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KröniK | Kroh - Pyres (2017)


Il y a quelques mois, "Altars" nous a déjà offert l'occasion de dire tout le bien que nous pensons - à juste titre - de Kroh et de la décision qu'il a prise en 2014 de troquer le chant masculin par une voix féminine, trouvant alors en Oliwia Sobieszek la perle rare en même temps que la pièce (maîtresse) qui manquait à son doom occulte et victorien. S'il se révèle sans doute trop court à notre goût, puisqu'il ne s'agit que d'un EP long de vingt-cinq minutes, "Pyres" vient confirmer combien cette embauche miraculeuse fut bénéfique aux Britanniques dont leur art ne sort pas seulement métamorphosé de ce kyste féminin mais totalement transcendé, comme si la belle Polonaise avait su leur indiquer le chemin qu'ils devaient désormais emprunter.
Mieux, le groupe de l'ex Mistress Paul Kenney puise au fond de ce creuset vocal plombé par un désespoir cendreux, la matière à forger une musique plus tellurique encore. Plus orgasmique surtout. Même privé de chant (la présence d'Oliwia se limite à un pale suaire fantomatique), un titre comme 'Despair / Resolve' brille d'un éclat crépusculaire, abyssale plongée dans les ténèbres suintant une squelettique beauté. Mais que les amoureux de la déesse blonde se rassurent, Rigor Mortis', 'Nemertean Girl' et 'Moriah' offrent à cette dernière un autel à sa mesure pour qu'elle puisse déclamer son verbe sentencieux. La première de ces trois plaintes s'impose même comme une plus monumentales que Kroh a composée, fusion parfaite entre cette voix fortement émotionnelle et ces guitares coulées dans le plomb aux allures de rouleaux-compresseur, ce qui ne leur interdit pas de se lancer dans de vibrants soli. La deuxième se veut une merveille de doom pulsatif bercé par ces funestes mélopées et enrichi par des claviers mortuaires. Quant à 'Moriah' , il s'agit d'une pièce rampante, évolutive et sinistre, qui s'enfonce dans un entrelac d'atmosphères tourbeuses, puissante excavatrice forant la terre jusqu'à l'os. En une petite poignée de chansons, Kroh affirme encore un peu plus sa personnalité, ferrugineuse et éthérée tout en ouvrant de nouvelles portes vers un autre monde, hypnotique et progressif tout ensemble... 3.5/5 (01/11/2017)






Krönik | Kroh - Altars (2016)


Les oreilles au niveau du slip, il ne faut souvent pas grand-chose pour attiser notre curiosité. Une femme nue sur une pochette et une voix féminine sont par exemple des attributs dont l'efficacité pour capter l'intérêt n'est plus à démontrer. Kroh l'a bien compris en misant sur une imagerie sexy et la présence dans ses rangs d'une chanteuse.
Si on peut reprocher aux Anglais de céder là à une mode, eux qui avaient démarré leur carrière sous des auspices plus testiculeuses avant de se saborder pour au final renaître (presque) aussitôt, fort d'un nouveau line-up autour de Paul Kenney (Mistress, Anal Nathrakh), reconnaissons qu'ils ont eu mille fois raison de féminiser leur doom, trouvant en la personne de Olivia Sobieszek la prêtresse idéale pour déclamer ces psaumes aux relents d'occultisme hammerien. Non pas que le galop d'essai éponyme ou le split partagé avec Ice Dragon nous aient déçus, dévoilant au contraire un talent des plus prometteurs mais l'écoute de « Altars » témoigne que le groupe de Birmingham a trouvé chez cette déesse la pièce qui lui manquait, perdant peut-être (un peu) en personnalité ce qu'il a gagné en pouvoir de fascination. Et en magie (noire) surtout. C'est donc un second chapitre en même qu'un nouveau départ qui s'ouvrent pour Kroh. Au milieu de la cohorte de groupes de doom à chanteuse, les Anglais creusent néanmoins déjà leur marque dans la roche ferrugineuse grâce à ce son ultra plombé, ces guitares accordées plus bas que terre crachant une semence robuste et bien sûr cet organe féminin engourdi par le désespoir dont la force émotionnel n'est pas sans rappeler le timbre de la trop méconnue Johanna DePierre  du tout aussi méconnu et trop tôt disparu Amaran. Bien que préparé par quelques brouillons ("Precious Bones", Living Water"), "Altars" dévoile une formation quasi vierge, plus occulte que sa première incarnation. Et plus heavy encore. Secoué par des coups de boutoir telluriques et ces rouleaux de batterie qui avalent tout sur leur passage, son menu vibre d'une puissance sourde capable d'arracher la tapisserie des murs. Les 'Mother Serpent', 'Break The Bread', 'Stone Into Flesh' et autre 'Feed The Train' sont ainsi des monstres de lourdeur dont on imagine sans peine les ravages qu'ils doivent causer sur scène, les amplis poussés à fond, les instruments au bord de la rupture et trônant au milieu, cette vestale d'un culte obscur. En coulant une voix féminine incantatoire dans un creuset où brûle du plomb en fusion, Kroh atteint une autre dimension plus evil et orgasmique mais toujours aussi brute et rocailleuse. Plus qu'une renaissance, une métamorphose ! 4/5 (2017) | Facebook






Nucleus Torn | Travellers + Andromeda Awaiting (2010)


Entre un nouveau gemme (Andromeda Awaiting) et cette collection de titres rares ou demeurés inédits, c’est Noël avant l’heure pour les fans de Nucleus Torn. Travellers se veut même le Graal attendu sans trop vraiment y croire puisqu’il agglomère, excusez du peu, l’intégralité des enregistrements qui précédèrent Nihil soit toute la genèse de ce néo-folk osseux si personnel. Le menu débute avec les quatre pistes instrumentales du EP Krähenkönigin, gravé en 1998 et publié à quelques exemplaires six ans après. Seul à la guitare sèche, Fredy Schynder y libère des arpèges boisés dont le dépouillement confine à une forme de mysticisme pastoral. Suivent les quatre morceaux composant Silver, première trace discographique officielle remontant à 2001. Partiellement ré-enregistrées, ce sont des créations déjà intéressantes bien qu’elles tiennent davantage de l’esquisse que du travail achevé. Ils leur maquent notamment ce chant féminin lumineux que l‘on aime tant.  Parmi ceux là, le titre le plus beau reste le long « Nucleurs Torn ». Démo capturée en 2002, Submission offre ensuite ses deux extraits. On y découvre un groupe plus influencé par le rock progressif (« Non-Light Submission »). Enfin cerise sur le gâteau, Travellers s’achève sur deux pépites inédites et plutôt étonnantes, issues des sessions d’enregistrement de Nihil. « Leadness », tout d’abord, est zébré par les interventions d’un saxophone, ce qui lui confère une couleur presque jazzy. « Lurking », quant à lui, ouvre les vannes d’une musique intimiste rehaussée dans sa dernière partie par des notes d’orgue mélancoliques. Ce recueil permet de suivre une identité en train de se façonner, un style en mouvement. En cela, il est un témoignage précieux, il donne les clés pour mieux comprendre le parcours emprunté par Nucleus Torn avant d’aboutir à Nihil, opus grâce auquel une majorité l’a découvert, jusqu'à Andromeda Awaiting.


Petit à petit, à son rythme et sans faire de bruit, Nucleus Torn bâtit une œuvre passionnante qui n’appartient qu’à lui. Tout d’abord arrimé à la clairière du néofolk boisé grâce à un premier essai d’une beauté contemplative, le collectif mené par Peter Schynder a ensuite déviée vers une musique plus atmosphérique encore avec Knell. Andromeda Awaiting, au titre très poétique et dernier volet d’une trilogie, choisit cette fois-ci une forme d’expression plus progressive sans que celle-ci se démarque totalement du style élaboré par ses deux aînés. L’art de Nucleus Torn évolue mais par petites touches impressionnistes. Encadrée par deux sentinelles de plus d’un quart d’heure chacune, cette troisième offrande déroule une trame épurée entre rock progressif antédiluvien et musique folk et que nappent ces touches forestières typiques des Suisses. Subdivisé en six segments, Andromeda Awaiting s’ouvre donc sur une piste immense, voyage mystique  qu’une vie entière ne suffirait à décrire. Après une entame feutrée, le chant féminin vient se poser, soulignant la beauté tragique dessinée par les divers instruments. Puis le titre progresse nouant des liens avec le Lizard de King Crimson et la longue pièce épique qui l’achève. Les lignes vocales masculines y font notamment penser. A cette piste magnifique semble répondre celle qui entraîne l’album vers la mort, lente déambulation aux accents symphoniques dépouillés et que guide un piano et une flûte squelettiques. Entre ses deux monuments se succèdent quatre morceaux plus courts, au caractère fortement instrumental quand bien même la chanteuse glisse au milieu de ces motifs teintés d’ambiances médiévales sa voix empreinte d’une tristesse diaphane. De part son architecture, Andromeda Awaiting convient d’être absolument abordé dans sa globalité. Il est un tout dont une écoute émiettée ne saurait rendre toute la beauté mystérieuse en même temps qu'une forme d'aboutissement dans la carrière de Nucleus Torn. (2010)

Kroh - Precious Bones