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KröniK | Michel Sardou - Le choix du fou (2017)


Après un demi siècle de carrière, Michel Sardou a décidé de tirer sa révérence, dans les bacs et sur scène sans pour autant renoncer à ses prestations théâtrales. Ne pas vouloir commettre l'album de trop ni une énième tournée d'adieu a motivé sa décision. "Le choix du fou" devrait donc être son testament et La dernière danse, un dernier baroud scénique. Mais ce vingt-sixième disque studio se veut d'autant plus précieux qu'il ne marque pas seulement le retour du chanteur après sept ans de silence discographique mais vient combler un tunnel long de quasiment trois décennies pendant lesquelles aucune de ses productions n'a vraiment su rivaliser avec les grandes réussites des années 70 et 80.
Que reste-t-il en effet des "Salut" (1997), "Français" (2000) ou "Etre une femme 2010" et sa tentative malheureuse de moderniser ce classique  controversé, opus qui ont toutefois rencontré un succès certain ("Hors format"). Fidèle aux standards qui étaient les siens durant son âge d'or, Sardou se fend d'une offrande très courte, ne dépassant que de peu la demi heure. Le fait que pour ces dix nouvelles chansons, il ait à nouveau débaucher - entre autres - Pierre Billon avec lequel il a écrit 'Dix ans plus tôt' ou 'Les mamans qui s'en vont', pourrait laisser croire à un retour en arrière. Or, il n'en est rien et "Le choix du fou" se révèle très différent de que son auteur a pu livrer durant toutes ces années. S'il continue de chanter l'amour ('Et alors !', Pour moi elle a toujours 20 ans') et d'aborder des sujets engagés (l'euthanasie sur le poignant 'Qui m'aime me tue', l'écologie avec 'La colline de la soif' et ses couleurs country), le chanteur se montre plus crépusculaire et nostalgique que jamais. Quand bien même il se défend de regretter le passé, 'Le figurant', hommage aux sans-grades du septième art qui lui permet d'évoquer ses débuts au cinéma dans "Paris brûle-t-il" et le 'Médecin de campagne', regard teinté d'amertume sur une profession disparue, semblent vouloir dire le contraire. Plus surprenants encore sont le mélancolique 'San Lorenzo', qui parle moins du pape François que des sacrifices consentis par ces hommes qui offrent leur vie à dieu et aux autres, le sombrement hypnotique 'J'aimerais savoir' et la curieuse conclusion éponyme où Sardou est accompagné par les Petits chanteurs de Saint Marc, manière d'achever l'écoute sur une note plus optimiste. Ces pistes sont aussi les meilleures du lot. Epaisse comme un (bon) vin vieilli dans un fût de chêne, la voix du maître des lieux est au diapason de ce désenchantement auquel participent de superbes arrangements (cordes, banjo,  accordéon fantôme interprétant un tango nocturne sur 'San Lorenzo'). "Le choix du fou" n'est ni l'album de trop ni un disque de plus mais la plus belle création de Michel Sardou depuis peut-être "Io Domenico". Quand bien même il nous manquera, souhaitons toutefois qu'il tienne parole contrairement à tant de vieilles gloires qui s'égarent en adieux depuis des années... 4.5/5 (04/11/2017)


KröniK | Eagles Of Death Metal - Zipper Down (2015)


Entre les attentats du 13 novembre 2015 qui ont, notamment, ensanglanté la salle du Bataclan dans laquelle il se produisait et la personnalité de son leader, Jesse Hughes, que certains découvrent de plus en plus controversée alors qu'il a en réalité toujours été cet espèce de redneck, à la fois chrétien convaincu et grand amateur de porno (entre autres), il paraît du coup désormais difficile d'aborder Eagles Of Death Metal avec quiétude et sous le seul angle strictement musical. Son rock, qui n'appartient qu'à lui, se révèle pourtant plus fort que tout cela. Car, si de loin la musique des Américains peut sembler simple voire simpliste, d'aucuns n'hésitant pas ainsi à la juger carrément surfaite, et qu'il est acquis que sans la présence de Josh Homme (Queens Of The Stone Age et surtout ex Kyuss) dans ses rangs à géométrie variable, nous ne nous serions sans doute pas autant intéressés à lui, force est de reconnaître que le groupe possède une touche aussi inimitable que savoureuse qui lui permet au final d'être bien plus que le banal garage band aux discrets relents stoner que ses détracteurs se bornent à voir. "Zipper Down", sa première rondelle depuis sept ans en est la plus éclatante démonstration. Une si longue abstinence, à laquelle le combo ne nous avait jusqu'à présent pas habitués, explique l'excitation suscitée alors par ce retour aux affaires, lequel se dévoile tout d'abord par l''entremise d'une pochette sexy en diable qui donne furieusement envie d'en goûter le fruit juteux. En guère plus de trente minutes, (trop) courte durée qui suffit pourtant à nous rassasier, le successeur de "Heart On" se déhanche au rythme d'un rock cool et énergique, dont les courbes généreuses qui exsudent une chaude sensualité sont comme les promesses d'un orgasme sonore. Avec cette décontraction goguenarde qui en fait tout le sel, Jesse Hughes et sa bande crachent d'emblée la sauce avec ce 'Complexity' débridé auquel moins de trois minutes suffisent à étaler tout ce qui les séparera toujours des gentils rockeurs, à savoir cette sorte de classe décomplexée un peu folle et surtout ce sens de l'accroche qui fait mouche, le tout saupoudré de petits détails (chœurs féminins sur 'Silverlake', 'I Love You All The Time' et ses couleurs country, etc.) qui font de ces compos de savants bijoux d'écriture. Même 'Save A Prayer', reprise de Duran Duran, se trouve métamorphosé en hymne déglingué que berce un doux ressac electro. Si tout du long, la patte de Josh Homme se révèle aisément identifiable ('Skin Tight Boogie'), Hughes se taille la part du lion, emballant l'auditoire avec sa voix gorgée d'un feeling licencieux, taillée pour les clubs poussiéreux de l'Amérique profonde. Il faut être de mauvaise foi pour ne pas lui reconnaître un charisme certain et un talent de compositeur hors pair. Fun et sexy mais avec juste ce qu'il faut de finauderies, "Zipper Down" fait son trou et très vite on se surprend à en fredonner les nombreuses mélodies, marque des grands disques et des grands groupes, ce qu'Eagles Of Death Metal est assurément. 3/5 (2016)


                                   

KröniK | Turbowolf - Two Hands (2015)


Turbowolf, qu'est-ce que c'est ? C'est un quatuor anglais qui, en l'espace de quelques années, s'est imposé dans son pays (entre autres) comme l'une des jeunes pousses les plus prometteuses du moment, alors qu'il reste totalement méconnu en France. "Two Hands", sa nouvelle galette, la deuxième comme son nom le laisse deviner, corrigera-t-il cette lacune ? Concentré d'énergie, cet album en possède suffisamment dans le pantalon pour cela, véritable dynamo à tubes qui avalent les minutes à un rythme qui jamais ne débande, hormis le temps de 'MK Ultra', du reste le titre le plus faible du lot, ceci expliquant sans doute cela. Fonçant pied au plancher, Turbowolf forge un rock survitaminé qui a absorbé de l'EPO par boîte de douze, brassant toutes sortes d'influences, punk, stoner, heavy, en un bouillon de culture qui vous donne la gaule des grands jours. Si le look très (trop ?) étudié de ses géniteurs laisse supposer qu'elle n'est pas si spontanée que cela, il n'en demeure pas moins que cette mixture atteint son but, décrassant les cages à miel avec une urgence épidermique. Et si certains titres se révèlent moins notables que d'autres, leur courte durée permet de vite oublier ces (rares et relatives) baisses de régime, quand bien même il faut reconnaître que le groupe tire ses meilleures cartouches en début de parcours. 'Invisible Hands', dont l'intro n'est pas sans - vaguement - rappeler Beck, époque "Mellow Gold", le déjanté 'Solid Gold', 'Good Hand' sont tous des hymnes en puissance, de ceux qui laissent de durables résidus dans la mémoire et dont on imagine sans peine les ravages qu'ils devraient occasionner sur une scène enfiévrée face à un public sautillant de toutes parts. Nonobstant le lent 'Pale Horse', aux motifs envoûtants, le format court sied davantage aux Anglais que les canevas étirés, témoin ce 'Rich Gift' long de presque sept minutes qui vont dans tous les sens sans qu'on sache pourquoi. Mais les musiciens sont bons, très bons même, notamment Chris Georgiadis, chanteur au faux-airs de Frank Zappa et maître des grandes orgues. Plus que la simple brochette de titres rapides qui font mouche, "Two Hands" affirme un talent plus ambitieux, plus recherché qu'il n'y parait, trop peut-être pour totalement emporter l'adhésion, réserve néanmoins gommée par la jouissance immédiate que procure son écoute qui dégueule de feeling. 3,5/5 (2015)