaliste à New York, John Kelso (John Cusack, impeccable) est invité à Savannah afin de couvrir une fête annuelle organisée par le nabab de la ville, Jim Williams. Mais si d’habitude le héros eastwoodien agit et transforme (en bien ou en mal) la communauté qui l’accueille, tel le cavalier solitaire de Pale Rider, Kelso se comporte davantage en observateur qu’en véritable acteur. Il est en quelque sorte le regard du spectateur. Ainsi, en même temps que lui, nous découvrons peu à peu la ville de Savannah, sa population bigarrée et ses mœurs. De fait, ce film au rythme lent s’apparente plus à une promenade où se croisent toute une galerie de personnages pittoresques et excentriques, qu’à une histoire policière qui semble finalement presque secondaire. Le cinéaste confère à la ville de Savannah un climat envoûtant, irréel, parfois au bord du fantastique (les visites au cimetière, le personnage de Minerva et cette justice divine qui, à la fin de l’histoire, punit Jim Williams pour le crime qu’il a commis) qui doit beaucoup à ses curieux habitants que rencontre le journaliste au fur et à mesure de son enquête : Lady Chablis, un (e) véritable drag queen, Minerva la sorcière noire, Luther et ses mouches (Geoffrey Lewis qui retrouve Clint pour la septième fois), l’homme qui promène un chien qui n’existe pas, et bien sûr, Williams, sorte de dandy homosexuel, énigmatique et fascinant, évoluant à la frontière entre le bien et le mal. Dans un rôle que George Sanders et sa voix suave aurait autrefois pu tenir, Kevin Spacey livre une composition ambiguë particulièrement savoureuse et pleine de finesse. Minuit dans le jardin du bien et du mal s’interroge aussi sur la notion de vérité. La vérité existe t-elle ? Que s’est-il réellement passé la nuit du meurtre ? Habilement, Clint Eastwood choisit de filmer le crime selon différentes manières, en fonction des déclarations de Williams. « La vérité, comme l’art, se trouve dans le regard du spectateur » prêtant t-il d’ailleurs. De plus, le film dénonce le poids des préjugés et les difficultés que le fait d’être différent imposent au sein d’une communauté soi disant cosmopolite. Autrefois admiré pas toute la jet set de Savannah, Williams, une fois suspecté de meurtre et son homosexualité publiquement mise à nue, se retrouve seul, ne pouvant plus compter sur ses amis. C’est d’un journaliste extérieur à la communauté et d’un(e) marginal(e) qu’il devra une partie de son salut éphémère. Cette vingtième réalisation de Clint Eastwood connaît un échec lors de sa sortie en salles. Sa longueur et sa lenteur ont sans doute rebuté le public. Cependant, il démontre encore une fois l’éclectisme du cinéaste et offre à Kevin Spacey un de ses meilleurs rôles à ce jour.
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