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Wolfheart | Constellation Of The Black Light (2018)



















Peut-être Tuomas Saukkonen a-t-il compris que Wolfheart, dont il est l'âme fondatrice, commençait à tourner quelque peu en rond avec "Tyhjyys" et son air tenace de déjà-entendu ailleurs, chez "Shadow World", son prédécesseur notamment et ce, nonobstant une qualité d'écriture comme d'exécution aussi immuable qu'incontestable.

KröniK | Wolfheart - Tyhjyys (2017)


Quand bien même nous regretterons éternellement qu'il ait pris en 2013 la décision de mettre fin aussi bien à Before The Dawn, qui a révélé son talent, qu'au plus confidentiel Black Sun Aeon, sans compter un Dawn Of Solace qui n'aura d'ailleurs enfanté qu'un unique opus, lui aussi alors emporté dans ce grand ménage de printemps, force est pourtant d'admettre que Tuomas Saukkonen semble avoir retrouvé avec ce qui reste désormais son seul groupe, outre un plaisir de jouer, une inspiration qui, il est vrai, donnait l'impression de s'émousser à force d'être éparpillée à travers une multitude de projets parallèles.
Après un "Winterborn", certes hyper efficace mais impersonnel, "Shadow World" a timidement affirmé, en durcissant le ton, une identité glacée plus death, moins doom quoique toujours aussi mélodique et bien entendu typiquement finlandaise. Avec "Tyhjyys", Wolfheart va-t-il poursuivre dans cette voie plus sombre et tranchante ? Si 'Shores Of The Lake Simpele' qui en écarte les pans gelés semble répondre par la négative, superbe instrumental digne du Amorphis le plus inspiré, 'Boneyard' déroule une trame véloce, lancée par des blasts déchaînés, cependant que chœurs  et orchestrations ténébreuses plongent d'emblée l'écoute dans l'obscurité du Tuonela, le royaume des morts de la mythologie finlandaise. Mais, long de plus de sept minutes, ce titre traverse de nombreux paysages, tour à tour majestueux ou crépusculaires, acoustiques ou furieux, à l'image d'un menu qui alterne lentes et pesantes pièces riches en atmosphères  et envolées (relativement) agressives. Les premières, vers lesquelles va notre préférence, sont incarnées par 'The Flood', dont les lignes entêtantes sont figées par une langueur hivernale et surtout la conclusion éponyme que creusent des riffs obsédants qui en fait sans aucun doute l'un des meilleurs titres composés par le Finlandais. Sur une note plus mineure, 'Call Of The Winter' et 'Dead White' agrègent ces deux morceaux de bravoure dans un ensemble boisé où se mêlent le feu et la glace. Les secondes sont quant à elle représentées, outre le déjà nommé 'Boneyard', par 'World On Fire' et 'The Rift', titres nerveux, cisaillés de soli lumineux qui ne sacrifient toutefois jamais les ambiances neigeuses sur l'autel d'une rapidité pourtant millimétrée. Fidèle à ses standards de qualité, Saukkonen livre avec les musiciens qui l'accompagnent depuis trois ans un travail techniquement irréprochable, auquel il manquera néanmoins toujours un supplément d'âme sinon de personnalité qui permettrait à Wolfheart de se hisser au-dessus du tout venant du death mélodique et scandinave. De son titre, déjà utilisé par Ajattara en 2004 à ses aplats engourdis par une beauté glaciale, il n'y a rien - ou si peu - dans ce "Tyhjyys" qui n'ait en réalité déjà été entendu. Mais ne boudons notre plaisir, bien réel, face à ce troisième album impeccable dans son genre, froid et racé, forestier et nocturne. 3/5 (2017) | Facebook






Wolfheart | Shadow World (2015)


Démarré il y a deux ans sous la forme d'un simple projet parallèle et solitaire, Wolfheart s'est mué en un véritable groupe à part entière, quand bien même il porte incontestablement la marque de son fondateur, Tuomas Saukkonen dont le pedigree, de Dawn Of Solace à Before The Dawn sans oublier Black Sun Aeon, laisse rêveur. Sa présence à la barre de ce qui est devenu son seul groupe est un double gage, gage de qualité, l'homme n'ayant jamais déçu, et gage d'un contenu glacé et cafardeux typiquement finlandais. Si "Winterborn", son premier signe de mort sous cette bannière, creusait un sillon bien (trop) connu, celui sculpté par Swallow The Sun, Rapture et tous les anciennes formations du bonhomme, "Shadow World" étonne par ses traits de prime abord plus directs, plus tranchants, en un mot plus death, remisant les influences de son auteur au rang d'accessoires, exception (bien) faite du terminal 'Veri' et de ses huit minutes d'une mélancolie aussi glaciale que plombée. Le fait que Tuoamas soit désormais entouré d'autres musiciens, dont son ancien comparse de Before The Dawn, le batteur Joonas Kauppinen, et du guitariste d'Eternal Tears Of Sorrow, Mika Lammassaari, n'est sans doute pas étranger à ce durcissement. Ainsi, 'Aeons Of Cold', malgré son intro égrenée par un piano que ne renierait pas Amorphis, abat le petit bois. Voix caverneuses et batterie façon Lapin Duracel propulsent cette amorce sur des sentiers abrupts comme le Finlandais n'en avait plus empruntés depuis très longtemps. Pourtant, en plein milieu, le ton change, se fait plus mélodique, se drapant dans un voile de beauté spectrale, qu'étirent des guitares lumineuses, balises perçant la brume qui recouvrent les étendues gelées. En fait, dans l'intimité de chaque composition se nichent des trésors que l'on débusque pour en goûter la froide saveur, ce qui leur confère une richesse insoupçonnée. Les arpèges qui émaillent 'Last Of All Winters', les lignes de six-cordes virtuoses qui cisaillent 'Zero Gravity', les ambiances sombres qui pèsent sur 'Nemesis' révèlent par exemple à la fois cette écriture précise et cette ambivalence ténébreuse entre agressivité et mélodies. En dépit d'un titre des plus quelconques, "Shadow World" est encore une fois une incontestable réussite à mettre à l'actif de Tuomas Saukkonen, qu'on préfère toutefois quand il plante son lourd burin dans la roche funèbre d'un doom death polaire, comme il le faisait jadis avec un Black Sun Aeon trop tôt disparu... (2015)


                                     

Wolfheart | Winterborn (2013)


Du nom très moonspellien de son auteur à son visuel des plus quelconques en passant par son contenu (à priori) typique de cette école finlandaise du melodic death doom, il n’y avait rien de très original à attendre de « Winterborn », premier album de Wolfheart, originellement publié en 2013 et que ré-édite deux ans plus tard Spinefarm, opus qui s’inscrit donc dans une longue tradition nationale initiée par les Rapture et autre Swallow The Sun, recette aussi racée que glacée. Bref, ce galop d’essai était presque condamné à une seule et définitive écoute avant de partir prendre la poussière sur nos étagères chargées de disques. Mais non, justement car ce projet, qui est désormais un groupe, ce qu’il n’était pas au moment de l’enregistrement de ce disque, n’est pas celui de n’importe qui puisque on retrouve à sa barre Tuomas Saukkonen, artiste souvent inspiré pendant longtemps écartelé entre de multiples joujoux dont les plus renommés sont Before The Dawn ou Black Sun Aeon. Autant de groupes qu’il a depuis sabordé pour ne plus se disperser et épuiser son incontestable talent comme il faisait depuis une bonne dizaine d’années. Wolfheart est né de ce choix. Tout seul comme souvent, ce qui ne s’entend pas, preuve supplémentaire du savoir-faire du bonhomme, il a gravé ce « Winterborn » qui porte sa marque, indélébile et aisément reconnaissable, le sauvant de la banalité promise. Car, malgré ses airs tenaces de déjà-entendu, on sent derrière cette offrande la présence d’un musicien chevronné qui maîtrise suffisamment le style pour, sinon le transcender, au moins lui faire atteindre d’étage du-dessus. Comprendre donc qu’on tient là ce qui se fait de mieux dans le genre. Tout y est, des mélodies froidement accrocheuses à ses riffs entêtants aux allures de vigie perçant le blizzard. ‘I’, Gale Of Winter’ et plus encore l’irrésistible ‘The Hunt’ qui, en guise d’amorce d’à peine cinq minutes au compteur, réussit d’emblée à nous attraper, ouvrant tout doucement les cuisses d’un album dont on goûte peu à peu l’intimité sombre et gelée, laquelle se cristallise, outre les exemples déjà cités, autour de pièces telles que ‘Chasm’, le lent et désespéré ‘Breath’ sans oublier les plus rapides ‘Ghosts Of Karelia’ et ‘Strenght And Valor’ qui surprennent par leurs atours agressifs. Ce faisant, Tuomas Saukkonen démontre de la plus belle des manières que son inspiration est loin, très loin même, d’être tarie, délivrant plus qu’un disque mais une leçon de death mélodique et doomy à la finlandaise où rien n’est à jeter, où chaque titre à la valeur d’un hymne intemporel. (2015)