AU PIF

Affichage des articles dont le libellé est Interview. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Interview. Afficher tous les articles

Interview | Inexistence (04.10.2019)




















Rencontre avec Psycho, le guitariste de Suicidal Madness, au sujet de Inexistence, son projet solitaire et electro/ambient.

Interview | N.K.R.T (11.10.18)


A l'occasion de la publication de Confiteor, Frater Stéphane se livre sur N.R.K.T et sur lui-même.

1) J'avais commencé ma chronique de "Sanctus Maclovius" en disant qu'il y avait au moins deux Stéphane Gouby : "D'un côté, il y a Nekurat, bassiste actuel ou passé des hordes noires Hyadningar, Sordide ou Mythrim (...). Mais de l'autre, il y a surtout celui qui, sous le sobriquet de Frater Stéphane, est le maître de cérémonie de rituels incantatoires aux confins d'un drone chamanique et d'un dark ambient dévotionnel." Qu'en penses-tu ?

Nekurat est un pseudonyme que j’utilise depuis mes débuts dans le black metal qui remontent à une vingtaine d’année. Lié à ce courant musical, à la fougue adolescente et à l’attitude punk qui le caractérisent, Nekurat est hypocrite, menteur et faux. Il est un personnage inventé de toute pièces pour correspondre aux attentes liées à mon égo et à la sociabilité.
Frater Stéphane est apparu avec Mhönos. Ce pseudonyme est composé du terme religieux marquant l’appartenance à un ordre monastique et de mon prénom. Frater Stéphane est un être relativement solitaire, façonné par son patrimoine et questionné par la foi. Il n’est que moi. 

2) Peut-on dire que tu as voulu poursuivre avec N.K.R.T. ce que tu as entamé avec Mhönos.

J’ai trouvé ma propre façon d’envisager la musique lorsque j’ai créé Mhönos. Le premier album, Miserere Nostri, m’avait permis d’opérer une synthèse entre les univers musicaux qui me touchaient : black metal, musique ambiante, drone, chant grégorien et chants de gorges tibétains.
Après quelques emprunts aux chants de gorge des sommets de l’Himalaya et aux instruments à vent reconstitués des anciens peuples méso-américains, je me suis senti illégitime en spoliant ainsi des cultures qui ne m’appartiennent pas. J’ai abandonné les influences extra-européennes pour me concentrer sur mes racines culturelles via la musique sacrée médiévale occidentale et le patrimoine architectural et spirituel très riche de ma ville, Rouen.
Il y a certes une filiation entre Mhönos et N.K.R.T mais celle-ci ne peut être établie qu’avec le premier album de Mhönos, Miserere Nostri. Le lien entre les deux projets se trouve dans le chant en latin, la répétition et les boucles, mais je me sens désormais très loin de Mhönos car je n’utilise plus ni basses électriques, ni éléments de batterie mais uniquement ma voix et des instruments que je fabrique avec de la matière organique. Les sonorités issues du rock ont toutes été éliminées au profit des percussions et instruments à vent en os, des cloches de métal et des pierres. 



3) D'ailleurs, Pourquoi avoir quitté ce projet ?

Mhönos était sous sa forme première un projet solo dont la musique n'avait pas été pensée pour être jouée en concert. J'ai enregistré Miserere Nostri, le premier album, uniquement avec des basses électriques, du clavier et ma voix. J'avais utilisé sans limites la capacités de mon logiciel multipistes et je ne pouvais jouer seul la musique que j'avais enregistrée. Après la sortie de ce premier album chez Doomanoïd Records (U.K), lorsque les premières opportunités de concert se sont présentées et le projet est progressivement devenu devenu duo, quintet, sextet puis septuor. La dernière formation fut celle qui enregistra l'album Humiliati dans ses deux versions. Il s'en est suivi une petite série de concerts mais qui ont fini par s'essouffler à cause du manque de travail collectif. Les dernières répétitions auxquelles j'ai participé ne rassemblaient même plus le groupe au complet et nous avions même dû jouer deux fois en concert avec une formation bricolée, un ami remplaçant un absent durant la première et une combine nous privant d’une basse pour conserver une percussion durant la seconde. Nous n'arrivions plus à travailler de nouveaux morceaux et nous jouions les anciens de plus en plus aléatoirement. J'avais perdu toute motivation et j'ai préféré libérer le temps que je consacrais à Mhönos pour travailler sur d'autres projets. Me faisant évincer quelques mois plus tard des deux autres groupes dans lesquels je jouais, N.K.R.T devint mon unique projet pour les deux années qui suivirent.

4) Est-ce exact de présenter désormais N.K.R.T. comme ton projet principal ? Que deviennent Vichy, Mythrim etc... ?

N.K.R.T est un de mes deux projets principaux, à égalité avec Rosa Crvx dans lequel je joue de la contrebasse et de la basse. N.K.R.T représente un plus grand investissement émotionnel car la musique découle de ma création personnelle tandis que Rosa Crvx me propulse vers d’autres cieux par l’interprétation de sa musique incroyablement intense. Chacun m’élève à sa manière et je consacre la quasi-totalité de mon temps libre à ces projets.
Vichy et Mythrim ont chacun publié un enregistrement cette année mais je les laisse en ce moment de côté pour me consacrer - pour ce qui est de ce style de musique - à un tout nouveau projet fondé avec mon ami Necropiss (The Arrival Of Satan) appelé LATRINES, dont nous venons d'achever un premier album. Ce projet n’est pas destiné à jouer concerts et se focalise sur l’enregistrement. 

5) J'aimerais que tu précises le concept de N.K.R.T....

N.K.R.T découle d’une volonté de gérer seul chaque aspect du projet. Au départ, j’avais pour idée de ne jamais enregistrer à l’exception d’extraits de concerts mais les nombreuses heures de travail dévolues au projet m’ont naturellement poussé vers la captation en studio. Les sonorités sont axées autour de la matière organique. J’utilise mon corps à travers la voix et les percussions corporelles, les instruments à vent et à percussion en os, la pierre, le bois. Les seuls instruments que je n’ai pas fabriqués sont des cloches de métal. Je tiens à garder une pratique axée autour de la simplicité matérielle et du minimalisme.
L’aspect liturgique du projet est primordial. La musique est chantée exclusivement en latin et les textes sont des fragments d’écrits existants ou des créations personnelles. J’ai besoin d’écrire mes propres paroles mais je trouve beaucoup d’intérêt dans l’utilisation de textes sacrés de la liturgie catholique ou de textes historiques telles que les minutes du procès de Jeanne d’Arc.
N.K.R.T est également complètement lié à l’histoire de ma ville, Rouen, et à son patrimoine historique. La ville est très marquée par l’architecture gothique à travers son patrimoine ecclésiastique, par les épidémies de la fin du Moyen- ge et la guerre de Cent-Ans. L’album Sanctus Maclovius mentionné dans la première question de l’interview est exclusivement consacré à un ossuaire de la ville qui a été construit à partir de 1348, date à laquelle la première grande Peste a ravagé l’Occident. Rouen est également la ville dans laquelle je suis né et j’habite depuis l’enfance, la ville de mes ancêtres depuis de nombreuses générations. Je suis viscéralement et presque amoureusement lié à Rouen et ma musique en est complètement imprégnée.

6) D'une manière générale, que cherches-tu à exprimer, à transmettre avec N.K.R.T ?

Avant de me lancer corps et âme dans N.K.R.T, j’ai joué dans des groupes qui avaient connu un succès léger auprès d’amis et sur les réseaux sociaux. Devant ce succès auto-exagéré pour correspondre à nos fantasmes, les membres des groupes - moi plus que chacun - avions perdu le contrôle, laissant libre cours à nos égos. Au fond de soi, chacun semblait conscient que la monde n’était pas encore décidé à reconnaître son génie et la frustration amenait l’aigreur. Les attitudes générales avaient tourné à l’arrogance et les ambiance internes à la médisance et à la paranoïa. Après avoir quitté Mhönos et m’être fait expulser des deux autres groupes dans lesquels je jouais, je me suis trouvé seul face à la musique. Je ne me sentais plus capable de jouer avec quiconque. J’ai tout recommencé, raté trop de concerts malgré une préparation intense, rencontré des problèmes que je n’avais pas anticipés et qui semblaient se succéder sans fin. Le miroir dans lequel je m’observais n’était plus le regard d’autrui, aucun fantasme ne pouvait être projeté. J’ai traversé des abîmes psychologiques tortueuses, passant par différents stades qui m’ont conduit à prendre conscience de ce que je valais réellement - rien - et à me comporter humblement au regard de l’inutilité de fait de ma musique. Le monde n’a besoin d’aucun de nous ni de rien de ce que nous proposons et rien n’existe que dans notre esprit. Nous sommes faux lorsque nous jouons en concert, que nous publions des disques ou que nous nous déversons sur les réseaux sociaux car tout ce que nous projetons sur autrui est calculé pour satisfaire nos propres fantasmes.
Cette inaccessibilité de l’humilité tient dans ces quelques mots issus des écrits de Saint François d’Assise : “Beaucoup sont assidus à la prière et à l’office divin et infligent à leur corps de nombreuses abstinences et mortifications, mais qu’un seul mot leur paraisse être une injure, ou qu’on les prive de quelque chose, et les voilà aussitôt scandalisés et troublés. Ceux-là ne sont pas des pauvres en esprit ; car celui qui est vraiment pauvre en esprit, se hait lui-même et aime ceux qui le frappent à la joue.”




7) Quel est ton rapport au christianisme ?

A travers l’Église catholique, c’est l’Empire romain d’Occident qui survit. Le Christianisme contient mes racines et ma civilisation. Selon le même déroulement, l’Empire romain d’Orient survit à travers l’Église orthodoxe qui reste héritière de l’Empire byzantin et permet la survivance de sa coutume et de ses traditions par delà sa fin tragique. 
Issu d’une famille catholique croyante et relativement pratiquante, j’ai toujours été sensible au rite chrétien. Je me suis toujours senti serein sous la lumière des vitraux, bercé par les cloches et envoûté par les relents d’encens. Mes études d’histoire m’ont définitivement scellé sous les voûtes et les arcs boutants, dans la liturgie latine et le mystère christique.  J’ai progressivement pris possession de cet héritage longtemps renié bien que solidement ancré.
Je fréquente régulièrement l’abbaye de Saint-Wandrille et l’église Saint-Patrice de Rouen. J’ai accès dans ces lieux hors du temps au rite traditionnel et au chant grégorien le plus sublime. Récemment, j’ai été fasciné par les lectures de Thérèse de Lisieux et François d’Assise et je me penche désormais sur la vie de l’Abbé Pierre. Je suis conscient que le Christianisme fut vicié sans discontinuer par l’égo humain mais je reconnais également à l’Ėglise un rôle pacificateur et cadrant avec des mesures comme la Paix de Dieu, sans occulter la destruction des cultures autochtones américaines, le massacre des Cathares, Vaudois et autres dissidents ou encore l’élimination de Jeanne d’Arc qui aurait pourtant été une des plus ferventes servantes de Dieu. Je mentionnais la fin tragique de l’Empire byzantin dans cette réponse ; il ne faut pas oublier que le détournement de la quatrième croisade porta un coup fatal à cet État au point de précipiter sa chute face à l’Islam. Je ne vois dans ces faits que des travers humains ; il n’y a pas de divin dans ces actes.
Tenant compte de tout ça, je pense considérer le Christianisme de façon objective et la philosophie présente derrière les Écritures est un cadre de vie qui fait sens pour moi. La foi est mystique, j’y trouve une ressource et j’aime à croire que nous ne sommes pas seuls dans les bons comme dans les mauvais moments.

8) Quelles sont les différences entre le live et les enregistrements studio ? Comment se déroulent ceux-ci ?

Les différences étaient nulles à la base mais tendent à se creuser. Jusqu’à cette année, j’ai enregistré de façon similaire à un concert, fixant toute la musique sur une unique piste mono sur laquelle je travaille ensuite via un mastering. Désormais, j’utilise à nouveau et de plus en plus l’enregistrement en “piste à piste” car j’ai renouvelé presque tout mon matériel et je travaille maintenant exclusivement en stéréophonie. De la même façon, ma configuration pour les concerts est passée d’une ligne de pédales en mono à une ramification d’effets et d’instruments gérés par une petite table de mixage comportant quatre pistes. Afin de retrouver cette nouvelle façon de travailler mon son, j’ai conservé l’aspect “multipistes” dans ma manière d’enregistrer. Afin d’éviter l’écueil du premier album de Mhönos, je fais en sorte de pouvoir reproduire la musique en concert.

9) Je trouve N.K.R.T. cent fois plus noir que bien des groupes de black metal…

Bien des groupes de black metal ne dégagent aucune sincérité. Leurs attitudes attendues et fausses plongent dans le ridicule à coup sûr mais sûrement pas dans la noirceur. Par delà les harangues de l’auditoire, le visuel exacerbé, les crachats et les pieds sur les retours, rien de sincère ni de menaçant ne se dégage de leur musique. N’est pas Mutiilation, Osculum Infame, Peste Noire, Nehëmah ou Antaeus qui veut!
La noirceur suinte de façon certaine de la musique de N.K.R.T mais elle en est une composante non calculée. Elle découle de ma façon de m’exprimer et de ma personnalité trop sensible, sempiternellement coupable. Je traverse des paysages psychologiques très variés lorsque je joue et dont certains très angoissants dirigent la musique vers une catharsis qui m’envoie très loin au dessus du monde. La noirceur est probablement l’appellation qui correspond le mieux à cette façon d’expulser la musique.
De plus, N.K.R.T puise énormément dans le black metal et chez certaines de ses protubérances comme Abrutptum, la cohérence est certaine. L’année précédente, par exemple, j’ai enregistré l’introduction de l’album Omegaphilia de Merrimack et je suis très heureux de cette collaboration.

10) Pour toi quel est le cadre idéal pour écouter N.K.R.T ?

Le cadre idéal relevant du ressenti personnel, je ne saurais en dégager un qui puisse être généraliste. À défaut, je pense qu’il faut être seul au sens propre comme au figuré, chez soi ou vivre un concert. En tant qu’auditeur, je fais très vite abstraction des gens qui m’entourent dans les concerts. Le cadre idéal serait donc bien plus psychologique que matériel.

11) Comment choisis-tu les "instruments" que tu utilises ?

Je les choisis pour leur son, leur forme, leur histoire. Chaque instrument utilisé est lié aux thèmes abordés dans les chants, à ma ville et à mes convictions.

12) Te sens-tu proche d'autres artistes ? Clairière ou Ruò Tán par exemple...

Rosa Crvx - que j’ai la chance d’avoir rejoint depuis un peu plus d’un an - est l’influence de départ de Mhönos et de N.K.R.T. Je les écoute depuis très longtemps et j’ai toujours été fasciné par leur univers unique axé autour des chants en latin, du rite et du patrimoine de Rouen.
Je me sens également très proche de Treha Sektori, Ruò Tán, feu Clairière - qui a enterré son projet pour se consacrer à un autre style, La Breiche et Camecrude qui m’inspirent et m’influencent beaucoup.

13) Tu sors Confiteor que le jour de l'équinoxe d'automne. Quel est le lien entre cette date particulière et le thème de l'album ?

"Confiteor" est le titre d'une prière liturgique commune aux rites latins médiévaux et modernes, récitée au cours des offices de Prime et de Complies et commençant par le verbe latin qui signifie : « Je reconnais, j'avoue » ; d'où la traduction liturgique française « Je confesse ». Par cette formule, chaque être se reconnaît pécheur. La prière se déroule en deux temps : I. Aveu de l'état de pécheur et demande d'intercession, II. Demande de pardon et renouveau. C'est du Confiteor romain que vient la locution « Mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa » (« c'est ma faute, c'est ma faute, c'est ma très grande faute ») que le fidèle dit en se frappant la poitrine.
L'équinoxe, du latin æquinoctium, de æquus (égal) et nox, noctis (nuit), est un instant de l'année où le Soleil traverse le plan équatorial terrestre, moment éphémère où tout s'équilibre. La transition d'une nuit à l'autre passe par l'aveu et la repentance de la crasse de l'existence : CONFITEOR

14) A ce sujet, peux-tu présenter le thème de cet opus ?

Le disque appelle à la pénitence par l’introspection et la mortification, à la réconciliation et au renouveau par l’aveu de la faute. Il postule que la souffrance volontaire est - au delà du plaisir - à la fois une façon de nous rappeler que nous sommes encore capables de ressentir et en même temps une manière de museler notre corps et notre égo. 

15) Cet album m'a impressionné, notamment pour le travail effectué sur le chant où tu donnes beaucoup de toi…

La voix est l’essence de N.K.R.T. Étant complètement autodidacte, je commence à peine à rentrer dans les techniques de respiration et d’ornement, mais je bénéficie de conseils d’experts qui sont pédagogues autant que passionnés. Je travaille minutieusement la technique en enregistrant “à capella” pour contrôler la justesse et j’essaie de comprendre comment gérer mon souffle mais je ne suis pas satisfait par mes progrès qui restent trop faibles. Toutefois, au delà de la technique, je pense que c’est surtout le lâcher prise et  la conviction qui confèrent l’intensité d’un chant. J’économise ma voix quand je travaille mais dès que j’enregistre ou que je joue en concert, je la pousse jusqu’à la rupture. J’ai besoin de sentir que je vais jusqu’au bout de mes capacités pour me laisser porter par la musique.



16) Utilises-tu ta voix à la manière d'un instrument ?

Quand j’utilise des boucles, je joue avec ma voix comme je jouerais avec un clavier. Pour sonoriser ma voix, j’utilise des effets initialement destinés à la guitare et à la basse. Ma voix est en fait utilisée à la façon de de quelqu’un qui a d’abord appris à utiliser des instruments avant de chanter.

17) Confiteor s'articule autour de deux cantiques. Que matérialisent-ils chacun à leur tour ?

Confiteor est composé de deux longues variations autour du même texte, à aborder comme deux pénitences.
La première appelle à la pénitence par la mortification et est axée autour d’un chant grave très répétitif qui se développe par la superposition constante de voix toujours plus aigües et hurlées. Le chant est accompagné par des percussions jouées à l’aide petites cloches de métal, du fragment d’un pinacle d’un édifice religieux auquel je suis très lié et d’une paire de martinets qui ont rythmé sur la peau de mon dos la psalmodie du texte du Confiteor.
La seconde appelle au renouveau par l’aveu et est exclusivement corporelle, construite autour de la déclamation du confiteor et de sa locution conductrice : “Mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa”. Seules ma voix et ma chair ont été utilisées pour l’enregistrement.

18) Quel est ton public ? Black, curieux ou bobos ?

L’auditoire est si rare qu'il m'est difficile de répondre. N.K.R.T n'intéresse que quelques personnes, peu de disques sont vendus et l'affluence aux concerts est très faible. Jouant souvent en première partie des concerts, je pense que le public n’est constitué majoritairement que de personnes venues écouter les autres groupes et artistes présents lors des événements auxquels je participe.

Interview | Aryos (Janvier 2017)


Entretien réalisé pour la Horde Noire en janvier 2017.

Malgré le split A Célébration To Lilith von Sirius et le EP Prophétie acide, plus de dix années se sont écoulées entre Maître des dominations cérébrales et Les Stigmates d’Hecate. Pourquoi un tel délai ? L’inspiration vous manquait-elle ? Où n’était-ce tout simplement pas encore le bon moment ?
Napharion : L’écart de dix ans est dû aux aléas de l’existence ; on n’est ni un groupe d’ados, ni un groupe « pro » ou sponsorisé par notre grand-mère, encore moins par la CAF, et on ne suce pas les bites des faux prophètes de la scène Metal ; la Matrix nous contraint à avoir des activités sociales pour survivre, manger et nourrir notre famille. Du coup, parfois ce que l’on pensait nous prendre deux mois nous prend quatre ans....

JS : J’ajouterai qu’avec une industrie du disque qui ne veut pas payer les sessions studio, les mixages, ni même les pressages, ça limite encore le rendement. Il faut couronner le tout avec un public qui n’achète plus d’albums et qui n’accepte de payer des places de concert que pour voir des croulants à 200 euros la place. Les albums d’Aryos sont un plaisir égoïste, celui de deux potes essayant d’être immortels et de laisser une trace de leurs Art, si minime soit-elle.

Avez-vous besoin de beaucoup de temps pour élaborer vos créations ?
Napharion : L’album Les Stigmates d’Hecate fut long à élaborer pour différentes raisons, des problèmes de line-up et des malédictions en tout genre, ainsi que l’éloignement géographique des membres, tout ça n’a pas franchement aidé.

Votre rareté ne vous rend-elle pas finalement plus précieux encore ?
Napharion : Je ne pense pas que ce soit à nous de juger ça, mais aux auditeurs.

Où en est votre line-up actuellement ?
Napharion : Depuis Les Stigmates d’Hecate, le noyau d’Aryos est un duo : JS et moi-même. Les choses sont bien équilibrées, nous n’avons pas de problème d’ego, chacun a sa place et son rôle, et chacun apporte sa pierre à l’édifice d’Aryos. L’arrivée de JS dans cette aventure a apporté énormément au projet. Bien entendu, chaque personne qui est passée dans le groupe a apporté des choses et a contribué à son évolution, même si je ne suis pas resté en bons termes avec tout le monde, il est normal de le dire que seul, je n’aurais jamais pu réaliser ce qu’Aryos a réalisé. Donc, pour l’heure, on reste en duo et si besoin on fera appel à des mercenaires studio, puisque notre batteur LVC a quitté le groupe après l’enregistrement des Stigmates.

On a l’impression que, plus que de simples collections de chansons mises bout à bout, vos offrandes doivent être appréhendées comme un tout cohérent et organique. Es-tu d’accord ?
Napharion : Si c’est le cas, cela ne fut pas réalisé consciemment, ni textuellement ni musicalement, mais la cohésion vient, je pense, du travail de JS sur la production.

JS : Il est important à mon avis de mixer les chansons dans un court laps de temps pour garder l’oreille dans le même mode et cela contribue à l’impression de cohésion, mais ce n’est pas voulu en effet.

Vous prétendez ne pas vraiment jouer du Black Metal. Est-ce une façon pour vous de vous éloigner d’un courant qui a perdu une bonne part de sa magie ?
Napharion : le Black Metal dans son essence originelle, que ce soit sous son aspect Proto ou à ces débuts de la seconde Wave, représente beaucoup pour moi et constitue l’une des racines d’Aryos, idéologiquement comme musicalement. Aryos ne cherche ni à s’en éloigner ni à s’en rapprocher, pour le dire autrement : on fait notre truc à nous, mais c’était déjà le cas pour les premiers groupes de BM, chacun avait sa propre identité avant que des armées de clones ne déboulent sur le marché. Et que tout ce casse la gueule après 1996.

JS : Je nous vois comme un groupe de Prog 70, comme les Camel, Yes ou Rush ; on fait des notes dans un ordre plus ou moins logique et ça donne notre style. Les influences sont sombres, mais pas seulement. En tout cas, nous ne pensons pas aux codes du Black Metal en composant.

Napharion : Effectivement, on n’a pas de code en tête, notre art est complètement libre.



Votre dernier album, notamment, est pourtant destiné à ce public. Est-ce que vous pensez que le fan de black pur et dur peut accrocher à votre art ? 
Napharion : Un vrai fan de BM, un vrai Metalhead ou simplement un vrai amateur de musique et d’art, ne se contente pas de rester coincé stupidement entre des œillères, mais doit être toujours en quête de nouvelles sensations artistiques. Notre musique est destinée à tous ceux qui possèdent une sensibilité artistique et ésotérique. À tous ceux qui souhaitent une expérience quelque peu différente de ce que propose la masse.

Votre champ d’expression est en réalité très large, incorporant des touches électroniques, voire même presque progressives...
Napharion : Je trouve étrange qu’on nous colle l’étiquette « touch electro », pour deux lignes de synthé de trente secondes, alors qu’il y a des influences bien plus importantes provenant du rock Prog 70, du Doom, du Death, voir du Thrash/Heavy.  Et nous avons abandonné toute trace de sympho-néo-classique que l’on pouvait trouver par le passé dans notre art.

JS : Le synthé a été affilié à l’électro, mais on en trouve en masse dans les Who, les Floyd, rainbow et même Black Sabbath.... Mais personne ne les appelaient electro. Alors certes aujourd’hui tu as des gosses de riches du 16e qui s’achètent des Moog de fou et autre trident pour en faire du Carpenter avec un gros kick, mais notre approche du synthé reste 70's.

Napharion : les passages synthétiques peuvent effectivement constituer une certaine forme d’hommage aux Goblins, Carpenter and co, et aux B.O. d’horror movies des années 70/80, mais sincèrement cela représente 3% de l’album, donc...

Quel est le concept qui a présidé à la fondation de Aryos ?
Napharion : J’ai fondé le pré-Aryos vers 1994, avec un ami de l’époque qui avait le poste de batteur, nous étions des gamins, j’étais influencé par la scène Black Metal du moment, ainsi que par des groupes comme Tiamat par exemple. Au niveau du concept, Aryos a toujours été une part de ma vie, que ce soit l’expression thérapeutique de mes douleurs, de mon chemin luciférien, de mes pratiques ésotériques...

Que représente l’occultisme pour vous ? Est-ce une philosophie ? Une grille de lecture du monde ?
Napharion : Mon intérêt pour l’occultisme est avant tout une pratique, un outil, c’est de la magie, de la sorcellerie c’est un océan plein de mystère, une recherche éternelle, quelque chose qui est là devant chaque être humain et qui ne s’explique pas… Tu ouvres des portes et tu te prends des parpaings dans la gueule, ce qui à la longue, te donne une vision du monde et de l’univers vraiment différente de celle du profane.
Au final, cela t’apporte autant de bonheur que de souffrance et c’est même de l’addiction.

Quels ouvrages conseilles-tu dans le domaine ?
Napharion : Bah, le web regorge suffisamment de références pour ceux qui voudraient s’ouvrir à ces voies, et surtout c’est une recherche personnelle, cependant je recommande les travaux ésotériques francophones avec des auteurs et/ou sorciers comme Dist de Kaerth, Philippe Pissier, Soror DS, Spartakus FreeMann, Athénos, Tezca, Neferoura, l’Aloha Temple, etc.

Avez-vous déjà participé à des rituels ?
Napharion : Ta question me fait sourire, c’est comme si tu demandais à un curé s’il avait déjà participé à une messe.

Quels thèmes abordez-vous sur Les stigmates d’Hécate ? Est-ce une référence à la déesse grecque ?
Les thèmes sont très différents suivant les titres, l’ensemble est un acte magick, et la référence à Hecate est effectivement en rapport avec l’entité grecque — et plus généralement ma passion pour la sorcellerie, ceux qui la connaissent comprendront —. D’ailleurs la version limitée tape sortie chez Arsenestre enfonce le clou de la dévotion à cette entité, puisque la cassette est accompagnée de tout un « kit » lui étant dédiée, avec des prières, des rituels, etc., une création à laquelle quelques ésotéristes ont participé, tels que Philippe Pissier, Soror DS, Edgar Kerval…

Je trouve que votre art est très licencieux, exsude le vice. Qu’en penses-tu ?
Napharion : Il y a beaucoup de déviances. L’égrégore Aryos incite effectivement à l’ouverture de certaines portes. Je suis heureux que tu puisses en ressentir certains effets.

Le groupe reste très discret. Cette relative confidentialité vous satisfait-elle ?
Napharion : En un sens oui, je préfère qu’Aryos reste discret et sincère, plutôt que de sombrer dans un buzz malhonnête, cependant il est certain que cette attitude peut également nuire à la diffusion de notre musique, qui pour le moment n’attire les gens pratiquement que par le bouche-à-oreille et la curiosité, essentiellement les vrais passionnés. On verra pour la suite comment s’investir dans la propagande et ce que le label pourra mettre en place. Car même si Aryos a été signé par des labels de qualité, que ce soit D.U.K.E, Goétie Exhumation, Deus Ex Machina (une subdivision de Drakkar) et actuellement Exu Rei, Arsenestre... Ce sont des labels qui fonctionnent de la même manière et n’investissent pas dans la propagande, ce qui nous enferme dans une sphère underground. Après, bien entendu, nous apprécierions que l’égrégore Aryos puisse grandir pour devenir quelque chose de plus puissant, sans pour autant faire le deuil de la sincérité. Mais cela n’a pas vraiment d’importance, du moment qu’on est là, présent et actif dans le microcosme de l’underground c’est déjà bien.

Le groupe existe depuis longtemps et vous-même êtes actifs aussi depuis de nombreuses années : quel regard portez-vous sur la scène metal d’aujourd’hui ? Êtes-vous nostalgiques des années 90 où tout était à faire ? 
Napharion : La musique des années 70/80/90 est celle avec laquelle nous avons grandi, et les années 90 sont la période où j’ai personnellement fait mon entrée dans l’activisme underground donc peut-être que j’en ai une certaine nostalgie, en effet, mais l’art ne doit pas stagner cela n’aurait aucun intérêt, je suis absolument pour l’évolution artistique, par contre l’évolution actuelle de la scène Metal ne correspond pas à mes idées, mais c’est un autre débat...

Si le religieux n’a jamais déserté nos sociétés, il semble être de plus en plus présent. Quelle est votre opinion à ce sujet ?
Napharion : Ta remarque est juste, la religion reprend du flambeau et essentiellement les religions du désert, au final je ne me sens pas vraiment concerné, m’estimant de confession chaothe, ce qui me dérange beaucoup plus, c’est la connerie que cela génère, car ces religions ne sont pas adaptées à la société actuelle et l’on voit facilement ce que cela donne, une incompatibilité avec la démocratie et des dérives hallucinantes. Je suis pour la liberté de culte du moment qu’elle ne nuit à personne, mais malheureusement beaucoup de ces cultes s’appliquent à entraver nos libertés. Il faut vraiment que les hommes se remettent en question.

Aryos est-il un groupe de scène ? 
Napharion :  Non, malgré des tentatives de mise en place, à chaque fois il y a un problème de line-up, ou de santé, ou financier, donc on lâche l’affaire.



Interview | Ende (Mai 2015)


Entretien réalisé pour la Horde Noire le 31/05/2015.

Dans ma chronique, j'ai présenté Ende comme ton jardin secret en quelque sorte. Que penses-tu de cette définition ?
Je ne sais pas si nous pouvons parler de jardin secret, mais la démarche est clairement intimiste. Ende est un ressenti et un plongeons dans une scène black metal qui n'existe plus ou presque depuis 15 ou 20 ans. Cette phrase prend tout son sens avec le nouvel album puisqu'il est construit et produit dans une immersion totale et d'une manière isolé d'un peu tout, matériellement, géographiquement, humainement, mais cela était un souhait dès le départ, nous éloigner un maximum pour faire les choses comme nous l'entendions.
Non pas dans un excès de misanthropie mais pour ne pas être parasité par quoi que ce soit, faire les choses simplement en prenant le temps qu'il faut pour atteindre ce que nous voulions.

Cependant, tu n'es pas (ou plus) le seul membre de ce projet. Comment travailles-tu avec Thomas le batteur ? Est-il impliqué dans le processus de composition ?
Ende est un duo. Thomas Njodr participe aux arrangements et il n'est pas exclu qu'il apporte des riffs un jours, il est très impliqué dans Ende.

Tu prends (ou as pris) part à plusieurs groupes. En quoi Ende est-il différent de ceux-ci ? Que cherches-tu à exprimer avec cette entité ?
Chaque groupe est un univers unique. Ils sont très différents les uns des autres et correspondent à une partie de ce que je suis et prennent part à ma vie de tous les jours. Tout ou presque tourne autour de la musique. Ende occupe une place importante et particulière. Tout en lui est fait et ce fait dans l'ombre, à comité le plus réduit possible. Seules les productions et leurs distributions se font d'une manique plus habituelle. Nous produisons par nous-mêmes, étape par étape, la production sans passer par autrui afin de garder l'Aura originel du groupe comme elle est née, c'est elle qui en est la racine mère, qui anime Ende. Nous avons notre propre vision de la scène, nos codes et nous y restons attachés. Notre univers s'auto nourrit.

Revenons un peu sur Whispers Of A Dying Earth. Son écriture et son enregistrement semblent s'étendre sur plusieurs années, pour quelles raisons ? Sa composition et son enregistrement se sont fait de façon assez classique en 2010, il s'agit surtout d'un écart entre sa production et sa sortie puisque qu'à la base,Whispers... n'était pas vraiment destiné à sortir. Je compose énormément de musique, j'ai continuellement le besoin de construire quelque chose,Whispers... c'est alors imposé de lui-même puisque j'avais depuis très longtemps l'envie et le besoin d'écrire un tel album.  Le jour où l'idée de le sortir a germée, j'ai contacté AOP. C'est un label que j'apprécie beaucoup et surtout de taille humaine. Il a beaucoup aimé l'album et l'a produit, depuis nous travaillons ensemble pour la sortie du prochain ainsi que d'autres projets.



"Des pleurs au gré du vent" et "Les souhaits d'un songe" datent de 2004, me semble-t-il, une époque où Ende n'existait pas encore. Que peux-tu dire à propos de ces deux compositions ?
J'ai toujours gardé un pied dans les anciens courants BM, particulièrement français et scandinave. J'ai régulièrement composé des titres sans jamais les sortir, sans même le vouloir à l'exception de quelques-uns comme ces deux titres. Ainsi, ces derniers rentraient parfaitement dans la démarche de cet album et y ont donc trouvé leur place naturellement. 

L'histoire de l'album ne s'arrête pas là puisqu'il n'a finalement été publié qu'en 2012. Pourquoi un tel délai ? Tu ne trouvais pas de label pour le sortir ? Le problème dans ce genre de situation réside aussi dans le fait que le matériel en question commence à dater; tu as évolué depuis et l'album ne reflète pas ce que tu es maintenant... Qu'en penses-tu ?
Je fais de la musique avant tout pour moi, je ne vois que plus tard si je souhaite la voir sortir ou non et c'est pour ça que les années séparent sa production de sa sortie. Un album reflète toujours ce que tu es, juste qu'il correspond à une facette en particulier, à une époque précise, cependant il n'en reste pas moins toi. Avec le temps nous évoluons tous mais restons toujours au fond les mêmes.

Ende va se produire sur scène, cet été au Forest Fest. Est-ce la première fois que tu donnes un concert sous cette bannière ? Qui va t'accompagner pour l'occasion ?
Il s'agit de la première date live de Ende. Trois de nos proches vont nous accompagner pour les prestations. Nous devons aussi nous produire à Nantes avec Mortifera en septembre et attendons quelques autres confirmations.L'aspect concert peut être intéressant et captivant pour nous puisque nous y proposons quelque chose de différent en comparaison de ce que nous avons déjà apporté avec d'autres projets. La musique de Ende se prête également à ce genre de cérémonie alors je présume que nous avons de quoi offrir un set intéressant.


Une demo tape baptiséeThe God's Rejectsva être publiée par Cold Dark Matter le mois prochain. De quoi s'agit-il ?
Il s'agit d'enregistrements datant de 2008 qui ne sont jamais sorti. C'est assez différent du premier album et de celui en passe de sortir, cette tape correspond à une époque bien précise, très cru et sans fioriture. Aussi, je ne sais pas si on peut parler d'une démo ou d'un EP mais le format tape est un lien vers une époque précise et importante au genre comme pour moi. Pour cette occasion, nous avons trouvé un accord rapide et facile avec CDM Rec pour sortir un bel objet tout en le limitant, c'est une pro-tape avec un visuel que nous avons travaillé ensemble. Si tout va bien elle devrait être disponible à la mi-juin. Je souligne que cette sortie n'est pas à considérer comme le nouvel album à venir mais bel et bien comme un objet à part, une relique.

Sinon, une seconde offrande est imminente. Que peux-tu en dire ? Verra-t-elle le jour chez Obscure Abhorrence également ?
Oui,The rebirth of I sortira sur OAP également et si tout se passe bien il devrait être disponible fin octobre, nous le proposerons en exclu à la date du 18 septembre avec Mortifera si nous le pouvons puisque nous y jouerons la quasi-totalité de la setlist le composant. Ce que je peux t'en dire ? C'est un album brut dans lequel nous avons écrit en français pour certains titres, où chaque photo représente un moment bien particulier lié à son écriture et à l'ambiance du moment, à des lieux, à des personnes. Ende est maintenant figé dans une époque qui est aujourd'hui oubliée, c'est un peu un fantôme. Actuellement, le mixage est en passe d'être terminé ainsi que les visuels, l'aventure touche alors à sa fin. Nous pourrons alors passer à d'autres objectifs comme la scène en emmenant avec nous ce microcosme qui est le nôtre, composer la suite. Nous aimerions proposer un split à l'occasion avec un groupe en cohérence avec Ende, nous verrons.Dans tous les cas, c'est un album important car il draine avec lui quelque chose de singulier, une période bien précise.


Cold Dark Matter m'amène à aborder un de tes autres projets, Leben Ohn Licht Kollektiv dont j'ai beaucoup apprécié le split avec Immemorial. Peux-tu nous le présenter ? Que représente pour toi la Dark Ambient ? Là encore, un prochain disque est en cours, je crois... Comment fais-tu pour mener à bien tous ces projets ?

LOLK est un peu l'extension de Reverence, sa version ambiante uniquement. Certains styles offrent et drainent avec eux une manière de travailler et une expression très différente. C'est le cas avec l'ambient. Il est dommage que ce genre musical reste au final assez méconnu et difficile d'accès d'une manière générale alors qu'il s'agit d'un des styles de musique les plus répandu auprès du commun des mortels à travers les films, publicités, etc. C'est surement le fait d'être isolé d'un autre support qui rend son concept plus ardu à concevoir, à appréhender puisqu'il demande une immersion complète pour comprendre, ressentir. L'ambiante est un univers très particulier.

Un mot sur Reverence ?
Un EP est en préparation.

Quels souvenirs gardes-tu de ta participation à Animus Herilis ?
Un souvenir assez court puisque lorsque j'ai intégré Animus Herilis, des tensions existantes entre certains membres ont eu raison du groupe peu de temps après, je n'ai en mémoire que deux répétitions avec eux, c'était en 2003 je crois. Je n'ai donc jamais eu l'occasion d'enregistrer quoi que ce soit avec Animus Herilis, le groupe ayant splitté. C'est dommage car il y avait un réel potentiel.

Que signifie pour toi, le Black Metal ? Comment as-tu découvert le genre ?
C'est un courant introverti, un univers individuel et intimiste décoré avec son propre côté obscure, c'est pour ces raisons qu'il est impossible de donner une définition exacte de l'Aura black metal... Quand tu tentes de l'expliquer, tu dévoiles juste une part de ta bulle qui elle-même n'est pas forcément en adéquation ou simplement compréhensible par la personne en face de toi. Il y a ses codes, ses clichés et ses grandes lignes, après le reste n'appartient qu'à soi. C'est une chose qui se vit, personnel. Aujourd'hui, beaucoup partent en croisade pour démontrer que leurs visions est la bonne, l'imposer, on se croirait en politique... Tu sais, nous sommes loin de tout ça, nous faisons les choses comme nous l'entendons, le reste... Finalement, c'est peut être ça la misanthropie originel. Au passage, c'est peut-être ici que ton terme de « jardin secret » s'appliquerait le mieux d'ailleurs. J'ai découvert le black metal en 1996 il me semble avec Det som engang var de Burzum ,De mysteriis de Mayhem et les légions noires. Assez classique en soit mais à l'époque, c'était différent.

Y-a-t-il une question que tu ne voudrais pas que je te pose ?
Non, rien de particulier.

Si tu devais définir Ende en un mot ?
Souvenir.


Interview | Oldd Wvrms (Janvier 2017)


Entretien avec Oldd Wvrms réalisé pour la Horde Noire.

Malgré son jeune âge, le groupe semble déjà en pleine possession de ses moyens. Quel fut votre parcours avant de former Oldd Wvrms ?
Nous avons tous évolué dans plusieurs formations, aussi diverses que variées, du rock au death...
De fait nous avons tous une expérience de groupe et un certain bagage en tant que musicien.

Quel était votre but lorsque vous avez monté le groupe ?
Le but principal était de monter un projet à l'atmosphère poisseuse, avec comme seules lignes directrices, la lenteur et la sorcellerie. 

La sorcellerie et l'imagerie qui l'entoure, font partie intégrante de votre identité. Je trouve que vous parvenez, mieux que d'autres, à capter cette ambiance de rituel obscur et millénaire....
Merci, c'est vrai qu'il est facile de tomber rapidement dans certains clichés, nous essayons d'aborder le thème le plus sobrement possible, en laissant de la place à l'imagination de l'auditeur. Nous posons le décor, à lui de partir dans la direction qui lui plait.

Pouvez-vous nous en dire plus concernant votre rapport à l'occultisme ? 
La récurrence de nos thèmes tourne autour de la persecution des femmes qui préféraient vénérer la nature en lieu et place des religions. Ces femmes qui sortaient des sentiers battus, dictés par des maîtres de la bien-pensance auto-proclamés... Un thème encore très actuel... En gros, nous avons un rapport très "nature" à l'occultisme, apprendre à gérer la part de lumière et de ténèbres que nous avons en chacun de nous, introspection et mysticisme.  



Le cinéma et la littérature vous inspirent-ils à ce sujet ? De quelle manière ? Pouvez-vous citer quelques ouvrages ou films qui vous ont influencé ?
Enormément, voici une liste de films assez clichés que nous assumons  : Mark of the witch, Season of the witch, Suspiria, Häxan, Blair witch project, The conjuring, The vvitch, etc... Pour la littérature, les classiques tels que le Malleus Maleficarum et les contes de Salem, mais aussi les vieilles légendes de nos contrées et les bandes dessinées de Servais.

Votre nouvel opus se nomme Ignobilis. Il est très différent de ses prédécesseurs, plus ritualistique encore. Peut-on dire que vous avez trouvé ce que vous souhaitiez vraiment faire ?
Parfaitement, le mot qui revient le plus souvent dans les chroniques et retours est "hypnotique", c'est exactement ce qui nous souhaitions que l'auditeur ressente, les ambiances sont là et l'osmose des répètes se ressent vraiment au travers des morceaux.

On peut donc penser que vous allez continuer dans cette voie...
Absolument, la suite sera plus sombre et rituelle, le concept de base est posé et ce sera définitivement dans la continuité de celui-ci.

Au départ, votre style est plus survolté, agressif, presque sludge. A l'arrivée, Oldd Wvrms sonne  plus crapoteux encore, lent et hypnotique quoique toujours bourbeux et méphitique...
Certes, nous avons rapidement sentis que nous tournerions vite en rond avec des chanteurs agressifs, et que nous voulions poser dans ambiances plus atmosphériques et utiliser moins de voix pour apporter un côté presque liturgique aux passages qui le nécessitent vraiment... Ne trouvant pas de chanteur dans cet esprit, je m'y suis collé et le résultat semble fonctionner...



Sur scène, qu'est-ce que ça donne ? Conservez vous cet urgence cradingue ou bien cherchez-vous à retranscrire des atmosphères de cérémonies impies ?
Nous travaillons avec "A Thousand Lost Civilizations" pour la projection vidéo sur l'intégralité du show. Ces projections amènent un côté sale et rituel, pour répondre à ta question, d'après les échos, c'est un peu des deux...une cérémonie poisseuse, auditive et visuelle.

Stéphane Azam fait une apparition sur l'album. Pourquoi avoir fait appel à lui ? Est-ce un pote ? CROWN, son principal projet, parait en effet assez éloigné de votre univers... Comment s'est déroulée cette collaboration ?
C'est une connaissance, pour l'avoir rencontré une fois et étant fan de CROWN, nous lui avons simplement demandé de chanter sur un titre, il a accepté, il a enregistré chez lui et nous a envoyé les pistes, c'est aussi simple que ça. Nous sommes ravis du résultat, encore merci à lui.

J'apprécie beaucoup vos visuels, en particulier celui de  Luciana Nedelea qui, je trouve, colle parfaitement à votre univers...
Oui, en plus d'être une artiste talentueuse, elle est réellement  à l'écoute des musiciens, son univers graphique colle parfaitement avec notre musique. Nous travaillerons très certainement avec elle pour la prochaine sortie.

L'année 2016 fut donc bien remplie pour vous. Quels sont vos projets pour 2017 ?
Nous allons jouer un peu moins, histoire de commencer l'écriture de Manifest, notre premier véritable album, nous avons une bonne ligne directrice pour ce projet que nous voulons ambitieux... Donc cette année sera résolument calme pour revenir probablement début 2018 avec notre nouvel effort.


Interview | Altar Of Oblivion (Janvier 2017)


Martin Meyer Mendelssohn Sparvath, guitariste et fondateur de Alator Of Oblivion, a eu la gentillesse de répondre à mes questions, suite à la sortie du EP "Barren Grounds".

Tout d'abord, je voulais te remercier d'avoir accepté de répondre à mes questions. Je suis un très grand fan d'Altar Of Oblivion, et c'est un véritable honneur pour moi que de t'interviewer.
Je suis content de te compter parmi mes fans. J'ai toujours aimé répondre à des questions portant sur notre groupe, donc tout le plaisir est pour moi, mon cher Childéric Thor. Au passage, tu as un joli patronyme nordique. Est-ce que c'est ton vrai nom? Et ensuite comment diable peut-il se prononcer en français ?

Je sais que tu comprends le français. Est-ce que tu connais la scène doom française? As-tu déjà eu l'occasion de jouer en France? Y joueras-tu quelques concerts pour promouvoir "Barren Grounds" ?
Au collège, j'ai appris le français pendant trois ans. Puis au lycée, j'ai reçu un enseignement de français de haut niveau pendant également trois ans. Malgré tout, ça ne m'a jamais permis d'être très brillant ! Haha ! J'ai toujours pensé que les Français parlaient trop rapidement, et les deux fois où j'ai visité Paris, j'ai eu de grosses difficultés à comprendre les gens. Je pense que les Français ont aussi eu des difficultés à comprendre ma façon de massacrer la prononciation du français. Je dois probablement sonner comme un étranger qui se ferait passer pour un français attardé. Quand je dois lire ou écrire, c'est une autre affaire, car je pratique un peu en lisant des textes français sur Internet (les actualités, des chroniques d'albums) encore aujourd'hui. J'ai peur que ma connaissance de la scène française doom ou metal, en général soit réduite, ce qui est vraiment dommage, parce que sans aucun doute, il y a de talentueux groupes de metal en France. Je ne sais pas pourquoi, j'ai toujours oublié la scène française, alors que j'ai toujours été bombardé par les groupes allemands, nord-américains, norvégiens et suédois, même si récemment j'ai écouté de vieux morceaux français des années 80.

Nous n'avons jamais joué en France, mais bien sûr nous aimerions...si nous recevions une offre que nous ne pourrions refuser. Après la sortie de l'EP ''Barren Grounds'', nous avons fait trois concerts, mais je ne dirais pas qu'ils nous ont permis de bien promouvoir l'album. Après la sortie de l'EP, nous avons opéré des changements d'effectif et pour résumer très rapidement une histoire suffisamment longue, nous avons décidé de nous diriger vers un nouvel album d'un format plus conséquent, plutôt que de regarder vers le passé que représente ''Barren Grounds''. Ceci dit, ''State Of Decay'' qui provient de l'album déjà mentionné a été intégré à nos trois concerts, mais lorsque nous sortirons notre prochain album, je pense que nous laisserons définitivement de côté ''Barren Grounds.''

Altar Of Oblivion a une identité très forte, entre le doom épique et le heavy metal. Je pense que cette identité est basée sur de puissantes et granitiques lignes de guitare réunies avec le chant émouvant de Mik Mentor. Es-tu d'accord?
Oui, je suis entièrement d'accord et je pense que tu as vu juste. Evidemment, il y a aussi de nombreux autres facteurs qui jouent un rôle dans notre expression musicale. Après avoir été réduit et promu comme un quatuor à une seule guitare, cela nous a permis de laisser à la section rythmique une place et un rôle plus important dans le paysage sonore actuellement plus versatile. Aussi, l'interaction entre la basse, la batterie et la guitare a développé des horizons intéressants pour notre nouveau line-up : avec les duels de guitares, nous nous sommes trop souvent reposés sur un mur de distorsion, empêchant batterie et basse de prendre part à l'alchimie, mais maintenant, la basse avec son son de distorsion chargée a, jusqu'à un certain point, pris le rôle de deuxième guitare, apposant sa propre marque, spécialement pendant les soli de guitare, et les thèmes dominants.

Ma question suivante sera à propos de la line-up, qui a été récemment changée. Qui sont les nouveaux membres?
Au fil des ans, nous avons toujours eu de nombreuses réunions du groupe pour résoudre les problèmes, discuter du niveau d'ambition de chacun, pour trouver une orientation commune pour l'enregistrement, pour la direction musicale etc... Mais duran l'été 2015, la situation s'est tendue de manière extrême, et j'ai compris que quelque chose devait être fait pour qu'Altar of Oblivion puisse se développer et survivre. C'est pour cela que j'ai décidé de laisser partir le batteur et le second guitariste, et j'ai engagé un nouveau batteur pour commencer à rafraîchir notre environnement avec un line-up énergique et claquant partageant les mêmes buts et le même niveau d'ambition. C'est comme ça que Lars Strøm, qui jouait déjà de la batterie sur notre premier album de 2009 ''Sinews of Anguish'' a été recruté. Le batteur, le bassiste et le chanteur m'ont convaincu de ne pas recruter de second guitariste, et depuis février 2016, nous avons évolué comme un quatuor.



"Sinews Of Anguish'' et ''Grand Gesture Of Defiance'' tirent leurs origines de l'histoire et de la guerre. Pourquoi es-tu intéressé par ces sujets? Est-ce que tu penses que ces thèmes se prêtent suffisamment au genre de la doom? As-tu étudié l'histoire? Quelle est ta période historique préférée?
En fait, notre second album était un concept-album autour de la religion, mais avec certaines références croisées et autres comparaisons avec certains événements historiques, entre autres, les horreurs de la guerre. Mon époque préférée est la 2ème Guerre Mondiale et tout ce qui nous a entraîné vers cette catastrophe mondiale. Depuis le lycée, j'ai toujours été fasciné par cette période, plus précisément ce qui a eu lieu sur la scène européenne. Quand j'ai commencé à composer de la musique, j'ai gardé à l'esprit cette thématique, et j'ai pensé que ce serait tout autant naturel qu'inévitable que ce sujet s'intègre les paroles de nos chansons. J'ai beaucoup lu, j'ai vu beaucoup de documentaires et j'ai visité de nombreux musées qui d'une façon ou d'une autre étaient en lien avec cette époque particulière et unique.

Les guerres et les conflits ont fait tourner le globe depuis la nuit des temps et il semblerait que le besoin de faire la guerre fasse partie de la nature humaine, comme des vestiges d'époques antédiluviennes, dans lesquelles l'homme devait combattre pour assurer sa survie : ce qui pourrait être l'une des raisons pour laquelle les pays civilisés sont des va-t'en-guerres.
De nos jours, les informations se répandent comme une traînée de poudres, et à travers les différents médias, nous sommes par conséquent gavés d'informations en tous genres, y compris sur les lointains conflits à l'autre bout du globe. Je pense que dans cette ère moderne, les conflits sont tout autant intéressants qu'horribles. Je ne pense pas que la guerre en elle-même a un joli visage mais les sentiments, les ambiances, que l'on peut ressentir sur le champ de bataille, contiennent plusieurs couches de dimensions épiques, décrites et reproduites dans beaucoup de mes chansons.

Chaque pays, chaque nation, chaque état etc... a été confronté au moins une fois à la guerre, ce qui est le sens du titre de notre démo de 2007, ''The Shadow Era'', chaque ère a eu sa propre période de ténèbres dans laquelle les créatures de la nuit avaient pris le contrôle de tout. En fait, après avoir terminé ma licence en Allemagne, j'ai commencé à étudier l'histoire, mais j'ai très vite compris que l'approche était trop carrée, conservative et à mes yeux, dépassée. C'est pour cela que je suis passé à l'anglais. Afin d'obtenir de précieuses connaissances sur des temps oubliés de légendes, j'ai très rapidement été déçu que la plupart des leçons étaient plus ou moins centrées sur la critique des sources, l'optimisation de la recherche. Bien sûr, ce sont des outils importants, mais il arrive un moment où l'on veut aller directement au coeur du sujet, ce qui est l'histoire en elle-même. Après tout, j'avais passé des examens similaires pendant mes années allemandes.

Ce thème sera présent dans ton prochain album?
Notre album à venir sera un semi-concept album de sept titres appelé ''The Seven Spirit'' où chacun des morceaux représentera un être spirituel distinct. Les Sept Esprits est une expression biblique qui apparaît dans l'Apocalypse. Jesus dicte sept lettres à l'apôtre Jean, qui est chargé de les envoyer aux sept Eglises. A travers le temps, ces passages bibliques (tout comme la Bible, évidemment) ont été interprétés de différentes manières, et beaucoup de confusion et de désaccord existent quant à leur signification. Les paroles de cet album offrent mon point de vue personnel, alterné et contrefait sur les définitions de ces passages et sujets en particulier, comme entre autres, l'étang de feu, l'absence de vie, les prophéties apocalyptiques, les créatures, les faux prophètes, les conversions sur les lits de mort, l'impureté.

A l'école, je n'étais pas doué pour interpréter les textes, les livres, les romans, les poèmes, parce que je focalisais toujours mon analyse sur mon étrange perception du monde. Je pensais que c'était très ennuyeux, pas gratifiant, anti-artistique et manquant de créativité que de suivre des modèles simples, des règles et des conformités qui étaient souvent offertes sur un plateau d'argent. Sans surprise, mes notes étaient épouvantables dans ces matières, mais d'un autre côté j'avais d'autres sujets de prédilection, comme l'école buissonnière.

Même si ''The Seven Spirits'' devrait être notre album le plus préparé et le plus conséquent en date, et même si toutes les paroles sont liées ensemble, ce n'est pas un vrai concept-album, car les deux derniers morceaux n'ont rien à voir avec le reste.

Voici la composition de l'album :

1: Created in the Fires of Holiness
2: No one left
3: Solemn Messiah
4: Gathering at the Wake
5: The Seven Spirits
6: Language of the Dead
7: Grand Gesture of Defiance

''Language of the Dead'' devait être le dernier morceau à être écrit pour cet album et était supposé être instrumental. Cependant, après avoir travaillé sur le riff principal et sur les refrains, quelques lignes de chant entraînantes ont bondi dans mon esprit et j'ai pensé que ce serait dommage de ne pas les offrir à l'explosion de stentor de Mike Mentor.

Les paroles sont inspirées du poème ''La Peste Ecarlate' du poète  polonais  Józef Szczepański, qui en 1944, aux côtés de l'Armée de Résistance Polonaise a combattu les Nazis dans une Varsovie occupée. Le poème décrit les espoirs désespérés des insurgés qui pensaient que l'approche de l'Armée Rouge arrivant de l'est pouvait les délivrer, et cette chanson rend hommage aux braves Polonais cruellement éprouvés, qui ont été capturés par deux régimes fascistes. Les paroles suggèrent ce qu'a pu penser Józef Szczepański dans les décombres de sa capitale détruite. Encerclés par deux ennemis jurés, tombés dans un piège mortel, les malheureux ne pensaient pas que les soit-disants envahisseurs viendraient diriger la Pologne d'un gant de fer pendant plusieurs générations.



Es-tu aussi inspiré par la religion?
Depuis la réalisation de notre premier album en 2009, j'ai élargi mon vocabulaire et mon horizon lyrique et en plus j'ai commencé à écrire sur d'autres sujets, comme la bigoterie, l'étroitesse d'esprit, la stupidité répandue dans le giron de la religion, les doctrines dépassées, ce sont les sujets sur lesquels j'ai consacré une grande partie de mon temps.

Notre second album ''Grand Gesture of Defiance'' (2012) est un album concept sur un imaginaire groupe religieux totalitaire appelé 'The Vultures' qui à travers plusieurs cénacles occultes  sont en voie d'atteindre la domination du monde. Une 'jolie' petite théorie de la conspiration qui décrit les leaders du monde comme des hommes de paille servant de marionnettes à une élite influente et secrète, et qui même si elle possède des fonctions signifiantes exerce peu ou pas d'influence.

Votre actualité est cet EP ''Barren Grounds''. Est-ce que ces chansons sont nouvelles ou issues des sessions de The Grand Gesture Of Defiance?

Les chansons (ou leurs idées) pour cet EP ont été principalement élaborée pendant mon séjour au Groenland entre 2012 et 2013 ou tout juste après mon retour au Danemark. Comme la plupart de mon temps était utilisé pour travailler, expérimentant les aspects les plus étranges de la vie, appréciant la nature etc...j'ai seulement terminé une poignée de chansons pendant mon séjour, dont l'une d'elle 'Lost'' a terminé sur ''Barren Grounds''.

Je vivais à Ilulissat dans la partie nord-ouest du Groenland, située près du cercle polaire et quand je suis arrivé début juillet, le soleil m'a montré sa face dorée 24 heures sur 24. J'ai connu beaucoup de phénomènes naturels, mais le soleil de minuit doit recevoir le prix du phénomène le plus revitalisant, capable de nous confirmer qu'une vie existe. Je me souviens encore de ces promenades nocturnes le long des fjords glacés, le soleil brillant dans un ciel dépourvu de nuages, et le seul bruit aux alentours était l'eau qui frappait les icebergs, la glace qui se brise et le vêlage des icebergs.

Pendant mes premières errances, je me souviens avoir écouté le chef d'oeuvre de Dissection ''Storm of the Light's Bane', mais j'ai rapidement compris qu'un voyage sans musique nourrirait mon expérience en raison des bruits mentionnés plus haut et de l'odeur unique des icebergs.
Au fil de mes errances visuelles et sonores, j'ai trouvé les paroles et la mélodie de 'Lost' dont les premiers vers sont les suivants :

Casting a Shadow on lonely Scenery
Pale and forlorn, like a Painting brought to Life
Sharing common Ground with a State of Carelessness
Adrift in a nameless Sea, an eternal Nothingness

Le morceau est ce que l'on peut décrire comme une ballade dans la même veine que les très introverties ''Planet Caravan'' et ''Solitude'' de Black Sabbath. A mes yeux et à mes oreilles, Lost fonctionne mieux avec un casque, qui dévoile et nous permet de découvrir les différents secrets et nuances véritablement dissimulés à l'intérieur de ce morceau aride et glacial.

En ce qui concerne, le premier morceau 'State of Decay' j'ai juste écrit ce qui me passait par la tête alors que je travaillais la mélodie vocale du morceau. Quand j'ai composé le nouveau Altar of Oblivion, j'ai toujours eu les mélodies vocales qui bourdonnaient dans mon esprit, et la plupart des mots, de courtes phrases qui faisaient naître des paroles. Ecrire des paroles est un exercice qui a toujours été relativement facile pour moi, et j'ai littéralement des tonnes de fragments de textes à moitiés finis ou achevés qui s'accumulent sur mes disques durs. Pour en revenir à ''State of Decay'' (le terme d'état est un indice de l'ambiguïté de ce mot), c'était le résultat d'un pur monologue intérieur, et pour être honnête, il n'y a rien de nouveau ou d'original que ces paroles inspirées du heavy metal des années 80.

''Serenity'' et ''Barren Grounds'' pour le dire autrement s'orientent un peu plus profondément vers une réflexion personnelle et sont thématiquement liés ensemble : une personne se se trouve au carrefour de sa vie et ignore quel chemin choisir. Elle cherche la paix intérieur mais elle est encerclée par les mensonges, des moitiés de vérités de la part de son entourage et d'elle-même.

Pendant toute sa vie, elle a été trompée, elle s'est trompé elle-même et s'est élancée à la recherche des désirs des autres, et a conformé sa vie aux attentes des autres. Finalement, au moment le plus crucial, elle est déterminée à prendre les choses en main et à changer sa vie pour quelque chose de bien mieux. Mais au lieu de choisir pour le bon chemin, elle continue à se trouver coincée sur un sol stérile, incapable de sortir de cette réalité faussée.

Ah! Une information de dernière minute  : une autre chanson ''No One Left'' a aussi été écrite pendant mon voyage au Groenland et devrait apparaître sur ''The Seven Spirits'', qui contiendra aussi le morceau éponyme de ''Grand Gesture Of Defiance''. Je pense que ce morceau est sacrément bon, trop in your face pour le condamner à l'oubli et par conséquent, j'étais déterminé à l'utiliser pour ce nouveau LP.

Pendant l'enregistrement de cet album, nous avons décidé de le séparer entre deux albums distincts, puisqu' autrement la durée aurait excédé une heure. La dernière partie de ce concept-album a été mis au frigo, car je considère son écriture comme périmée, carrée et manquant d'inspiration.

Après quatre années de silence, ne pouviez-vous pas réaliser un album entier?
Depuis Février 2016, nous avons travaillé sur un nouveau album de sept pistes ''The Seven Spirits'. Les préparations de cet album se sont déroulées doucement avec un line-up productif et au même moment où je réponds à tes questions (Janvier 2017), seuls quelques overdubs mineurs ont besoin d'être enregistrés. Je suis ravi de cet enregistrement, qui va révéler le groupe sous un angle différent et plus varié.

Comme je l'ai signalé plus tôt, je n'ai jamais été un grand fan de doom metal (sauf du travail des dieux Black Sabbath, qui ont bien plus à offrir que n'importe quel groupe moyen de doom metal totalement désorienté). Pour ''The Seven Spirits'', j'ai donné moi-même gratuitement mon rein pour découvrir tous les aspects de la musique metal que j'aime. Pour le dire autrement, sur notre troisième album, on pourra trouver des morceaux inspirés par la musique que j'ai écouté dans ma jeunesse et qui sont sacrés pour moi : l'âge d'or de Slayer,  Crimson Glory, Queensrÿche, Saga, Iron Maiden, Judas Priest, Morbid Angel, Megadeth, Metallica, Ozzy, Black Sabbath pour nommer certains de mes favoris.

Ce nouveau line-up m'a inspiré pour consacrer plus de temps à la composition, à l'arrangement et ne négliger aucun détail et avec notre batteur et notre bassiste comme arrangeurs, notre prochain album dépassera de loin nos précédents enregistrements. Et je peux le garantir à 100/100, haha!

Depuis ce temps, tu as alterné LP et EP. Continueras-tu ainsi?
Jusqu'à maintenant, enchaîner EP et LP était de l'ordre de la coïncidence, mais nous avons discuté ensemble sur cette orientation future. Sur un EP, tu es plus ou moins libre d'explorer de nouvelles idées et te lancer dans ce que tu aimes. Sur ''Barren Grounds'', j'ai voulu intégrer et incorporer de nouvelles idées, dans la ligne de  ''Serenity'' et ''Planet Caravan'' qui ont inspiré Lost, et je pense que cela a bien fonctionné.

Maintenant, avec le troisième album pratiquement terminé, nous avons déjà posé les plans du prochain album, qui sera aussi un EP, et qui contiendra quatre morceaux, dont ''Through The Night'' et ''Line of Ejection'' qui seront des réenregistrement de notre démo ''The Shadow Era'' de 2007. En réenregistrant ces deux morceaux, nous leur donnerons une seconde chance et nous pourrons enfin, après une décennie à évoluer sur une terre aride fermer le chapitre ''The Shadow Era'', qui a pris du temps avant de trouver son dernier lieu de repos.

En outre, deux nouveaux morceaux seront ajoutés et notre nouveau batteur, dont l'instrument principal est d'abord la guitare, a écrit un morceau hard rock ''Burning Memories'', que j'ai hâte d'enregistrer.

Jusqu'à ce point, nous avons été très lents pour enregistrer le nouveau matériel, mais à partir de maintenant, nous ferons tout pour éviter ces périodes de blocage en planifiant tout à l'avance et en ne nous reposant pas sur nos lauriers.

Martin, tu as aussi joué avec Lords Of Triumph. Quelles sont les nouvelles au sujet du groupe de Phil Swanson?
Eh bien, nous avons juste mis la dernière main à un EP de quatre pistes, qui peut être écouté (et acheté à un faible coût) dans son intégralité sur le bandcamp du groupe :

Je pense que ce sera le dernier éclat que j'entendrai de ce projet sur le long terme, puisque je souhaite me consacrer à Altar of Oblivion, qui un an auparavant était un projet sans véritable orientation, et qui n'avait pas reçu suffisamment d'attention pour se développer. A vue de nez, je dirais que nous avons seulement atteint à peu près 20/100 du potentiel d'Altar of Oblivion et maintenant, l'heure est au changement et à l'optimisation de notre comportement.

''Into Nothingness'' de Lords of Triumph a été écrit en 2010, et attend de décoller. Ce serait dommage de ne pas le sortir, donc croisons les doigts pour que cela puisse se faire.

Je ne connais pas très bien la scène danoise. Peux-tu m'en dire plus?
Le Danemark est un petit pays dans lequel une toute petite partie de groupe est intéressante à écouter. Ces derniers temps, on a vu une explosion de groupes danois de metal qui vendaient beaucoup d'albums au Danemark et à l'étranger. Beaucoup de gens saluent la scène danoise qui a accouché de nombreux grands groupes. C'est vrai qu'il y a eu une explosion de ces groupes de metal mais à mes yeux, la majeure partie n'a aucune identité sonore et aucun look distinct, puisque la plupart singent la scène suédoise de death metal mélodique des années 90.

Je pourrais parler pendant des heures comme ça, donc ne me lance pas, ha ha. Le Danemark n'a pratiquement jamais été (à quelques exceptions près, bien sûr) un grand vivier de talentueux groupes de metal. Si on le compare à ces pays limitrophes, le Danemark est principalement une blague cauchemardesque en ce qui concerne le metal, et je suis effrayé de ne pas détenir la clé de ce paradoxe. Si on considére cette usine à gaz qu'est la scène metal danoise, je n'arrive pas à comprendre comment un groupe comme Mercyful Fate a pu émerger au Danemark, mais encore une fois, même King Diamond a aussi eu ses périodes moins inspirées, tout comme Mercyful Fate à ses débuts. Mais, ne nous méprenons pas, je suis fan de ces deux groupes.



Allan Larsen et toi avez formé un groupe. Peux-tu décrire cette collaboration?
Quand Allan et moi avons formé le groupe en 2004-2005, nous étions principalement réduits à un duo, moi chargeant des paroles et de la guitare et Allan de la batterie. Allan ne jouait de la batterie que depuis trois mois, tandis que je ne jouais de la guitare que depuis un an, ce qui a eu pour conséquence ce son doom très minimaliste. Ni Allan, ni moi n'avions exploré le doom metal, mais je pense que les limites de notre instrumentation ont tracé cette esthétique particulière et c'est ainsi qu'un groupe de epic doom metal est né. En 2006, le line-up-s'est enrichi d'un chanteur et d'un bassiste pour l'enregistrement de ''The Shadow Era''.

De quoi es-tu le plus fier avec Altar of Oblivion?
Comme je n'ai pas atteint les 100/100 du potentiel du groupe, avec aucun de nos précédents enregistrement et que le groupe était en sommeil depuis ses débuts, il m'est difficile de répondre à cette question. Cela en dit beaucoup sur notre niveau d'ambition, que nous avons eu avec notre premier line-up complet avec le recrutement de notre précédent batteur Thomas Antonsen. Je pense que nous n'avons pas pris ce groupe au sérieux et naïvement, j'ai pensé qu'il me suffirait d'écrire quelques chansons, que tout se créerait de soi-même à partir des répétitions, des réunions de groupes, des concerts...

Avec l'ancien line-up, nous n'avons jamais partagé les mêmes goûts musicaux, la même direction artistique, la même ambition, nous n'avons jamais atteint le moindre fragment du potentiel du groupe. C'est le but que nous nous sommes fixés pour maintenant et pour les années suivantes.
Pour en revenir à ta question originelle (j'ai pensé que cette question avait besoin de quelques explications de contexte). En regardant en arrière, je pense n'être pas peu fier en réécoutant notre premier album de 2009 ''Sinews Of Anguish'', tout en regardant le brillant artwork. Même si l'album est imparfait, privé d'expérience, immature, nous avons réussi à créer un son unique incapable d'être recréé à nouveau, au cas où nous le souhaiterions. Nous n'avons pas répété cet album avant d'entrer en studio, mais nous y sommes entrés les uns après les autres pour enregistrer nos parties, ce qui rétrospectivement prouve combien nous étions à la traîne, mais toutefois, nous avons réussi à nous en sortir.

Que changerais-tu dans ta carrière?
Rétrospectivement, c'est toujours du 20/20, mais j'aurai aimé apprendre la guitare un peu plus tôt qu'à l'âge de 24 ans. Beaucoup de mes amis, de mes camarades de classe ont commencé à jouer de la musique à l'âge de 10 ans, mais comme j'étais en lutte contre moi-même, avec une estime de soi proche du zéro, et un manque de confiance, je ne me sentais pas assez bon pour entrer dans le royaume sonore en tant que musicien. Donc, j'ai reporté cet apprentissage en raison de ma frustration.
Ma plus mauvaise expérience a été sans nul doute de ne pas me consacrer suffisamment à Altar of Oblivion et de ne pas prendre le temps nécessaire pour que ce projet fonctionne. Jusqu'à à peu près un an, j'ai participé à 7 projets parmi lesquels différents groupes de metal, de la pop des années 80 et même un rap old school. Il ne faut pas avoir inventé l'eau chaude pour comprendre le temps, l'énergie, l'engagement nécessaire pour chacun de ces projets. Heureusement, ces échappées sonores et ces cul-de-sacs m'ont permis de me reposer et de relativiser.

J'ai passé des heures sans fin à enregistrer de la musique, des paroles pour ces projets qui n'ont jamais vu la lumière du jour. Au début, c'était un peu dur pour moi d'accepter que toutes ces compositions fussent vaines, mais de toute façon, j'ai appris une leçon importante, qui m'a aidé à me développer et a évoluer en tant qu'auteur. Certains de ces morceaux ont en outre été inclus dans d'autres projets, dont Altar of Oblivion (évidemment, sauf le rap'). Avec cela, je dirais que rien n'est complètement gâché, et il reste du temps pour faire quelque chose de ce groupe. Le feu en moi m'a revigoré et n'a pas brûlé aussi chaleureusement depuis 2003, où j'ai commencé à jouer de la guitare et où j'ai poussé la porte d'un monde entièrement nouveau et fascinant.

Quelle est la chanson préférée que tu as écrite et pourquoi?
Comme j'ai écrit plus de 250 chansons d'Altar of Oblivion, il sera à nouveau difficile de répondre à cette question, haha. Malgré cela, si on regarde d'un peu plus près, celles qui ont été enregistrées, je dirai qu'il s'agit de ''Wrapped In Ruins'' de notre premier album de 2009. Il y a un contexte lié à cette chanson : en 2006, j'écoutais ''Tomorrow'',un morceau du groupe de krautrock allemand Erlköning quand l'idée du riff de ''Wrapped In Ruins'' m'est tombée dessus. J'ai tout de suite arrêté la musique, je me suis assis, j'ai pris ma guitare, et j'ai composé l'intro, les couplets, le refrain, le pont, la conclusion, et le chant. Plus tard le même jour, j'ai élaboré les paroles et l'idée de l'enregistrement d'une démo conceptuelle sur les jugements et tribulations d'un soldat allemand dans les ruines de Stalingrad est née. J'aime l'hypnose suscitée par le chant et le riff principal, et le refrain accrocheur de cette chanson, qui a toujours fait et fera toujours probablement parti de notre live-set et qui est la préférée de nos fans.

Je voulais te remercier pour ces bonnes questions, et j'espère que je n'ai pas fait du blabla pendant des heures. Je pense qu'il y avait beaucoup d'enjeux à éclaircir, haha. Au nom d'Altar Of Oblivion, je te souhaite une vie pleine de prospérité.

Je remercie Martin Meyer Mendelssohn Sparvath pour ses réponses généreuses et mon ami Adrian Stork pour la traduction !