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Michael Cimino | La porte du paradis (1980)


En quelques mots :  Loin d'être le chef-d'oeuvre présenté par certains, qui parfois ne l'ont même pas vu, La porte du paradis demeure avant tout un grand film malade, à la fois vaste fresque hollywoodienne et film d'auteur, pouvant être virtuose et baroque d'un côté, sentimental et creux de l'autre. Si son affiche est un clin d'oeil évident à Autant en emporte le vent, ce troisième long-métrage de Cimino en est bien entendu l'antithèse, western crépusculaire qui ne se contente pas de démythifier l'Ouest comme il est alors de bon ton de le faire mais brosse une image sans concession de la conquête de l'Ouest où il n'est plus question de l'homme blanc contre les Indiens mais des riches contre les pauvres, des Anglais contre des pauvres hères venus d'Europe de l'Est. C'est l'âme du peuple américain qui attaqué par ce film, d'où son échec, le public refusant le reflet que le cinéaste lui tendait. Pourtant, aujourd'hui, l'actualité lui confère un écho glaçant. Et pour une fois, la version longue, celle qui se rapproche le plus de l'ambition d'origine, se justifie tant la version courte sortie en salle en 1981, possède un goût d'inachevé, attaquée dans son ampleur par des coups de ciseaux imposés... 


Michael Cimino | Le canardeur (1974)


En quelques mots : Le canardeur mérite mieux que son titre français stupide. Vendu comme un film d'action, il s'agit en fait d'un road movie désenchanté à travers une Amérique peuplée de gens insolites (le pompiste, l'homme au lapin dans la voiture...). Bien que basé sur l'intrigue classique d'un banal polar (le casse d'une banque), l'intérêt du récit réside moins dans sa violence pourtant réelle que dans sa tendresse pour un couple de paumés égarés dans un pays en pleine mutation. Avec intelligence, Eastwood dont c'est peut-être le premier rôle d'homme fatigué, laisse les meilleures scènes au jeune Jeff Bridges, lequel il livre une belle composition. Sa mort est un grand moment. Impressionné par son travail en tant que scénariste sur Magnum Force (1973), Clint donne sa chance à Michael Cimino. Tout le talent de celui-ci est d'être parvenu à réaliser une oeuvre déjà personnelle, parvenant à échapper à l'emprise de sa vedette qu'entoure pourtant sa fidèle équipe, de Frank Stanley (photo) à Ferris Webster (montage) sans oublier ces seconds rôles qui l'accompagnent alors (Geofffrey Lewis, Bill McKinney, Gregory Walcott). A la vision du film, on peut regretter que Cimino n'ait pas souhaité poursuivre sa collaboration avec Eastwood (ils auront néanmoins d'autres projets beaucoup plus tard, dont un remake du Rebelle de King Vidor, demeuré à l'état d'idée) mais ni Voyage au bout de l'enfer ni La porte du paradis n'auraient sans doute alors vu le jour... N'oublions pas non plus de citer l'interprétation de George Kennedy, génial en brute épaisse et la chanson du générique de fin chantée par Paul Williams, plus connu comme le Swan du Phantom Of The Paradise de De Palma.