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Duel | Valley Of Shadows (2019)



















Duel est un groupe qui ne chôme pas. Trois albums plus un live, moulinés en l'espace de seulement quatre ans, témoignent de cette fertilité doublée d'une belle régularité.

The Picturebooks | The Hands Of Time (2019)



















The Picturebooks est le plus américain des groupes allemands. Son (blues) rock garage évoque de vastes étendues caillouteuses que l'on sillonne en chevauchant une puissante mécanique à deux roues, les cheveux au vent et la liberté dans les yeux. Cela pourrait être la bande-son d'un remake d'"Easy Rider". Ce sont deux bonshommes à la pilosité sauvage, duo décontracté guitare/batterie. Pas de basse mais un chant trempé dans les bayous.

KröniK | Electric Jaguar Baby - Old Songs From Beyond (2018)


Ce qu'il y a - notamment - de chouette avec Electric Jaguar Baby, est qu'on peut y chercher longtemps la moindre prétention, la moindre prise de tête. Aimant les jolies filles aux formes callipyges et la bière, les deux gaillards font ce qu'ils savent (et aiment) faire, à savoir, ce garage rock bandant et crasseux au goût furieux de reviens-y, gorgé d'une généreuse dose de fuzz et biberonné aux sixties. S'il ne s'est toujours pas décidé à accoucher d'un premier long, soit parce qu'il n'est pas prêt ou parce qu'i s'en moque (c'est très bien ainsi), le duo parisien revient nous rendre une petite visite avec un troisième EP répondant au nom de "Old Songs From Beyond". Son artwork, qui fleure bon le triple programme d'un cinéma de quartier, suffit déjà à faire monter la température. 

Il est aussi un signe qui ne trompe pas. Car de toute façon, une rondelle qui exhibe fièrement une Super Vixen échappée d'une pellicule de Russ Meyer, ne peut pas être mauvaise ! Dont acte. Fidèle à un style auquel on commence à s'habituer, Antonio et Frank crachent leur purée riche en feeling et en énergie comme des dynamos vivantes secouées de spasmes furieusement rock'n'roll. Démarrer le tout par une cover du 'Foxy Lady' de qui vous savez, résonne comme une déclaration d'amour en même temps qu'une profession de foi. Il va sans dire que notre cher tandem guitare/batterie revisite avec la décontraction et la vitalité élastique qui sont les siennes cette reprise diabolique. Les quatre pistes suivantes témoignent que EJB n'est pas prisonnier d'un canevas immuable et qu'il peut donc faire évoluer celui-ci. Ce qui est particulièrement vrai avec le sautillant 'The Shrine', lourd et pileux. 'Ghost' surprend également avec son entame soyeuse, son ambiance pesante d'horror movie pour drive-in, son gros son de guitare. D'une manière générale, ces titres paraissent plus charpentés sans pour autant perdre ce qui fait la force et le charme de leurs géniteurs, cette urgence groovy et communicative que résument parfaitement les aguicheurs 'El Diabolo' et 'Can't Stop'. Vintage sans être poussiéreux et surtout sexy en diable, Electric Jaguar Baby poursuit sur son orgasmique lancée. A grands coups de concerts atomiques et de galettes humides, il est en train de se faire un nom : c'est amplement mérité et ce n'est que le début ! Bordel, qu'est-ce que c'est bon ! (29/04/2018)

4/5

KröniK | The Picturebooks - Home Is A Heartache (2017)


Quand bien même il a partagé la route avec son compatriote Kadavar et que son esthétique velue et sexy tend de facto à l'arrimer à ce revival seventies plus que jamais à la mode, The Picturebooks ne noue pourtant aucun lien avec le stoner et encore moins avec le hard rock qui nous est si cher. Bref, ceux qui espéraient, en écoutant "Home Is A Heartache", téter de la bonne distorsion ou y trouver une bande-son qui fleure bon la pipe à eau en seront pour leurs frais ! Par contre, à la place, vous pourrez vous frotter à un (desert) rock un peu garage sur les bords et surtout très bluesy.
Allemands de sol peut-être, Fynn Claus Grabkle (chant et guitare) et Philipp Mirtschink (batterie) sont en revanche Américains de sang, le manche dressé vers les étendues rocailleuses du nouveau continent. Ils aiment les jolies filles, les motos et les espaces sauvages. Leur formule à deux têtes dicte une musique authentique, sans afféterie ni OGM mais non sans gras, comme l'illustrent certaines compos bien reptiliennes, telles que le déglingué 'Fire Keep Burning' qui semble tout droit sorti des bayous, ou le venimeux 'Bad Habits Die Hard'. Mais de toute façon, le tempo ne s'emballe jamais vraiment, comme collé au bitume brûlé par le soleil, ce qui n'exonère pas le rock plombé des Teutons d'une force brute qui palpite à l'ombre des cactus. Reste que, brochette de quatorze titres au format ramassé, ce deuxième album donne l'impression de se traîner quelque peu le long de la chaussée, aucun morceau ne sortant réellement du lot ou suscitant la passion, ce qui était d'ailleurs déjà le cas de "Imaginary Horse" dont le dépouillement se révélait un peu frustrant sur la durée. Quoique parfaitement exécuté, l'ensemble manque de nerf et de cette folie sournoise qui emporte tout. Si l'on ne s'ennuie bien entendu pas à son écoute, grâce à quelques robustes saillies irriguées par cette guitare fiévreuse ('Heathen Love') et secouées par cette batterie pulsative ('Wardance'), il n'en demeure pas moins que "Home Is A Heartache" peine à creuser de durables sillons dans la mémoire, trop indolent et pas assez puissant à notre goût en dépit de la sympathie que l'on ne peut qu'avoir pour le duo et ce feeling fun, accouplé à cet érotisme sauvage qui suinte par tous les pores de son menu taillé pour avaler des kilomètres à cheval sur une meule, une nana amoureusement agrippée au dos... 3/5 (2017) | Facebook






KröniK | Electric Jaguar Baby - Moonshiner (2017)


Après un premier EP fortement remarqué, les deux gars de Electric Jaguar Baby continuent sur leur lancée avec « Moonshiner », nouvelle (trop petite) saillie trois titres éditée via leur propre label, El Diablo Records, sous plusieurs formats dont la bonne vieille cassette des familles, confirmant au passage que ce sont des hommes de (bon) goût. Ce que nous savions déjà. La recette est la même et le plaisir, toujours au rendez-vous. Et au garde-à-vous !
S'ils n'ont toujours pas appris à retenir leur semence aussi cool que fuzzy au-delà des trois minutes, ce qui donne encore une fois un menu qui donne l'impression de s'achever à peine après avoir démarré, les Français n'ont décidément pas leur pareil pour mouliner des riffs simples et humides qui éclaboussent la mémoire. Cette faculté à tout résumer sur une feuille de tabac à rouler, sans prise de tête ni prétention, est la force de ce duo sympathique qui renoue avec l'énergie brute et sauvage du Rock qui fait taper du pied. Une guitare grassouillette, une batterie qui sait ce que le mot groove veut dire, auxquelles se greffe un chant au timbre vintage et crasseux, s'accouplent avec décontraction mais non sans puissance, celle d'un ampli poussé à fond qui crache un courant follement addictif. 'Holly Vally', est rapide, 'Moonshiner', plus ondulant et 'The One', lourdement sexy. Et avec toujours cette ambiance de cinéma de quartier, échappée d'un Russ Meyer ou d'un Andy Milligan, bande-son d'un nudie aux relents occultes, à l'image de son artwork appétissant comme l'était déjà celui de la galette éponyme. Electric Jaguar Baby, c'est deux mecs, un son authentique, une esthétique pétrie de psychédélisme horrifique. C'est un univers furieusement jouissif. A force de laisser monter le désir, il ne reste plus au tandem qu'à balancer (enfin) une vraie rondelle XXL ! 3/5 (2017) | Facebook





KröniK | Eagles Of Death Metal - Death By Sexy... (2006)


Deux ans après s'être fait remarquer avec un "Peace, Love, Death Metal" aux allures de profession de foi, l'enfant bâtard issu des Desert Sessions de Josh Homme (Queens Of The Stone Ages, mais est-il encore besoin de le rappeler ?), est de retour avec une deuxième rondelle sous le bras qui sent bon la sueur et le stupre. Le programme est quasi identique, à base de boogie rock trempé dans l'huile de vidange mais cette fois la paire Hughes/Homme a décidé de tout faire à quatre mains et de resserrer quelque peu un menu qui enfile "seulement" treize petites pistes, que complète une poignée de bonus dont une reprise (forcément) personnelle du 'High Voltage' de nos kangourous préférés.
Du coup et malgré toutefois la présence de quelques collaborateurs externes, tels que le batteur Joey Castillo sur quatre titres ou le copain Troy Van Leeuwen (QOTSA) au piano sur un chaloupé 'I Like To Move In The Night', "Death By Sexy" s'éparpille moins que son prédécesseur, le manche fermement tenu par les deux frères d'armes. Et si le propos, pourtant délicieusement décalé et licencieux, tourne vite en rond ('Chase The Devil', 'Shasta Beast'...), ce qui était d'ailleurs déjà le cas de "Peace, Love, Death Metal",  cette cuvée 2006 possède finalement plus de charme que sa devancière. La présence cette fois-ci plus marquée du géant rouquin n'est pas étrangère à cette réussite accrue. Plus bluesy, l'album regorge de brûlots distillés avec un dynamisme communicatif, à l'image des 'Keep You Head Up', 'I Got A Feelin' dont les riffs ne dépareilleraient pas sur une galette des Queens, de même que ceux qui irriguent 'Don't Speak (I Came To Make A Bang !)' ou bien 'Cherry Cola'. Le poil velu, le duo surprend en moulinant des rythmiques de bûcheron, les pieds enfoncés dans le bitume chauffé au soleil cependant que l'inénarrable Jesse Hughes n'est jamais en reste. L'homme roucoule à la façon d'un Elvis shooté à la Marijuana, bad boy dont le timbre imbibé de Jack Daniels suinte le sexe par toutes les notes, promenant sa poésie canaille à travers des routes désertiques. Comme son aîné, "Death By Sexy" n'est pas un disque indispensable mais en captant l'énergie brute et joyeusement décomplexée du Rock avec un grand R, il atteint son but, faire du bien sans se prendre la tête et avec toujours cette espèce de classe qui distinguera toujours ses auteurs d'un banal combo de garage rock. 3/5 (2017) | Facebook






KröniK | Eagles Of Death Metal - Peace Love Death Metal (2004)


Il y a une éternité, il était cool d'écouter les Eagles Of Death Metal, une époque où les bobos aimaient s'encanailler au son de ce garage rock qui sent bon le sable chaud du désert américain. Mais ça, c'était avant, quand Jesse Hughes, leur patron, n'était pas encore persona non grata depuis qu'il a osé tenir des propos controversés après la barbarie du 13 novembre 2015 dans l'enceinte du Bataclan qui accueillait alors le groupe.
Qu'on adhère ou pas à ses opinions, reconnaissons que le moustachu a au moins le mérite de trancher au milieu de cette meute d'artistes aseptisés et inodores que les médias, installés bien au chaud, nous servent jusqu'à l'indigestion. L'homme renoue en cela avec les bad boys qui ont fait le rock, le vrai, avec un grand R, celui qui coule dans les veines de "Peace Love Death Metal", première cartouche gravée en 2003 et publié en mars 2004, que beaucoup attendent alors, attirés par la présence excitante de Josh Homme aux côtés de celui qui est un ami d'enfance, collaboration scellée par les "Desert Sessions III & IV" où figurait le titre 'The Gosso King Of Crater Lake'. Toutefois ceux qui espéraient une sorte de Queens Of The Stone Age bis en seront bien entendu pour leurs frais, la musique vidangée par Eagles Of Death Metal ne nouant au final que très peu de liens avec celles de son aîné. Tout au plus partagent-ils ce même feeling désertique et crasseux, cette ambiance de rades enfumés perdus dans l'Amérique profonde (ce n'est pas péjoratif) ainsi que ce parfum d'interdit aux relents des substances illicites. A la place du stoner rock orgasmique de QOTSA se déhanche une espèce de croisement fiévreux entre un rock poissé de cambouis et un bluegrass ivre de Jack Daniels. L'opus dégaine tranquillement quinze titres dont la plupart ne franchissent même pas la barre des trois minutes. Si les invités sont nombreux, citons le bassiste Nick Oliveri sur 'Already Died' et 'San Berdoo Sunburn' ou bien encore Alain Johannes et son piano bastringue sur 'English Girl', ces chansons n'en demeurent pas moins extrêmement dépouillées, réduites à leur plus simple expression, celle d'un rock presque primitif dans son accroche où guitares et percussions se taillent la part du lion. Ce qui n'empêche pas Jesse Hughes de diversifier, de moduler ses lignes vocales, tour à tour roucoulant comme Elvis ou usant d'un registre plus appuyé sinon plus metal. Sans prétention et décomplexé, émaillé de nombreuses pépites, telles que 'Miss Alissa', 'I Only Want You' ou le désormais tristement célèbre 'Kiss The Devil', pendant l'interprétation duquel les terroristes ont choisi d'ouvrir le feu dans la salle de concert parisienne, l'album défile très vite, à la fois anachronique et intemporel et dont l'identité ancrée dans le sol américain ne le rend pas moins universel. 3/5 (2016) | Facebook






KröniK | Deap Vally - Femejism (2016)


Girl Power. Les deux femelles, la blonde Lindsey Troy (chant et guitare) et la brune Julie Edwards (le reste), sont (enfin) de retour après un "Sistrionix" qui en 2013 les a propulsées sur le devant de la scène, faisant d'elles un des groupes les plus prometteurs et excitants d'une mouvance garage rock à la mode, qui sent l'huile de vidange et le blues.
Un deuxième album constitue toujours une étape délicate à gérer, a fortiori lorsque son prédécesseur a cartonné. Il ne faut ni décevoir ni se répéter tout en affirmant une personnalité encore en gestation. En cela, "Femejism" se révèle être une exemplaire réussite en ce sens où il séduira les amoureux du duo californien qui aimeront retrouver dans cet opus plein de fraîcheur ce qui fit leur bonheur il y a déjà trois ans, à savoir ces courbes énergiques chauffées au soleil et cette gratte à la fois féline et nerveuse, sans pour autant se contenter de reproduire une formule à succès. Ces années passées sur la route ont été profitables aux demoiselles, lesquelles ont eu tout le loisir de peaufiner leur signature. Du coup, il en résulte une rondelle qui noue des liens naturels avec sa devancière mais qui sait être subtilement différente. Ce format chant/guitare/batterie commande une expression extrêmement dépouillée, presque primitive, laquelle ne s'encombre d'aucune fioriture. Est-ce à dire pour autant que Deap Vally ne cherche pas à se casser la tête, appuyant tout du long sur le champignon ? Bien au contraire car les jeunes femmes savent varier les positions, tour à tour survoltées ('Julian'), nostalgiques des années 80 ('Gonnawanna') ou plus rampantes telles une panthère à l'affût ('Turn It Off'), quoique toujours humides d'une sensualité sauvage. Dans cet équilibre entre frénésie Lo-fi et feeling psyché réside la grande force - et une bonne part du charme - de cette partition gourmande, biberonnée au desert rock terreux voire au stoner le plus pulsatif ('Post Punk'), sur laquelle plane parfois l'ombre des Eagles Of Death Metal ('Two Seat Bike'). Reste que, grâce à la voix habitée et aux riffs aussi  épais qu'ondulants de Lindsey Troy, il y a cette espèce de suavité qui poisse l'ensemble, permettant à nos pussy riots de s'extraire de la masse et de souligner leur différence. Brochette de treize brûlots incandescents, "Femejism" a quelque chose d'un concentré de pulpe sexy et rageuse que l'on tète avec un plaisir communicatif. 3.5/5 (2016) | Facebook






Soon | Electric Jaguar Baby - Moonshiner


Date | 24/03/2017
Genre | Rock psyché





Interview | Electric Jaguar Baby (Décembre 2016)


Interview avec Antoine et Franck d'Electric Jaguar Baby, réalisée par mail le le 22 décembre 2016. 

Electric Jaguar Baby s'est formé récemment, vous n'êtes pourtant pas, tous les deux, des puceaux du son. Pouvez-vous revenir sur votre parcours respectif ?
On s'est formé il y a presque deux ans maintenant mais on a pris un peu le temps pour se découvrir, trouver notre formule, notre son et créer quelque chose de cohérent. Donc on a travaillé une bonne année dans notre garage puis on a commencé a en sortir petit à petit ! On a en effet, eu chacun des groupes avant ça : Franck dans No Cure à la grande époque du punk rock, et Antoine a eu aussi un groupe de punk rock puis avec 7 Days Before, powercore plutôt fusion, chacun sur Lyon. On a bien baroudé avec ces groupes là puis on a fait une pause après leurs arrêts respectifs.


Comment est né EJB ? Qu'est-ce qui vous a motivé à vous réunir ? L'envie de joue ensemble ? 
On s'est retrouvé à Paris sans groupes et on s'est rencontrés plutôt par hasard avec des potes en communs mais on ne se connaissait pas. On avait un background musical en commun (très punk, metal, stoner mais aussi rock'n'roll) et on avait les mêmes envies de revenir au sources du ROCK.

Vous êtes donc un duo. Pourquoi ce choix ? Qu'est-ce que cette forme binaire apporte de plus par rapport au trio, par exemple ? 

On a vire le bassiste dès le début ! Non je blague. On a donc commencé à deux avec l'idée de partir sur un duo et au final ça nous plait carrément sur tous les aspects : pour l'organisation mais aussi en terme de compo tout est plus fluide et on a réussi à trouver notre style et notre son. Le jeu de guitare est différent (entre la basse et la guitare) et il y a cet aspect plus brut qu'on trouve efficace. Quelques bidouilles de "guitar geek" pour remplir le spectre sonore et le tour était joué.

Est-ce le succès de groupes tels que Deap Vally qui vous a inspiré cette incarnation à deux têtes ?

Oui on peut dire ça, en tout cas ça nous a davantage pousser à essayer d'y aller fond. On est super fans des duos comme Deap Vally que tu cites, et on sent nos influences plus punk de Death From Above 1979, plutôt rock de Royal Blood ou bien sur de Whites Stripes. Après On reste ultra influencé par des groupes comme Led Zep, Black Sabbath, ou même RATM !







De quelle manière vous partagez-vous le chant ? Peut-on voir dans ces doubles lignes vocales une des marques de votre personnalité ?
Alors le chant est partagé à deux sur la plus part des titres, même si avec le temps Franck a tendance à prendre le lead. Nos voix sont quasi toujours doublée et on aime bien l'aspect "pop song" avec un refrain ou un gimmick qui va rester en tête. Je pense en effet que ces deux voix font aussi parti de notre signature sonore avec le Fuzz.


Vous venez de publier un EP 4 titres éponyme. Comment est-il reçu ?
On a enregistré en Mars 2016 et on a déjà envie de passer à la suite, même si avec les délais studio, mixage, mastering et autre, il n'est sorti qu'en Novembre. On est très content de l'accueil qu'il reçoit, car on a que des supers retours de public mais aussi de la "presse" spécialisée, donc c'est très motivant !

Peut-on le voir comme une sorte de carte de visite ? Peut-être à destination des labels ? En cherchez-vous un actuellement ou bien continuerez-vous à vous auto-produire ?

Oui tu as tout à fait raison : on voulait pouvoir présenter notre son pour pouvoir se faire connaître un peu et bien sûr faire des concerts. On cherche des partenaires surtout en booking mais aussi label. On vise pas du Universal mais plus des labels qui font ça eux aussi avec passion. Pour l'heure et jusqu'à nouvel ordre on fait tout de A à Z. On a fait nos CD et aussi des mini-séries de k7 nous même ! Ca permet aussi de se casser la tête à proposer de jolis objet rock'n'roll et plutôt uniques.La prochaine série sera différentes etc etc.


A son écoute, on a le sentiment qu'il a été très vite mis en boîte, manière de conserver une espèce de spontanéité ce qui ne signifie pas qu'il soit bâclé...

Exactement et pour te dire on a mis en boîte les 4 titres en une journée et en prise live. 

On voulait effectivement garder l'énergie qu'on a quand on joue ensemble : autant au niveau de l'intensité mais aussi du son. Je pense que ça s'entend, tout n'est pas parfait et c'est aussi ce qui nous plait car on garde cette énergie rock. On a bien sur gardé les bonnes prises et on aurait refait si ça ne le faisait pas, on est pas du genre à bâcler loin de là, on on est même plutôt jamais satisfaits !



De quel sujet traitent ces quatre morceaux ? Ceux-ci semblent varié...
Hum, ça parle de filles, de cérémonies occultes, de villes de redneck, de desert, de mecs en tojes, de Belzeb...etc c'est varié et tout se rejoint. La pochette de l'EP pourrait résumer les textes. Tout ça est un peu second degré car on est pas dans l'occulte ou autre c'est juste un imagerie qui colle au son et qu'on adore.

Vous développez une imagerie sexy :  on verrait finalement assez bien EJB comme la bande-son d'un vieux Russ Meyer...
Ahah tu vois juste ! C'est vrai que ce ne nous déplairait pas. Notre tout premier et ancien visuel reprenant d'ailleurs une babe de "Faster Pussycat Kill Kill"...


D'ailleurs votre desert rock suinte une espèce d'érotisme sauvage par tous les pores... Est-ce ce que vous recherchez ?

Oui ça se rejoint aussi. Comme on te disait on parle de femmes, avec des histoires différentes dans chaque chanson, et on le fait forcément ressortir dans nos visuels, tant mieux aussi que ça ressorte dans la musique. Le pied serait d'avoir une danseuse sur scène à chaque concert comme Hawkwind à l'époque !






Sur scène, de quoi se compose votre setlist ? 
Sur scène on joue l'EP forcément mais aussi des morceaux plus anciens, et surtout beaucoup de nouveaux. On a trouvé notre identité aujourd'hui et on a beaucoup de titres qu'on adore et qui répondent bien en live. On va vraiment devoir les enregistrer du coup...

Quels sont vos projets pour 2017 ?
Pour 2017 on continue a tout faire nous même : donc on démarche pour jouer un peu partout en France et on essaye de monter un Tour en Allemagne. On va aussi enregistrer un single 2 titres pour le début d'année et d'autres titres plus tard, on ne sait pas encore si ça sera un EP, un Maxi, un mini album... En tout cas on bosse et on prépare des choses.  On vous donne déjà  RDV le 28 janvier à la Mécanique Ondulatoire à Paris avec les superbes Death Valley Girls !







KröniK | Electric Jaguar Baby - S/T (2016)


Ils sont deux, ils ont le rock qui gonfle leurs veines, le vrai, celui avec un grand R, celui qui sent sous les bras et donne envie s'encanailler auprès de jolies poupées. Ils répondent au nom de Electric Jaguar Baby, évocateur d'une sensualité sauvage et sont bien décidés à laisser leur empreinte psychotropique, en posant leurs santiagues sur toutes les scènes de France et de Navarre. Après dix ans passés à bourlinguer avec No Cure et 7 Days Before des cendres desquels le tandem a vu le jour  et aujourd'hui armé d'un EP 4 titres séminal et éponyme, les mecs ont tout pour y arriver, l'énergie, les idées, l'attitude, le feeling. Démonstration avec cette rondelle au goût juteux de première fois. Déjà, il y a son artwork, lequel en dit plus long que des lignes de description sur le contenu dont il constitue le délicieux écrin sexy et psyché. Tel est donc le Desert Rock que moulinent nos gaillards, coloré certes mais ni cotonneux ni endormie par un abus de pipe à eau. Au contraire dans une formule dépouillée, chant/guitare/batterie qui va droit à l'essentiel, sans gras et inutiles fioritures, Electric Jaguar Baby reste branché sur des amplis poussé à fond, le manche constamment dressé avec une insolence décontractée. Six-cordes fuzzy noyée sous des volutes déglinguées, percussions groovy et chant enfumé nourrissent ces quatre giclées fiévreuses et dépouillées. Les White Stripes ou Deap Vally ne sont souvent pas loin, démontrant si besoin en était que ses membres sont des hommes de goût mais cette hydre à deux têtes a pour elle cette intensité communicative qui emporte tout sur son passage. L'offrande écarte les cuisses avec 'Young Knife' amorce taillée pour le live (comme le reste d'ailleurs) dont les courbes lascives et ondulantes électrisent les sens. Avec un minimum de moyens mais un maximum d'effets, Electric Jaguar Baby balance la sauce, généreuse et pulsative. Tour à tour rugueux ('Not A Shade Of Grey'), nimbé d'effluves spatiales ('Gallow') ou rampant ('The Sabbath'), cet opuscule baigne dans une ambiance licencieuse  de sexploitation, nous conviant à une messe orgiaque en honneur du sacro saint riff dont on ressort trempés et heureux. En dépit d'un goût de trop peu, ce (trop petit) quart d'heure à l'énergie digne d'une dynamo vivante, suffit pourtant amplement à cerner un potentiel dont on devine qu'il n'a été qu'à peine dépucelé, faisant de Electric Jaguar Baby une découverte de première bourre ! 3.5/5 (2016)


KröniK | Eagles Of Death Metal - Zipper Down (2015)


Entre les attentats du 13 novembre 2015 qui ont, notamment, ensanglanté la salle du Bataclan dans laquelle il se produisait et la personnalité de son leader, Jesse Hughes, que certains découvrent de plus en plus controversée alors qu'il a en réalité toujours été cet espèce de redneck, à la fois chrétien convaincu et grand amateur de porno (entre autres), il paraît du coup désormais difficile d'aborder Eagles Of Death Metal avec quiétude et sous le seul angle strictement musical. Son rock, qui n'appartient qu'à lui, se révèle pourtant plus fort que tout cela. Car, si de loin la musique des Américains peut sembler simple voire simpliste, d'aucuns n'hésitant pas ainsi à la juger carrément surfaite, et qu'il est acquis que sans la présence de Josh Homme (Queens Of The Stone Age et surtout ex Kyuss) dans ses rangs à géométrie variable, nous ne nous serions sans doute pas autant intéressés à lui, force est de reconnaître que le groupe possède une touche aussi inimitable que savoureuse qui lui permet au final d'être bien plus que le banal garage band aux discrets relents stoner que ses détracteurs se bornent à voir. "Zipper Down", sa première rondelle depuis sept ans en est la plus éclatante démonstration. Une si longue abstinence, à laquelle le combo ne nous avait jusqu'à présent pas habitués, explique l'excitation suscitée alors par ce retour aux affaires, lequel se dévoile tout d'abord par l''entremise d'une pochette sexy en diable qui donne furieusement envie d'en goûter le fruit juteux. En guère plus de trente minutes, (trop) courte durée qui suffit pourtant à nous rassasier, le successeur de "Heart On" se déhanche au rythme d'un rock cool et énergique, dont les courbes généreuses qui exsudent une chaude sensualité sont comme les promesses d'un orgasme sonore. Avec cette décontraction goguenarde qui en fait tout le sel, Jesse Hughes et sa bande crachent d'emblée la sauce avec ce 'Complexity' débridé auquel moins de trois minutes suffisent à étaler tout ce qui les séparera toujours des gentils rockeurs, à savoir cette sorte de classe décomplexée un peu folle et surtout ce sens de l'accroche qui fait mouche, le tout saupoudré de petits détails (chœurs féminins sur 'Silverlake', 'I Love You All The Time' et ses couleurs country, etc.) qui font de ces compos de savants bijoux d'écriture. Même 'Save A Prayer', reprise de Duran Duran, se trouve métamorphosé en hymne déglingué que berce un doux ressac electro. Si tout du long, la patte de Josh Homme se révèle aisément identifiable ('Skin Tight Boogie'), Hughes se taille la part du lion, emballant l'auditoire avec sa voix gorgée d'un feeling licencieux, taillée pour les clubs poussiéreux de l'Amérique profonde. Il faut être de mauvaise foi pour ne pas lui reconnaître un charisme certain et un talent de compositeur hors pair. Fun et sexy mais avec juste ce qu'il faut de finauderies, "Zipper Down" fait son trou et très vite on se surprend à en fredonner les nombreuses mélodies, marque des grands disques et des grands groupes, ce qu'Eagles Of Death Metal est assurément. 3/5 (2016)


                                   

KröniK | Soundcrawler - The Dead-End Host (2015)


Etonnant de voir comment le Stoner, genre à priori très américain par essence, sentant bon le bitume écrasé par la chaleur, a essaimé à travers toute la planète (ou presque) en conservant toujours ses traits désertiques. Prenez par exemple Soundcrawler, rien chez lui n'évoque le Périgord dont il est pourtant originaire, donnant l'impression à son écoute d'avoir à faire à un combo venu du fin fond du pays de l'Oncle Sam. C'est d'ailleurs tout à l'honneur du groupe dont les compatriotes sont parfois moqués pour une incapacité chronique à gommer leurs racines. Rien de tout ça donc chez ce quintet qui n'a vu le jour qu'en 2011. On touche là un autre point positif à mettre à son actif, à savoir cette jeunesse qui ne s'entend pas, n'est jamais trahie par une quelconque approximation. La maîtrise du combo est totale, son professionnalisme également, témoin "The Dead-End Host" qui fait plus qu'enfoncer le clou planté par son prédécesseur, le séminal "The Sandcrawler", concept-album dans le sillage duquel il se glisse. Voilà le cadre posé, alléchant à tout le moins. les Frenchies pourraient n'être qu'une formation de plus de Stoner à la sauce Desert Rock, ce qui serait déjà très bien, sauf qu'ils ne sont pas que. Il émane déjà de leur musique une espèce de force souterraine, trapue et poussiéreuse, comme si celle-ci restait éternellement figée dans une terre caillouteuse. Du coup, les gars n'enclenchent jamais vraiment la seconde. Même quand le tempo semble vouloir s'emballer, comme sur l'inaugural 'Raiders', une masse invisible le retient, écrasant telle une enclume toute velléité d'échappée sauvage. C'est très particulier et indéfinissable. Certes beaucoup de groupes se veulent plus lourds que le voisin mais Soundcrawler l'est d'une manière qui n'appartient finalement qu'à lui, un peu déglinguée ('Burning Scales').  De fait, c'est peu dire que le compteur Geiger s'affole tout du long de cet album, aussi généreux en plomb qu'en beauté ensoleillée, laquelle jaillit notamment de ce 'And All The Second Left' miraculeux, conclusion instrumentale squelettique égrenant notes acoustiques et nappes de claviers fantomatiques aux teintes westerniennes et crépusculaires. N'oublions pas également de signaler le chant de Rémy Pocquet, dont la tessiture sale et râpeuse lui permet de se fondre à merveille dans ce rock trapu à la peau tannée. Afin de boucler ce tour d'horizon, nous pourrions enfin citer les grands moments qui émaillent cet impeccable menu, ce que nous ne ferons pas tant cet opus possède une forte unité qui rend vain son effeuillage. Tendu et ramassé, chaud et organique, "The Dead-End Host" progresse à la manière d'un récit, sans temps morts, l'inspiration dressée avec une insolente dureté. 3/5 (2015)


KröniK | Goatfather - Hipster Fister (2016)


Vous l'aimez comment, votre stoner ? Bien gras, façon bûche ? Qui sent sous les bras et l'haleine de coyote en rut ? Alors, ce "Hiptser Fister" (tout un programme !) est naturellement taillé pour vos cages à miel ! Cette rondelle marque les débuts discographiques de Goatfather, jeune pousse lyonnaise qui s'était fait la main avec une démo trois titres en 2015. Se montrant autrefois timide dans l'hexagone, le genre ne cesse d'essaimer depuis quelques années pour le plus grand bonheur des bûcherons de tout poil. De fait, on ne compte plus désormais les saillies velues aux épais relents de Black Sabbath et de bon vieux rock US des familles. Ce quatuor vient aujourd'hui poser une pierre supplémentaire à cet édifice qui n'a pas (plus) à rougir de la comparaison avec les massives architectures des voisins européens. Le terrain est connu, que creusent des riffs rugueux et nimbés de vapeurs enfumées comme échappées d'un rade poisseux. Mais, à l'image de son nom délicieusement patibulaire, Goatfather sonne bien plus méchant que la majorité de ses compagnons de jeu, montrant les crocs sans jamais se reposer. S'il nous assomme, ce n'est pas à coups de pipe à eau mais de tempos pachydermiques qui, à la manière d'un rouleau compresseur, écrasent tout sur leur passage. Le chant hargneux de Yann Sambuis, biberonné au bourbon de contrebande, et des paroles à effrayer des bonnes sœurs alimentent cette rudesse crasseuse qui donne tout son sel à ce menu aussi trapu qu'épidermique. Véritable enclume chauffée au soleil, "Hipster Fister" n'est pas seulement une offrande imparable, dont on voit mal ce qui, en elle, pourrait susciter la moindre réserve, mais surtout un album qui possède une âme.Les préliminaires de rigueur rapidement emballés, 'As The Crow Cries' donne le ton, pose un cadre ancré quelque part entre le désert américain et les bayous. Truffé de guitares qui dressent une lourde turgescence ('Rebel Ways') et des percussions qui moissonnent tout dans leur sillage ('The Betrayer'), le menu ne débande à aucun moment, crachant une poudre grumeleuse, serrant le frein à main ('A Road Paved With Corpse') jusqu'au terminal et énorme (à tous les sens du terme) 'The Devil Made Me Smoke Is Bong', rampante et vicieuse rumination qui clôt l'écoute avec la force d'un cataclysme souterrain. Bref, entre plaines arides et marais boueux, "Hipster Fister" est une ode au sacro-saint riff. 3/5 (2016)


Blaak Heat | Shifting Mirrors (2016)


Le fait que Blaak Heat (désormais sans le "Shujaa" à la fin) soit né en France avant de partir s'installer quatre ans plus tard aux Etats-Unis pourrait être un détail anodin, il révèle pourtant la soif de liberté, l'esprit d'aventure qui inspirent ce trio dont l'art s'est très tôt affranchi des carcans, des étiquettes, pour aller galoper à travers un espace ouvert, sans frontières, l'horizon dégagé. Trip psyché, stoner ou rock tout court, il n'est pas si simple de décrire une bande-son qui n'appartient déjà qu'à ses créateurs, à la fois plombée et colorée, écailleuse et gourmande. Et s'il paraît vouloir participer à ce revival seventies dont le puits semble encore loin de se tarir, ce groupe franco-américain possède un potentiel et une identité sonore capables en réalité de fédérer un public plus large que le seul cercle des suceurs de pipe à eau, quand bien même sa musique ne peut qu'évoquer les volutes embrumées de paradis artificiels. Logiquement assez vite repéré par Tee Pee Records, l'un de nos fournisseurs favoris en matière de rondelles enfumées, Blaak Heat livre avec "Shifting Mirrors" une troisième offrande pour le moins attendue, dont la prise de son a été confiée à Matt Hyde, producteur reconnu pour ses collaborations avec Slayer ou Monster Magnet. Loin de la testostérone promise par ce grand nom de la console, l'enveloppe sonore se veut au contraire (faussement) simple, laissant à chaque instrument l'espace nécessaire pour s'exprimer mais dont l'authenticité ne l'exonère cependant pas d'une vraie puissance de feu. C'est là tout le paradoxe de Blaak Heat, capable autant de nous emporter sur son dos au milieu du désert saharien ('Mola mamad Djan') que de cracher du plomb ('Ballad Of Zeta Brown'). De 'Anatolia' à Taqsim', de 'Tamazgha à 'Sword Of Hakim'', le nom des titres qui parcourent cet album, suggère un voyage lumineux à travers une géographie escarpée, aride et solitaire. Si 'The Peace Within', évoque les grandes plaines westerniennes, c'est surtout  l'orient qui est convoqué par un attirail traditionnel (sitar, darkouka) dont les notes aux arômes enivrants se mêlent à des percussions tribales, témoin ce 'The Approach To Al Mu'tasim', monumentale échappée longue de presque de sept minutes. Si un chant vient parfois mordre une trame aux lignes généreuses, "Shifting Mirrors' frappe avant tout par sa force instrumentale. Ainsi, nombre de pistes sont vierges de chant, toiles chamarrées dont les arabesques ensorcelantes sont peintes par une guitare soyeuse et pimentée que soulignent des rythmiques arabisantes, à l'image de 'Danse nomade', pièce finale d'une étourdissante virtuosité. Du visuel au jeu des musiciens, tout est impeccable dans cette galette à laquelle il parait bien difficile de résister tant on ne peut qu'être séduits par cette inspiration d'une ardeur solaire qui devrait sans aucun doute permettre à Blaak Heat d'accéder à l'étage du dessus. Du vrai desert rock à la sauce orientale. (2016)


                                     

KröniK | Yawning Sons - Ceremony To The Sunset (2009)


Encore une fois, l'étiquette dorée "feat. members of Kyuss, Queens Of The Stone Age, Desert Sessions" ne doit pas vous tromper. Certes Scott Reeder, puisque que c'est (notamment) de lui dont il s'agit, est bien de l'aventure mais il se contente de poser sa voix sur un des titres qui sont en réalité le fruit d'une rencontre, celle de l'américain Gary Arce, guitariste de Yawning Man et des anglais de Sons Of Alpha Centauri. De cette union, est donc né Yawning Sons (ça ne s'invente pas) qui enfante avec Ceremony To The Sunset son premier bébé, un bébé auquel on peut d'ors et déjà prédire un avenir radieux. En sept respirations à la croisée du post rock, du progressif des années 60 et 70 (le groupe mentionne parmi ses influences le Pink Floyd époque Syd Barrett, Tangerine Dream...) et du stoner psychédélique et enfumé, ce nouveau projet dessine un univers séduisant et déjà personnel. Cet album est à l'image de son écrin visuel : beau, limpide, pur et avec une certaine mélancolie sourde, une noirceur voilée. Crépusculaire et aérien à la fois donc. Les titres sont longs ; ils prennent leur temps pour se déployer, pour répandre leurs atmosphères, leurs couleurs. Ils ont quelque chose de voyages stratosphériques, planants et insaisissables. "Ghostship Deadwater", porte d'entrée entêtante idéale, illustre bien le style de Yawning Sons. Une longue exposition, esquissée par les guitares, puis un chant, féminin, celui de Wendy Rae Fowler que les amateurs de la famille Queens Of Stone Age/Mark Lanegan connaissent bien, une voix emplie d'une fébrilité étrange qui survole, flotte dans un espace aux contours évanescents. Mais loin des vocalistes habituellement de mises, elle trempe sa tessiture dans un vrai désespoir. Enfin, le titre meurt comme il a débuté. Le groupe aime les longs développements, les structures qui se délient lentement. Qu'il affectionne les trames instrumentales ne surprendra donc pas. "Tomahawk Watercress", "Westlands" et le grisant et somptueux "Japanese Garden" sont ainsi des pistes de décollage pour des guitares qui larguent les amarres de la terre, bien qu'elles soient chargées d'une tristesse lumineuse que la section rythmique qui les seconde ancre toutefois dans un sol aride. Enfin, des claviers aux relents psyché teintent le tout d'arrangements hypnotiques discrets mais essentiels. De fait, assurées par trois invités chacun chargé d'un morceau, les lignes vocales sont plus là pour accompagner les instruments que pour les guider et faire corps avec eux. Elles se révèlent pourtant superbes comme sur le fragile "Meadows", presque squelettique et minimaliste et lui aussi révélateur d'une identité qui préfère la suggestion à la démonstration. Chez Yawning Sons, rien n'est appuyé, tout est très légèrement souligné. Une justesse de touche, une sobriété, à l'instar aussi de "Garden Sessions III". Voilà une oeuvre envoûtante et cristalline, propice à l'introspection, une invitation au voyage, quel qu'il soit. 4/5 (2009)