AU PIF

Affichage des articles dont le libellé est Aghora. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Aghora. Afficher tous les articles

KröniK | Aghora - Formless (2006)


Si à l'époque de son premier jet éponyme du feu de dieu, Aghora avait pu passer auprès des auditeurs mal informés comme le nouveau joujou de l'ancienne et culte section rythmique d'un Cynic alors encore dans les limbes, son principal instigateur , le guitariste virtuose Santiago Dobles s'est vite chargé de corriger ce mal-entendu, l'ombrageux Sean Malone (Stick bass) n'ayant pas poursuivi la collaboration plus longtemps. La situation est donc beaucoup plus clair lorsque sort six ans plus tard Formless, le tardif successeur d'Aghora dont il reprend le style époustouflant où se conjugue Metal progressif épris de liberté, jazz Rock et chant féminin aérien.

D'aucuns regretteront sans doute l'absence de Danishta Rivero (néanmoins présente à travers quelques textes), dont on n'a malheureusement plus croisé la voix talentueuse par la suite. Bien qu'à l'origine de lignes vocales moins personnelles, Diana Serra, dotée d'un physique tout à fait charmant, ce qui ne gâte rien, n'a pourtant pas à rougir de la comparaison. L'effet de surprise éventée et désertant cette fois-ci quelque peu le terrain ethnique (hormis le temps des courts "Lotus" et "Purification", respectivement chargés d'ouvrir et de fermer le voyage) et parfois barré de son glorieux aîné, Formless étonne moins mais saura probablement séduire un public plus large, emporté par une armature rythmique hallucinante de technicité ("1316" où le thrash nest parfois pas loin) en particulier une basse volubile et généreuse. Mais quel plaisir de retrouver cette guitare tour à tour feutrée (les notes acoustiques ouvrant "Fade"), acérée, toujours éblouissante ainsi que cette qualité, rare chez les esthètes de la virtuosité, de savoir composer de vraies compositions qui ne se confondent jamais avec un assemblage vain de strates et de plans destinés à en foutre plein la vue. Au contraire, l'affolante maîtrise des musiciens (à noter que Sean Reinert est  resté fidèle à Santiago), que ceux qui ont les oreilles rivées aux tablatures passeront des heures à décortiquer, n'étouffe jamais une écoute fluide et cristalline d'où jaillit une beauté tranquille et chaleureuse et dont on ne décroche pas en cours de route, ce qui est une gageure ! Bien que toujours lumineuses et émaillée par des aplats colorés, la musique d'Aghora a perdu en charme fusionnel ce qu'elle a finalement gagné en puissance. Faudra-t-il au groupe, toujours officiellement en activité, encore six années supplémentaires pour accoucher d'une nouveau joyau ? Si c'est pour enfanter un album de cet acabit, c'est là tout le mal qu'on lui souhaite.... (24.10.2013) ⍖⍖⍖







If at the time of his first eponymous draft of the fire of God, Aghora had been able to pass through the uninformed listeners like the new toy of the old and cult rhythmic section of a Cynic then still in limbo, his main instigator, the virtuoso guitarist Santiago Dobles quickly took care of correcting this misunderstanding, the shady Sean Malone (Stick bass) not having continued the collaboration any longer. The situation was therefore much clearer when Formless, Aghora's late successor, was released six years later. He took up the breathtaking style of Aghora, combining progressive metal, jazz rock and aerial female vocals. Some will undoubtedly regret the absence of Danishta Rivero (nevertheless present through some texts), whose talented voice was unfortunately no longer crossed afterwards. Although Diana Serra created less personal vocal lines, she has a very charming physique, which does not spoil anything, but she has nothing to be ashamed of in comparison. The effect of stale surprise and deserting this time somewhat the ethnic terrain (apart from the time of the short "Lotus" and "Purification", respectively responsible for opening and closing the trip) and sometimes crossed by its glorious elder, Formless surprises less but will probably seduce a wider audience, carried away by a hallucinating rhythmic frame of technicality ("1316" where the thrash is sometimes not far) especially a voluble and generous bass. But what a pleasure to find this guitar, alternately felted (the acoustic notes opening "Fade"), sharp, always dazzling as well as this quality, rare among virtuoso aesthetes, to know how to compose real compositions that never merge with a vain assembly of layers and plans intended to amaze. On the contrary, the frightening mastery of the musicians (note that Sean Reinert has remained faithful to Santiago), that those who have their ears riveted to the tablatures will spend hours scrutinizing, never suffocates a fluid and crystalline listening from which springs a quiet and warm beauty and from which one does not stumble along the way, which is a challenge ! Although still bright and enamelled with colourful flat tints, Aghora's music has lost in fusional charm what it has finally gained in power. Will it take the group, still officially active, another six years to give birth to a new jewel? If it's to give birth to an album of this kind, that's all the evil we wish him..... (24.10.2013)

KröniK | Aghora - S/T (2000)


Encore sous le choc de l’onde libérée par la première offrande monumentale éponyme de Gordian Knot deux ans plus tôt, nombreux sont ceux qui ont commis l’erreur de voir uniquement en Aghora le nouveau projet de Sean Malone, roi du stick bass et à la barre du Nœud Gordien sinon la nouvelle collaroration de la section rythmique du légendaire et regretté Cynic, auteur de l’orphelin Focus en 1993. En effet, outre Malone, Sean Reinert est donc lui aussi de la partie. La présence de ces deux monstres sacrés de la technique a finalement causé presque plus de tort à Aghora qu’elle ne lui apporté de bénéfices si ce n’est celui de l’exposition médiatique.

Car ce groupe est en fait surtout le joujou du virtuose du manche Santiago Dobles dont on découvre alors la puissance du jeu, davantage que celui d’un Sean Malone dont la participation à ce galop d’essai s’est révélée plus que houleuse, en raison de sa tendance à trop vouloir imposer ses vues à une entreprise qui n’est pas le sienne. Plus proche de Gordian Knot que de Cynic (point de death metal ici), Aghora emprunte le chemin bien peu balisé du metal progressif à chanteuse. Le groupe déroule une trame aérienne et techniquement époustouflante. Les amateurs d’onanisme musical vont donc jouir plus qu’à leur tour. Mais contrairement aux travaux de Malone par exemple, aussi réussis soient-ils, une émotion palpable respire de cet album, dont le vecteur est ce chant envoûtant de Danishta Rivero, que d’aucuns ont rapproché (à raison) de Anneke van Giesbergen, l’ex sirène de The Gathering. La jeune femme, loin de faire de la figuration, permet à ces compositions métissées, parfois aux confins de la musique ethnique (le long « Jivatma » et son déluge de guitares) ou du free jazz, de s’envoler très haut et ce, en dépit, d’une rythmique souvent écrasante (le furieux « Rali Yuga », « Existence »). Dommage que la chanteuse ait depuis disparu, remplacée sur le disque suivant par une Diana Serra néanmoins tout aussi talentueuse. Cet opus est un régal car il ne s’abîme jamais dans la démonstration stérile malgré le niveau technique écœurant des protagonistes en présence. C’est une œuvre protéiforme rare et unique teintée de spiritualisme qui dépasse largement le cadre du genre à laquelle elle s’arrime. A l’instar du Focus cité plus haut, Aghora a tout de l’ovni qui traverse le paysage musical pour laisser des résidus indélébiles dans la mémoire de ceux qui ont été témoin de son passage et dont on a longtemps cru qu’il resterait sans progéniture, ce que le tout aussi gigantesque Formless (2006) a infirmé pour notre plus grand bonheur. (2008) ⍖⍖⍖