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KröniK | Misery - Mélancolie Suite (2017)


Fille de Misère ne reste jamais absent bien longtemps, entre sa participation à Aube Grise (sous le nom de Thomas Bel) et Misery, son jardin secret qu'il laboure avec un stakhanovisme frénétique. Succédant à Mélancolie IV et Asthenia, Mélancolie Suite le voit poursuivre l'exploration d'un format court, ce qui ne signifie pas qu'il ait renoncé à ces complaintes étirées dans lesquelles il aime macérer. Cassette au tirage limité (39 copies), l'objet le voit surtout poursuivre cette expression crue et lancinante d'un black metal d'obédience dépressive, délaissant l'art ambient et funéraire qui le guidait à ses débuts. Ces deux plaintes aux allures de râles interminables, reprennent les choses là où les a laissées leur éponyme devancière.
Du haut de ses onze minutes au garrot, Mélancolie V remplit la première face, égrenant un tempo léthargique proche de la catatonie. Guitare rongée par rouille, rythmique minimaliste et vocalises hurlées qui percent le suaire de la nuit, distillent un mal-être ferrugineux. Volontairement répétitive, cette procession funèbre trace dans la terre froide un sillon abrupte et écorché qui confine à une forme de transe rampante et convulsive. Face B, Mélancolie VI traîne sa carcasse au fond d'un même charnier en un magma déglingué. Misery y imprime ces coups de reins meurtris, repoussant une éjaculation qui ne viendra jamais. Maladive, la six-cordes suinte un désespoir qui parait absolu, tricotant des instants pétrifiés au bord d'une cavité intime béante et lacérée de plis sinistres. Puis, le convoi lugubre se remet en branle jusqu'aux ultimes battements de cœur. S'il n'invente rien, l'homme a une façon toute personnelle de ruminer sa tristesse avec un sens de l'épure squelettique et des atmosphères noires et décharnées. Ce faisant, il impose un ton intime presque introspectif à ce black metal plus contrit que suicidaire. Il appelle au recueillement et à la contemplation de l'âme. 3.5/5 (31/12/2017) | La Horde Noire






KröniK | Ultha - Rehearsal Demos MMXIV / MMXV (2015)


Deux hosties (sans compter le EP Dismal Ruins), Pain Cleanses Every Doubt et Converging Sins, gravées en l'espace de deux ans à peine, ont suffi aux Allemands pour se tailler une solide réputation au sein de la chapelle noire européenne, leur ouvrant les portes du Roadburn, pèlerinage obligé pour tous les amateurs de gros son. Grand bien en a donc pris à Distant Voices de rééditer en cassette leurs premiers rôts, déjà réunis sous la forme d'un CD-R en 2015. Comme le mot 'rehearsal' l'indique, cet agrégat est garanti 100% sans OGM dedans. C'est la noirceur à l'état brut, celle qui racle, hurle et fait saigner les muqueuses.
Les conditions rudimentaires dans lesquelles ces démos ont été captées, loin d'altérer la puissance visqueuse de ce black metal tranchant et minéral, le plongent au contraire au fond  d'un abîme contre les parois duquel aucune lumière, aucune vie ne parviennent à s'accrocher. Ultha forge un art bouillonnant d'une sève hystérique dont la force tentaculaire fait déjà plus qu'affleurer à la surface de ces enregistrements. Bien que Crystalline Pyre et You Exist For Nothing ne soient pas inédits puisqu'ils composeront la moitié du menu de Pain Cleanses Every Doubt, les découvrir sous forme de brouillon, dans des versions primitives et pourtant pas si différentes de celles que l'on connait déjà, les Teutons arborant de toute façon toujours des traits abruptes comme taillés au burin dans la roche froide, nous place dans la position de témoins de leur accouchement douloureux, dans les recoins intimes d'une cave éclairée à la bougie. Liés l'un à l'autre, ces deux titres semblent n'être qu'un, maelström méphitique grouillant d'une négativité mortifère. Le chant écorché et lointain, venu du fond des ténèbres, s'accouplent avec des guitares nocives en une cérémonie cryptique. De leur coït éjacule un suc empoisonné qui s'écoule le long de tranchée serpentant à travers les aspérités d'un caveau fardé d'une obscurité sinistre. A la brutalité épidermique d'un matériau abrupte  se conjuguent des ambiances macabres chargées d'une haine glaciale et séculaire. Bref, en deux pulsations au tracé accidenté, Ultha impose son sceau, ni atmosphérique ou orthodoxe, ni moderne ou complexe mais trempé dans une encre noire et torrentielle, fielleuse et funèbre, acte de naissance d'un artisan précieux d'un black metal qui renoue avec la négativité originelle. 3.5/5 (28/10/2017)






KröniK | Non- - S/T (2017)


Nouvelle découverte du label Distant Voices, Non- est le jardin secret d'une seule âme, celle de Jack Whelan, laquelle offre avec cet EP éponyme son premier signe de mort. En quatre pistes, le misanthrope dévoile un post black metal torrentiel tavelé de discrètes touches atmosphériques voire shoegaze (soit les trois côtés complémentaires d'un même triangle mélancolique), ce qu'illustre Regret qu'éclaire en fin de parcours un chant féminin spectral, celui de Suzanne Yeremyan. Cette dernière n'est pas la seule à seconder le maître des lieux qui a confié pour l'occasion les synthés et les samples à deux autres êtres humains, présence qui confère à l'objet une dimension organique loin de ces créations qui ne peuvent masquer leur approche confinée et individuelle.
Néanmoins dans l'esprit, Non- demeure bien un véhicule solitaire errant à travers un territoire désolé. Dans le fond, qui laboure le même champs à base de solitude et de tristesse, comme dans la forme, avec ce chant hurlé et cette cadence écumeuse, Whelan aligne tous les codes du genre comme des pinces à linge sur un fil (Absent,Yearn). Or c'est quand elle dévie, certes timidement, de la trajectoire tracée que l'oeuvre gagne en intérêt, le temps des deux derniers titres. Le déjà cité Regret, enrichi de nappes de claviers fantomatiques et de mélopées féminines à l'intérieur d'une construction surprenante car pour une bonne moitié instrumentale, puis Love / Loss dont les 11 minutes au compteur, ouvrent un paysage au relief accidenté, fait de vastes plaines à travers lesquelles galope une guitare trempée dans la rouille,  de prairies paisibles et des falaises dressées par une batterie pulsative, montrent ainsi le chemin que l'Américain devrait à l'avenir emprunter. Prometteuse, cette carte de visite témoigne d'un potentiel certain qui reste encore à dépuceler, dans une veine post black shoegaze que son géniteur exploite non sans personnalité. 3/5 (15/10/2017)


KröniK | Sadness - Tundra (2016)


Après Somewhere Along Our Memory, Rose / Lavender et le Home Find Me de Left Alone, l'un des nombreux projets de Elisa, son unique maître des lieux, Distant Voices poursuit sa collaboration avec Sadness dont il réédite Tundra, agrégat de quatre plaintes capturées en 2015. Si le fruit de cette association n'est pas ce que nous préférons dans le catalogue confidentiel de ce précieux artisan de l'art noir, contrairement aux offrandes de Misery, Aube Grise, Arbre ou Brouillard, reconnaissons que cette somme, par son minimalisme (quasi) instrumental, n'est dénuée ni d'une forme de beauté diaphane ni d'un élan émotionnel qui le rendent attachant.
Plus mélancolique que dépressif, plus misérable que négatif, Sadness y tricote un back metal qui n'a de noir que le nom, errance squelettique aux confins du Shoegaze. Bien qu'il faille patienter jusqu'à The Lightly Falling In Our Storm pour entendre des vocalises écorchées, Soâr puis Autumn Wind qu'égrène un piano figé dans un strict dénuement, pleurent davantage, en quelques accords solitaires, un désespoir contrit qui touche au coeur. Fidèle à une écriture dont il ne se départira sans doute jamais, l'Américain rumine son spleen automnal qui trouve en Ensound l'écrin le plus achevé. Du haut de ses vingt-cinq minutes au garrot, cette complainte résume à elle-seule cette démesure grisâtre aux traits répétitifs. Le chant hurlé de notre hôte hachure ce paysage aussi délavé qu'isolé qu'irriguent une guitare paresseuse. La chorale féminine qui le drape tel un suaire, siphonne le peu de noirceur qu'elle exsude mais l'auréole cependant d'une grâce spectrale. Collection d'inédits, Tundra, outre le fait qu'il illustre la diarrhée créatrice de son auteur, montre un Sadness tel qu'en lui-même, peintre d'une tristesse évanescente et intimiste. Ceux qui le suivent au gré de ses (nombreuses) réalisations, puiseront là matière à cultiver leur mélancolie suicidaire. Quant aux autres, ils passeront une fois de plus leur chemin, n'y croisant pas les ténèbres convoitées... (08/10/2017)


KröniK | Aube Grise - L'encre et la terre (2017)


Bien qu'au départ, projet solitaire entre les seules mains d'Anna M., photographe du label Distant Voices, Aube Grise s'est presque mué en un duo depuis que Thomas Bel, l'âme de Misery sous le sobriquet de Fille de Misère, vient placer quelques lignes de chant de clair (sur Hanterieur) ou des nappes ambient (sur cette Encre et la terre qui nous intéresse aujourd'hui) mais l'entité n'en reste pas moins viscéralement recluse dans sa peinture d'un mal-être profond. Son écoute invite à une forme d'introspection, empreinte d'une sinistre contemplation. Intime et esseulé, son art a quelque chose d'un gisant abandonné dans le froid, au milieu d'une nature tourbeuse.
Cette nouvelle offrande illustre plus que jamais ce sentiment d'abandon qui imprègne jusque dans sa chair cette créature crépusculaire. S'abîmant toujours plus profondément dans une désolation cendreuse, Aube Grise propose cette fois-ci un seul et long râle qui étire ses vingt-six minutes de souffrance pétrifiée avec une force souterraine. Après quelques accords grêles d'un piano fantomatique, que vient peu à peu polluer une rouille (dark) ambient aux confins d'une noise désincarnée, la plainte entame un chemin ravagé par des vocalises hurlées, meurtri par des guitares souillées et ferrugineuses, secoué par une rythmique métronomique en mode rafale dans le style maison cher à Distant Voices. Mais de nombreuses pauses mortifères mitent cette trame aux allures de tunnel sans fin. Les silences, le pouls d'une basse lugubre et des sonorités pluvieuses ou le bruit du glas jonchent une partie centrale striée de riffs dissonnants avant que le torrent ne connaisse une nouvelle crue, charriant sa haine avec une puissance saccadée. Immersive, l'oeuvre conceptuelle libère des atmosphères enveloppantes, cyclique, elle s'achève comme elle a débuté, par les mêmes notes de piano, symbole de la vacuité d'une existence qui tourne à vide, souillant la terre d'un jus nocif. La terre donne et reprend la vie, en un mouvement de balancier dont cette piste est la parabole funèbre... 3.5/5 (05/08/2017)


KröniK | Left Alone... - Home Find Me... (2015)


Après Sadness, Distant Voices poursuit sa collaboration avec Elisa, jeune musicien d'origine mexicaine, âgé de vingt ans, qui enregistre des offrandes comme d'autres vont au cabinet. Souffrant d'une sorte de priapisme musical, associé à un mal-être qui semble infini, cette âme solitaire ne peut conserver sa semence que pour un seul projet, préférant au contraire se démultiplier même si l'humus dans lequel il aime à se repaître reste plus ou moins identique, errant quelque part entre art noir dépressif et black metal enkysté de miasmes shoegaze. Toujours au stade de la démo (six au total pour le moment), Left Alone...Hom est l'une de ses concubines suicidaires qu'il besogne à côté de son principal port d'attache.
Publiée à l'origine par Depressive Illusions Records, l'hostie a droit aujourd'hui à une seconde peau grâce à notre précieux artisan qui la réédite, habillé d'un nouvel artwork réalisé par l'artiste maison Anna M.(Aube Grise). Le bonhomme y récite trois psaumes qui étirent soixante minutes d'une désolation misérable, fidèle en cela à des standards dont il ne se départira sans doute jamais. Petite soeur de Sadness, cette entité rumine toutefois un black plus doloriste encore. Ce faisant, Left Alone... trempe ses pinceaux dans une palette plus noire que son aîné, quand bien même les premières mesures de So Cold..., pleurées par un piano pétrie de contrition, macèrent davantage dans le sirop que dans le mazout, impression confirmée par le reste de la complainte qui se traîne inutilement sans jamais vraiment s'enfoncer dans les abysses, contrairement à l'éponyme Left Alone qui voit le flagellant marcher sur les pas sinistres d'un Woods Of Desolation. De fait et même s'il ne pourra jamais fouiller les ténèbres avec la négativité requise, on préfère Elisa dans ce registre plus crépusculaire qu'ombrageux. Avec peu, il parvient à trancher les veines d'où s'écoule le flot d'une tristesse sans fin (Einsam). Quelques accords et un timbre écorché lui suffisent pour appuyer sur l'interrupteur et plonger la chambre dans une obscurité que peuple tout un cortège de regrets et de souvenirs désenchantés. 3/5 (18/06/2017)

KröniK | Sadness - Rose / Lavender (2016)


Comme autrefois Striborg, dans une veine plus raw, moins shoegaze quoique que tout aussi dépressive, Sadness multiplie les offrandes comme d'autres les pains. Son solitaire créateur voit la musique lui couler par les narines sans qu'il puisse jamais stopper ce flot continu. Après Somewhere Along Our Memory, Rose / Lavender est son deuxième opus (mais le onzième en tout) à voir la nuit via Distant Voices. Si son prédécesseur, en dépit d'instants de beauté pure, n'était qu'à à moitié convaincant, la faute à sa durée par trop excessive, ce nouvel effort propose un menu plus resserré sinon plus raisonnable puisqu'il ne franchit que de peu la barre des quarante minutes au compteur.
Mais ce format ramassé se révèle trompeur car avec ses (seulement) deux pistes qu'on devine extrêmement dilatée, prétendre que Elisa prend - encore une fois - son temps, tient en réalité du doux euphémisme ! Surtout, l'homme fait montre d'une inspiration qui ne semble pas prête de se tarir dans un style très codifié qu'il ne cherche d'ailleurs nullement à révolutionner, déversant son spleen avec une masochiste gourmandise et une verve bourgeonnante. Déroulant son amertume durant plus d'un quart d'heure, Rose est le premier de ces deux titres, plainte qui égrène avec tendresse sa mélancolie vaporeuse et squelettique. Tous les ingrédients y trouvent bien serrés, de ce chant écorché qui perce la nuit à ce grain de guitare cendreux en passant par cette rythmique ankylosée mais la tristesse fragile qui s'en dégage emporte tout. Du haut de ses vingt-six minutes au garrot, Lavender trempe dans un humus shoegaze, tissant une toile dont chaque fil est une note de désespoir. Si quelques accélérations la zèbrent, cette longue rumination demeure elle aussi prisonnière d'une douce léthargie. Cela pourrait être interminable mais Sadness parvient à imprimer un désenchantement hypnotique quasi évanescent qui berce tel un ressac mélancolique. Plus misérable que négatif, plus pastel que véritablement noir, ce one-man band reste fidèle à son identité et au genre auquel il s'accroche, livrant un album aussi sincère que touchant. 3/5 (11/06/2017) | Facebock






KröniK | Aube Grise - Hanterieur (2017)


One-Woman Band, Aube Grise revient (déjà) nous rendre visite avec Hanterieur, opuscule qui  répand son spleen délavé en deux pistes pour presque vingt minutes de sonorités sales et décharnées. Creusant le sillon dépressif entamé par Feue et Mauvaise augure, ce troisième signe de mort voit sa génitrice peaufiner peu à peu son art, découpé dans un black metal lo-fi pluvieux qui rappelle par moment l'éphémère Amesoeurs en mois urbain et plus terreux.
Son format court lui donne également l'occasion d'expérimenter quitte à s'éloigner des rivages ferrugineux, même temporairement, ce dont témoigne la seconde plainte qui voit Anna M. braconner sur les terres de la coldwave, aidée dans son aventure par son complice Thomas Bel (Misery) dont le chant clair hachure ce Hanterieur II d'une couleur plaintive, jusqu'à l'éruption finale et abrupte où le metal noir reprend ses droits dans un registre cependant tout aussi suicidaire. Peu sensibles à ce genre froid et minimaliste, notre préférence se dirige toutefois vers le premier titre, naturellement baptisé Hanterieur I, lequel étire sur plus de onze minutes un mal-être pollué et dissonant, charrié par une guitare qui hurle, rongée par une lèpre rouillée. Squelettique, cette reptation ouvre doucement ses cuisses en de longs et immobiles préliminaires q ue vrillent des accords maladifs. Puis la voix écorchée de la maîtresse de cérémonie surgit,  noircissant encore un peu plus le ciel sombre qui s'étend sur ce paysage d'une hivernale froideur. D'une lancinante funéraire, le tempo est prisonnier d'une geôle humide où s'entassent remords et regrets. Des touches coldwave drape tel un linceul grisâtre une dernière partie désenchantée. Dédié à la comédienne lituanienne Katerina Golubeva qui a hanté jusqu'à sa mort en 2011 le cinéma aride et exigeant de Sharunas Bartas, Claire Denis, Bruno Dumont et surtout Leos Carax, Hanterieur se présente, à l'instar des autres réalisations du label Distant Voices, sous la forme d'un objet précieux au tirage limité et confirme les (très) bonnes impressions laissées par ses prédécesseurs. Depuis, Aube Grise a déjà enfanté une nouvelle offrande, L'encre et la terre...  3/5 (2017)


KröniK | Sadness - Somewhere Along Our Memory (2016)


Né à Mexico en 1997 mais installé désormais dans l'Illinois, Elisa (mais Damián Antón Ojeda pour l'Etat civil) fait partie de ces musiciens dont le stakhanovisme force le respect, même si certains grincheux ne manqueront pas d'affirmer que ce black metal d'obédience (vaguement) dépressive que le jeune homme rumine, facilite de part sa nature répétitive et onanique ce genre de diarrhée créatrice. Pas faux.
Mais cela n'enlève rien à l'inspiration de cette âme solitaire déjà auteur en l'espace de deux années à peine et sous la seule bannière d'un Sadness qui n'est que l'un de ses nombreux jouets, d'une palanquée d'albums, onze au total, à ce jour et sans compter toutes les miettes habituelles (démos, split, EP) dans lesquelles aiment se repaître ces artistes reclus. Somewhere Along Our Memory... a connu un long chemin avant de débarquer dans le catalogue de Distant Voices, voyant d'abord la nuit en janvier 2016 sur la page Bandcamp du bonhomme alors uniquement disponible en téléchargement, puis édité le mois suivant en cassette par Depressive Illusions Records, avant de bénéficier de cette sortie en CD, agrémenté d'un nouvel artwork et enrichi d'une piste supplémentaire, The Way She Smiles, aboutissant à un résultat long de plus d'une heure au compteur ! Nous aurions pu craindre que cette durée généreuse quoique excessive rende difficile sinon ennuyeuse la défloration de ce menu pantagruélique, d'autant plus que les six titres seulement qui l'habitent, déroulent chacun une trame pour le moins dilatée, When The First Snow Fell... culminant même à presque 20 minutes au garrot. Il n'en est pourtant rien tant sa progression conserve une fluidité éthérée. Seul à la barre, le maître des lieux étire un tapis plus mélancolique que véritablement suicidaire, en évitant parfois de peu de sombrer dans un maniérisme misérable lorsque des envolées shoegaze ourlent ces compositions minées par la componction (D'un ciel de nuit). Le plus souvent hurlé, le chant se met toutefois en retrait au profit d'un canevas instrumental que tricotent guitare stratosphérique et piano intimiste. L'écoute de Somewhere Along Our Memory... nous évoque de tristes rêveries, à travers la solitude de paysages désolés quoique lumineux (Kiss In October). De fait et bien qu'il soit corseté par des regrets et des fautes qui ne peuvent être effacées, l'album ne charrie aucune négativité, irradiant au contraire la force positive de se battre, d'affronter les épreuves d'une vie bordée de malheur. Proche du Alcest contemporain, le génie visionnaire et douloureusement émotionnel de Neige en moins cependant, Sadness délivre avec cet opus la bande-son introspective d'une existence teintée d'amertume. 2.5/5 (2017) | Facebook






KröniK - Misery - Asthenia (2017)


A force de chroniquer les nombreuses hosties que Misery ne manque jamais de livrer une fois par an, si ce n'est davantage, nous pourrions craindre de ne plus avoir grand chose à dire à son sujet et que la semence de l'âme solitaire qui anime cette entité confidentielle finisse par se tarir. Encore une fois pourtant, il n'en est rien et Asthenia vient inoculer tranquillement son venin funèbre dans nos veines. Après Mélancolie IV et attendant le successeur longue durée de No Days To The Funeral (2015), Fille de Misère continue de ruminer son mal être sous la forme d'un EP que remplissent seulement deux pistes.
Connaissant le goût du maître des lieux pour les pièces étirées, architecture dictée de toute façon par la nature lancinante de cet art noir funéraire, la messe franchit cependant la barre des vingt minutes au compteur. Bien entendu, certains argueront peut-être que toutes les offrandes de Misery tendent à se ressembler, égrenant les mêmes compositions volontairement répétitives qui macèrent dans une flaque mélancolique et boueuse. Alors certes, la signature du Français se révèle reconnaissable entre mille, pour qui le suit depuis toutes ces années. Cette guitare ferrugineuse, le pouls hypnotique de cette batterie nimbée de brume comme ce chant écorché qui perce la nuit, nous sont ainsi familiers. Mais outre le fait qu' il serait malhonnête d'affirmer que l'homme se contente à chaque fois de ronger le même matériau, on s'en moque pas mal en définitive tant la magie (noire) opère à tous les coups, ce dont témoigne Severed, première des deux plaintes de cet opuscule qui voit l'obscurité peu à peu la grignoter, étirant son spleen trempé dans la rouille. Quelques lointaines voix claires viennent toutefois en parasiter la trame qui se délite lentement jusqu'aux notes finales et squelettiques, belles comme un chat qui dort. Flirtant avec le shoegaze, Nerves démarre sur quelques accords décharnés avant de cracher une cyprine plus misérable que dépressive, plus triste que funèbre, les cris de haine cèdent alors la place à des râles de détresse. Présenté dans une édition aussi noble que limitée, selon les respectables habitudes du label Distant Voices, Asthenia est une ode maladive d'une douloureuse et morbide beauté. 3.5/5 (2017)






KröniK | Aube Grise - Mauvaise augure (2016)


Moins d'un an après avoir enfanté Feue, offrande séminale des plus prometteuses, Aube Grise revient déjà nous rendre visite, frappant aux carreaux de notre fenêtre contre lesquels commence à s'amasser un froid cinglant annonciateur de l'hiver, saison particulièrement propice à la défloration de ce Mauvais augure (forcément) funeste.
Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore cette entité, le fait qu'elle se niche dans l'antre glacial de Distant Voices, qui édifie à son rythme une oeuvre très personnelle, tant dans le fond (entre DSBM et ambient) que dans la forme (éditions ultra limitées au noble packaging), devrait leur suffire à cerner sa nature désolée tant les artistes hébergés chez ce label passionné sont tous connectés les uns aux autres, musicalement toujours, humainement parfois, comme c'est le cas de Aube Grise dont l'unique membre, Anna M, réalise aussi les visuels de ce catalogue précieux, cependant que Thomas Bel (Mélancolie) vient hanter avec sa voix clair, ce deuxième opus, le temps de trois plaintes. Ce recueil de huit poèmes écrits à l'encre noir du désespoir égrène donc cet art noir gris et froid comme une pierre tombale, esquissé par Feue, que déchirent des vocalises écorchées et emporté par une rythmique aussi fiévreuse que saccadée. Mais nombre de détails viennent perturber une trame moins orthodoxe qu'il n'y parait de prime abord. Le chant de la maîtresse de cérémonie, régurgitant qui plus est des textes en français, distille une espèce de fragilité sourde, presque romantique dans son expression douloureuse, pinceau maladif et crépusculaire d'un spleen qu'on devine infini (Aube vieille). Notes de piano grêles (Sur ma peau)  et arpèges squelettiques trempés dans un sol terreux et lessivé par le froid (Tes yeux brisés), drapent à la manière d'un suaire sinistre ces compositions charriant un envoûtement mortifère. Polluées et rongées par une rouille gangreneuse, les guitares ont quelque chose de râles funèbres non dénués d'une beauté détrempée (Je me laisserai faiblir). Enfin, les apparitions de l'âme de Mélancolie confèrent aux titres qui l'accueillent un feeling dark teinté d'une étrangeté fantomatiques (Rouge pâle). Dévoilant peu à peu la richesse obscure de son intimité laquelle, erre parfois aux confins d'une Ambient funéraire, à l'image de l'instrumental 1909, d'un admirable dénuement, Mauvaise augure se hisse bien au-dessus de son devancier. 3/5 (2016)


KröniK | Misery - Mélancolie IV (2016)


EP dont les tentacules se répandent sur plus d'un quart d'heure de musique, Mélancolie IV n'est pas seulement la nouvelle offrande Misery, ce qui suffirait déjà largement à notre masochiste bonheur, elle est le réceptacle d'une unique composition, parmi les plus étirées - et donc les plus jouissives - jamais enfantées par Fille de Misère et ce, quand bien même ce format extrêmement dilaté n'a jamais effrayé ce dernier, habitué à ces longues pièces répétitives propre au black metal d'obédience dépressive, n'hésitant parfois pas à franchir la barre symbolique des vingt minutes, témoin le douloureux Messe interdite, extrait l'album du même nom.
De fait, cette dixième hostie ne surprendra peut-être ni le fidèle de cette créature ténébreuse ni le flagellant qui rumine son spleen à longueur de journée mais, en s'abîmant plus que jamais dans les replis intimes d'une chair anesthésiée par la décrépitude la plus absolue, Misery accouche d'une véritable perle noire du genre dont les traits gelés et rouillés évoque autant les premiers Hypothermia que l'inégalé Suicidal Emotions d'Abyssic Hate pour cette capacité à raboter la peau avec ces riffs qui ont des allures de scalpel trempé dans le sang menstruel. Engourdi par une inexorable désolation, Mélancolie IV égrène pendant dix-sept minutes ce mal-être malsain qui a quelque chose d'une corrosive gangrène. On ne le répétera jamais assez mais il existe une magie (noire) dans cet art dépressif, celle de parvenir à capter (ou pas) une douleur sincère qui ne confond pas contrition et misérabilisme, ce que réussit toujours à matérialiser cette âme tourmentée. Il faut  n'avoir jamais souffert pour ne pas ressentir toute la détresse, toute la solitude qui palpitent sous la couche hypnotique de cette lente rumination, laquelle inocule peu à peu son venin qui nous hante longtemps après que l'écoute se soit tue.  Ici, l'originalité prime moins que les ambiances, funéraires et maladives, figées par le froid hivernal qui englue les carreaux d'une fenêtre, seule ouverture sur un monde souillé. Ecorché et inaudible, le chant participe par son caractère lointain de la dimension fortement instrumentale d'une complainte sinistre qui imprime un tempo sourd proche de la catatonie. Mélancolie IV est un gemme d'une lugubre démesure, nouveau souffle de mort d'un artiste dont on ne se lasse pas du suint désenchanté. 3.5/5 (2016)






KröniK | Arbre - III (2016)


Si nous n'en savons toujours pas plus au sujet de cette obscure entité, une chose est cependant certaine, Arbre demeure plus que jamais cette créature intrigante dont chaque nouvelle offrande semble l'enfoncer toujours un peu plus dans les profondeurs d'une désolation hivernale. Après avoir croisé le fer avec son compagnon de label, Brouillard, l'entité revient hanter nos nuits froides avec un troisième opus tout simplement baptisé III. Visuels glacials à l'identique, composés de forêts pétrifiées sous la neige, pistes toujours anonymes que distinguent une simple numérotation et un style, entre DBSM et ambient black metal, (faussement) figés dans la terre gelée, n'aident certes pas à différencier ses créations, lesquelles forment en revanche un tout, corpus d'albums qui peu à peu se construit, reliés entre eux par le numéro des morceaux qui se suivent à la manière de chapitres successifs. Nous nous étions arrêtés au titre XII avec Brouillarbre (2015), c'est donc en toute logique que ce nouveau méfait rassemble les compos de XIII à XVI, plages au nombre de quatre donc, en une architecture à la fois compacte et déliée qui le rapproche de son devancier longue durée. De fait, éditée encore une fois par Distant Voices, qui reste fidèle à son exigence formelle, l'oeuvre ne surprend pas, creusant le sillon métronomique d'un art pulsatif d'une noirceur saccadée dont les fondations ont été établies par les deux premiers disques. Pour autant, III se distingue de son prédécesseur comme celui-ci en son temps vis-à-vis de son séminal aîné. Et alors que nous aurions pu craindre l'affleurement de limites évidentes, la bête mystérieuse réussit toujours à se renouveler avec discrétion, en injectant à sa partition d'une intensité hallucinée, des nuances que seules de nombreuses écoutes aident à déceler, permettant ainsi de fissurer ce bloc de matière organique. Ainsi, quoiqu'elles s'enchaînent les unes aux autres en un torrent cataclysmique, chaque plainte se dévoile par petites touches pointillistes, XIII et ses prémices acoustiques et pluvieuses, sans oublier les chœurs majestueux qui l'émaillent, le colorant de teintes presque païennes, XIV, ses riffs pollués qui raclent la peau tel un scalpel trempé dans la rouille et sa trame meurtrie tour à tour contemplative ou fielleuse, que griffe cette voix écorchée, lointain et inaudible cri de haine. Pulsation démentielle aux sentes sinueuses, on tient d'ailleurs là très certainement l'apothéose de cette signature à la négativité bourgeonnante. Même réussite orgasmique avec XV, lui aussi hanté par une solennité souterraine et vrillé par des accords squelettiques ou ferrugineux en une trajectoire orageuse. Enfin, le terminal XVI est fait d'un tonneau identique, avec une lente introduction avant l'éjaculation syncopée et martiale. Les habitués de ce mystérieux projet ne seront pas déçus. 3.5/5 (2016)


KröniK | Scars From A Dead Room - Vengeance (2016)


Bien qu'originaire du Québec, Scars From A Dead Room ne noue en réalité que peu de liens avec ses compatriotes Forteresse, Monarque, Sorcier des Glaces et autre Sombres Forêts. S'il déballe tout l'attirail autant sinistre que glacial propre à cette chapelle, cet obscur projet manifeste sa haine et sa profonde négativité d'une manière moins orthodoxe quoique toute aussi intense. Certains appelleront cela du post black, d'autre du DSBM, qu'importe car l'essentiel se trouve ailleurs que dans ces étiquettes aussi vaines que maladroites, lesquelles ne sont au final que les différents noms d'un mal unique, tapi dans les replis intimes d'une chair ténébreuse. L'important demeure cette capacité à fouiller la nuit, à presser les tourments de l'âme pour en extraire un foutre fielleux. En cela, Vengeance s'avère être une réussite. Si nous n'en savons toujours pas plus sur son géniteur, ce qui frappe en revanche, sont les progrès réalisés par Scars From A Dead Room depuis une première rumination éponyme déjà de bonne mémoire. En deux ans, son art a gagné en profondeur et en nocivité, remisant au fond de douves humides les courtes pistes qui perforaient (parfois) son offrande séminale. A leur place, ce sont des pièces aux ramifications aussi noueuses que tentaculaires qui se répandent leur semence ravagée, sans pour autant mettre en jachère une violence déchaînée, témoins les premières saillies grâce auxquelles l'oeuvre écarte les cuisses, ouvrant un espace béant vers la noirceur abyssale de son antre. A Blind Eye et La sorcière dans le miroir font ainsi d'emblée saigner les muqueuses tout en charriant des remugles malsains libérés par des riffs pollués. Mais, à partir de l'énorme A Prophecy Of Doom, le ton change, le tempo se fige, prisonnier d'un cercueil de pierre. La guitare étend un voile mortifère en un sustain hypnotique, vibrations maladives gonflées d'un désespoir nihiliste. Supplique funèbre et osseuse, Hand In Hand confirme le corridor tortueux que suivra alors Vengeance, malgré un Spanish Moss épidermique, jusqu'au terminal Ay Trista Vida Corpora, ultime soubresaut dont la voix féminine qui surgit comme une figure spectrale, envoûte avant d'attirer dans un gouffre sans fin, mélopée lugubre qu'accompagnent de lointain cris écorchés. L'opus s'achève dans une apothéose d'ambiances charbonneuses, à la fois charnelle et mélancolique, définitive et belle à pleurer. Viscéralement cathartique, Vengeance gronde d'une puissance tellurique  et affirme la créativité d'une entité aussi rare que précieuse. 4/5 (2016)


Arbre / Brouillard | Brouillarbre (2015)


Brouillarbre, ce nom sonne comme une évidence, celle de l'alliance entre Brouillard et Arbre, deux entités hexagonales aussi obscures que mystérieuses qui font plus que partager un même label, Distant Voices, modeste mais sincère artisan des ténèbres qui poursuit avec une admirable discrétion son chemin, chacune forgeant un art noir dont les traits dépressifs se marient à des aplats convulsifs et hypnotiques à la fois. Premier split du label, l'objet épouse la forme d'une tape  limitée à 49 copies. Deux pistes s'y déploient, d'une même durée, de 24 minutes et 39 secondes chacune, architecture dilatée qui ne surprend pas de la part de ces protagonistes habitués à ce genre de course de fond. Sa construction le permettant, plongeons-nous maintenant dans l'intimité de cette rencontre, laquelle s'ouvre telle deux cuisses qui s'écartent, avec le fruit de l'Arbre. XII est son nom. Passée une (trop) longue introduction qui résonne de crépitements étranges, le titre démarre avec cette fièvre saccadée coutumière de son créateur et donne le branle à un black metal qui bouillonne d'une noirceur emphatique. A travers le mur qui s'érige suinte une brume de cris inaudibles. Répétitive, la pulsation s'arrête plusieurs fois pour ensuite reprendre sa mélopée mécanique aux allures de transe. On lui préfère toutefois la contribution éponyme de Brouillard, véritable cathédrale aux dimensions cyclopéennes dont les parois sont secouées par les coups de boutoir d'une batterie métronomique. Gonflée d'une semence désespérée, la guitare a quelque chose de vertigineux arcs-boutants. Coupée en deux par un gouffre égrenant des notes squelettiques, la piste offre une seconde partie qui galope avec ce tempo effréné toujours de mise, parcourant un paysage ravagé avant de mourir sur une conclusion aux teintes sinistres. Davantage qu'un simple split, Brouillarbre se révèle être une oeuvre cohérente et à part-entière, dont les deux segments se complètent. Arbre et Brouillard se fendent chacun d'un titre selon leur style pour un résultat sombrement entêtant bien qu'un chouia inférieur à leurs offrandes respectives. Mais il y a de toute façon cet esprit underground qui emporte tout et auquel est attaché Distant Voices dont on espère qu'il (sur)vivra longtemps encore ce qui, dans le contexte actuel, n'est pas évident quand bien même son catalogue qui s'enrichit tout doucement ainsi que sa démarche, prouvent que le combat face au tout digital n'est pas perdu... 3/5 (2015)


Misery | No Days To The Funeral (2015)


Plus les années passent, plus Misery semble vouloir se détacher de la (Dark) Ambient à laquelle il était tout d'abord arrimé pour s'abîmer dans les méandres toutes aussi glacials d'un art noir d'une mélancolie contemplative, comme l'illustre No Days To The Funeral, dernier clou en date d'un cercueil qui peu à peu s'entre-ouvre, laissant s'échapper le souffle transi d'une poésie funèbre. Toujours hébergé chez Distant Voices, label aussi rare que modeste qui paraît presque avoir été créé pour elle, l'entité solitaire nous offre en cet hiver 2015 quatre nouvelles plaintes dans la lignée de celles qui hantaient Black Craft Elegies. Au risque de se répéter, le terrain, froid et tourbeux est connu, le masochiste toujours en quête de rasoirs pour nourrir son spleen, ne sera donc dépaysé ni par ces longues et lentes ruminations dont le caractère répétitifs leur confère des allures de transes hypnotiques ni par ces cris écorchés hurlant un mal-être absolu comme si demain ne devait plus jamais exister. Mais, outre le fait que le Black Metal dépressif (ou non) se juge de toute façon moins par son originalité que par sa faculté à exsuder un feeling malsain et sincèrement douloureux, No Days To The Funeral témoigne à l'instar de ses devanciers de l'immense talent de son auteur qui parvient à chaque fois à sublimer un art aux codes pourtant éprouvés, talent qui se conjugue à une capacité toujours renouvelée de puiser dans un terreau aux subtiles nuances de noir. De fait, à l'image de son bel et noble écrin visuel, cette cinquième offrande longue durée est peinte aux couleurs de l'hiver, froides et désolées, épousant les traits sinistres de paysages neigeux qui se confondent avec le ciel d'une blancheur délavée et frissonnante. L'écouter ne peut qu'évoquer ces terres gelées bordée par une forêt d'une lugubre majesté et  que l'on foule d'un pas lourd, seul face à nos démons, nos regrets... Des guitares polluées d'une beauté grésillante et le râle grêle d'un piano décharné peuplent ces pulsations à la peau étirée, installant l'auditeur engourdi dans un état proche de la mort, guidé par ce chant glaçant qui déchire le brouillard. 'Asunder', 'In Veins, In Vain' et 'Silver' s'enchaînent, marches funéraires et pétrifiées lesquelles, par leurs contours flous, semblent n'en former qu'une seule, dérive morbide mais néanmoins belle que ferme le plus court 'Failed In Faith' comme une prière suicidaire. Vibrant d'un désespoir infini, No Days To The Funeral est une oeuvre qui touche l'âme, pleine d'une triste et grave noblesse, ne pouvant que trouver un écho chez les familiers de la souffrance. (2016)


Celestial Dirge | Aeon Aether (2015)


Distant Voices est un label selon notre coeur parce qu' il rassemble tout ce que l'on attend de ce genre d'écurie aussi précieuse que modeste, à savoir passion et identité. Passion pour un art qui doit demeurer dans l'obscurité et dont chaque chapitre en son honneur est réalisé avec une forme de noblesse artisanale. Identité en ce sens que tous les artistes qu'il signe gravite tous plus ou moins dans les même sphères mystérieuses entre Black dépressif, Ambient et Drone. MiserY, Arbre, Brouillard ou Aube Grise enrichissent peu à peu de leur sinistre semence ce singulier catalogue, que complète aujourd'hui Aeon Aether, première offrande longue durée de Celestial Dirge dont le séminal Cerulean Arcanes avait attisé notre curiosité il y a seulement quelques mois, EP d'une force souterraine et hypnotique creusant un sillon oppressant auquel le duo américain reste fidèle autant dans la forme, basée sur des plaintes à l'architecture le plus souvent étirée sinon démesurée, que dans le fond, froid et mécanique. Forger ce type de black metal aux confins de l'ambient se révèle être un exercice plus périlleux qu'il n'y parait et rares sont vraiment ceux qui réussissent à éviter les pièges qu'il tend. B. et S., les deux membres du groupe, comptent parmi ceux-ci, ne confondant jamais transe répétitive et vain remplissage, atmosphères obsédantes et noirceur de carton-pâte. En quatre pistes pour cinquante minutes de musique, ils parviennent à étendre un maillage organique et enveloppant qui confine à la transe, ils déploient les arcanes tentaculaires d'un édifice dont les gigantesques dimensions ne se dévoilent que peu à peu, par petites touches pointillistes. Ainsi, Celestial Dirge prend son temps, posant les pierres d'un labyrinthe étouffant, comme un étau qui se resserre, à l'image de 'CRFT 2 NR' qui ne démarre réellement qu'à mi-parcours lorsque la batterie programmée surgit tel un geyser crachant un fluide saccadé. Parfois pas si éloigné que cela d'une Coldwave funèbre ('EXT. 17'), une sève émotionnelle, une espèce de beauté tellurique, grondent sous la surface de ces pulsations dont l'énergie stroboscopique  emporte tout en un magma assourdissant qui jaillit depuis les profondeurs abyssales de la terre. Et pourtant, de ce mur tripant, érigé par une rythmique aux allures de machine infernale qui s'emballe pour ne plus s'arrêter, suinte une aura quasi céleste ('CLSTL TXTRS') qui fait beaucoup pour la particularité, et toute la valeur, de ce projet qui ne ressemble à aucun autre, démiurge d'un art indescriptible qui se vit, se ressent plus qu'il ne s'écoute. Avec Aeon Aether, Celestial Dirge ne déçoit pas et franchit avec brio le cap du premier album. (2016)


Celestial Dirge | Cerulean Arcanes (2015)


Celestial Dirge. Finalement, tout est dans l'ambivalence de ce nom charriant des images à priori opposées, contradictoires, faites de beauté, de spiritualité d'un côté, de noirceur funèbre, de contemplations mortifères de l'autre. Entre ombre et lumière, entre clair et obscur, entre puissance élégiaque et pesanteur mécanique, telle est l'identité tant sonore que thématique, tout du long écartelée, cuisses béantes qui mettent à nue une intimité dont les méandres ténébreuses sont comme une porte ouverte vers un inconnu paré de mystérieuses promesses. La chose porte l'incontestable marque du label Distant Voices en cela qu'elle répond à la plupart de ses critères, entité étrange sur laquelle on ne sait (presque) rien si ce n'est le fait qu'elle est l'oeuvre de deux créatures anonymes ayant vu la nuit en Amérique du Nord, entité qui érige un art organique et saccadé qui maraude quelque part entre Black Metal, Ambient et Drone. Cerulean Arcanes est son premier râle de mort, souffle terrifiant comme expulsé des entrailles de la terre. C'est un EP qui s'arc-boute autour de deux longues pièces instrumentales, lesquelles remplissent pas loin d'une demi-heure de sonorités et hypnotiques et oppressantes à la fois. Sa forme le permettant, plongeons-nous dans les sombres arcanes de cet opus. Long de près de 18 minutes, '33' est une pulsation aux dimensions monumentales et aux telluriques ramifications. Elle n'est d'abord qu'un son désincarné qui s'élève peu à peu. Puis son pouls commence à se faire entendre, perçant la surface. Mais il faut attendre la moitié de son parcours pour que le titre démarre réellement, s'emballe enfin, emporté alors par une batterie programmée cependant que des rushs de guitare permettent de larguer les amarres. D'un coup, nous voilà propulsés dans un trou noir au bout duquel pourtant brille pourtant une pale lumière, celle qu'irradient des sphères célestes aux allures de Graal spirituel. Un (peu) plus court, 'HVR' se veut plus contemplatif dans son expression tout d'abord presque immobile, étendant à l'infini un tapi aux motifs aussi répétitifs qu'obsédants qui confinent à une forme de transe abyssale. Une sorte de langueur glaciale en fige la progression, où les tentatives de mouvement sont vite avortées au profit d'une exploration en apnée dans les profondeurs d'une obscurité sans fin... Vide de sens pour certains, "Cerulean Arcanes" est pourtant l'acte de naissance d'un projet qui devrait être passionnant à suivre. (2015)