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KröniK | Paradise Lost - Medusa (2017)


Les vieux cons comme votre serviteur se souviennent encore du jour où ils ont découvert le groupe d'Halifax grâce à ce "Lost Paradise" matriciel dont la pochette comme sortie des enfers, continue encore de les hanter après tout ce temps. Qui aurait pu croire alors que les Anglais seraient toujours parmi nous (presque) trente ans plus tard ? Peu de monde assurément et sans doute pas les principaux intéressés eux-mêmes. Quinze albums ont coulé sous les ponts depuis 1990 comme autant de jalons d'une carrière en constante mutation.
Après le retour au gothic metal qui a fait sa renommée avec "Symbol Of Life" (2002), Paradise Lost a entamé à partir de "Tragic Idol" (2012) une descente au fond d'une mine de charbon, glissement dans une obscurité sinistre dont nous pensions que le radical "The Pague Within" l'avait achevé trois ans plus tard. Pourtant, "Medusa" vient nous rappeler que ses créateurs furent bien au début des années 90 un des trois côtés de la Sainte Trinité du UK doom avec My Dying Bride et un Anathema parti depuis longtemps vers d'autres cieux. Visiblement toujours marqués par leurs expériences parallèles respectives (Vallenfyre pour Greg Mackintosh et Bloodbath pour Nick Holmes), les Anglais souffrent plus que jamais d'une dépression tenace qui leur dicte une musique trempée dans le spleen le plus granitique. Ainsi, le guitariste ne ment pas quand il annonce que cet opus est le plus doom qu'ils aient jamais enfanté, quand bien même la mise en bouche incarnée par l'EP "The Longest Day", pouvait laisser croire à un retour au pur metal gothique. Le chant et les guitares, cendreuses, participent de l'érection d'un tertre émotionnel placé sous le sceau de la contrition, comme l'illustre l'énorme 'Fearless Sky' qui, du haut de ses quasi neuf minutes au compteur, pousse d'entrée de jeu ce nouvel effort dans les profondeurs abyssales d'un gouffre sans fin. Discrète, la voix claire du vocaliste ouvre pourtant un étroit soupirail dans cette cave dont les murs sont bâtis sur ces riffs croûteux. On tient là sans aucun doute possible une des pierres angulaires d'un répertoire qui n'en manquent pourtant pas. De fait, bien qu'enraciné dans cette géographie austère et misérable du nord de l'Angleterre, à laquelle participe la prise de son froide, trempée dans la tourbe, de l'incontournable Jaime Gomez Arellano, "Medusa" ne va pas tout à fait aussi loin dans la noirceur inexorable que son prédécesseur, renouant à sa manière, minérale et tellurique, avec une expression puissamment envoûtante, ce que confirme le titre éponyme dont les lignes entêtantes sont coulées dans le plomb le plus corrosif. Funéraire et glacial, le résultat oscille entre ombre ('No Passage For The Dead', 'Until The Grave') et (pale) lumière ('The Longest Day') selon que Nick Holmes appuie ou non sur l'interrupteur avec ses lignes vocales que souligne au burin son double Mackintosh dont la guitare fend la brume comme une lanterne funeste. Etonnamment, ce sont les bonus qui sonnent les plus mélodiques ('Shrines', Symbolic Virtue'), à l'exception d'un 'Frozen Illusion' ultra doom, lesquels auraient largement mérité, de par leur qualité, de ne pas d'être réduits au rôle de digestif. Serrant dans un menu ramassé comme à l'accoutumée une collection de pièces d'orfèvrerie, "Medusa" est une nouvelle pierre posée par les Anglais dont la signature, inscrite dans le marbre froid, demeure aussi reconnaissable qu'implacable dans l'édification d'une bâtisse de plus en plus charbonneuse malgré la fugace clarté qui la transperce. (24/08/2017)






KröniK | Paradise Lost - The Plague Within (2015)


Actif depuis la fin des années 80, Paradise Lost pourrait aspirer à une retraite bien méritée. Mais les Anglais ne sont pourtant pas pès de se retirer dans un caveau. Pourquoi le feraient-ils d'ailleurs, poursuivant une œuvre exemplaire qu'aucun faux pas n'est jamais venu assombrir, pas même lors de leur période la plus commerciale (c'est-à-dire la moins Metal). Mieux, quand certains de leur génération se contentent d'envoyer une carte postale de temps à autre, les gars d'Halifax vont jusqu'à besogner ailleurs entre deux albums. C'est surtout le cas de deux d'entre eux - et pas des moindres - soit le chanteur Nick Holmes et le guitariste Greg Mackintosh, respectivement associés à Bloodbath et Vallenfyre. Nous aurions pu croire que le fait d'assouvir leur soif de death metal avec cette activité extra-conjugale leur suffirait, laissant leur principal port d'attache forger cet art gothique fixé depuis longtemps. Or, "The Plague Within" témoigne au contraire que ces racines extrêmes font désormais plus qu'affleurer à la surface, comme c'était le cas autrefois, conférant à ce quatorzième opus une dureté minérale retrouvée. Si Paradise Lost ne renoue bien entendu pas avec la brutalité sévère de ses débuts, tissant toujours une toile aisément identifiable ('Return To The Sun'), il n'en demeure pas moins que ces dix nouvelles compositions affichent une noirceur tranchante ('Punishment Through Time' et ses attaques presque thrash) plus affirmée que sur les derniers disques, quand bien même ceux-ci incarnaient déjà le retour à des motifs plus heavy. En fait, la grande différence réside dans le chant de Nick Holmes, plus sombre et âpre qu'à l'accoutumée, comme si la récente collaboration avec Bloodbath avait redonné envie au bonhomme d'exploiter un registre abyssal abandonné depuis longtemps, comme l'illustre 'No Hope In Sight', amorce tout d'abord étonnante par ses atours abrupts avant de revenir à ces aplats typiques du groupe. Grand bien lui en a pris tant sa performance, tour à tour (plus) caverneuse ou mélodique, est pour beaucoup dans la réussite d'une offrande comme toujours impeccable, agrégat de tableaux au format  ramassé qui sont autant de toiles de maître où tout est pensé jusque dans les moindres détails, à l'image des arrangements, discrets mais superbes ('An Eternity Of Lies'). Aux côtés du chanteur, Greg Mackintosh, secondé par l'indéboulonnable Aaron Aedy, sculpte dans la roche froide ses riffs suintant un profond désespoir dont il a le secret, véritable vigie obsédante perçant un épais rideau de brume. Macérant dans le jus d'un doom austère ('Beneath Broken Earth'), le menu surprend parfois par son agressivité inattendue, témoin ce 'Flesh From Bone' que perfore néanmoins de pesantes crevasses. Citons aussi 'Cry Out' que cisaillent également ces attaques entêtantes reconnaissables entre mille. Il est intéressant de voir comment les Anglais, quand tant d'autres semblent porter sur leurs épaules le poids du temps qui passe, gagnent au contraire au fil des années en puissance, en intensité, en noirceur, glissant tout doucement et de plus en plus, dans les profondeurs de la Moria...  Au final, prétendre que "The Plague Within" se révèle être encore une fois un excellent cru tient du pléonasme et qu'il peut concourir au titre de meilleur album de l'année, aussi ! 4/5 (2015)


                                   

Paradise Lost | Symphony For The Lost (2015)


Comme son titre le laisse deviner, "Symphony For The Lost" voit Paradise Lost s'accoupler avec un orchestre symphonique. Or, nous avons tendance à nous méfier - souvent à raison - de ce genre d'exercice ô combien casse-gueule, novateur à l'époque de Deep Purple en 1969 mais rarement réussi et qui du reste n'étonne désormais plus personne. Si les Anglais ont toujours été inspirés, quoiqu'en disent ceux que le virage plus commercial entamé avec "One Second" et achevé avec "Believe In Nothing" a déçus, force est de reconnaître que cette fois-ci, ils ont eu tort de tenter cette expérience en 2014. Mais d'où viennent les grumeaux ? Tout simplement du fait que l'orchestre (de Plovdiv en Bulgarie pour être précis) n'apporte rien aux compos choisies par le groupe. Pire, il semble même les vider de leur substance froide et mélancolique. Il suffit d'écouter la version du classique parmi les classiques 'Gothic', qui ressemble à du mauvais Therion, pour mesurer l'étendue des dégâts. La prise de son bâclée achève de faire de ce live un produit pour le moins dispensable. Le jugement peut paraître sévère mais nous attendions mieux de la part de Paradise Lost qui, à l'instar d'un Satyricon dont le "Live At The Opera" est une réussite exemplaire, aurait pu (dû) transcender un répertoire dont la relecture orchestrale n'était pas forcément absurde quand bien même interpréter dans ces conditions un titre tel que 'Soul Courageous' ne se révèle pas un choix très judicieux. Nous pourrions alors nous consoler avec la seconde partie de "Symphony For The Lost" où le groupe joue seul. Las, si le résultat convainc davantage, l'ensemble sonne plat, sans vie ni passion. Rien à dire sur les morceaux retenus, tous comptent parmi les hymnes des Britanniques, de 'True Belief' à 'The Enemy', de 'Say Just Words' à 'As I Die',  mais sont joués sans grande conviction par des musiciens qui semblent fatigués. Là encore, le verdict tient de la sentence (trop) implacable. Reste qu'on a connu Paradise Lost plus en forme, plus concerné. Au final, "Symphony For The Lost" est à conseiller aux fans purs et durs qui veulent tout posséder, jusqu'aux miettes. Quant aux autres, ils peuvent passer leur chemin au risque de se fâcher avec ce groupe pourtant si exigeant ... (2015)


                                     

KröniK | Paradise Lost - Faith Divides Us - Death Unites Us (2009)


Qui aurait pu prédire en 1989 que "Lost Paradise" et son hallucinante pochette serait le premier jalon d'une carrière qui se poursuivrait encore vingt ans après ? Assez peu assurément et certainement pas le groupe lui-même. Toujours est-il que Paradise Lost est toujours en activité, malgré des hauts ("Gothic", "Shades Of God", "Draconian Times" bien évidemment) et des bas (les néanmoins excellents "Host" et "Believe In Nothing"), autant de repères aussi bien commerciaux qu'artistiques correspondant aux diverses peaux, doom, gothique ou plus pop, que les britanniques ont enfilées.
Depuis ses débuts, le groupe a donc beaucoup évolué mais on sent qu'avec "Faith Divides Us - Death Unites Us", cette évolution est désormais achevée. Ainsi, quand bien même il nous a constamment habitué à n'en faire qu'à sa tête, on imagine mal dorénavant la formation entamer un brusque virage stylistique. Son art a atteint une forme de maturité. Certains diront que Paradise Lost a opéré un retour en arrière depuis "Symbol Of Life" (2002), regard vers le rétroviseur poursuivi et réaffirmé par "In Requiem" et par ce nouvel opuscule. Ce n'est pas Faux. Toutefois, cette analyse demande à être affinée. Bien entendu, la musique actuellement forgée par les Anglais révèle davantage de proximité avec l'ère "Icon"/"Draconian Times" que celle initiée par "One Second". Pourtant il reste quelque chose de cette dernière époque, notamment dans la construction des titres ("Faith Divides Us - Death Unites Us"), dans les arrangements et dans certaines lignes vocales de Nick Holmes ("First Light"). Malgré tout, Faith Divides Us - Death Unites Us reste une oeuvre très moderne et certainement pas nostalgique ou passéiste. Elle se drape dans une production, signée Jens Bogren (Opeth, Katatonia...), sévère, presque austère même, qui sied à merveille à cette plastique grise et désenchantée (le bien nommé "Last Regret"). Une mélancolie automnale ruisselle tout du long de ces dix plaintes, dont l'artisan est plus que jamais la guitare de Greg Mackintosh, musicien par trop sous-estimé. Avec son jeu suintant de tristesse ("Frailty", "The Rise Of Denial") et cette faculté demeurée intact de tisser des mélodies entêtantes, seules balises dans le brouillard ("I Remain"), il se pose incontestablement comme l'Homme de cet album. Cela dit, Holmes, à l'instar de tous les autres membres du groupe n'est jamais en reste avec sa voix reconnaissable entre mille. Avec l'assurance de ceux qui savent ne plus rien avoir à prouver, les Britanniques honorent un ensemble cohérent et homogène qu'aucun temps mort ne vient polluer. Concis et denses, tous les titres délivrent une trame dont la noirceur n'a d'égale que la puissance de leur accroche. Tous sont des hymnes potentiels en tout point dignes de leurs aînés des années 90 et de fait, devraient s'imposer comme de futures classiques dans un répertoire pourtant déjà plein à craquer de pépites. Avec cet album dont on imagine mal qu'il ne puisse pas séduire ses admirateurs, Paradise Lost confirme son statut de la plus belle des manières et signe peut-être même son oeuvre sinon la plus aboutie au moins la plus accrocheuse depuis "One Second". 4/5 (2009) | Facebook