S'il est tentant de ne voir en lui qu'un énième rejeton du hard rock seventies, se contentant de faire du neuf avec du vieux, Kadavar mérite mieux que ce raccourci injuste car, derrière le son brut de décoffrage, toutefois plus soigné qu'il n'y parait, et l'énergie endiablée que libèrent des riffs ravageurs à défaut d'être novateurs, se cachent des artistes qui ont clairement une vision de leur art qui, contrairement aux apparences, trompeuses comme souvent, n'est pas immobile.
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KröniK | Kadavar - Rough Times (2017)
Il a suffi aux Allemands d'un seul album, le premier, pour s'imposer comme le chef de file du (hard) rock vintage. Certains jamais contents ne manquent pas depuis de s'interroger sur ce succès, estimant que le trio ne mérite pas plus qu'un autre cette fulgurante ascension. Pourtant, peut-être plus encore que son prédécesseur, le très justement acclamé "Berlin", "Rough Times" apporte la réponse à cette question. Derrière le caractère basique d'une musique brute de décoffrage, ce qui fait d'ailleurs aussi sa force (nous y reviendrons), est tapie une écriture d'orfèvre qui n'oublie jamais qu'un bon titre est celui qui s'accroche à la mémoire comme une sangsue à la peau.
Pourtant la défloration de cette troisième rondelle laisse tout d'abord un goût amer dans la bouche, surtout pour qui fut témoin des prestations atomiques délivrées sur scène par 'Lupus' et ses sbires. On attend fiévreusement ces éjaculations guitaristiques dont Kadavar a le secret mais il faut (presque) patienter jusqu'à l'orgasmique 'Die Baby Die', qui n'a pas été choisi pour rien comme premier single, pour voir la température monter d'un cran. Un peu plus loin, 'Tribulation Nation' fait exploser l'érectomètre avec sa rythmique de rouleau-compresseur et son refrain répétitif. En comparaison, le reste paraît tout d'abord décevant, inachevé, donnant quasiment l'impression que certaines chansons ont été châtrées ('Into The Wormhole'), sont maladroites ('The Lost Child' et son final sifflé) cependant que d'autres ont un air de déjà-entendu ('Words Of Evil') ou paraissent sinon ratées au moins étranges, à l'image de 'A l'Ombre du Temps', conclusion parlée en français qui tombe comme un cheveu sur la soupe. Mais Kadavar n'est définitivement pas un groupe comme les autres et cet aspect (faussement) mal dégrossi, maladroit, cache en fait un esprit de synthèse admirable qui permet aux Teutons de tout résumer en l'espace de trois ou quatre minutes, rarement davantage, là où nombre de leurs concurrents se laissent entraîner sur de longues routes, endormis par les effluves moelleuses d'une pipe à eau. A ce format resserré s'ajoute une brutalité, qui transpire en premier lieu du jeu de guitare tendu de Lindemann, aboutissant à un rock extrêmement dur, abrupt et minéral. Comme son nom le suggère, "Rough Times" montre des musiciens qui cherchent de plus en plus à se débarrasser du superflu pour capturer une énergie noire quasi primitive ce dont témoigne l'amorce éponyme, pachydermique et rugueuse. A force d'insister en multipliant les va-et-vient dans les profondeurs de sa caverne intime, cet album finit donc par se livrer dans sa rocailleuse intensité. Les 'Vampires', 'Skeleton Blues' ou 'You Found The Best In Me' écartent ainsi peu à peu leurs lèvres, laissant ruisseler une semence furieusement addictive. Et au final, c'est de ses maladresses et de son caractère plus brut que jamais que "Rough Times" tire sa force, faisant de lui l'œuvre le plus personnelle, la plus torturée de ses créateurs. 4/5 (04/08/2017) | Facebock
Pourtant la défloration de cette troisième rondelle laisse tout d'abord un goût amer dans la bouche, surtout pour qui fut témoin des prestations atomiques délivrées sur scène par 'Lupus' et ses sbires. On attend fiévreusement ces éjaculations guitaristiques dont Kadavar a le secret mais il faut (presque) patienter jusqu'à l'orgasmique 'Die Baby Die', qui n'a pas été choisi pour rien comme premier single, pour voir la température monter d'un cran. Un peu plus loin, 'Tribulation Nation' fait exploser l'érectomètre avec sa rythmique de rouleau-compresseur et son refrain répétitif. En comparaison, le reste paraît tout d'abord décevant, inachevé, donnant quasiment l'impression que certaines chansons ont été châtrées ('Into The Wormhole'), sont maladroites ('The Lost Child' et son final sifflé) cependant que d'autres ont un air de déjà-entendu ('Words Of Evil') ou paraissent sinon ratées au moins étranges, à l'image de 'A l'Ombre du Temps', conclusion parlée en français qui tombe comme un cheveu sur la soupe. Mais Kadavar n'est définitivement pas un groupe comme les autres et cet aspect (faussement) mal dégrossi, maladroit, cache en fait un esprit de synthèse admirable qui permet aux Teutons de tout résumer en l'espace de trois ou quatre minutes, rarement davantage, là où nombre de leurs concurrents se laissent entraîner sur de longues routes, endormis par les effluves moelleuses d'une pipe à eau. A ce format resserré s'ajoute une brutalité, qui transpire en premier lieu du jeu de guitare tendu de Lindemann, aboutissant à un rock extrêmement dur, abrupt et minéral. Comme son nom le suggère, "Rough Times" montre des musiciens qui cherchent de plus en plus à se débarrasser du superflu pour capturer une énergie noire quasi primitive ce dont témoigne l'amorce éponyme, pachydermique et rugueuse. A force d'insister en multipliant les va-et-vient dans les profondeurs de sa caverne intime, cet album finit donc par se livrer dans sa rocailleuse intensité. Les 'Vampires', 'Skeleton Blues' ou 'You Found The Best In Me' écartent ainsi peu à peu leurs lèvres, laissant ruisseler une semence furieusement addictive. Et au final, c'est de ses maladresses et de son caractère plus brut que jamais que "Rough Times" tire sa force, faisant de lui l'œuvre le plus personnelle, la plus torturée de ses créateurs. 4/5 (04/08/2017) | Facebock
Kadavar | Berlin (2015)
Quand certains malchanceux mettent des années à percer, d'autres au contraire ne perdent pas de temps pour s'imposer. Kadavar est de ceux-ci. Nonobstant les incontestables qualités du combo, sur lesquelles nous reviendrons un peu plus loin, il est tout de même permis de se demander si ce succès-éclair est justifié. Certes le premier album éponyme était bon, voire excellent, certes les concerts livrés par le trio l'ont été tout autant mais pas plus que d'autres... Seulement voilà, les Allemands possèdent quelque chose en plus, une espèce de magie qui, couplée à une énergie jubilatoire, à un sens du feeling (hard) rock humide et à une écriture imparable, aboutit à un Graal orgasmique. Bien que simple en apparence, leur art sonne comme une évidence, celle d'écouter une musique noble et pure qui confine à une forme d'Absolu. Mais, "Abra Kadavar", en ne transformant pas tout à fait l'essai, semblait néanmoins déjà dévoiler de relatives limites. Moins de magie, moins de surprise. Le troisième opus, sans compter un split forcément culte partagé avec Aqua Nebula Oscillator, se devait donc d'être à la hauteur de l'attente. Ce qu'il fait. Mais, cela, on l'avait déjà deviné car il y a des indices qui ne trompent pas. Son titre court, qu'on retient immédiatement, évocateur d'un foisonnement créatif, en constitue un premier et pas des moindres. Sa pochette, très belle, en est un second, annonciatrice par ailleurs de l'évolution du contenu dont elle est l'écrin en ce sens qu'elle tranche avec ses devancières où trônaient sobrement les trois membres du groupe. Par petites touches pointillistes, Kadavar poursuit sa mue, moins doom et tout simplement plus rock et bluesy ('Filthy illusion', 'Pale Blue Eyes'). L'écriture s'est resserrée et sent moins la pipe à eau, diluant les touches psyché certes toujours présentes ('Spanish Wild Rose'), dans un socle plus direct, quand bien même les mélodies accrocheuses sont depuis toujours une des marques de fabrique du trio emmené par le chanteur et guitariste Lupus, lequel se montre ici particulièrement en forme et plus inspiré que jamais, laissant sa gratte déverser un feeling torrentiel, rampe de lancement à des soli dantesques en live. Premier opus avec le nouveau bassiste, Dragon, "Berlin" enfile les perles sans jamais ramollir, allant toujours à l'essentiel (tout est emballé en quatre minutes au compteur), parfois rapide à l'image de 'Lord Of The Sky' ou de 'Into The Night', mais serrant le frein le plus souvent ('Last Living Dinosaur') et toujours jubilatoire. Compact et homogène, l'œuvre n'en demeure pas moins nuancée dans son intensité heavy. Hymnes immédiats, des enclumes démentielles telles que 'Stolen Dreams', 'The Old Man' ou 'Thousand Miles Away Frome Home' procurent ainsi des frissons par leur dureté duveteuse. Davantage que le digne successeur du galop d'essai éponyme, ce troisième effort démontre que Kadavar n'est pas juste la sensation du moment mais un grand groupe promis à durer. (2015)
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