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KröniK | Sadness - Tundra (2016)


Après Somewhere Along Our Memory, Rose / Lavender et le Home Find Me de Left Alone, l'un des nombreux projets de Elisa, son unique maître des lieux, Distant Voices poursuit sa collaboration avec Sadness dont il réédite Tundra, agrégat de quatre plaintes capturées en 2015. Si le fruit de cette association n'est pas ce que nous préférons dans le catalogue confidentiel de ce précieux artisan de l'art noir, contrairement aux offrandes de Misery, Aube Grise, Arbre ou Brouillard, reconnaissons que cette somme, par son minimalisme (quasi) instrumental, n'est dénuée ni d'une forme de beauté diaphane ni d'un élan émotionnel qui le rendent attachant.
Plus mélancolique que dépressif, plus misérable que négatif, Sadness y tricote un back metal qui n'a de noir que le nom, errance squelettique aux confins du Shoegaze. Bien qu'il faille patienter jusqu'à The Lightly Falling In Our Storm pour entendre des vocalises écorchées, Soâr puis Autumn Wind qu'égrène un piano figé dans un strict dénuement, pleurent davantage, en quelques accords solitaires, un désespoir contrit qui touche au coeur. Fidèle à une écriture dont il ne se départira sans doute jamais, l'Américain rumine son spleen automnal qui trouve en Ensound l'écrin le plus achevé. Du haut de ses vingt-cinq minutes au garrot, cette complainte résume à elle-seule cette démesure grisâtre aux traits répétitifs. Le chant hurlé de notre hôte hachure ce paysage aussi délavé qu'isolé qu'irriguent une guitare paresseuse. La chorale féminine qui le drape tel un suaire, siphonne le peu de noirceur qu'elle exsude mais l'auréole cependant d'une grâce spectrale. Collection d'inédits, Tundra, outre le fait qu'il illustre la diarrhée créatrice de son auteur, montre un Sadness tel qu'en lui-même, peintre d'une tristesse évanescente et intimiste. Ceux qui le suivent au gré de ses (nombreuses) réalisations, puiseront là matière à cultiver leur mélancolie suicidaire. Quant aux autres, ils passeront une fois de plus leur chemin, n'y croisant pas les ténèbres convoitées... (08/10/2017)


KröniK | Sadness - Rose / Lavender (2016)


Comme autrefois Striborg, dans une veine plus raw, moins shoegaze quoique que tout aussi dépressive, Sadness multiplie les offrandes comme d'autres les pains. Son solitaire créateur voit la musique lui couler par les narines sans qu'il puisse jamais stopper ce flot continu. Après Somewhere Along Our Memory, Rose / Lavender est son deuxième opus (mais le onzième en tout) à voir la nuit via Distant Voices. Si son prédécesseur, en dépit d'instants de beauté pure, n'était qu'à à moitié convaincant, la faute à sa durée par trop excessive, ce nouvel effort propose un menu plus resserré sinon plus raisonnable puisqu'il ne franchit que de peu la barre des quarante minutes au compteur.
Mais ce format ramassé se révèle trompeur car avec ses (seulement) deux pistes qu'on devine extrêmement dilatée, prétendre que Elisa prend - encore une fois - son temps, tient en réalité du doux euphémisme ! Surtout, l'homme fait montre d'une inspiration qui ne semble pas prête de se tarir dans un style très codifié qu'il ne cherche d'ailleurs nullement à révolutionner, déversant son spleen avec une masochiste gourmandise et une verve bourgeonnante. Déroulant son amertume durant plus d'un quart d'heure, Rose est le premier de ces deux titres, plainte qui égrène avec tendresse sa mélancolie vaporeuse et squelettique. Tous les ingrédients y trouvent bien serrés, de ce chant écorché qui perce la nuit à ce grain de guitare cendreux en passant par cette rythmique ankylosée mais la tristesse fragile qui s'en dégage emporte tout. Du haut de ses vingt-six minutes au garrot, Lavender trempe dans un humus shoegaze, tissant une toile dont chaque fil est une note de désespoir. Si quelques accélérations la zèbrent, cette longue rumination demeure elle aussi prisonnière d'une douce léthargie. Cela pourrait être interminable mais Sadness parvient à imprimer un désenchantement hypnotique quasi évanescent qui berce tel un ressac mélancolique. Plus misérable que négatif, plus pastel que véritablement noir, ce one-man band reste fidèle à son identité et au genre auquel il s'accroche, livrant un album aussi sincère que touchant. 3/5 (11/06/2017) | Facebock






KröniK | Sadness - Somewhere Along Our Memory (2016)


Né à Mexico en 1997 mais installé désormais dans l'Illinois, Elisa (mais Damián Antón Ojeda pour l'Etat civil) fait partie de ces musiciens dont le stakhanovisme force le respect, même si certains grincheux ne manqueront pas d'affirmer que ce black metal d'obédience (vaguement) dépressive que le jeune homme rumine, facilite de part sa nature répétitive et onanique ce genre de diarrhée créatrice. Pas faux.
Mais cela n'enlève rien à l'inspiration de cette âme solitaire déjà auteur en l'espace de deux années à peine et sous la seule bannière d'un Sadness qui n'est que l'un de ses nombreux jouets, d'une palanquée d'albums, onze au total, à ce jour et sans compter toutes les miettes habituelles (démos, split, EP) dans lesquelles aiment se repaître ces artistes reclus. Somewhere Along Our Memory... a connu un long chemin avant de débarquer dans le catalogue de Distant Voices, voyant d'abord la nuit en janvier 2016 sur la page Bandcamp du bonhomme alors uniquement disponible en téléchargement, puis édité le mois suivant en cassette par Depressive Illusions Records, avant de bénéficier de cette sortie en CD, agrémenté d'un nouvel artwork et enrichi d'une piste supplémentaire, The Way She Smiles, aboutissant à un résultat long de plus d'une heure au compteur ! Nous aurions pu craindre que cette durée généreuse quoique excessive rende difficile sinon ennuyeuse la défloration de ce menu pantagruélique, d'autant plus que les six titres seulement qui l'habitent, déroulent chacun une trame pour le moins dilatée, When The First Snow Fell... culminant même à presque 20 minutes au garrot. Il n'en est pourtant rien tant sa progression conserve une fluidité éthérée. Seul à la barre, le maître des lieux étire un tapis plus mélancolique que véritablement suicidaire, en évitant parfois de peu de sombrer dans un maniérisme misérable lorsque des envolées shoegaze ourlent ces compositions minées par la componction (D'un ciel de nuit). Le plus souvent hurlé, le chant se met toutefois en retrait au profit d'un canevas instrumental que tricotent guitare stratosphérique et piano intimiste. L'écoute de Somewhere Along Our Memory... nous évoque de tristes rêveries, à travers la solitude de paysages désolés quoique lumineux (Kiss In October). De fait et bien qu'il soit corseté par des regrets et des fautes qui ne peuvent être effacées, l'album ne charrie aucune négativité, irradiant au contraire la force positive de se battre, d'affronter les épreuves d'une vie bordée de malheur. Proche du Alcest contemporain, le génie visionnaire et douloureusement émotionnel de Neige en moins cependant, Sadness délivre avec cet opus la bande-son introspective d'une existence teintée d'amertume. 2.5/5 (2017) | Facebook