Pour son cru 2019, le Poul’Hard XI s’est délocalisé à Montrevel-en-Bresse, abandonnant l’espace Salvert d’Attignat pour la halle d’animation de la Plaine Tonique. Une excellente initiative qui a donné un coup de jeune au festival qui fête quand même cette année sa onzième édition !
AU PIF
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KröniK | Grlscz - Ak Spleen (2016)
Ceux qui espéraient trouver en Grlscz le frère jumeau d'un Grey November en sommeil depuis de (trop) longues années, en seront bien entendu pour leur frais. Car si les deux projets partagent une même âme mélancolique, celle de Cédric Seyssiecq, la comparaison s'arrête là. Et c'est sans doute très bien ainsi. L'absence de chant féminin (ou presque, celui-ci se résumant à la présence discrète de Marieke Delanghe le temps d'un titre), fil d'Ariane fantomatique des oeuvres de son aîné, risque par conséquent d'en décevoir plus d'un. A sa place, la voix du seul maître des lieux, plus murmurée que chantée. Hésitantes voire maladroites par moment (Grosse tête et mèche soufflée), ses fragiles mélopées participent néanmoins d'une misérable contrition dont elles sont la triste plume. Entité solitaire, Grlscz se pare de fait d'une dimension extrêmement personnelle, recueil à la fois intime et cathartique où l'homme dévoile son coeur sans artifice. Si l'on reconnaît sa signature, décelable dans ce goût jamais renié pour les funèbres aplats, pour cette façon très particulière de progresser telle une silhouette spectrale avalée dans la brume qui nimbe d'antiques caveaux, et pour une écriture parfois extrêmement déliée aboutissant alors à des plaintes longues de plus de huit minutes (La solitude quantique des étoiles), la voie qu'il a choisi de creuser dans ce jardin secret ne noue que très peu de liens avec le funeral doom ou l'art d'obédience gothique qu'il aime d'ordinaire à façonner. Quelques arrangements sinistres et une guitare squelettique soulignent à la manière d'un pastel mortifère une expression tout du long engourdie par une noirceur lugubre et crépusculaire. A l'image de cette surprenante reprise de Benjamin Biolay, Même si tu pars, Ak Spleen trempe son âme tourmentée dans les eaux d'une musique plus décharnée que rock, ensemble de plaintes égrenées avec une épure aussi noble que grave. Cela pourrait être ennuyeux mais suinte pourtant un mal-être douloureux, un désenchantement glacial. Et, passées les premières écoutes qui laissent une impression mitigée, le charme vénéneux finit, par petites touches pointillistes, par opérer, inoculant dans la mémoire ces mélodies qui envoûtent avant de vous entraîner dans les ténèbres d'une tombe aux dimensions abyssales (Je le savais). Ce faisant, peu à peu, on se surprend à être habité, hanté même, par ces râles funèbres, écrits à l'encre noire du désespoir. On retrouve alors le talent unique du musicien dont le sens de la mélancolie poétique demeure plus que jamais intacte. Et si Grlscz ne remplacera pas Grey November, ce qui n'est pas son propos, les fidèles de ce dernier ne seront ni décontenancés ni déçus par cet essai. 3,5/5 (2016)
Aythis | Glacia (2009)
Il peut sembler surprenant que Carline van Roos, véritable déesse du doom funéraire grâce à sa contribution spectrale à des formations telles que Lethian Dreams, Remembrance ou In Somnis, ait décidé pour ses escapades en solitaire d'aller promener sa voix vaporeuse dans les caveaux gothiques (dans le bon sens du terme) arpentés habituellement par Dark Sanctuary, Artesia et autre Dargaard. A première vue oui, mais à première vue seulement. Car ces deux chapelles partagent en réalité plus d'un lien. Le funeral-doom et la musique gothique dessinent chacun à leur manière des ambiances lancinantes et mortuaires, l'un en trempant ses pinceaux dans le métal, l'autre dans une plastique plus atmosphérique. Né en 2006, Aythis est pour la jeune femme une façon de s'exprimer à travers une autre voix, loin du canevas musical de son principal port d'attache. Fi de grognements d'outre-tombe, de guitares saturés ici, mais uniquement le souffle fantomatique de Carline et des nappes de claviers figées dans le permafrost. Œuvre introspective et très personnelle, Glacia fait honneur à son nom. Chacune de ses chansons est une déambulation onirique à travers des paysages enneigés, images de contrées prisonnières de la glace faites d'arbres recouverts d'un manteaux blanc, de silhouettes avalées par le brouillard. Elles évoquent ces ports gris endormis par le froid. Les respirations de Carline van Roos - elle est somptueuse tout du long - sont comme une vigie guidant les navires fendant des océans gelés. L'auditeur suit ses mélopées cristallines qui séduisent autant qu'elles pétrifient sur place. Quoi de mieux pour matérialiser le froid de l'hiver, métaphore de la mort en maraude, que cette expression funéraire et évanescente dans laquelle excelle la chanteuse. De fait, Glacia possède la capacité rare de plonger tout ce qui l'entoure dans le blizzard. Mieux, rarement il nous aura été donné d'entendre une œuvre qui aura autant su capturer ces ambiances glaciales, ces visions corsetées dans une gangue de givre. Il est une porte sur l'hiver que l'on ouvre sans être sûr d'en retrouver ensuite la sortie. Drapées dans un linceul de notes de piano frissonnantes qui semblent sonner le glas ("Glacia"), ces six plaintes résonnent comme des veillées funèbres qu'aucune lumière, même pale, ne vient jamais caresser, à l'image des superbes et désespérés "Forget Me Not" et "Moonlit Path" qui sécrètent une tristesse éthérée et jamais vulgaire. La jeune femme trouve constamment le ton juste. Aythis nous offre donc un des plus beaux joyaux que le genre nous ait donné depuis très longtemps. Loin du doom peut-être mais tellement beau et insaisissable... (2009)
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