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KröniK | Pavillon Rouge - Dynasteia Klub (2018)


Alors que le black metal est un art trop souvent sclérosé par les conventions tant dans le fond que dans la forme, il est bon de voir débouler un groupe comme Pavillon Rouge qui ne ressemble à rien, O.M.N.I. né en 2007 de quelques cerveaux malades dont ceux de Hanoi O. (Osirion) et Benjamin Nominet (Sybreed). S'ils ont depuis quitté ses rangs, la formation grenobloise reste fidèle à la muse décomplexée et industrielle qui la guide depuis ses débuts. Avare de sa semence martiale et mécanique, le groupe offre enfin avec "Dynasteia Klub" son troisième effort.  Déjà perceptibles sur "Legio Axis Ka", les velléités electro font cette fois-ci plus qu'affleurer à la surface d'une offrande qui tente plus que jamais l'audacieuse - pour ne pas dire "casse-gueule" - copulation entre metal extrême et  diarrhée synthétique pour dancefloor, le tout pigmenté de lointaines touches new-wave ('Bodhisattva').



Le résultat pourrait être indigeste et malheureux mais, par la grâce de musiciens visionnaires qu'une noirceur apocalyptique n'a pas pour autant désertée, l'ensemble se montre puissamment envoûtant et surtout cohérent. Si on devine qu'il prend un malin plaisir à faire vomir les ayatollahs du genre, ne se prenant absolument pas au sérieux, Pavillon Rouge ne rigole pas vraiment quand il s'agit de martyriser une partition robotique aussi remuante que cosmique. Si son devancier se révélait parfois difficile à pénétrer, "Dynasteia Klub" se veut au contraire plus immédiat, pour l'auditeur ouvert s'entend ! D'emblée, 'L'harmonie et la Force', amorce furieuse et envoûtante, nous projette au centre d'une piste de danse chaotique coincée entre plusieurs dimensions, dans un multivers hypnotique. Mais toujours il y a en filigrane cette énergie obscure et empoisonnée qui confère à cette pulsation cataclysmique ce sel ténébreux. Pulsatif, 'Ô Légions, Ô Triomphes', franchit un pas supplémentaire vers la folie avec ses convulsions electro noircies de vocalises écorchées. Si les machines bourgeonnent de partout sur fond de rythmiques saccadées, les guitares n'en demeurent pas moins volubiles, crachant un torrent mélodique, à l'image de la plage éponyme. De fait, secoué par une force sombre, l'opus irradie toutefois une espèce de lumière aveuglante qui fait de lui la création la plus atmosphérique et stellaire de ses auteurs ('Le Rayonnement du Temple Nouveau'). Associée à des textes inspirés de la philosophie stoïcienne, cette partouze sonore grouille à la fois d'une puissance fiévreuse qui culmine lors de 'Dans l'Ailleurs Absolu' tout en s'élevant toujours un peu plus vers les étoiles avec le terminal et épique 'Ad-Augusta', qui brille d'un éclat fascinant. Explorateur unique, Pavillon Rouge confirme avec "Dynasteia Klub" qu'il est l'inventeur d'un black transgénique, dansant et métaphysique. (11/03/2018)


Pavillon Rouge | Legio Axis Ka (2015)


On n'en voudra pas trop à Pavillon Rouge de prendre son temps, nous faisant à chaque fois patienter trois ou quatre ans entre deux signes de mort car la récompense surgit toujours au bout du tunnel. Succédant au référentiel "Solmeth Pervitine", publié en 2011, "Legio Axis Ka" est enfin là, prêt à décrasser nos orifices, à faire saigner les muqueuses. Si vous avez manqué le début, sachez que les Grenoblois se rattachent à la mouvance black indus capable du meilleur comme du pire. Vous aurez vite compris dans quelle catégorie ranger le groupe. Ceux qui ont toujours regretté le sabordage de Crystalium seront heureux de retrouver le chanteur Kra Cillag derrière le micro, quand bien même les deux entités ne nouent que peu de liens entre elles, si ce n'est donc ces lignes vocales guerrières et vindicatives ainsi qu'une espèce de brutalité métronomique et saccadée. S'il respecte à la lettre les règles de cette déclinaison froide et désincarnée de l'art noir, entre rythmes mécaniques, batterie programmée et ambiances apocalyptiques, Pavillon Rouge a su très vite injecter à ce socle abrupt sa personnalité aussi vicieuse que venimeuse, laquelle s'incarne aussi bien à travers cette curieuse frénésie electro et organique à la fois que ces textes empreints d'une poésie cosmique ('Kosmos Ethikos'). Pandémonium orgiaque tour à tour envoûtant ou martial, mélodique ou féroce, à l'intérieur duquel se niche une reprise hallucinée de Coolio, 'Notre Paradis', au demeurant des plus trippantes, "Legio Axis Ka" se révèle être une œuvre peu aisée à pénétrer, en cela qu'elle matraque une violence plus sournoise que frontale ('L'enfer se souvient, l'enfer sait'). Puissamment hypnotique ('A l'univers'), sombrement désespéré ('Aurore et Nemesis'), pulsatif ('Droge Macht Frei') ou chargé d'une grandiloquence obscure, l'opus a des allures de dédale creusé au milieu du champ de bataille d'un monde au bord du chaos. De cette ambivalence grouillante infuse un magma pollué, porteur d'une semence malsaine qui finit par contaminer celui qui l'écoute, lui donnant la furieuse envie de tendre l'autre joue. L'album confine à une forme de transe mécanique à laquelle il est impossible d'échapper... (2015)