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KröniK | Idre - Unforgiving Landscapes (2017)


Nous avions découvert Idre en 2014 avec sa première offrande éponyme de (très) bonne mémoire où un post metal tentaculaire s'accouplait avec un doom atmosphérique terreux. Trois ans plus tard, le trio américain nous revient (enfin) avec "Unforgiving Landscapes". Si de par son visuel, dépouillé et austère, que remplit un paysage désolé, et son architecture déroulant deux pistes au format démesuré, il noue des liens évidents avec son devancier, ce deuxième voyage s'en distingue pourtant par une dimension plus rituelle voire quasi chamanique comme s'il puisait sa sève dans les profondeurs de la terre qui l'a vu naître, enfonçant ses racines noueuses dans un sol pétrifié.
Un son presque caillouteux l'enrobe tel une croûte épaisse, qui à la fois lui confère une teinte plus doom encore et participe de cet aspect sentencieux, cérémonie crépusculaire que président des instruments prisonniers d'une gangue froide et organique. Lointain, le chant résonne comme un écho spectral avalé par la nuit. Rappelant le (trop) méconnu Worm Ouroboros, Idre étend une trame presque immobile dont la lenteur (faussement) paisible se marie à une mélancolie souterraine qui pulse sous la surface de ces longues pièces aussi squelettiques qu'hypnotiques, aux allures de tertres émotionnels. C'est toute une géographie qui prend forme peu à peu, charriant des images pétries de solitude et de désolation. Les Américains prennent leur temps pour sillonner ce socle terreux qu'ils sculptent comme un totem en l'honneur de divinités oubliées sous les coups de boutoir d'une prolifération urbaine. "Unforgiving Landscapes" est une ode à la nature sombre et éternelle dans les entrailles de laquelle survivent l'âme et la mémoire d'une terre qui a disparu, enseveli par l'homme destructeur. Le groupe dépeint ces paysages, pesants et vrillés par une sourde tension dont on sent qu'elle va exploser mais qui ne décharge jamais vraiment sa semence torrentielle. 'Gold & Crude' étire ainsi ses vingt minutes de plus en plus pulsatives, suivant un chemin inexorable qui semble ne jamais vouloir mourir. Chant en apnée et guitares poussiéreuses gravitent autour d'un gouffre sans fin comme suspendus dans le temps et dans l'espace cependant que des rouleaux de batterie se fracassent contre un relief menaçant dressé dans la nuit. D'une durée équivalente, 'Prison Skin' est tout d'abord bercé par de faibles psalmodies avant de voir ses traits se durcir par une sécheresse granitique. S'ouvre alors un long segment qui a quelque chose d'un rituel où les voix ne sont que des murmures échappés de crevasses que sculptent une trinité guitare/basse/batterie connectée au coeur de la terre et constamment au bord de la rupture. "Unforgiving Landscapes" voit Idre peaufiner son art, hypnotique et abrupt, pesant et atmosphérique. 35.5/5 (2017) | Facebock






KröniK | Sordide - Fuir la lumière (2016)


La France a peur. Cette fameuse phrase d'introduction de l'édition d'un journal télévisé, prononcée par le défunt Roger Gicquel en 1976, est devenue depuis le nom d'un album de black metal, celui enfanté par Sordide en 2014 dont il est aussi le premier signe de mort, méfait séminal remarqué pour sa noirceur crasseuse et son expression extrêmement crue, malsaine, d'un genre lutiné avec une force fielleuse.
Accroché solidement à la barre, on retrouve toujours Nehluj (Julien Payan pour les impôts), musicien dont chaque sortie nous file le gourdin des grands jours, avec ce soit avec Void Paradigm, Ataraxie ou autrefois le (trop) méconnu Yuck, mais Nekurat, son ancien compère au sein de Hyadningar, a cédé sa place de bassiste à Nebhen, un autre complice du guitariste, chez Telümehtår, dont on attend d'ailleurs toujours qu'il offre enfin un successeur à Blåck mais ceci une autre histoire ! Ce changement de personnel n'a bien entendu aucun incidence ni sur le style ni sur la qualité de Fuir la lumière, qui reprend les choses là où son aîné les avait laissées il y a deux ans, au fond d'un charnier encore fumant. En plus inspiré encore. En plus evil surtout ! Le groupe fait donc mieux que transformer l'essai, il pulvérise le socle édifié par La France a peur pour en extraire un foutre aussi vicieux que venimeux. Ce faisant, il parvient à capter cette âme malsaine et vraiment dérangeante qui était celle des Grands Anciens norvégiens. Avec un sens morbide de la sauvagerie glacée, il appuie sur l'interrupteur, plongeant l'espace dans une noirceur d'encre où peuvent copuler le black le plus froid avec le punk le plus viscéral. Le tout suinte une urgence trouble par tous les pores. Sordide est le maître du riff visqueux, pollués à l'extrême dont les remugles grésillants leur confèrent des allures de transe hypnotique, témoin L'ombre, pulsation orgasmique dans sa façon de faire tournoyer un scalpel dans la peau. Plus encore que son aîné pourtant déjà bien rongé par la rouille, cette seconde giclée crépite d'une fièvre malsaine et cryptique. Chaotique mais pas bordélique car éjaculé par des musiciens qui maîtrisent parfaitement leur art, ce qui ne le rend que plus douloureux dans sa pénétration qui râpent les muqueuses au point de les faire saigner, Fuir la lumière gravite constamment au bord d'un gouffre sans fond, secoué tout du long par de pesants coups de boutoir qui le rapproche par moment d'un Funeralium avec lequel ses géniteurs ne partagent qu'une proximité humaine mais surtout cette même folie tour à tour rampante ou hystérique comme une verge gonflée d'une semence impie. Creusant de profonds stigmates dans la chair(e), cette ode cradingue n'est pas seulement une scarification en règle mais avant tout un crachat au goût de culte. 4/5 (2016)


The Fifth Alliance | Death Poems (2015)


Si la musique de bûcheron qui sent sous les bras , est resté pendant longtemps le pré carré des seuls bonhommes, on s'est toutefois habité depuis à voir des femmes investir un genre pourtant des plus testiculeux. S'emparant du micro, ces donzelles n'ont  généralement rien à envier à leurs homologues masculins, leurs jolis minois - ce qui ne gâte rien - ne les empêchant pas de dégueuler leurs tripes avec une robustesse qui force le respect. Hollandais de sol, The Fifth Alliance rejoint donc cette (désormais) longue litanie de groupes de sludge doom façon bulldozer mais avec des seins dedans. Sans la présence, forcément attirante, de la néanmoins furieuse Silvia, il n'est d'ailleurs pas certain que nous nous serions intéressés à ce quintet de dix ans d'âge. A tort. Mais elle est là, caressante parfois, énervée et sortant les griffes le plus souvent. Est-ce à dire que ces mâles compagnons se contentent de faire de la figuration pendant qu'elle éructe ? Que nenni et il serait dommage de passer sous silence le travail qu'ils abattent à ses côtés, comme en témoigne "Death Poems", enclume terrifiante préparée par deux EP et un premier long survenu  deux ans auparavant. Ses compositions fleuves leur doivent ainsi beaucoup, pulsations torrentielles dont les noires sinuosités se cachent dans un substrat aussi massif que granitique. Jusqu'à présent attachés à un format ramassé, les Bataves font cette fois-ci péter les barrières, prennent leur temps pour creuser dans un sol abrupt et rocailleux, des ambiances poisseuses d'une rage désespérée. 'Your Abyss', qui ouvre l'écoute, en constitue l'illustration la plus aboutie. Après une lente amorce, les éléments se déchaînent, le ciel se charge de nuages menaçant près à déverser une bile hargneuse. Dont acte. Et si le tout manque parfois de nuances sinon de variété, encore qu'un titre tel que 'Dissension' affiche une surface que perforent maintes crevasses, œuvre d'un groupe qui, reconnaissons-le, n'innove en rien dans un style il est vrai aussi encombré que balisé, l'amateur éclairé saura goûter comme il se doit cet opus dont les tentaculaires racines s'enfoncent dans les profondeurs de la terre. Les musiciens érigent à l'unisson un véritable bloc de matière brut qu'aucune lumière ne vient polir. Lignes vocales écorchées et guitares épaisses comme des câbles à haute tension, quoique parcimonieusement atmosphériques, sont les puissantes excavatrices de cet album figé par une douleur mortifère. Pas très orignal sans doute mais d'une noirceur étouffante, viciée qui fait de lui une très recommandable pioche. ConSouling Sounds et Breath Plastic, qui l'éditent respectivement en CD et en cassette, ne s'y sont d'ailleurs pas trompés. On peut leur faire confiance... 3,5/5 (2016)