Les plaies purulentes creusées dans notre peau par sa première et unique démo à peine cicatrisées, nous savions que Altarage ne tarderait pas à faire très mal, plus mal encore qu'avec les deux courtes agressions grâce auxquelles nous l'avons découvert il y a peu. Espagnol d'origine peut-être, le groupe semble n'avoir pourtant en réalité jamais croisé la moindre source de lumière ni de chaleur, même la plus pale ou la plus fugace. Mineurs raclant les chairs d'un édifice noir secoué par les coups de boutoir d'un Death apocalyptique, ces mystérieux musiciens au visage encapuchonné, participent de cette plongée toujours plus hallucinée dans les abîmes d'une folie survoltée que rien ne paraît vouloir stopper. Chercher à décrire par des mots "Nihl" revient à dépeindre un univers vicié, tendu comme une verge turgescente que gonflent des veines charriant une semence gangreneuse. En trente-six minutes d'une brutalité aussi âpre que tellurique, Altarage prend à la gorge tel un étau, perforant de son membre à la dimension bestiale un espace sonore complètement saturé. D'une intensité mortifère, ces saillies qui ont quelque chose de sévères excavatrices, plantent le sombre décor d'une cavité infernale où règne, dans l'ombre, une indicible créature. Ni espoir ni respiration permettant de reprendre son souffle ne sont à espérer de cet implacable méfait mais au contraire une lacération de tous les sens discontinue et étouffante. Les Espagnols sont à l'unisson d'une violence souterraine qu'ils libèrent sous la forme d'un magma bouillonnant d'une haine obscure. Voix caverneuses, guitares accordées plus bas que terre et rythmique vicieuse d'une puissance sismique forment les arcs-boutants d'un édifice dont les racines sont enfouies dans un abîme terrifiant. Et lorsqu'ils freinent la cadence, fossoyant alors un gouffre béant d'une profondeur sans fin, l'atmosphère se fait encore plus pesante et malsaine, témoin le terrifiant 'Cultus', pulsation terminale qui enfonce tout ce qui l'entoure dans une noirceur charbonneuse. Funeste. On sort de cette écoute lessivé, vidé même du moindre souffle de vie en n'étant pas toujours bien certain d'avoir tout compris à ce viol auditif en règle. D'un nihilisme absolu, cet album ne s'écoute même pas, il se ressent comme la décharge interrompue d'un stupre corrosif. Point final. (2016)
AU PIF
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Black Oath | To Below And Beyond (2015)
Depuis 2009 et sa démo éponyme, Black Oath forge un doom épique d'une solennité occulte dont on devinait qu'il aboutirait un jour à quelque chose de (très) grand. Ce moment est arrivé. Annoncé par les déjà remarquables "The Third Aeon" et "Ov Qliphoth And Darkness, gravés respectivement en 2011 et 2013, "To Below And Beyond" se veut donc le calice que nous attendions tous. Guidés par le chant puissamment émotionnel du guitariste (et désormais bassiste également), A. Th, les Italiens font même plus que nous séduire, ils atteignent des sommets qu'on ne pensait pas les voir gravir, à tel point qu'il est permis de se demander s'il s'agit toujours bien du même groupe ! C'est dire. Cette question, certains se la poseront certainement à l'écoute de cette offrande, moins en définitive pour sa qualité d'écriture que pour ses atours plus heavy que doom. De fait, s'il a toujours été le chantre d'un metal lourd et lyrique, Black Oath arbore cette fois-ci des traits plus sophistiqués, sinon mélodiques qu'à son habitude. Les lignes de guitares, d'une superbe virtuosité, participent notamment de ce maniérisme que révèlent autant 'Healing Hands Of Time' dont le substrat ténébreux est recouvert d'une épaisse couche de mélodies empreintes de majesté, que 'Sermon Through Fire', instrumental pulsatif tout en progression. Corollaire de cette évolution, "To Below And Beyond" affiche par moment des couleurs quasi progressives, à l'image de 'Flesh To God', pièce longue de plus de neuf minutes d'une noire flamboyance et dont la dernière partie, belle à pleurer, s'envole très haut, touchant au sublime, au divin. Est-ce à dire que les Italiens ont mis de l'eau dans leur vin de messe ? Que nenni et il suffit de s'abîmer dans les sombres arcanes d'un titre tel que 'Mysterion', drapé dans un suaire crépusculaire, par exemple, pour le constater. Sans parler de la pulsation terminale qui donne son nom à l'opus, lente procession aux multiples soubresauts s'achevant sur des mesures aux accents gothiques, laquelle n'évite cependant pas quelques longueurs. On lui préfèrera par conséquent 'Wicked Queen', échappée aussi plombée qu'envoûtante, et plus encore 'I Am Athanor' , plainte feutrée emportée par des lignes de chant qui procurent des frissons, deux joyaux qui, placés en ouverture, plonge d'emblée "To Below And Beyond" dans une tragique jouissance. Et s'il est incontestable que Black Oath a dilué dans le creuset d'un heavy metal grandiose sa dimension cryptique, il le compense par une beauté décuplée certes désormais plus mélancolique qu'obscure. Entre Candlemass et Solidude Aeturnus, les Italiens délivrent une hostie brillant d'un lustre mystérieux qui, si elle les éloignent du pur doom occulte, leur permet d'atteindre une grandeur inédite. (2015)
KröniK | Orthodox - Matse Avatar (2010)
On en voit déjà qui commencent à s’exciter au fond de la classe. Non Matse Avatar n’est pas le successeur du bien nommé Sentencia mais seulement un petit 7’ vinyle comprenant deux titres pour à peine plus de 8 minutes de musique. Les moins assidus peuvent donc se rendormir tandis que les autres, les die-hards, les geeks peuvent jubiler car à travers cette rondelle noire, Orthodox y déploie à nouveau toute sa démesure hallucinée. Artisan d’un doom aux accents rituels et liturgiques, les Espagnols continuent l’exploration d’un son chaud qui n’appartient qu’à eux. « Matse Avatar » s’ouvre sur un gratouillage de basse velu avant que le chant sentencieux ne surgissent sur fond de roulements de batterie tellurique. Une tension dramatique palpable court tout du long de ces lignes de guitares dissonantes, tellement étranges qu’elles semblent provenir d’une autre dimension. Après ce rock qui ne file jamais droit, « YH/VH » (?) déroule une lancinante trame instrumentale plus proche des œuvres précédentes. Belle, occulte et cabalistique et irradiant toujours cette espèce de chaleur crépusculaire propre au trio et au pays qui l’a vu naître. Noyée sous des effluves psyché, la plainte débute par des notes de guitares grêles, vite accompagnées par cette batterie abyssale mangeuse d’espace. Les influences sixties (on pense au Doors et à « The End ») sont évidentes, nourrissant ce doom cosmique bizarre. Un très bon titre dont on a pourtant l’impression qu’il a été châtré pour pouvoir tenir sur la face d’un 45 tours. Dommage car on imagine sans peine la suite qui aurait pu être donné à ces quatre petites minutes au goût de trop peu. De fait, en dépit de son incontestable valeur, ce EP démontre que Orthodox a besoin de plus longues durées pour installer son climat hypnotique qui confine à la transe. Une très belle pièce sinon, éditée par Doomentia Records. Un gage de qualité… 4/5 (2010)
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